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Tunisie. Une situation économique qualifiée de « désastreuse » par le FMI


 Tunisie. Une situation économique qualifiée de « désastreuse » par le FMI

Faisant d’ordinaire preuve de précautions sémantiques, Gerry Rice, le porte-parole du Fonds monétaire international, a dérogé à sa retenue habituelle en estimant lors d’un point de presse en ligne que la situation économique du pays est « désastreuse ».

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Le chargé de communication du FMI répondait à une question (28ème minute) de Delphine Touitou, journaliste chargée de la macro-économie internationale chez à l’AFP : « Vous avez signalé certains progrès avec les autorités tunisiennes. Que s’est-il passé depuis ? C’est depuis fin mars. Et pourriez-vous nous donner une idée du timing ? Quand pourrions-nous espérer un accord ? ».

« Je n’ai pas grand-chose de plus à ajouter à ce que j’ai dit précédemment. Nous suivons l’évolution de la situation politique et économique en Tunisie. Nous avons eu des discussions techniques avec les autorités, celles-ci perdurent depuis le début de l’année, et cela va continuer tant au niveau technique que pour s’assurer du potentiel de développement. Entre-temps, compte tenu de la situation économique désastreuse, des actions décisives et la mise en œuvre de réformes ne doivent pas attendre la conclusion de ces discussions ou un programme du FMI », s’alarme le responsable.

Rice ajoute cependant sur une note plus positive que « le programme de réforme interne tel que présenté par le gouvernement actuel présente l’avantage d’une plus grande crédibilité et donc, d’une plus grande chance de succès que par le passé. »

Même constat chez Bloomberg

Quelques jours auparavant, l’agence de presse américaine du groupe Bloomberg LP, spécialisée dans l’économie et la finance, publiait une étude intitulée « Russia’s War Lifts Default Risk for Distressed Economies » (La guerre menée par la Russie accroît le risque d’insolvabilité pour les économies en grande difficulté). Le rapport se penche sur le marché de la dette des « pays les plus vulnérables » parmi les économies dites émergentes. Une liste de 13 pays, comprenant la Tunisie en 7ème position, derrière l’Ethiopie, et qui explique que les assurances sur les défauts de paiement de crédits sont à leur plus haut niveau depuis mai 2020, date de l’explosion de la pandémie de Covid.

Un constat partagé par l’économiste tunisien Ezzedine Saïdane, qui rappelle qu’ « il y a tout juste trois ans, la Tunisie pouvait encore emprunter à un taux d’environ 10% de marge d’intérêts, en remboursant sur de longues échéances allant jusqu’à 30 ans. Aujourd’hui, si la Tunisie venait à s’engager à nouveau sur les marchés de l’emprunt, nous ne pourrions plus emprunter qu’à un taux de 25,4%, remboursables sur de courtes durées de 2 à 3 ans… ».

Dans l’un des rares entretiens accordés à la presse, en l’occurrence à France 24, le ministre tunisien de l’Economie Samir Saïd a relativisé la responsabilité de son gouvernement dans la crise actuelle née d’une « accumulation remontant aux attentats terroristes de 2015 et au contexte mondial dont les équilibres sont bouleversés par l’offensive russe en Ukraine, elle-même précédée par la pandémie ».

« Le lobbying est aujourd’hui un coup d’épée dans l’eau »

A peine rentrée du Forum de Davos, la cheffe du gouvernement Najla Bouden a présidé à Tunis l’ouverture de la 5ème édition de la conférence internationale « Financing Investment and Trade in Africa » (FITA 2022). Dans une allocution lue non sans douleur en arabe, elle a souligné que « le continent africain est confronté la faiblesse de ses infrastructures et à la nécessité de trouver des solutions pour garantir la sécurité hydrique, alimentaire, énergétique et environnementale ».

Participer à Davos et à la FITA, entre autres grands meetings de la finance internationale, est-il encore d’une quelconque utilité pour la Tunisie à ce stade de la crise ? L’économiste Ezzedine Saïdane est là encore formel : « Hélas je ne pense pas que cela soit bien utile. L’Etat n’investit plus en Tunisie, cela fait fuir à la fois les investisseurs nationaux et étrangers. Ensuite contracter des prêts n’est plus possible car cela demeure suspendu à l’obtention préalable d’un crédit auprès du FMI. Enfin, rencontrer à nouveau des dirigeants du FMI pour demander un démarrage plus rapide des négociations est également vain, tant que nous n’arrivons pas ni à conclure un accord politique en interne, ni à avancer plus significativement dans les réformes requises par le Fonds ».

En attendant, les chantiers économiques préconisés par le projet présidentiel de Kais Saïed sont a priori aux antipodes des recettes de libéralisation de l’économie préconisées par le FMI, le 19 mai dernier, les statuts des entreprises dites « citoyennes » ou « coopératives » ont été promulgués par un décret publié dans le Jort. Ambitionnant de solutionner massivement le fléau du chômage, ces entités s’apparentant à une forme de retour au mutuellisme entendent « créer un régime juridique spécial pour les sociétés citoyennes fondées sur l’initiative collective et l’utilité sociale », qui pourront notamment profiter des terres domaniales agricoles de l’Etat.

Or, pour l’économiste pourtant proche de la gauche radicale Lotfi Ben Aïssa, spécialiste de l’économie sociale et solidaire, « il est illusoire de croire que ces entreprises collectivistes peuvent constituer une alternative aux politiques publiques de développement ».

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