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« La France est en guerre » ! Ben oui, depuis longtemps, crétins…


Economiste, auteur du blog Les-Crises.fr, Olivier Berruyer livre son point de vue sur les attaques terroristes qui ont fait plus de 120 morts et 250 blessés à Paris le 13 novembre.

Je suis évidemment envahi de tristesse ce soir, évidemment, avec une pensée pour les dizaines de victimes. On a encore droit aux désormais classiques scènes hallucinantes sur les chaines «d’information», vecteur principal de la diffusion de la terreur en France. Des scènes qui devraient entrainer la saisie immédiate de la carte de presse des journalistes concernés. Mention spéciale pour le journaliste ayant hurlé ce soir «La France est en guerre», ce qu’on confirme facilement, vu qu’on bombarde depuis des années bon nombre de pays (Afghanistan, Libye, Mali, Syrie…) et qu’on y mène nombre d’opérations clandestines.

On est en guerre ? Eh oui, vu que c’est nous qui l’avons déclarée…

Mais bon, c’est vrai que «la guerre» ne commence que lorsqu’il y a des morts en France, jamais quand on tue des personnes (qui sont en fait des «non-personnes») à l’étranger, même des victimes innocentes collatérales. Par chance un autre crétin sur i-Télé a même hurlé qu’Obama était «le chef du monde libre», on croit rêver devant tant de bêtise. Je vous laisse lire le billet précédent sur le rôle de la CIA en Syrie.

Ils sont quand même incroyables ces islamistes syriens : on les bombarde depuis 1 an et ils osent réagir…

On notera aussi qu’au XXIème siècle, la France est «en guerre» quand elle est attaquée par une multitude de 8 personnes avec des fusils ? Ce qui montre la fragilité de nos sociétés. 250 000 morts en Syrie, à cause de nos politiques occidentales délirantes pour mémoire… Combien dorment encore, chez nous, ou cachés dans les masses de réfugiés ? Pour tout vous dire, je suis particulièrement ému car j’étais dans un bistrot des Halles à Paris ce soir, pas si loin de République, que j’en suis parti à 22h15, que la dernière personne à qui j’ai parlé était un lecteur du blog croisé par hasard, qu’on a parlé géopolitique, Syrie, des dangers de notre politique extérieure, et que, véridique, mes derniers mots avec lui ont été à propos du terrorisme, lui disant «il y a un truc qui m’étonne et me réjouit toujours, c’est qu’il n’est pas encore venu à l’esprit des terroristes d’envoyer 20 ou 50 combattants avec juste une kalachnikov tirer régulièrement dans la foule, un terroriste tous les jours, on se retrouverait sous un régime totalitaire en France en quelques semaines».

Vous imaginez donc ma frayeur et mon émotion quelques minutes après… Vous imaginez aussi enfin mon immense colère contre, certes les assassins (Hollande les a assurés de notre détermination à les combattre, le fait qu’ils soient dispersés façon puzzle devant cependant limiter leur frayeur…), mais également contre nos dirigeants, qui reviennent comme d’habitude la mine triste sur l’air du «Quelle horreur, mais pourquoi nous attaque-t-on, bien sûr on n’a rien fait de mal…». Surtout que cela fait désormais des mois qu’on parle ici de la Syrie et des dangers générés.

Rassurez vous : Cazeneuve ne démissionnera probablement pas (il a finalement réussi à protéger les Franciliens aussi bien qu’il a protégé les journalistes de Charlie Hebdo, il pourra continuer, et oui, un autre n’aurait pas fait mieux, mais on serait ici au moins dans le symbole), Fabius non plus («Al-Nostra, bon boulot sur le terrain», «il faut armer l’opposition syrienne») et on nous demandera de nous rassembler derrière François Hollande, qu’une commission d’enquête parlementaire ne gênera probablement pas des livraisons d’armes en Syrie pour combattre el-Assad, qui ne nous a jamais rien fait, lui… et qui se retrouvent chez les islamistes. Combien de centaines, de milliers de Syriens tués par des armes françaises ? Qui sème le vent…

Voilà ce qui se passe quand on passe d’une diplomatie classique basée sur nos intérêts à une diplomatie «des valeurs», comme le rappelait Kissinger dans cet article («Le traité de Westphalie a été fondé sur la nécessité de parvenir à un arrangement avec l’autre, pas sur une sorte de moralité supérieure. Les nations indépendantes ont décidé de ne pas intervenir dans les affaires des autres Etats. Ils ont créé un équilibre des forces qui nous manque aujourd’hui») ou Todd dans celui-ci («Il est inquiétant pour l’anthropologue que je suis de voir les relations internationales sortir d’une logique rationnelle et réaliste pour rentrer dans des confrontations de moeurs dignes de sociétés primitives»). Oh, j’imagine aussi qu’on nous demandera de manifester ce dimanche ou un autre contre le terrorisme : bon courage, ça a été super efficace la dernière fois. Les médias continueront à en faire comme d’habitude des tonnes dans l’émotion, dans le «Revivez minute par minute cette soirée d’horreur», dans le «oh, il ‘y a aucun équivalent dans l’histoire, dans le monde, etc», dans le «oh, le monde est solidaire avec nous c’est beau», alors que le double de morts dans l’avion russe il y a deux semaines a été présenté a minima, qu’Obama n’y a pas vu une atteinte contre toute l’humanité, et où je n’ai vu naitre aucune mobilisation #JeSuisRusse, pas plus que #JeSuisLibanais avant-hier… #Non-Personnes…

On nous enjoindra la sacro-sainte «soupe à l’union nationale» qui visera à blanchir tout le personnel politique. Chuut, ne posez surtout pas de questions, ne demandez pas des comptes, union on a dit. On se drapera du lin blanc de notre innocence, de notre éternelle «inculpabilité». Meuh non, aucun Syrien n’est mort en raison des actions de notre gouvernement bien sûr, il ne pense qu’à notre sécurité… Bref, SURTOUT, on ne demandera aucun compte à nos dirigeants qui ont pour tâche d’assurer notre sécurité directement et surtout indirectement (politique étrangère). Ni responsables, ni coupables, on verra même leur cote de popularité monter, comme d’habitude… Enfin, mention spéciale aux gouvernements de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, et à la CIA, qui financent et soutiennent les islamistes en Syrie : on vous méprise, allez au diable ! Tout comme nos dirigeants que vous achetez, qui préfèrent faire des communiqués hallucinants avec vous, plutôt que de vous combattre…

Source : Les-Crises.fr

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à L’ITRI.

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L’émissaire de l’ONU pour la Lybie travaillait secrètement avec les Emirats Arabes Unis


bernardino

Un e-mail, intercepté par Middle East Eye, semble indiquer que Bernardino Leon travaillait secrètement avec les Émirats arabes unis en apportant son soutien à l’une des parties impliquées dans la guerre civile en Libye tout en œuvrant en tant qu’émissaire de l’ONU chargé de trouver une issue au conflit qui ravage le pays. Le 31 décembre 2014, le diplomate espagnol expérimenté, a envoyé un e-mail à Abdullah bin Zayed al-Nahyan, ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, par le biais d’un réseau émirati pour des questions de sécurité, dans lequel il explique clairement avoir travaillé au nom d’Abou Dhabi dans le cadre de son poste de médiateur de l’ONU.

« Toutes mes actions et propositions ont été approuvées par (et dans de nombreux cas décidées par) la Chambre des représentants, Aref Nayed et Mahmoud Jibril (avec qui j’entretiens une correspondance quotidienne) sur Votre demande », a écrit Bernardino Leon, en ajoutant une majuscule au mot « votre » afin de mettre en avant le statut royal d’Abdullah bin Zayed à Abou Dhabi. Mahmoud Jibril est un politicien libyen influent installé aux Émirats arabes unis. Il a, par le passé, occupé le poste de Premier ministre du gouvernement de transition en Libye suite à l’intervention de l’OTAN dans le pays en 2011 ayant entraîné la chute de Mouammar Kadhafi. Aref Nayed est ambassadeur des Émirats arabes unis à la Chambre des représentants.

Dans son e-mail, l’envoyé de l’ONU fait, à plusieurs reprises, référence à de précédentes conversations avec Abdullah bin Zayed et donne des informations sur ses projets, en mettant en avant les avantages que ces derniers apporteraient aux Émirats arabes unis. À un moment, il explique que les « l’ONU ne représentent pas, à ce jour, un obstacle aux intérêts du pays dont nous avons parlé (le pays en question étant les Émirats arabes unis), mais de toute évidence, il m’est impossible de connaître la tournure que prendront les choses à l’avenir ».

Le journal The Guardian a publié l’e-mail, divulgué au grand public, ce mercredi, ainsi qu’un article mentionnant que Bernardino Leon occupera, dès le mois de décembre, un nouveau poste pour lequel il sera rémunéré 35 000 £ par mois en tant que Directeur de l’Académie diplomatique émiratie. L’académie forme des diplomates aux Émirats arabes unis et son Conseil d’administration est présidé par Abdullah bin Zayed. Ce jeudi, Bernardino Leon a participé à une conférence de presse au sein des Nations unies à New York, au cours de laquelle il a précisé avoir « suivi les procédures » par rapport à son nouveau poste aux Émirats arabes unis. Il a admis qu’il « aurait pu faire les choses différemment », mais a réaffirmé le fait qu’il tentait de négocier un accord de paix en Libye.

« Des centaines de Libyens ont travaillé sur cet accord pendant une année entière », at-il déclaré aux journalistes. « Est-il juste de dire, à ce jour, que le fruit de ce travail n’est pas impartial ? » Un programme axé sur la disparition du Congrès général national (GNC) La Libye est au centre d’une guerre civile dont l’enjeu est le contrôle des plus importantes réserves de pétrole d’Afrique. D’un côté se trouve le Congrès général national, situé à Tripoli, qui bénéficie du soutien militaire de l’alliance « Aube de la Libye », dirigée depuis Misrata, ainsi que, d’après des sources, de celui du Qatar et de la Turquie.

De l’autre côté se trouve la Chambre des représentants, élue au mois de juin l’année dernière pour remplacer le Congrès général national, mais qui fut contrainte de s’installer à l’est de Tripoli après que l’alliance « Aube de la Libye » ait pris le contrôle de la capitale en septembre. La Chambre des représentants bénéficie du soutien de l’Armée nationale libyenne, dirigée par le commandant en chef Khalifa Haftar. La chambre des représentants et l’Armée nationale libyenne ont pu compter sur le soutien des Émirats arabes unis, dont un soutien militaire lorsque la ville d’Abou Dhabi a commencé à bombarder, l’année dernière, les lieux occupés par l’alliance « Aube de la Libye » à Tripoli.

Officiellement, Bernardino Leon tentait de négocier un accord de paix entre la Chambre des représentants et le Congrès général national, avec comme objectif de former un gouvernement d’unité et de mettre un terme à une guerre civile qui ravage le pays, ayant entraîné la mort de plus de 4 000 personnes en 18 mois. Néanmoins, dans son e-mail envoyé à Abdullah bin Zayed, l’envoyé des Nations unies déclare, explicitement, qu’une conférence de paix, où les deux parties impliquées dans le conflit sont traitées avec équité, est, selon lui, la pire chose qui puisse arriver pour la Libye. « C’est…une mauvaise option… comme vous [Abdullah bin Zayed] l’avez très justement souligné, dans la mesure où cela mettrait les deux parties sur un pied d’égalité », a-t-il écrit, ajoutant que cela court-circuiterait les actions « légitimes » de la Chambre des représentants. Bernardino Leon souhaitait, comme il l’a mentionné dans l’e-mail, réconcilier Haftar avec les milices de Misrata et faire « disparaître » le Congrès général national sous l’emprise des Frères musulmans. La Chambre des représentants est reconnue par la communauté internationale comme le parlement légitime de la Libye. Cela n’est pas du tout le cas à l’échelle nationale. La Cour suprême, qui se situe dans la ville de Tripoli contrôlée par l’alliance « Aube de la Libye », a rendu un jugement en novembre, l’année dernière, invalidant ainsi la Chambre des représentants. Le Congrès général national reconstitué est dominé par des membres du Parti de la Justice et de la Construction, la branche libyenne des Frères musulmans. Les Émirats arabes unis ont désigné les Frères musulmans comme organisation terroriste, au mois de novembre dernier, et ont activement traqué le groupe sur le territoire libyen, mais également en dehors des frontières du pays et ce, depuis 2011, sous le commandement du Prince d’Abou Dhabi, Mohammed bin Zayed al-Nahyan. Afin d’éviter une conférence de presse où les participants seraient traités avec équité, Bernardino Leon a dit au ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis qu’il avait mis au point une « stratégie, qui allait fonctionner à coup sûr, et délégitimer complètement le Congrès général national ». Son plan était d’unir la Chambre des représentants, affaiblie a l’époque du fait de querelles internes, et d’obtenir le soutien international pour Khalifa Haftar, tout en préparant en même temps la « disparition » du Congrès général national en étudiant la possibilité que les politiciens « modérés » de Misrata soient prêts à dissoudre le parlement installé à Tripoli. « Je peux faciliter et contrôler le processus dans la mesure où je suis sur place. »

Rôle de médiateur de l’ONU remis en cause

Près d’un an après l’envoi de cet e-mail, le processus de paix géré par l’ONU n’apporte pas les résultats escomptés. En septembre dernier, Bernardino Leon a annoncé que le plan de paix pour la Libye avait été finalisé et qu’un projet d’accord allait être étudié par les différentes parties. Court-circuitant efficacement les activités du Congrès général national, en le reléguant au rôle de conseiller et en limitant son pouvoir décisionnaire, Tripoli a rejeté l’accord. Les avis étaient mitigés quant à la décision du Parlement de Tobrouk d’accepter ou non le projet d’accord, car le parlement subissait une pression croissante dans la mesure où son mandat initial prenait fin le 20 octobre.

La proposition a réuni des manifestants des deux parties dans les rues de Libye, avec l’organisation d’une manifestation pacifique à Benghazi, au cours de laquelle six personnes ont été tuées et neuf autres blessées lorsque des missiles ont été tirés sur les milliers de personnes présentes. Les participants et les observateurs proches du processus de négociation ont dit à Middle East Eye, jeudi, qu’ils n’étaient pas surpris par les révélations relatives à Bernardino Leon et aux liens entretenus par ce dernier avec les Émirats arabes unis. « Il ne s’agit pas d’un fait nouveau. Il convient néanmoins de se demander pourquoi cela n’éclate au grand jour que maintenant, juste avant son départ et juste avant qu’une autre personne occupe son poste », a dit Mohammed Abdul Malik, le porte-parole européen du Parti de la Justice et de la Construction dirigé par les Frères musulmans. « Je suis plus que confiant quant au fait que cette affaire ne s’arrête pas là », a dit Mohamed Eljarh, chercheur universitaire libyen et activiste à Tobrouk au sujet des e-mails. « Il y a bien plus que cela. Il existe de nombreux autres éléments émanant d’autres personnes influentes qui compliquent le problème libyen, alors que ce dernier ne devrait pas être aussi compliqué. » Mohamed Eljarh a expliqué que de nombreuses hypothèses ont circulé quant au fait que d’autres pays ont tenté d’influencer les individus concernés, tout comme un grand nombre de multinationales. Après avoir été contacté par Middle East Eye, un porte-parole de l’ONU a refusé de répondre lorsqu’il lui a été demandé si le Secrétaire général Ban Ki Moon avait connaissance des échanges de Bernardino Leon avec les Émirats arabes unis. « La seule chose que je puisse dire est que le Secrétaire général souhaite que tous les envoyés spéciaux se concentrent sur leurs fonctions actuelles », a dit un porte-parole. « Le Secrétaire général est sensible au travail de Mr Leon et les progrès réalisés quant au processus de paix sont éloquents. » L’e-mail soulève de nombreuses questions et pas uniquement celle de connaître les éléments dont l’ONU avaient connaissance. Il convient de savoir quand cela s’est passé, mais également de savoir quel a été le rôle de l’agence – ainsi que celui de la communauté internationale – dans le processus de médiation de la paix en Libye. « Au-delà du fait qu’il s’agisse d’un choix personnel de Bernardino Leon, je pense qu’il est vraiment problématique pour l’ONU qu’il soit possible, institutionnellement parlant, d’être nommé à un tel poste avec un parti directement impliqué », a dit Kristina Kausch, chef de la recherche en Europe et au Moyen-Orient du think thank FRIDE situé à Madrid, en faisant référence au nouveau poste occupé par Bernardino Leon en tant que Directeur de l’Académie diplomatique émiratie. D’après Mohamed Eljrah, les Libyens vont se demander s’ils peuvent faire confiance au remplaçant de Bernardino Leon, Martin Kobler, dont le nom a été communiqué à la fin du mois dernier. « De nombreuses personnes vont également se demander si la nomination de Martin Kobler a eu lieu dans les règles. Peut-être que quelqu’un a déjà pris contact avec lui… peut-être que quelqu’un essaie déjà de le manipuler Kobler. » Mohammed Abdul Malik reconnait que Martin Kobler dispose au moins d’un conseiller de haut rang de Jordanie qu’il juge préoccupant. « La Jordanie est un autre pays touché par la corruption », explique-t-il. « Nous souhaiterions être représentés par une personne originaire d’un pays reconnu pour sa neutralité tout en étant consciente de la situation chaotique dans laquelle nous nous trouvons. Peut-être une personne originaire de Finlande ou d’Irlande n’ayant aucun lien économique avec la Libye. » D’après lui, l’une des erreurs de Bernardino Leon fut d’empêcher toute réunion des deux parties impliquées et de limiter le dialogue et les échanges en face à face, mais les deux parties se sont réunies séparément. « Les choses se déroulent bien et je pense que, grâce au travail accompli par Bernardino Leon, nous pourrons bientôt nous appuyer sur une proposition ou un accord solide », explique Mohammed Abdul Malik. « Nous serons probablement en désaccord avec certains points, mais je pense que cela représentera une base solide sur laquelle nous pourrons travailler… sur laquelle nous pourrons construire des projets et améliorer ce qui est vraiment important. Tout recommencer, ce serait terrible. »

Dania Akkad et Rori Donaghy | 6 novembre 2015
Traduction de l’anglais (original) par STiiL Agency.
Source : MEE

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Fatiha Talahite: «L’Algérie a beaucoup à gagner avec la Chine»


fatiha_talahitFatiha Talahite, universitaire et chercheuse au CNRS, au Temps d’Algérie : «L’Algérie a beaucoup à gagner avec la Chine»

23/10/2015

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Entre la Tunisie et la Libye, le mur de la discorde


Entre la Tunisie et la Libye, le mur de la discorde

C’est un bourrelet de terre ocre qui ourle l’horizon. Le remblai encore meuble dit la fraîcheur de la tranchée. On ne peut s’en approcher de trop près, car l’endroit a été déclaré « zone militaire fermée ». Mais l’entaille éventrant la lande piquée de buissons secs est clairement visible. À Ras Jedir, dernier poste tunisien avant le littoral de la Libye, la frontière connaît depuis quelques semaines une activité inhabituelle, celle des pelleteuses. La Tunisie a décidé de creuser une tranchée emplie d’eau salée et surmontée d’une hauteur de sable afin de se protéger des périls de la Libye. Voué à s’étaler sur 168 kilomètres — sur les 520 kilomètres de frontière commune —, le mur marque une rupture dans l’histoire de cette zone tuniso-libyenne perméable ouverte à tous les trafics.

Offensives terroristes

Tunis s’y est résolu au lendemain de l’assaut djihadiste du 28 juin contre la station balnéaire d’El Kantaoui, près de Sousse, où 38 touristes étrangers ont trouvé la mort. Le tueur, un jeune Tunisien, avait été formé dans un camp en Libye, selon les autorités tunisiennes. Tout comme les deux auteurs de l’attaque du musée du Bardo à Tunis, le 18 mars, qui coûta la vie à 21 visiteurs étrangers. Face à cette offensive terroriste sans précédent visant l’un des piliers de son économie — le tourisme —, Tunis prétend s’attaquer à la porosité de sa frontière avec la Libye, tenue pour la source du mal.

L’affaire est très sensible. Les autorités libyennes de Tripoli en prennent ombrage, dénonçant une « décision unilatérale ». Et la grogne couve au sein des populations frontalières vivant de la contrebande. Signe de son embarras, le gouvernement tunisien évite d’ailleurs d’user du terme de « mur ». Il lui préfère l’euphémisme d’« obstacle ». Mur ou obstacle, le nouveau visage de la frontière tuniso-libyenne est lourd d’une aigre controverse.

À une centaine de kilomètres de Ras Jedir, la ville tunisienne de Médénine, siège du gouvernorat éponyme qui borde la partie septentrionale de la frontière, bruit déjà des échos de la discorde. Ce jour-là, une délégation libyenne était de passage dans la cité. Elle était venue explorer les possibilités d’intégrer davantage les deux parties de la frontière. L’affaire du mur ne pouvait tomber plus mal. « Pourquoi ériger ce mur alors qu’il s’est écroulé entre les deux Allemagnes et qu’il n’y a plus de frontières en Europe ? », interroge Salim Grira Mzioui, un élu du conseil local de Wazen, village libyen jouxtant la frontière. « Cela va poser des difficultés insurmontables, gronde-t-il. Il y a des fermiers qui cultivent des terres des deux côtés, il y a aussi des troupeaux de chameaux qui font le va-et-vient. »

Contrebande menacée

À l’en croire, le mur va briser les traditions ancestrales de communautés frontalières ayant jusque-là ignoré ce tracé d’État tranchant artificiellement dans des tribus entières. « On va diviser un seul peuple », abonde Adel Arjoun, un patron d’hôtel tunisien de Médénine.

À Médénine ou à Ben Gardane, la ville la plus proche de la frontière, on trouve bien sûr des partisans du mur. « Le gouvernement tunisien a le droit de protéger ses frontières pour des raisons de sécurité nationale, mais il doit faire comprendre aux gens que le mur n’est pas dirigé contre eux », affirme Saïd Lamloun, avocat et représentant de la Ligue tunisienne des droits de l’homme à Ben Gardane. Tâche éminemment délicate. Le travail de pédagogie s’annonce laborieux, tant est profonde la suspicion de ces régions frontalières à l’égard d’un gouvernement central accusé d’indifférence.

Négligées par des décennies de stratégie économique ayant privilégié le littoral, les populations de la Tunisie intérieure ont survécu grâce à la contrebande avec la Libye à l’est ou l’Algérie à l’ouest. Avec une essence libyenne achetée à la frontière plus de deux fois moins chère que son prix à la pompe en Tunisie, le trafic peut s’avérer juteux. Il suffit de voir ces étals de bidons, stations-service de fortune, disposés tous les cent mètres sur les routes de la région pour s’en convaincre. Un bout de tuyau et le réservoir du véhicule s’emplit à des tarifs battant toute concurrence.

« Ce mur, c’est contre nous, contre notre population, contre notre nourriture, contre le Sud tunisien », tonne Moncef Ali (le nom a été modifié). Regard sévère, le commerçant du bazar de Médénine est assis sur un tabouret entouré d’articles textiles importés de Chine, d’Inde ou de Turquie. Ils sont tous passés en contrebande via la Libye voisine. « Le gouvernement de Tunis punit le Sud pour des histoires de terroristes qui n’ont rien à voir avec nous », enchaîne-t-il dans une lamentation révélatrice du complexe victimaire répandu dans la Tunisie de l’intérieur.

« La contrebande, c’est notre nourriture, Tunis veut tuer le Sud », surenchérit son employé Walid (nom également modifié), un diplômé en techniques de forage pétrolier au chômage. À écouter les griefs du bazar de Médénine, on mesure l’hostilité populaire qui fermente contre le mur en construction. Pour l’instant, aucun incident sérieux n’a éclaté. Pour combien de temps ? « Quand le mur sera achevé, la région va brûler », anticipe Moncef Ali.

Conséquences

Là est l’inquiétude. Tunis est en butte à une alternative douloureuse : l’infiltration terroriste à travers une frontière poreuse ou l’instabilité sociale nourrie par une frontière étanche bridant la contrebande. Après avoir longtemps donné la priorité à la stabilité sociale — en fermant les yeux sur la contrebande —, le gouvernement s’éveille depuis peu à l’impératif sécuritaire, au risque de fragiliser l’économie parallèle de la frontière. En début d’année, des troubles avaient éclaté à Ben Gardane et, plus au sud, à Dehiba, en raison d’une taxe de sortie imposée aux Libyens quittant la Tunisie, une mesure qui avait pénalisé les échanges frontaliers.

Avec l’apparition de ce mur, le spectre de nouveaux incidents plane à nouveau entre Ben Gardane et Médénine. Et ressurgit du coup la crainte de voir le ressentiment de la population instrumentalisé par les milices libyennes régnant de l’autre côté de la frontière. « Il y aura des représailles libyennes, c’est sûr », s’alarme le patron hôtelier Adel Arjoun. La question est éminemment stratégique.

À Médénine, certains officiels relativisent toutefois le risque. « Oui, les milices libyennes vivant de la contrebande peuvent chercher à nourrir une agitation à la frontière pour adresser un message à Tunis, décode un officier de police. Mais cela n’ira pas trop loin, car les Libyens de la Tripolitaine [région occidentale jouxtant la Tunisie] ont davantage besoin de la Tunisie que la Tunisie n’a besoin de la Libye. » Soit. Mais il existe au sein de la Tunisie des régions — les zones frontalières de l’Est — qui ont davantage besoin de la Libye que de Tunis. Dès lors, un mur, c’est forcément une méchante discorde.

Par Frédéric Bobin, Ras Jedir (frontière tuniso-libyenne) Envoyé spécial du journal Le Monde

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Les stars rendent hommage aux victimes de l’attentat du Bardo


Les stars rendent hommage aux victimes de l'attentat du Bardo

Hier, à Tunis, 22 personnes ont trouvé la mort dans une attaque terro­riste. Certaines célé­bri­tés françaises ont trouvé les mots pour expri­mer leur tris­tesse. De Cyril Hanouna à Bertrand Dela­noë, l’heure est au recueille­ment.

Ils sont nombreux, d’ori­gine tuni­sienne ou non, à s’ex­pri­mer aujourd’­hui sur les réseaux sociaux pour présen­ter leurs condo­léances aux Tuni­siens. Hier, au musée du Bardo (adossé au Parle­ment), deux hommes armés ont attaqué les visi­teurs. 22 personnes y ont trouvé la mort. Parmi eux, 17 touristes. Selon les auto­ri­tés tuni­siennes, il s’agi­rait d’Ita­liens, de Colom­biens, de Japo­nais, deux Français, ainsi que d’un Polo­nais, un Austra­lien et une Espa­gnole. Un coup dur pour ce pays, dont le tourisme est l’une des prin­ci­pales ressources, mais aussi un  drame qui nous évoque celui vécu à Paris en janvier dernier.

Via le hash­tag “je passe­rai mes vacances en Tuni­sie”, ou encore “je suis Tuni­sen”, une vague de réac­tions a envahi les réseaux sociaux. Parmi les anonymes, les person­na­li­tés ont fait entendre leur voix et leur soutien. A l’instar de Cyril Hanouna, d’ori­gine tuni­sienne. “Après ce prime, je pense fort aux Tuni­siens. Je suis de tout cœur avec vous dans ce moment diffi­cile.”

Autre star origi­naire de Tuni­sie, Michel Bouje­nah. “Je suis très triste pour la Tuni­sie” a-t-il confié sur Twit­ter. Avant de s’expri­mer sur le plateau de l’émis­sion d’Ales­san­dra Sublet, Un soir à la tour Eiffel. “C’est ma terre natale. J’ai des amis d’en­fance. (…) C’est un grand peuple. Les gens sont si heureux. C’est horrible ce qu’il se passe. Mais ils ont toujours le sourire. Le sourire est une arme contre la peur. (…) Il faut y aller, il ne faut pas lais­ser tomber les Tuni­siens”.

Bertrand Dela­noë, ancien maire de Paris né à Tunis, a grandi à Bizerte, une ville du nord du pays et s’est lui aussi exprimé sur Twit­ter. “Je suis bouleversé par cette attaque terroriste. Je pense aux victimes, à leurs familles, au peuple tuni­sien que nous devons soutenir. Nous devons être unis contre le terro­risme, ses idées nauséa­bondes et ses crimes.”

L’anima­trice de radio France Bleu native de Tunis, Daniela Lumbroso, est elle aussi choquée. “Très touchée par les témoi­gnages de Tuni­sie que j’entends ce matin à la radio”, a-t-elle à son tour tweeté. Suivi du hash­tag “Ana Tounsi”, en français: “je suis Tuni­sienne”.  

Mais pas besoin d’être Tuni­sien pour rendre hommage aux victimes et à leurs familles. Audrey Pulvar de son côté, fait appel à la soli­da­rité inter­na­tio­nale. “L’esprit du 11 janvier pour la Tuni­sie? Marche de chefs d’États et de gouver­ne­ments? Soli­da­rité inter­na­tio­nale pour les Tuni­siens et les victimes étrangères.”

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Edito: Tu(e)nisie par Kamel Daoued


Edito: Tu(e)nisie par Kamel Daoued

La Tunisie est un symbole. La formule est épuisée depuis les grands enthousiasmes des « printemps arabes », mais elle reste vraie: ce pays a réinventé la révolution après les décolonisations, il a dégagé un dictateur mais aussi un chemin entre islamistes et démocrates. Ce pays est le seul, dans le monde dit « arabe » qui ne subit pas le diktat « maquereau » d’une armée qui décide de qui sera président ou mendiant, ni la malédiction d’une rente pétrolière maudite et c’est le seul où un président est élu, vraiment.

On appelle cela une démocratie et la Tunisie en est le seul exemple encore prometteur dans ce monde « arabe » piégé. L’économie de ce pays dépend de ses efforts, ses « services », son tourisme, son savoir-faire, ses classes moyennes, ses élites et non pas de ses puits et des dons de Dieu. L’échec des « printemps » dans des pays comme la Syrie ou la Libye a fait les gorges chaudes des régimes arabes survivants et la Tunisie est le seul cas qui prouve qu’il y a une vie sur la planète d’Allah et que la démocratie est possible et pas culturellement incompatible avec l’arabité.

Tunis est le vrai coeur du monde dit « arabe », n’en déplaise au Caire du panarabisme ou à l’Alger des décolonisations épuisées. C’est donc au coeur que les jihadistes ont frappé hier : un attentat dans un lieu de culture (ces musées que Daech détruit à coups de marteaux), tuant des touristes (sources de l’économie tunisienne), à coté d’un parlement (lieu de la démocratie fragile) où devaient être votées des lois antiterroristes efficaces. C’est un attentat de « sniper ».

Il vise, on l’aura compris, l’économie, la démocratie et toute une nation. Cela fait cliché de le répéter mais c’est de cela qu’il s’agit. Aujourd’hui ce pays est soumis au baptême funeste du « grand attentat » et il devra y faire face. Et un jour, il y a quatre ans, ce pays a offert le beau spectacle d’un éveil qui a provoqué des ferveurs dans le monde. Beaucoup ont souhaité, le 14 janvier 2011, être tunisiens. Aujourd’hui, il faut l’être, justement.

Édito de Kamel Daoued paru dans Libé de ce jeudi 19 mars 2015

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Les actes islamophobes se multiplient partout en France


Depuis l’attentat meurtrier perpétré contre Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier au matin, les actes islamophobes se sont multipliés. Voici une liste détaillant plus d’une douzaine d’actes islamophobes qui se sont déroulés un peu partout en France depuis mercredi 7 janvier.

Des coups de feu contre une salle de prière

Plusieurs coups de feu ont été tirés sur une salle de prière musulmane de Saint-Juéry près d’Albi dans le Tarn, selon France 3 Tarn, qui s’est rendu sur place. La chaîne précise que les faits se sont certainement déroulés dans la nuit de jeudi à vendredi, sans faire de blessés. 

Source: France 3 Tarn

Profanations nazies d’une mosquée en construction à Liévin

Une inscription disant «Charlie est vivant», des croix gammées, des slogans nazis et une tête de cochon ont été découverts vendredi matin par des ouvriers du chantier de la mosquée de Liévin dans le Pas-de-Calais. Une enquête a été mise en place par la police scientifique.

Source: La Voix du Nord

Une mosquée taguée à Rennes

Toujours en construction sur la route de Vezin près de Rennes, une mosquée a été taguée dans la nuit de jeudi à vendredi d’un message en breton signifiant «Arabes dehors!», découvert vers 4 heures du matin par la police. Des responsables du lieu de cultes ont depuis recouvert l’inscription et ont appelé à participer à la marche républicaine organisée dimanche 11 janvier à 15h.

Source: Le Télégramme

Un tag raciste sur la palissade du chantier de la mosquée à Béthune

Un graffiti «Dehors les Arabes» a été peint à la bombe noire sur des palissades de la mosquée actuellement en construction à Béthune dans le Pas-de-Calais. Un dessin ressemblant à une tête de cochon a également été tagué à côté du message. 
Source: La Voix du Nord

Vandalisme sur les murs d’une mosquée de Bayonne

La mosquée de Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques, et ses alentours, ont été recouverts de plusieurs tags faisant une référence directe à l’attaque de Charlie Hebdo. Les mots «charliberté», «assassins» et «sales arabes» ont été inscrits à la bombe jaune sur le portail de la mosquée, sur une poubelle et un mur voisin.
Source: Sud-Ouest

Une tête de sanglier accrochée à la porte d’une mosquée en Corse

A Corte en Corse, des membres de la communauté musulmane de la ville ont découvert sur la porte de leur mosquée, alors qu’ils arrivaient pour la prière de 6h30, des viscères ainsi qu’une tête de sanglier. Une lettre a également été retrouvée, depuis mise sous scellée par la police.

Source: Corse Matin

Un lycéen agressé en marge de la minute de silence

Jeudi, aux alentours de 12h00, un jeune homme de 17 ans d’origine maghrébine a été victime d’une agression près du lycée de l’Oiselet à Bourgoin-Jallieu en Isère. Après avoir subi plusieurs insultes racistes, quatre à cinq jeunes l’ont plaqué contre une voiture pour le rouer de coup de pied et de poing. La victime a porté plainte et une enquête a été ouverte.

Source: Le Dauphiné

Explosion dans un kebab de Villefranche-sur-Saône

Jeudi vers 6 heures du matin, une explosion a fait voler en éclat la vitrine d’un restaurant kebab installée près d’une mosquée de Villefranche-sur-Saône dans le Rhône. Ce restaurant «géré de manière indépendante […] par des personnes proches de la mosquée» est fréquenté par «des personnes qui fréquentent le lieu de culte mais aussi d’autres personnes», a précisé 

au Progrès Bernard Perrut, le maire de la ville.

Source: Le Progrès

Une mosquée du Mans visée par des grenades d’exercice et par un tir

La mosquée des Sablons au Mans (Sarthe) a été la cible dans la nuit de mercredi à jeudi de lancers de quatre grenades à plâtre, dont deux ont explosé, et par un tir. Une fenêtre montre l’impact de la balle, qui a fini sa trajectoire dans une des cloisons du bâtiment. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll s’est rendu sur place dans l’après-midi, mais aucune arrestation n’a eu lieu pour l’instant.

Source: Le Maine Libre

La mosquée de Bischwiller taguée

Le message «Ich Bin Charlie» a été tagué sur le mur d’une mosquée en construction à Bischwiller en Alsace. Le bâtiment a déjà été la cible de vandalisme et devait bientôt ouvrir au public. La mairie a décidé d’installer des lampadaires et des caméras de vidéosurveillance autour du bâtiment. 
Source: Dernières Nouvelles d’Alsace

Un homme s’excuse après un graffiti haineux sur une mosquée

Un message «Mort aux Arabes» a été tagué par un Poitevin de 38 ans sur le grand portail de la mosquée de Poitiers. Le procureur de la République Nicolas Jacquet a indiqué à la Nouvelle République que le responsable du graffiti  a «vu à la télé ce qui s’était passé à Paris. Il dit avoir été bouleversé. Il est alcoolisé. Il présentait au moment de son interpellation un taux de 1,76 g d’alcool dans le sang.»
Source: La Nouvelle République

Des coups de feu contre une salle de prière à Port-la-Nouvelle

Mercredi en début de soirée, des coups de feu ont été tirés contre une salle de prière de Port-la-Nouvelle dans l’Aude. Vide au moment des faits, la salle accueille en moyenne une quarantaine de fidèles, et n’indique que «lieu culturel nouvellois» sur sa boîte aux lettres. «Un individu a tiré à deux reprises sur la porte brisant une vitre avec une arme de faible calibre et de petit plomb (probablement un pistolet à grenaille)», a indiqué à Midi Libre le procureur de la République de Narbonne, David Charmatz. 
Source: Le Maine Libre

Des coups de feu contre la voiture d’une famille musulmane

Trois coups de feu ont été tirés contre une voiture garée dans le parking d’un lotissement de Caromb dans le Vaucluse. La famille possédant la voiture, de confession musulmane, n’a pas été blessée. «Aucun lien n’est établi avec les évènements de mercredi», a assuré de son côté Yves Badorc, le procureur de Carpentras, et selon qui l’enquête de la police s’oriente vers d’autres pistes.
Source: Le Dauphiné

Attention aux informations non vérifiées

Des circonstances encore floues qui poussent à souligner le fait que dans ce climat tendu, l’emballement médiatique a parfois trop vite laissé croire que des accidents étaient en fait des actes islamophobes, et inversement. C’est le cas à la mosquée d’Aix-les-Bains, où un incendie s’est déclaré dans la nuit de jeudi à vendredi. La mairie et la préfecture de Savoie avaient d’abord déclaré qu’il s’agissait d’un court-circuit dans une boîte électrique pour mettre fin aux rumeurs d’acte terroriste. Mais dans l’après-midi, le procureur de Chambéry, Thierry Dran, est revenu sur sa parole et a «plutôt insisté sur l’origine criminelle, indique France 3 Alpes. Des vitres auraient été cassées et une forte odeur d’essence régnait dans les locaux.» Le rapport de la police scientifique en dira plus.
Source: France 3 Alpes

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Pourquoi Moncef Marzouki va-t-il être battu ?


Pourquoi Moncef Marzouki va-t-il être battu

Pourquoi Moncef Marzouki va-t-il être battu

Je fais une lecture très positive du résultat des dernières élections législatives. Le paysage politique partisan a enfin commencé à se clarifier et s’équilibrer. C’est une bonne chose pour tout le monde. C’est une bonne chose pour Enahdha, qui ne peut plus se laisser aller à ses penchants hégémoniques. C’est une bonne chose pour Nidaa Tounes qui, même s’il est arrivé en tête et même s’il le voulait, ne pourrait pas se permettre de reproduire les pratiques d’exclusion de l’ancien régime.

Et j’ajouterai, paradoxalement, que c’est une bonne chose pour l’avenir du mouvement démocratique. L’effondrement électoral des partis se réclamant de ce mouvement ne marque pas la mort d’un idéal ; il annonce au contraire que la voie est maintenant libérée pour construire une alternative politique mature, capable de transcender les clivages identitaires.

Tels sont selon moi les acquis, effectifs ou potentiels, dégagés par le scrutin du 26 octobre. Dans cette optique, l’élection présidentielle ne présente qu’un intérêt mineur, dans la mesure où le mode de gouvernement est devenu essentiellement parlementaire. La bataille principale a déjà eu lieu et a livré son verdict. Cette nouvelle élection constitue cependant un moment de vérité, et il est important de l’apprécier à la lumière de la perspective qui vient d’être dessinée.

La question qui se pose est la suivante : la campagne présidentielle va-t-elle confirmer ou infirmer la tendance à la stabilité et à l’apaisement ? Va-t-elle constituer une étape supplémentaire dans la normalisation politique ou, au contraire, marquer un brutal retour en arrière ?

Pourquoi Moncef Marzouki va-t-il être battu

Pourquoi Moncef Marzouki va-t-il être battu

A première vue, la qualification de Moncef Marzouki au deuxième tour semble signifier que l’affaire est mal engagée. Mais il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. L’espèce d’agressivité frénétique dans laquelle le candidat sortant s’est jeté, en en espérant une victoire électorale, n’a aucune chance de succès. Pour une raison très simple : le jeu politique est déterminé par ses acteurs principaux, et lui n’est qu’un second couteau. La logique d’une élection présidentielle à deux tours obéit à des règles élémentaires, que l’on peut ramener à la formule suivante : au premier tour, on se démarque, on se différencie, on mobilise d’abord son camp ; au deuxième tour, on adopte un discours d’ouverture et d’unité, pour rassembler au-delà de ses partisans et réunir une majorité. Etudions les possibilités objectives de Moncef Marzouki par rapport à la mise en œuvre de ces principes de base.

Chacun sait qu’il ne s’est qualifié qu’en réactivant à son profit la bipolarisation. Il a pu ainsi mobiliser l’électorat du CPR, son propre parti, celui du Tayyar, une scission du CPR, et celui d’Ennahdha. Ces trois formations réunies avaient totalisé 1.085.768 voix aux législatives. Moncef Marzouki a réalisé 1.092.418 voix au premier tour de la présidentielle. Sa rhétorique d’affrontement lui a donc permis de rassembler l’essentiel du potentiel électoral de « son » camp.

Pour espérer obtenir une majorité de suffrages et l’emporter au second tour, il lui faut changer de registre, ratisser plus large, s’ouvrir notamment aux courants démocratiques et progressistes – bref : passer d’une logique d’attaque bloc contre bloc à une logique d’entente et de réconciliation. Peut-il le faire ? Il suffit de poser la question pour connaître la réponse.

Moncef Marzouki est incapable d’opérer pareille mutation, parce qu’il est pris dans une contradiction insurmontable : d’une part, il s’est trop discrédité depuis trois ans aux yeux de l’électorat non islamiste pour le séduire aujourd’hui uniquement en pacifiant son discours ; d’autre part, et dans l’hypothèse où il abandonne sa phraséologie guerrière, il est sûr de perdre une grande partie des soutiens collectés au premier tour, qui l’avaient appuyé en raison précisément de son extrémisme verbal.

De fait, la seule issue disponible devant lui, c’est la poursuite de la fuite en avant, la radicalisation encore plus outrancière de son discours sectaire, la surenchère dans la fitna. Un discours où il ciblerait, en désespoir de cause, non pas les électeurs des candidats non qualifiés au second tour, mais les abstentionnistes du premier tour, pour les convaincre de venir voter le 21 décembre. Une attitude qui ne lui apportera pas grand-chose au bout du compte, mais qui fera monter la tension et la violence dans le pays. C’est ce que l’on appelle la politique de la terre brûlée – une sortie de scène bien peu glorieuse pour quelqu’un qui se réclamait naguère des droits de l’homme.

En face, malgré plusieurs handicaps, le candidat Beji Caïd Essebsi paraît capable de rassembler beaucoup plus que son électorat partisan (1.279.941 voix pour Nidaa Tounes aux législatives, 1.289.384 voix pour BCE à la première manche des présidentielles). Il semble certain, en effet, qu’une grande majorité des voix recueillies par le Front populaire (255.529), l’UPL (181.407) et Afek Tounes (102.916) se reporteront sans états d’âme sur lui au second tour, selon une proportion d’environ deux sur trois. Il n’est pas même exclu que les supporters du Courant de l’amour (sic !) de Hechmi Hamdi (187.923 voix) se joignent à eux.

Au total, BCE bénéficiera d’un différentiel de voix considérable et l’emportera avec un écart tel qu’il ne souffrira aucune contestation. En conséquence, on peut estimer que la défaite de Moncef Marzouki est d’ores et déjà inscrite dans les chiffres. Mais il y a encore un autre facteur à prendre en compte, qui pourrait transformer la défaite en déroute. Les Tunisiens se doutent que ce ne sont pas le CPR (72.942 voix aux législatives) ni le Tayyar (65.792) qui ont porté Moncef Marzouki au second tour, mais Ennahdha (947.034).

Engagés dans une négociation musclée avec Nidaa Tounes à propos des conditions de leur cohabitation dans le système de pouvoir à mettre en place durant le prochain quinquennat, les islamistes ne tenaient pas à ce que BCE passe dès le premier tour, parce que cela les aurait privés d’une carte maîtresse dans le rapport de force qu’ils voulaient instituer.

Or, le dimanche 23 novembre, à la mi-journée, c’est ce scénario qui était en train de s’imposer. C’est alors que furent données les consignes appelant à aller voter massivement en faveur du candidat sortant, avec le résultat que l’on connaît. Mais cette décision du parti Ennahdha était purement tactique, uniquement valable dans le contexte du premier tour.

L’enjeu est totalement différent pour le second tour. Enahdha ne se hasardera pas à pousser le bras de fer jusqu’à la rupture. Les dirigeants islamistes n’ignorent pas les contraintes intérieures et extérieures qui pèsent sur eux. Ils savent que ces contraintes les condamnent à suivre une ligne de prudence et de modération et à rechercher des solutions de compromis raisonnables avec Nidaa Tounes et BCE, qui détiennent dorénavant les principaux leviers de commande.

Dans cette optique, il n’y a aucune place pour l’actuel locataire du palais de Carthage. Ceux qui spéculent sur le fait que la direction d’Ennahdha soit aujourd’hui débordée  par ses militants se trompent grossièrement. Certes, cette direction est minée par des divergences internes et elle n’exerce plus un contrôle absolu sur la totalité de ses troupes et de ses clientèles – mais elle garde toujours une autorité incontestée sur ce qui constitue la base de masse du mouvement.

En d’autres mots, le patron d’Ennahdha est Rached Ghannouchi ; il n’est pas et ne sera jamais Moncef Marzouki, quoi qu’il fasse ou ferait pour donner le change. Que va-t-il alors se passer durant cette campagne du deuxième tour ? On l’imagine sans peine. Les vrais partis, comme les vrais Etats, n’ont ni amitié ni alliance permanentes, ils n’ont que des intérêts.

Déjà au premier tour, les islamistes avaient lâché un nombre élevé d’« amis » et d’« alliés » – Mustapha Ben Jaafar, Nejib Chebbi, Kamel Morjane, Mohamed Frikha, Hamouda Ben Slama, Abderrahim Zouari, etc. –, dont ils avaient encouragé ou suscité la candidature, pour tuer dans l’œuf tout projet de constitution d’un troisième axe qui serait venu perturber le tête-à-tête bipolaire. Le 21 décembre, ce sera au tour du dernier « ami » et « allié » d’être abandonné au milieu du gué.

Plusieurs signes indiquent que le lâchage a déjà commencé. On peut parier qu’il ira en s’amplifiant. Au final, Moncef Marzouki se retrouvera livré à lui-même. Il sera battu et bien battu. Et il passera à la trappe, comme ses anciens compagnons piteusement  éliminés au premier tour. Sauf que sa chute sera sans doute plus douloureuse que la leur, car il tombera de plus haut.

Par Aziz Krichen/11 décembre 2014

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Tunisie : les incorruptibles


Tunisie : les incorruptibles

Tunisie : les incorruptibles

Les embûches n’ont pas eu raison de l’obstination de ces mercenaires de la transparence. Voyez Emna Chebâane. Armée de son appareil photo, cette jeune femme de 22 ans ne dispose que de trente secondes. Trente secondes pour prendre en rafale, image par image, lors qu’un vote est ouvert, les députés présents qui peuvent s’exprimer avec leur carte électronique depuis n’importe quelle place dans l’Hémicycle, voire à main levée.

Patiemment, Emna « recolle » ensuite chaque nom avec les points verts ou rouges qui se sont allumés un bref instant sur le tableau derrière le perchoir. Une dernière validation vidéo, et la liste nominative des votes peut être rendue publique. « Emna est capable de reconnaître n’importe quel député rien que par ses mains!», pouffe Amira Yahyaoui, 29 ans, présidente d’Al- Bawsala (la boussole). Depuis dix-huit mois, cette ONG s’est installée sans rien demander à personne au coeur de l’Assemblée nationale constituante (ANC) tunisienne, formée au lendemain des premières élections libres, le 23 octobre 2011, après la chute du régime de Zine El-Abidine Ben Ali.

Témoins privilégiés de la transition tunisienne, ils ont entre 22 et 32 ans. Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale constituante, rien ne leur échappe. Absentéisme des députés,vrais-faux débats: l’ONG Al-Bawsala remet les pendules à l’heure

Aucune commission, aucun débat, aucun vote ne lui échappe. Des empoignades sur la future Constitution aux discussions sur le projet de loi très sensible relatif à la justice transitionnelle qui se sont ouvertes vendredi 13 décembre, tout est immédiatement tweeté, puis décrypté sur le site Marsad.tn («l’observatoire ») développé par Al-Bawsala. L’Assemblée de Tunis, elle, ne livre aucun compte rendu public des es débats.Une expérience unique menée par sept jeunes incorruptibles et déterminés, sept témoins privilégiés de la transition tunisienne.

bawsalaLe site Bawsala

Amira Yahyaoui, blogueuse, était à Paris, sans papiers depuis cinq ans, quand le soulèvement tunisien a éclaté. Fille du juge Mokhtar Yahyaoui, révoqué en juillet 2001 après avoir écrit une lettre ouverte à l’ancien président Ben Ali pour dénoncer le manque d’indépendance de la justice, cette jeune femme est aussi la cousine de Zouhair Yahyaoui, cyber dissident réputé, mort d’une crise cardiaque en mars 2005 à 37 ans, alors qu’il sortait des geôles de l’ancien régime, où il avait subi torture et privations. Amira, de retour à Tunis dès le 17 janvier 2011, est aussi têtue. Sa première idée, sitôt passées les élections d’octobre 2011, a été d’organiser «un contre pouvoir ».

Après dix-huit mois d’observation tourmentée, Amira Yahyaoui se dit déçue par l’élite tunisienne dont elle est elle-même issue.

Selim Kharrat, 32 ans, ex-blogueur censuré, diplômé en économie, a quitté le poste de consultant qu’il occupait en France pour rejoindre Tunis, «sans hésiter une seconde». Ons Ben Abdelkarim, 24 ans, ingénieure Télécom Paris Tech, a plaqué elle aussi sans regret son travail dans une tour de la Défense. « J’avais le choix entre regarder passer le train et le prendre», dit elle. Tous deux ont divisé par trois leurs revenus. Regard clair et lumineux, Ghada Louhichi, 27 ans, titulaire d’un master en civilisation espagnole, exulte. Spécialiste de la transition espagnole après la chute de Franco, elle peut enfin vivre la sienne.

Tammem Mahjoub, 27 ans, juriste de formation, a abandonné l’association belge Avocats sans frontières pour «vivre ce moment historique». La benjamine, Emna Chebâane, 22 ans, poursuit en parallèle ses études en droit public. Seul le webmaster, Nabil Yahyaoui, le frère d’Amira, agit le plus souvent à distance. Pour éviter toute tentation, l’équipe est plutôt bien payée (autour de 2000 dinars, soit 900 euros, un salaire pas très éloigné de celui des députés).

Amira Yahyaoui

Amira Yahyaoui

Le financement est assuré par des partenaires comme The Institute for War and Peace Reporting, fondé après la guerre des Balkans, ou Media in Cooperation and Transition, une ONG allemande. Rien du côté de la France, bien que tous les travaux de Marsad.tn soient publiés en deux langues, arabe et français. Toutes les informations indispensables aux journalistes et aux ambassades qui tentent de suivre les débats tunisiens chaotiques viennent de là. Ni la crise politique ni les assassinats, comme celui, le 25 juillet, du député de l’opposition Mohamed Brahmi, n’ont fait dévier Al-Bawsala de son but: tout dire, tout archiver de cette période inédite qui a vu un gouvernement dominé parles islamistes succéder à une dictature.

L’équipe a commencé par publier les biographies des 217 députés (pour la plupart inconnus avant l’élection) alors que l’Assemblée n’était même pas en mesure de fournir leur date de naissance. Puis elle s’est introduite dans les commissions, raflant les PV parfois rédigés sur un simple cahier, relevant tous les échanges. Dans l’Hémicycle, ils se sont installés dans le coin gauche de la tribune réservée à la presse, face aux députés de l’opposition issus de formations neuves et plus complexes que le bloc monolithique des islamistes d’Ennahda.« Depuis les élections, plus d’un quart des élus ont changé de parti », relève Selim Kharrat.

Les débuts ont été âpres. Présente lors de la commission sur le préambule de la future Constitution et sa fameuse discussion sur la charia, Amira Yahyaoui tweet les avis, parfois surprenants, des élus présents. « Ça m’a valu une avalanche de réactions, certains députés ont voulu m’interdire d’accès », s’amuse la jeune femme. Il faudra l’intervention de plusieurs membres de l’ANC, dont la vice-présidente, Meherzia Labidi, représentante du parti Ennahda; puis le dépôt, en août 2012, d’une plainte contre l’Assemblée et son président, Mustapha Ben Jaafar, à la tête du parti social démocrate Ettakatol, pour « abus d’autorité »; et, enfin, la création de fausses cartes de presse, pour que, de guerre lasse – « à l’usure » –, on les laisse circuler à leur guise.

En mai 2012, l’ONG a rendu publique la décision d’augmenter les indemnités des parlementaires. Certains ont alors pris les devant sen remettant leur feuille d’imposition aux mercenaires de la transparence. En mars, la publication du taux de participation aux travaux de l’ANC a eu un effet ravageur pour l’opposition et le camp dit « progressiste ». Il atteignait péniblement 55% de présence, contre 80% en moyenne pour les élus islamistes d’Ennahda. Depuis, les députés sont tenus de justifier leurs absences. Plus récemment, Al-Bawsala a épinglé une élue d’Ettakatol qui avait voté à trois reprises un article de loi. « Elle a commencé par nier, mais on lui a dit que nous avions la vidéo, et elle a fini par présenter des excuses publiques, raconte Amira. C’était horrible parce qu’elle a fait partie de ceux qui,toutes tendances confondues, nous ont le plus soutenus. »

La vigilance d’Al-Bawsala va parfois à l’encontre des idées reçues. L’équipe a ainsi relevé que les droits des femmes étaient bien défendus par… les élues d’Ennahda. « Beaucoup d’entre elles ont plaidé pour l’égalité homme-femme, tout comme elles ont vivement protesté pour être mieux représentées dans le gouvernement», rapporte Amira Yahyaoui. Plus surprenant encore, selon la présidente de l’ONG, le débat retentissant sur la « complémentarité » de la femme vis-à-vis de l’homme, concept imputé aux islamistes, serait né d’un malentendu : « L’élue de l’opposition qui avait compris ça s’est trompée. Elle était sincère mais ce la a poussé Ennahda à éclaircir les choses.»

«Avec cette Constitution, les gens vont se rendre compte à quel point notre pays n’est pas tourné vers l’Europe, mais est conservateur, sans culture politique, assure Amira Yahyaoui. Ils vont découvrir aussi que les élus ne suivent pas toujours leur parti. Ou que des députés dits démocrates ont voté contre l’inscription de l’universalité des droits de l’homme dans la Constitution.» Dans une société civile tunisienne de plus en plus politisée, Al-Bawsala a su garder ses distances. « Nous ne sommes pas neutres, nous avons émis des recommandations dans un rapport conjoint sur la Constitution avec Amnesty International, la Fondation Carter et Human Rights Watch, souligne Selim Kharrat. Mais nous ne sommes pas partisans. Vivre les débats de l’intérieur met en évidence les manipulations de la presse et des partis, au point que tu as l’impression de vivre dans deux mondes. »

Depuis un an, Al-Bawsala organise des débats citoyens sur le terrain avec des députés. Sans tribune, sans pupitre, dans des régions qui ne sont pas les leurs, ces élus sont confrontés au mécontentement populaire d’une société toujours aussi pauvre et lasse des querelles politiques. Le premier de ces débats, en novembre 2012, à Kabaria, une banlieue très défavorisée de Tunis d’où sont partis par la mer bon nombre de clandestins, s’est terminé par les pleurs de quatre députés de sensibilités différentes. «Ils n’ont pas l’habitude, ils ont été bousculés, témoigne Ons Ben Abdelkarim, qui pilote le projet. Nous ne choisissons pas les thèmes mais, invariablement, les gens parlent des logements, du chômage, avec des paroles très émouvantes.»

« Il y a toujours un petit quart d’heure où ça chauffe, glousse Ons, mais c’est positif pour tout le monde. Ce n’est pas parce que Ben Ali est parti que tout a changé. Or, les Tunisiens ont envie que ça change vraiment, et ils commencent à désespérer. Là est le vrai danger.» Dans le même esprit, Al-Bawsala veut introduire des débats de démocratie participative dans les conseils locaux et les municipalités. Après dix-huit mois d’observation tourmentée, Amira Yahyaoui se dit déçue par l’élite tunisienne dont elle est elle-même issue,« par une génération qui a laissé tout faire et qui est prête aujourd’hui à troquer de la liberté pour plus de sécurité ». Quelques minutes plus tard, et alors qu’elle va prendre un vol pour New York ,où l’ONU l’a conviée à raconter son expérience, elle se reprend. « La Tunisie sera le premier pays arabe démocrate », jure-t-elle. A ses yeux, le pessimisme n’est rien d’autre qu’une « trahison ».

Par Isabelle Mandraud, Journal Le Monde du vendredi 20 décembre 2013

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Tunisie : un nouveau premier ministre nommé sous la pression occidentale


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En bout de course, les Occidentaux ont pesé de tout leur poids dans le choix du nouveau premier ministre tunisien, Mehdi Jomâa, désigné samedi soir 14 décembre pour succéder à l’islamiste Ali Larayedh, au terme de sept semaines de laborieuses tractations. Inquiets des négociations sans fin menées dans le cadre d’un dialogue national commencé le 25 octobre sous la médiation de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la puissante centrale syndicale, pour trouver une issue à la crise politique tunisienne, les principaux ambassadeurs de l’Union européenne et celui des Etats-Unis se sont réunis début décembre à Tunis.

Ensemble, ils se sont mis d’accord pour promouvoir la candidature de M. Jomâa, ministre de l’industrie dans le gouvernement Larayedh, dont le nom n’était jusqu’ici jamais apparu dans la valse des prétendants. Comme un signal, quelques jours plus tard, le 11 décembre, prenant prétexte d’un déplacement commun dans la région de Béja, l’ambassadeur allemand Jens Plötner publiait sur le compte Facebook de la chancellerie, une photo le montrant en train de déjeuner avec M. Jomâa, sous le titre « diplomatie du Méchoui ».

« ESPRIT DE RESPONSABILITÉ »

Le 5 décembre, le ministère français des affaires étrangères avait manifesté son impatience quant à l’issue du processus engagé en Tunisie. « La France forme le vœu, soulignait un communiqué du Quai d’Orsay, qu’un accord permettant la constitution du nouveau gouvernement soit trouvé et que l’ensemble des parties fassent preuve d’esprit de responsabilité afin d’y parvenir ». Le 12, Bernardino Leon, représentant spécial de l’Union européenne pour les pays du sud de la Méditerranée, mettait pied à terre à Tunis, deux jours avant la fin de la date limite fixée pour la fin du dialogue national.

Lancée le 25 octobre, l’initiative faisait suite à la promesse du parti islamiste Ennhada, d’abandonner à des technocrates la gestion du gouvernement conquis par les urnes deux ans plus tôt, après le choc de l’assassinat politique, le 25 juillet, du député de l’opposition Mohamed Brahmi, tué par balles à Tunis, comme l’avait été avant lui l’opposant de gauche Chokri Belaïd, mort le 6 février. Sous la pression d’une opposition remontée, le parti islamiste avait signé le 5 octobre une « feuille de route », avalisant son départ moyennant quelques garanties, comme la tenue, dans un avenir proche, de nouvelles élections.

CRISE FINANCIÈRE

Depuis, les négociations ont été de mal en pis, chaque camp refusant le candidat proposé par l’autre pour conduire un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes. Ce fut, au fil des semaines, un véritable défilé de rumeurs, de claquements de porte, et de démentis, avant que le nom de Mehdi Jomâa, véritable « outsider » de la course, ne soit imposé. Sa désignation, par vote, s’est faite à la majorité, et non à l’unanimité, et il aura fallu encore huit heures de pourparlers, après l’heure limite fixée par l’UGTT et ses partenaires réunis dans un « quartette », pour que le chronomètre s’arrête enfin, au grand soulagement des Occidentaux qui voyaient d’un mauvais œil la Tunisie s’enfoncer dans une crise financière de plus en plus aigüe. Le versement des aides européennes, en particulier, nécessaires au pays pour éviter une crise financière menaçante, était en effet conditionné au respect de la « feuille de route » signée par tous les partis.

Dans ce contexte, le choix de M. Jomâa correspond à plusieurs critères. Sans étiquette partisane connue, il permet en premier lieu de sauver la face au parti Ennahda. Au grand dam d’une partie de l’opposition, qui a refusé de voter pour, la nomination d’un membre du gouvernement dominé par les islamistes devrait éviter les règlements de compte violents, voire les poursuites judiciaires envisagées par certains contre le premier ministre sortant. C’est en mars, après la démission du premier gouvernement dirigé par un islamiste, Hamadi Jebali, que M. Larayedh avait en effet fait appel à cet indépendant pour diriger l’industrie. Un domaine dont M. Jomâa ne s’est jamais départi, évitant de se lancer dans des joutes politiques.

Son profil rassure. Carrure robuste, formé à l’Ecole nationale d’ingénieurs de Tunis, cet homme de 51 ans a mené une carrière dans le privé, à la direction notamment d’Hutchinson, une filiale du groupe français Total spécialisée dans l’aérospatiale dont, parmi les principaux clients, figuraient des groupes comme EADS, Airbus et Eurocopter.

ÉVITER UN SCÉNARIO À L’ALGÉRIENNE

La nomination de M. Jomâa évite enfin le scénario à l’algérienne brandi par Béji Caïd Essebsi, le chef de file du premier parti d’opposition Nidaa Tounès, qui avait lancé, il y a quelques jours à peine, sur la chaîne de télévision Nesma TV, l’idée d’un « Conseil supérieur d’Etat » placé au-dessus de tout. Cette hypothèse, rejetée par une bonne partie de la classe politique tunisienne, avait été aussitôt comparée au Haut Comité d’Etat algérien mis en place provisoirement en Algérie après l’interruption du processus électoral de 1991, et dont le premier président, Mohamed Boudiaf, sera assassiné l’année suivante, le 29 juin 1992.

Quatrième premier ministre de la transition tunisienne, si l’on exclut le bref passage de Mohamed Ghannouchi après la chute de l’ancien dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, M. Jomâa doit être encore adoubé par l’Assemblée nationale constituante. Il devra ensuite former un gouvernement resserré dans un climat tendu, alors que Sidi Bouzid, foyer de l’insurrection tunisienne, s’apprête à célébrer le troisième anniversaire de la mort par immolation, le 17 décembre 2010, de Mohamed Bouazizi, à l’origine de la chute de l’ancien régime.

Par Isabelle Mandraud, LE MONDE du 16.12.2013

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5 décembre 1952: l’assassinat de Farhat Hachad


5 décembre 1952: l’assassinat de Farhat Hachad

5 décembre 1952: l’assassinat de Farhat Hachad

Farhat Hached

Farhat Hached

A peine une semaine avant sa mort, Farhat Hached racontait à sa femme qu’il a fait un rêve assez curieux. « Il y avait un bateau militaire ancré au port, dit-il, et moi je marchais entre deux rangées compactes de soldats français! je marchais et riais très fort. Suis-je tellement important, me disais-je en rêve, pour que tant de gens s’occupent de moi ? » Hached marchant entre deux rangées compactes de soldats français ! Était-ce une précognition, une perception extra-sensorielle de sa mort? Un rêve prémonitoire? En ce matin du vendredi 5 décembre 1952, il devait être sept heures trente quand, au volant de sa voiture et sous un ciel gris et bruineux, Farhat Hached s’engageait sur la route reliant Radès à Tunis.

Bien que prévenu par les lettres de menace et les articles de journaux appelant à sa liquidation, et qu’il ait pris les mesures jugées nécessaires pour se protéger(1), ce jour-là en quittant le domicile qui l’hébergeait dans la banlieue sud de Tunis, il ne soupçonnait pas qu’une voiture le suivait de près. Ni que la mort le guettait à la sortie de Radès. Depuis plusieurs semaines, voire des mois, Farhat Hached se savait pris en filature. Dès le mois d’octobre, les services secrets français, à travers un commando venu spécialement de Paris (2), l’avaient soumis à une surveillance permanente.

Le commando collectait toutes les informations concernant ses déplacements, sa résidence, ses contacts. En même temps, à un niveau plus élevé on étudiait divers plans en vue de contrer le danger que représentait cet homme pour les intérêts de la colonisation. On envisageait tantôt son incarcération ou sa mise sous résidence surveillée, tantôt son éloignement du territoire tunisien ou, tout simplement, sa liquidation physique. Cet ultime recours, dès la fin de novembre 52, semble décidé. Il fallait se débarrasser de Farhat Hached, et le plus tôt possible. D’autant plus que le combat de cet homme prenait de plus en plus de l’envergure, voire des allures titanesques qui n’inquiétaient plus seulement la France à l’intérieur du territoire tunisien, mais s’étendaient bien au delà des frontières, se répercutant aussi bien sur l’Algérie que sur le Maroc.

Parallèlement, le capital de sympathie dont jouissait Hached auprès des organisations syndicales internationales ne cessait de croître, ce qui ne pouvait qu’agacer encore plus l’administration du Résident général et l’État colonial qu’il représentait. Aussi ne s’étonne-t-on pas si, le 28 novembre 1952, Paris -hebdomadaire nord-africain dirigé au Maroc par Camille Aymard (3)- appelait ouvertement au meurtre de Farhat Hached. D’autres feuilles de chou coloniales, à Tunis comme Alger, ont repris cet appel. « Avec Ferhat Hached et Bourguiba, souligne l’hebdomadaire, nous vous avons présenté deux des principaux coupables. Nous en démasquerons d’autres, s’il est nécessaire, tous les autres, si haut placés soient-ils.

Il faut, en effet, en finir avec ce jeu ridicule qui consiste à ne parler que des exécutants, à ne châtier que les « lampistes » du crime, alors que les vrais coupables sont connus et que leurs noms sont sur toutes les lèvres. Oui, il faut en finir, car il y va de la vie des Français, de l’honneur et du prestige de la France. « Si un homme menace de te tuer, frappe-le à la tête » dit un proverbe syrien. C’est là qu’il faut frapper aujourd’hui. Tant que vous n’aurez pas accompli ce geste viril, ce geste libérateur, vous n’aurez pas rempli votre devoir et, devant Dieu qui vous regarde, le sang des innocents retombera sur vous (4). »

Pourquoi fallait-il « frapper à la tête » Farhat Hached ?

En 1952, suite à l’échec des négociations directes entre les gouvernements français et tunisiens, une vague de répressions s’est abattue sur tous les leaders nationalistes. Bourguiba est arrêté, le gouvernement de M’hamed Chenik est destitué, le résident général Jean de Hautecloque interdit toute activité politique et instaure le couvre-feu. Les ratissages confiées à la « Légion étrangère » n’épargnent aucun militant. Plus de 20 000 personnes sont arrêtées. Et seuls Salah Ben Yousef, chargé d’une mission auprès des Nations-Unies, et Farhat Hached protégé par la loi sur les libertés syndicales et bénéficiant du soutien de la CISL, ont encore les coudées franches. Dans ce contexte historique précis, on comprend à quel mobile exact répond l’arrêt de mort contre Hached, couronnant une large vague de répressions.

En cette période charnière de l’an 52, l’UGTT et son leader ne sont plus seulement les représentants de la classe ouvrière mais ils sont aussi les véritables acteurs du combat politique, les représentants légitimes du combat nationaliste. Ce sont Hached et ses camarades qui multiplient des contacts avec l’étranger, dirigent secrètement les groupes d’activistes, ordonnent les attaques armées (5) contre les symboles de la présence coloniale, organisent des grèves largement suivies qui nuisent aux intérêts du patronat colonial. Avec les fellagas disséminés dans les montagnes, la centrale syndicale et son chef sont l’ultime épine au pied que la force coloniale œuvre à arracher. D’où l’exécution à la lettre du mot d’ordre colonial pressant, tel qu’on en a vu la ronflante formulation dans la presse de Camille Aymard et ses amis: « frapper à la tête » Farhat Hached (6).

En ce matin du vendredi 5 décembre 1952, le même commando venu spécialement de la France, ou un escadron de la mort appartenant à la « Main Rouge » locale, guettait dès l’aube, et peut-être bien depuis la nuit écoulée, la sortie de Farhat Hached. La filature de la veille localisait ce dernier au 5 rue Maxulla-Radès. Se sachant dans la ligne de mire des services secrets français, le leader syndical avait déserté quelque temps plus tôt sa maison située à Bir Tarraz dans la banlieue de Radès. Depuis que cette maison a été saccagée puis fait l’objet d’une tentative de plasticage, Hached et sa famille ont décidé de déloger le quartier Bir Tarraz. Mme Oum El-Khir Hached et les enfants ont été accueillis par des parents vivant à Sousse.

Farhat quant à lui s’est réfugié chez des amis vivant au centre ville de Radès. Tantôt chez Mustafa Filali au quartier Mongil, tantôt chez les frères Farhat, Abdallah et Mohamed, colocataires d’un petit appartement au premier étage d’une villa appartenant à une Française. De temps à autre, on le revoyait à Bir Tarraz, chez Mohamed Errai. Comme tout militant sous la traque, Hached faisait ce qu’il pouvait pour semer ses poursuivants. Quelquefois, ceux-ci perdaient ses traces à Radès. Il était alors à Tunis, rue des Salines, chez un ami commerçant qui s’appelle Sadok Mokadem. Dans la nuit du 5 décembre 1952, Hached logeait chez Abdallah Farhat et son frère Mohamed qui habitaient la rue de la Poste, anciennement rue Maxulla (7).

Un quartier plutôt moins « arabe » que Bir Tarraz, à moins de cent mètres de la gare qui portait le même nom de la rue: Maxulla-Radès. Mustafa Filali habitait lui aussi dans les parages de cette gare. Il faut souligner ici la convivialité, la générosité surtout de ces hôtes frères colocataires, tous deux mariés, et vivant dans 4 pièces partagées, et pas avares pour offrir le gîte à d’autres personnes. Dans cet appartement commun, il y avait une chambre pour Mohamed Farhat et sa femme, une autre pour Abdallah Farhat et sa femme, les deux couples n’ayant pas encore d’enfants. Une troisième pièce servait de salon et salle à manger. Et la quatrième a été offerte à Farhat Hached qui, célibataire en la circonstance, la partageait avec d’éventuels visiteurs venant la plupart du temps du Sahel. Dans sa dernière nuitée chez les frères Farhat, Hached a partagé cette chambre des invités avec Mahmoud Manaï (8) qui était de passage chez ses oncles.

D’habitude, Abdallah Farhat qui n’était pas motorisé accompagnait dans sa voiture Farhat Hached. Tous les deux matinaux, ils partaient ensemble à Tunis, le premier vers les P.T.T, le second vers le siège de l’UGTT. Or ce jour-là, le leader syndical dormait toujours quand Abdallah Farhat avait déjà fini son petit-déjeuner. Vraisemblablement, Hached qui était débordé par ses activités syndicales avait besoin de faire la grasse matinée. Abdallah Farhat n’eut pas le cœur de le réveiller. La gare était à quelques pas. Il a quitté l’appartement et pris le train vers la capitale. Il plaira à de nombreux détracteurs présomptueux de Bourguiba (dont les Frères Musulmans et leurs amis dans la Troïka qui gouverne aujourd’hui la Tunisie) d’extrapoler au sujet de ce fait précis, tentant d’entacher la mémoire de Bourguiba et celle de Abdallah Farhat. Que n’a-ton entendu comme propos farfelus pour diffamer ces deux hommes, en interprétant ce faussement de compagnie fortuit du 5 décembre comme un indice permettant d’incriminer Bourguiba dans l’assassinat de Hached (9)!

Il va de soi que ces calomniateurs, qui reprennent l’une des versions propagées par les services secrets français en vue d’assurer une couverture à leurs hommes de main, ne savent pas, on le présume fort, que Abdallah Farhat était lui aussi un leader syndicaliste, secrétaire général de la Fédération des PTT en 52, puis trésorier de l’UGTT en 53. De même Mustafa Filali le colocataire de Abdallah Farhat. Et puis on oublie que Bourguiba, au moment des faits et bien avant, était déporté. On oublie aussi que ce même Bourguiba était dans le collimateur des assassins de Hachad. Il devait être sept heures, sept heures un quart, quand Farhat Hached a quitté le domicile de ses hôtes, rue Maxulla. Vu le temps qu’il faisait, il a dû s’engouffrer sur-le-champ dans sa voiture, une Simca des toutes premières générations de la marque.

Il a démarré, traversant le quartier Mongil en direction de la R33. C’est l’itinéraire à suivre pour rejoindre la Nationale 1 à destination de Tunis. Hached a-t-il pu se rendre compte, à tel ou tel point de ce parcours, qu’une voiture était à ses trousses? Mais à supposer qu’il l’ait repérée avant sa sortie de Radès, qu’aurait-il pu en déduire, à part que la filature, datant de deux mois au moins, était routinière et que cela ne l’empêcherait pas d’être à Tunis, et aux locaux de l’UGTT, vers le coup de huit heures ?

Gare Maxulla-Radès

La journée était froide, le ciel gris. Et il bruinait depuis l’aube sur Radès, un crachin serré et pénétrant. Comme si l’élément naturel, la ville transie de froid, son ciel larmoyant, le vent qui soufflait, ne pouvaient être indifférents à ce qui se tramait contre le chauffeur de la Simca noire, ce bel homme de 38 ans qu’on guettait de si près et qui ne soupçonnait pas le traquenard imminent. Les lourdes nuées noires se tordant à l’horizon, le vent qui gémissait, funeste, les branches d’arbres flageolant ça et là, les feuilles mortes qui tournoyaient en l’air, les perles de pluie roulant sous les essuie-glaces, autant d’éléments semblaient procéder non d’un ordre naturel régi par les lois de la saison, les lois de la météo, mais d’un émoi ineffable, surnaturel, engageant aussi bien l’environnement immédiat, le cadre spatial du crime dont le compte-à-rebours touchait à sa fin, que les forces cosmiques célestes.

Gare Maxula-Rades

Comme si l’univers, la Tunisie, ce bout de terre au sud de sa capitale en particulier, appréhendant le tragique, traduisaient ainsi les affres de la mort et du deuil qui les tourmentaient en sourdine. Radès qui a accueilli le leader syndical, sa femme et leur premier bébé six ans plus tôt avait adopté l’enfant natif de Kerkenna comme le meilleur des siens. Tant il était affable, sociable, si soudé au petit peuple et jouissant du respect de tout le monde. Tant petits et grands de ceux qui ont pu le connaître de loin, ou le côtoyer de plus près, l’aimaient. Tant il était généreux, prodige. Quand en 47, alors âgé de 32 ans, Hached fut élu à l’unanimité comme premier secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) dont il était le principal fondateur, c’était sur Radès qu’il a jeté son dévolu pour y élire domicile. Il devait déménager de Sfax afin d’être à proximité de la capitale et des bureaux de la centrale qui l’a désigné pour la diriger.

Quand il s’est installé au quartier Bir Tarraz, son petit Noureddine avait 3 ans. En 48, le couple Hached a eu un deuxième garçon, appelé Naceur. Deux filles suivront, Jamila et Samira, respectivement en 49 et 52. La petite Samira avait juste trois mois ce 5 décembre fatidique. Et leur maman Oum El-Khir, Mme Hached, n’avait que 22 ans. A peine engagé sur la route de Tunis, Farhat Hached entend résonner des rafales de mitraillettes derrière lui. Il s’aperçoit vite que c’est lui qu’on cible par tel feu. Touché et perdant le contrôle du volant, il laisse sa voiture heurter la bordure élevée de la route et caler. Les auteurs de la fusillade ne s’arrêtent pas, prennent aussitôt la fuite, s’éloignant à vive allure. A ce stade de l’opération, Farhat Hached est sous le choc certes, mais juste blessé à l’épaule et à la main.L’impact des balles sur sa voiture témoignera cependant de la violence de la fusillade. Vingt-huit balles -au moins- auraient été tirées sur le véhicule.

Avec des « si » on mettrait peut-être la mort en bouteille, dirait-on. Néanmoins, le leader syndical aurait peut-être pu déjouer le plan de ses assassins s’il n’avait pas quitté sa voiture, s’il avait pu flairer que les assassins, les mêmes ou un autre groupe, reviendraient à la charge. Mais parce qu’il était vigoureux, qu’il avait une carrure d’athlète et que la mort voulait lui accorder ce bref sursis pour le prendre debout, Farhat Hached est sorti de la voiture et il a dû marcher un peu. Peut-être a-t-il eu le temps de voir l’impact des balles sur la tôle. Peut-être a-t-il eu le temps de remercier cette tôle qui lui a permis de rester en la circonstance debout. Toujours est-il qu’en ce moment-là précis, une camionnette s’est arrêtée derrière lui. Et alors que le chauffeur lui proposait de l’emmener à l’hôpital, une deuxième voiture venant en sens inverse s’est arrêtée à sa hauteur.

Deux ou trois individus s’étaient saisis de Hached. Pour le chauffeur de la camionnette, ces « âmes secourables » serviraient mieux que lui le blessé. Ils embarquent Hached et repartent en flèche. Quelques heures plus tard, on retrouvera Hached criblé de plusieurs balles à l’abdomen. Et d’une balle à la tempe. Cette fois-ci, la consigne des journaux appelant à « frapper Farhat Hached nommément à la tête » a été pieusement suivie. Ils ont tué Hached en Tunisie comme Jaurès et Ben Barka en France. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en Allemagne. En Italie, Giacomo Matteotti. Et dans d’autres continents, Guevara, Patrice Lumuba, Thomas Sankara. Ils ont tué par le passé, comme de nos jours ils tuent encore où bon leur semble. Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, que l’on ne s’y trompe pas, si on les avait tués il y a moins d’un an en Tunisie, c’est parce qu’ils ne se battaient pas pour l’intérêt d’une secte, une confrérie, une caste. Mais pour une société égalitaire, progressiste, démocratique et ouverte sur le reste du monde. C’est-à-dire humaniste. Les assassins de ces diverses figures du socialisme n’ont peut-être pas le même épiderme.

Peut-être la bannière sous laquelle ils revendiquent leurs crimes n’est-elle pas nécessairement uniforme. Mais c’est le même sein et venin qui les nourrissent partout. La même peste noire est leur mère commune. Sous quelque latitude qu’ils soient. Et quels que soient le temps, le continent et le pays où il sévit et tue, le fascisme a la même religion. Il est l’ennemi du genre humain. Ils ont tué Hached. Mais les répercussions de cet assassinat sont telles que Hached mort se révèle tout aussi catalyseur de combat que vivant. C’est la graine qui meurt pour que naisse l’épi. A midi, quand la radio annonce la nouvelle, c’est tout le pays qui se soulève.

Le Maroc le suit instantanément avec des émeutes sanglantes faisant 40 morts et des centaines de blessés. L’Algérie ne reste pas à l’écart, qui sera secouée par des troubles durant plusieurs jours. Des manifestations s’improvisent dans plusieurs capitales et villes du monde: le Caire, Damas, Beyrouth, Karachi, Jakarta, Milan, Bruxelles, Stockholm. Des grèves partielles sont décrétées dans de nombreux pays, y compris aux USA. Plusieurs personnalités françaises dénoncent cet assassinat. Et le martyre de Hached devient levier politique grâce auquel le processus d’indépendance sera accéléré. En guise d’entrée à cet article, nous évoquions un rêve prémonitoire. Farhat Hached n’a pas eu droit à des funérailles, ni même à une inhumation dans un cimetière (10). Néanmoins, le lendemain même de son assassinat sa dépouille a été transférée en grande pompe vers la Goulette. Et de là à Kerkenna, ville natale du martyr, sur une corvette de la marine militaire française.

A.Amri/ 3 décembre 2013

Notes:

1- Il faut remercier ici notre ami Dr Ahmed Manaï à qui je dois un tas d’informations guidant cet article. Il y a un an, sur mon compte Facebook je publiais la première mouture du présent article. Et cet ami a eu l’amabilité de m’éclairer sur certains points, entre autres que feu Hached, contrairement à ce que j’avançais, a pris des mesures préventives avant son assassinat, qu’il n’habitait plus à Bir Tarraz dans la banlieue de Radès mais, au jour le jour, chez divers amis et que son propre frère feu Mahmoud Manaï était parmi les dernières personnes à avoir côtoyé le martyr. Dr Ahmed Manaï a pu lui-même connaitre de près le martyr, à la faveur de sa parenté avec feu Abdallah Farhat son oncle. C’est à Farhat Hached que le petit Ahmed Manaï qui fréquentait le kuttab, école coranique, doit sa conversion à l’école publique. Ce même enfant, après les funérailles du martyr, a raccompagné la veuve Oum El-Khir Hached et ses enfants pour soutenir quelque temps, dans leur maison réintégrée à Radès, Noureddine et Naceur.

Le docteur Ahmed Manaï

Le Dr Ahmed Manaï

Dr Ahmed Manaï:

  • La liberté d’expression et la responsabilité de l’intellectuel musulman
  • Marzouki s’est tu au moment où il devait parler (par Dr Ahmed Manai)

2- C’est ce que révèle un document fourni à Noureddine Hached par le président français François Hollande lors de sa visite en Tunisie, les 4 et 5 juillet 2013. Dans l’attente de la levée du secret sur ce dossier qui devrait marquer la commémoration du 61e anniversaire de l’assassinat de Hached, vraisemblablement la Main Rouge, longtemps présentée comme l’auteure de cet assassinat, ne serait qu’une couverture à un crime d’État.

3- Ancien magistrat en Indochine compromis dans l’affaire Stavisky, Camille Aymard a dirigé de nombreux journaux orduriers de l’extrême droite française et publié des livres mettant en garde contre le péril rouge. Dans la perception de ce fasciste et ardent défenseur du colonialisme, le combat du leader syndical tunisien ne pouvait s’inscrire que dans le prolongement de ce péril menaçant la France.

4- Abdelaziz Barrouhi et Ali Mahjoubi, « Justice pour Farhat Hached », Jeune Afrique, 21 mars 2010, p. 48.

5- Dans l’histoire du Mouvement national tunisien, il y a une thèse -répandue surtout chez certains détracteurs du mouvement syndical- qui veut nous persuader du caractère autonome de la guérilla et l’absence de toute coordination avec les chefs du combat politique ou syndical. C’est ce que Lotfi Zitoun déclare dans un documentaire consacré à l’assassinat de Hached et produit par Al-Jazeera en 2011. Or dans ce même documentaire, Ahmed Ben Salah révèle des messages chiffrés qu’il recevait de Farhat Hached réclamant « du piment », ce qui signifie -selon les dires de Ben Salah- des actions armées de la part des fellagas. Bourguiba lui-même, au lendemain de la signature par Robert Schuman (15 décembre 1951) d’un mémorandum affirmant « le caractère définitif du lien qui unit la France à la Tunisie », déclarait dans un message en partie adressé aux fellagas que ledit mémorandum ouvrait « une ère de répression et de résistance, avec son cortège inévitable de deuils, de larmes et de rancune ».

6- Tahar Hmila, doyen des membres de la Constituante, est la plus récente illustration à ce propos. « Farhat Hached, dit-il dans une interview accordée le 23 novembre 2011 à la radio Shems FM, avait l’habitude d’être accompagné sur son chemin vers le syndicat par Abdallah Farhat, sauf le jour de son assassinat. Pourquoi ? Était-ce une coïncidence? » Les insinuations de ces interrogations se passent de tout commentaire. Il n’y a pas de fumée sans feu, semble nous dire Tahar Hmila.

7- Le nom de Maxulla, tiré de l’expression latine Maxula per rates (Maxula par les bacs), était le nom d’origine libyco-berbère de Radès.

8- Il n’est pas exclu que l’un des objectifs de l’assassinat de Farhat Hached soit « la prévention du péril rouge » dans une future Tunisie indépendante. Le spectre qui hante la vieille taupe, selon l’expression du Manifeste rédigé par Engels et Marx, apparait lancinant dans les écrits de Camille Aymard cité plus haut. Par ailleurs, le témoignage sur Al-Jazeera d’Antoine Melero auteur du livre la Main Rouge, l’armée secrète de la République, corrobore cette thèse. Selon Melero, l’Etat français voulait conjurer l’accession par Hached à la présidence d’une Tunisie indépendante, laquelle accession entraînerai un régime socialiste.

9- A l’époque postier de profession, Mahmoud Manaï décédé en octobre 1994, a eu l’ingrate mission, ce 5 décembre 1952, de faire le déplacement à Sousse pour annoncer la triste nouvelle à Mme Hached.

10- Le pays étant soumis depuis quelque temps à un couvre-feu, à quoi ajouter les émeutes en tout lieu déclenchées par l’assassinat de Farhat Hached, la famille Hached s’est vu intimer l’ordre d’enterrer sans cérémonie le martyr dans le jardin de la maison. En 1955, alors que la Tunisie a acquis l’autonomie interne, la dépouille a été exhumée et transférée au cimetière Al-Jallaz à Tunis. C’est au cours de ce transfert que le monde a pu mesurer l’attachement des Tunisiens au disparu. De Sfax à Tunis le long de la Nationale 1, on a vu le peuple apothéosant son martyr. Puis au cimetière des funérailles nationales comparables à celles de Chokri Belaïd, le Hached de la révolution tunisienne.

maison-rades

C’est dans cette chambre du 1er étage (Gauche) que Feu Farhat Hached a passé sa dernière nuit. A l’époque, cet étage était occupé par les deux frères Mohamed et Abdallah Farhat, loué à sa propriétaire, veuve d’un colon Français, qui elle occupait le rez de chaussée. Les deux frères n’avaient pas d’enfants à l’époque et réservaient cette chambre aux passagers, proches et amis. ….Farhat Hached était en même temps le proche et l’ami.

La villa n’a subi aucune transformation majeure depuis 1952 mais elle a connu de nombreux propriétaires!

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Les 3 conditions de Ghannouchi pour la démission du gouvernement


Les 3 conditions de Ghannouchi pour la démission du gouvernement

Tunis – Alors que la Tunisie est plongée dans une délicate phase de transition politique, Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste au pouvoir, assure qu’il est attaché à la démocratie. « Le gouvernement démissionnera une fois la Constitution adoptée, les instances électorales mises en place et une fois que nous nous serons entendus sur le nouveau chef du gouvernement », annonce Rached Ghannouchi. Rached Ghannouchi, 72 ans, dirige le parti islamiste Ennahda, au pouvoir en Tunisie depuis deux ans.

Certains vous accusent de faire durer la crise institutionnelle tunisienne. Que répondez-vous ?

R.G: Ces difficultés ne sont pas de notre ressort. Nos adversaires temporisent parce qu’ils ne veulent pas que nous réussissions cette transition. Mais le dialogue national va reprendre dans les prochains jours. Le gouvernement actuel démissionnera une fois la Constitution adoptée, les instances électorales indépendantes mises en place et une fois que nous nous serons entendus sur le nouveau chef du gouvernement.

Diriez-vous, comme le président Marzouki, que les difficultés viennent des anciens du régime de Ben Ali ?

Ce qui est clair, c’est qu’il y a des partis, sans lien avec l’ancien régime, qui ne jouent pas le jeu. Faute de confiance face aux électeurs, ils ne souhaitent pas la tenue d’élections au plus vite et tentent de bloquer la situation. Or, il faut que les élections se déroulent dans six mois.

Vous ne redoutez pas que votre parti, Ennahda, perde sa majorité ?

Nous demeurons la force politique la plus populaire et la mieux organisée du pays. Ennahda est en tête dans les sondages. Nous serons toujours en force.

Les mosquées sont ouvertes et les bars aussi

Voulez-vous oui ou non instaurer la charia ?

La Tunisie ne s’est pas islamisée avec notre arrivée, c’est un pays musulman. Quand les salafistes ont réclamé l’application de la charia, nous nous y sommes opposés. La notion de charia est une notion controversée, alors que l’islam est un socle commun, accepté par tous. La Constitution se fonde sur ce socle commun.Nous ne sommes pas pour l’application de la charia, je le répète.

Pourtant des associations de femmes disent craindre votre programme…

Si les femmes tunisiennes, dans leur majorité, étaient opposées à notre mouvement, nous n’aurions pas gagné les élections. Car il y a plus de femmes que d’hommes parmi les électeurs tunisiens. En Occident, le discours à notre égard est erroné, peut-être lié à un certain sentiment islamophobe. En outre, nos adversaires tunisiens surfent sur cette vague, forçant le trait pour faire peur à l’Occident et plus encore aux femmes. Ce n’est pas raisonnable.

Les Européens n’ont pas à craindre de débordements ?

Certains ont cru que l’arrivée d’un mouvement islamiste au pouvoir serait synonyme d’un coût d’arrêt du partenariat avec l’Europe. Il n’en a rien été. Ils ont cru aussi qu’Ennahda allait changer le mode de vie des Tunisiens, nous démontrons l’inverse depuis deux ans. Les Tunisiens restent ouverts au monde, les femmes s’habillent comme elles veulent. Les mosquées sont ouvertes et les bars aussi. Il n’y a pas de tentation salafiste. Nous n’avons pas changé le Code de la famille ni touché aux acquis de la femme, tels qu’ils datent de la Constitution mise en place sous Bourguiba. Nous n’avons aucune intention de les changer.

Il y a un sentiment d’insécurité dans les rues de Tunis et une tentative d’attentat a eu lieu sur le site touristique de Sousse. Comment réagissez-vous ?

Il y a beaucoup d’exagération dans la presse française. Aucun touriste n’a été agressé, ni mal accueilli. Le ministère du Tourisme enregistre une légère augmentation par rapport à l’an dernier. Regardez le nombre de touristes anglais, russes, il est en augmentation !

Qu’attendez-vous de la France ?

Qu’elle participe et contribue de manière significative à la réussite de notre transition démocratique. Nous sommes déjà ravis du soutien du gouvernement français. Et la visite à Tunis du président Hollande a confirmé cela. Il a dit, contrairement à d’autres, que la démocratie et l’islamétaient compatibles. Nous attendons que des entreprises prennent le risque d’investir dans notre démocratie et pas dans la dictature.

Propos recueillis par RAHIM BELLEM

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Christine Lagarde dresse un tableau noir des pays du « printemps arabe »


Christine Lagarde, Directrice du FMI

Christine Lagarde, Directrice du FMI

À l’heure où les difficultés du Moyen-Orient s’accumulent les pays de la région et la communauté internationale ne peuvent pas et ne doivent pas relâcher leurs efforts. La stabilité politique et financière du Moyen-Orient est déterminante pour le reste du monde; le moment est donc venu de mobiliser un appui plus intense et plus concerté.  Durant ces derniers mois, les turbulences et les tensions économiques se sont accrues dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. L’aggravation des problèmes sécuritaires, les incertitudes politiques grandissantes et les retards dans la mise en œuvre des grandes réformes nuisent à la confiance économique et brident la reprise. Les effets dévastateurs de la guerre civile en Syrie font craindre une déstabilisation à l’échelle régionale.

Ces événements portent particulièrement atteinte aux pays qui traversent des processus difficiles de transition politique et économique : Égypte, Jordanie, Libye, Maroc, Tunisie et Yémen. Malgré certains indices de timide redressement dans le tourisme, les exportations et l’investissement direct étranger, la plupart d’entre eux subissent un ralentissement de la croissance, une montée du chômage, une dégradation de la stabilité macroéconomique et un épuisement des marges de manœuvre budgétaires et des réserves extérieures.

Pour un soutien plus résolu et concerté aux pays arabes en transition

Dans la plupart des pays de la région, les chiffres de croissance ne suffisent pas à relever les revenus ni à entamer le problème chronique et grandissant du chômage… Il est affligeant de constater que le nombre des sans emploi ait augmenté de plus d’un million depuis 2010. Qui plus est, le chômage est au moins deux fois plus grave chez les jeunes : en moyenne, un jeune sur 4 ne trouve pas d’emploi, et dans des pays tels que la Jordanie ou la Tunisie le taux est proche des 30 %. À l’évidence, si la situation économique ne s’améliore pas, les tensions sociopolitiques risquent de s’aggraver, ce qui menacera d’autant plus la transition vers une société plus inclusive et retardera davantage le retour de la confiance et de l’investissement privé. Cette situation difficile appelle une action concertée sur plusieurs fronts.

Tout d’abord, la priorité absolue est de doper la croissance et de créer des emplois. L’investissement privé marque le pas, aussi les pouvoirs publics ont-ils un rôle déterminant à jouer. Ils doivent miser sur les investissements productifs au lieu de maintenir les dépenses courantes non productives, telles que celles qui servent à financer les subventions universelles mal ciblées qui bien souvent profitent aux riches. Des dispositifs de protection sociale meilleurs doivent être mis en place pour protéger les populations les plus vulnérables. La Jordanie, le Maroc et la Tunisie ont déjà accompli des progrès encourageants dans ces domaines et le FMI leur apporte son concours.

Ensuite, les gouvernements doivent engager les réformes économiques qui s’imposent pour promouvoir une croissance durable. Cela signifie par exemple assurer un traitement simple, transparent et équitable aux entreprises, veiller à une plus grande transparence et responsabilisation des institutions publiques, offrir les aptitudes et les incitations suffisantes pour l’emploi, faciliter l’accès à la finance pour encourager les entreprises et l’investissement privé, et promouvoir une plus grande intégration commerciale, tant sur le plan régional qu’avec le reste de l’économie mondiale. L’objectif primordial est de faire en sorte que ces économies gagnent en dynamisme, en compétitivité et en équité, que les intérêts particuliers cèdent le pas à l’innovation du secteur privé et à l’égalité des chances. Certaines de ces réformes sont complexes et mettront un certain temps à porter leurs fruits; il est donc vital d’engager la dynamique sans tarder.

Enfin, il faut s’attaquer au problème grandissant de la viabilité de la dette. Avec des déficits budgétaires qui représentent en moyenne 10 % du PIB et des marges de manœuvre budgétaires qui s’épuisent, la plupart des pays doivent redresser leurs finances publiques, notamment en réduisant les dépenses inefficientes et en améliorant la mobilisation des recettes. Il est primordial d’avancer le plus rapidement possible sur ces fronts afin de rétablir la confiance et d’insuffler une nouvelle vigueur à l’activité du secteur privé.

La situation politique et les tensions sociales compliquent l’exécution des réformes. Leur rythme et leur enchaînement doivent concourir au maintien de la cohésion sociale, tout en préservant la stabilité macroéconomique et en favorisant la croissance. Pour parvenir à concilier ces exigences, la communauté internationale devra fournir un appui financier plus conséquent, qui s’appuie sur des dispositifs budgétaires crédibles et des engagements concrets en faveur des réformes. Dans cette perspective, nous nous associons à l’appel lancé en octobre par le Partenariat de Deauville pour une augmentation de l’aide extérieure à l’appui d’un processus soutenu de réformes dans ces pays. Nous espérons que tous les participants à cette initiative, y compris les pays du G-8 et les partenaires régionaux, y répondront en intensifiant leur aide aux pays arabes en transition.

Le FMI est très actif sur le terrain. Nous soutenons la Jordanie, le Maroc et la Tunisie par le biais d’accords de financement et avons engagé des pourparlers avec le Yémen en vue d’un éventuel accord à moyen terme. Nous sommes également prêts à poursuivre notre appui à l’Égypte sous la forme de conseils et, le cas échéant, sous celle d’un concours financier. Nous sommes présents dans tous les pays en transition, en fournissant nos conseils de politique économique et nos services de renforcement des capacités — comme en Libye — et nous restons déterminés à les accompagner face aux défis qu’ils devront relever. C’est pourquoi notre appui a été flexible, pour l’adapter aux particularités et aux difficultés rencontrées sur le terrain.

La croissance et la stabilité des pays arabes en transition contribueront à faire renaître, au sein de leur population, l’espoir d’un avenir meilleur. Elles aideront également la communauté internationale dans son ensemble. Il faut dès à présent engager une dynamique plus résolue, plus concertée et inscrite dans la durée pour aider ces pays.

Par Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international / 08 novembre 2013

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Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar


Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar

Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar

Ses anciens compagnons de chambrée ne se souviennent plus de son nom de famille. Tout juste se rappellent-ils qu’il se prénommait Perumal, qu’il avait la quarantaine et qu’il venait du sud de l’Inde. L’homme avait débarqué au mois de juin dans la pièce insalubre qui leur sert de dortoir, à Al-Khor, une localité du Qatar, balayée par le vent du désert. Tout l’été, il avait trimé à leurs côtés, onze heures par jour et six jours par semaine, sur l’un des chantiers qui prolifèrent dans cet émirat depuis qu’il s’est vu confier l’organisation de la Coupe du monde 2022. « Notre employeur avait refusé de nous accorder la pause qui est prévue par la loi entre 11h30 et 15 heures, durant les deux mois les plus chauds de l’année », où la température peut monter jusqu’à 50˚C, témoigne un ex-collègue.

Sur les chantiers du Qatar, des ouvriers indiens et népalais meurent par centaines. Un reporter du journal « Le Monde » est allé à la rencontre de ces prolétaires sacrifiés sur l’autel du football.

L’aurait-il voulu, le charpentier du Kerala n’aurait pas pu changer d’emploi ou rentrer chez lui. Pilier de la vie économique du Qatar, le pays doté du PIB par habitant le plus élevé au monde (110000 dollars par an), la règle du sponsor (kafala en arabe) interdit à tous les employés étrangers, y compris les Occidentaux, de rompre leur contrat sans l’aval d’un tuteur qui est souvent leur patron. En dépit de ces contraintes, qui confinent au travail forcé, Peru mal se cramponnait aux rêves ordinaires des petites mains de la péninsule Arabique: faire vivre la famille restée au pays, revenir dans trois ou quatre ans avec un pécule suffisant pour marier une fille ou construire une maison.

Mais un jour de la mi-septembre, de retour du travail, ses camarades l’ont découvert prostré sur son lit, le corps roi de. « Il s’était plaint de fièvre le matin et il avait renoncé à prendre le bus, raconte le chauffeur, responsable du transport des ouvriers jusqu’au site de construction. Je l’ai emmené à l’hôpital où on lui a administré un cachet, puis je l’ai ramené au camp et je suis reparti. Quand nous sommes revenus le soir, il était mort, foudroyé par une crise cardiaque. Une ambulance est venue le chercher et nous n’avons plus entendu parler de lui.» Une mort presque anonyme, presque anodine.

Chaque année, les travailleurs originaires d’Asie du Sud-Est, qui constituent 80% des 2millions d’habitants du Qatar, sont plusieurs centaines à le quitter dans un cercueil. Ils finissent leur vie dans le pays où ils croyaient en commencer une nouvelle, fauchés dans la force de l’âge par des conditions de travail harassantes. Les experts de la Confédération syndicale internationale (CSI), venus au début du mois à Doha, dans la foulée d’une enquête du quotidien britannique The Guardian présentant le Qatar comme un Etat esclavagiste, ont fait leurs calculs. En supposant que le taux de mortalité ne faiblira pas d’ici à 2022 et en tenant compte des 1,5 million de travailleurs attendus en renfort dans le pays, ils ont conclu qu’au moins 4000 immigrés paieront de leur vie le Mondial qatari.

Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar

Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar

« Davantage d’ouvriers périront durant la construction des infrastructures que de joueurs ne fouleront les terrains», a prédit Sharan Burrow, la secrétaire générale de la CSI. La construction des neuf méga stades de la Coupe du monde n’a pas encore commencé. Mais la forêt de grues plantées dans les rues de Doha prépare déjà ce rendez-vous planétaire. Une ligne de métro est en travaux, ainsi que trois gigantesques quartiers d’habitations: Msheireb, qui pousse sur les ruines du vieux centre; Lusail, prévu en périphérie de la capitale, et The Pearl, une marina cinq étoiles où se presse le gratin de la presqu’île. Un nouvel aéroport devrait aussi entrer en service dans les prochains mois, qui promet de rivaliser avec celui de Dubaï, l’un des hubs les plus fréquentés au monde.

Réputation oblige, les géants du BTP chargés de ces méga projets exhibent leur souci du bien être au travail. Impossible de pénétrer sans un casque, un gilet fluorescent et des chaussures de chantier sur le site de Msheireb, une ville dans la ville, où près de 13000 ouvriers s’activent. La délégation de la CSI qui l’a inspecté n’y a d’ailleurs relevé aucune violation flagrante des règles de sécurité. A leurs visiteurs étrangers, les managers de ces multinationales, telle la française Vinci construction, l’australienne Brookfield ou l’américaine CH2M Hill, vantent leurs « millions d’heures travaillées sans le moindre accident ».

Ils ouvrent les portes de campements modèles, où tout est fait pour divertir le col bleu de retour du turbin:matchs de foot, parties de billard, concours de bodybuilding, soirées karaoké… « Un employé heureux est un employé productif », clame le slogan de l’un de ces camps, qui dispose même d’un psy, pour soigner le manœuvre ou le contremaître « qui a le mal du pays ». Mais dès que l’on descend la chaîne de sous traitance qui forme le tissu économique qatari, les abus apparaissent. Salaheddin, un quinquagénaire indien qui travaille comme carreleur sur le chantier de The Pearl, le sait mieux que quiconque.

Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar

Chantier de la Coupe du monde : Le dossier noir du Qatar

Après cinq mois dans le pays, la PME indienne avec laquelle il est sous contrat ne lui a toujours pas délivré de permis de résidence. « Sans ce document,il est impossible d’expédier de l’argent à l’étranger et de se faire soigner dans un hôpital public, explique-t-il, dans la turne de 15 m2 qu’il occupe avec sept autres compatriotes. Tous les mois, la compagnie nous envoie à Dubaï pour renouveler notre visa. C’est illégal. On risque de se faire arrêter à tout moment par la police. » Comme l’immense majorité des employeurs au Qatar, son entreprise viole la loi, qui impose un maximum de quatre ouvriers par chambre et interdit les lits superposés.

« Elle nous a forcés à acheter nos matelas et ne nous fournit même pas l’eau courante, soupire Salaheddin. Un jour que l’on se plaignait, notre patron nous a suggéré de boire l’eau des toilettes.» Une cascade d’humiliations pour une paie misérable en fin de mois : 900 riyals (180 euros) de base et au maximum 1200 riyals (243 euros) avec les heures supplémentaires. « Ce sont des pratiques malheureusement classiques, dit Rajiv Sharma, un syndicaliste indien, membre de l’équipe de la CSI. J’ai rencontré des ouvriers qui s’entassaient à dix dans une même chambre, d’autres qui avaient signé un contrat avec un salaire de 200 riyals et qui ne touchaient même pas cette somme.

Mis à part le système de la kafala (prise en charge), le code du travail est correct. Le problème vient de sa mise en application. Le nombre insuffisant d’inspecteurs et la lenteur de la justice encouragent toutes les violations.» Même inertie vis-à-vis des morts au travail. Le gouvernement, qui ne tient aucune comptabilité officielle, tend à minimiser le problème Mais les chiffres fournis par les ambassades font frémir. Celle de l’Inde, qui représente la communauté immigrée la plus importante du Qatar, a dénombré 237 morts en 2012. Pour les neuf premiers mois de 2013, le compteur des décès marquait 159, avec un pic à 27 pour le mois d’août.

Chez les Népalais, le deuxième plus gros contingent immigré (400000 ressortissants) et le plus représenté dans le secteur de la construction, le bilan n’est pas moins macabre: 200 morts chaque année, selon une source très bien informée, qui a requis l’anonymat. « Les accidents cardio-vasculaires constituent 50 % à 60% des cas, suivis par les accidents de la route et les accidents du travail qui représentent environ 15% des cas », détaille cet informateur. En l’absence d’autopsie, il est impossible d’affirmer que tous les cas de défaillance cardiaque – ou du moins les morts classés comme tels – sont le produit de la vie de forçat que mènent les ouvriers du BTP.

La consommation d’alcool, endémique dans ce milieu, peut jouer aussi un rôle.Mais les bons connaisseurs du sujet s’accordent à penser qu’une grande partie de ces ouvriers succombent à un mélange d’épuisement, d’hyperthermie et de déshydratation, le principal fléau des chantiers. « Comment expliquer que tous les trois jours un Népalais meure d’une crise cardiaque a lorsque la plupart d’entre eux sont âgés d’une vingtaine d’années ?», s’interroge Sagar Nepal, l’un des chefs de cette communauté, sur un ton faussement candide. Voilà les autorités qataries prises à leur propre jeu.

Sur le fond, les conditions de vie et de travail qu’elles réservent à leur main-d’œuvre ne diffèrent guère de celles en vigueur chez leurs voisins. Les cadences infernales, les logements sordides et le garrot de la kafala sont le lot commun des galériens du golfe Arabo-Persique, aussi bien à Doha qu’à Riyad ou à Abou Dhabi. Le cynisme des agences qui les recrutent dans les villages reculés du Népal, de l’Inde, du Bangladesh ou du Sri Lanka, ces négriers modernes qui leur font miroiter un salaire souvent raboté de 30% à leur atterrissage et qui les obligent à s’endetter pour payer leurs visas et leurs billets, mériterait aussi d’être épinglé.

Mais en décrochant la timbale du Mondial, la dynastie Al-Thani s’est placée toute seule sous les projecteurs des médias et des organisations de défense des droits de l’homme. L’ancien émir, le cheikh Hamad, entendait faire de la grand-messe du ballon rond le point d’orgue de la stratégie d’influence qu’il avait développée ces dix dernières années. Le couronnement d’une politique de rayonnement tous azimuts qui avait fait de cette gazomonarchie méconnue l’un des acteurs les plus en vue de la scène économique et diplomatique internationale. Mais pour son fils Tamim, parvenu au pouvoir en juin, l’événement est une source permanente de migraines.

Comme si le charme qatari avait soudainement cessé d’opérer. L’auteur de ces lignes a d’ailleurs pu mesurer combien cette affaire met les autorités à cran: avec deux autres journalistes, il a payé sa curiosité de quelques heures de prison et d’interrogatoire au parquet de Doha. Déjà soupçonné d’avoir acheté le vote de la Fédération internationale de football (FIFA), et malmené par les grands argentiers du sport parce que son Mondial, canicule estivale oblige, risque de se jouer pendant l’hiver et de bousculer le calendrier des compétitions internationales, l’émirat est aujourd’hui confronté au scandale le plus retentissant de sa courte histoire. Au nom du dieu Football, le pays le plus riche de la planète risque de devenir le tombeau des prolétaires du désert.

Par Benjamin Barthe, pour le journal Le Monde du 19 octobre 2013

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La dernière exécution en France


hamida-djandoubi
Le 9 septembre 1977. Exécution capitale de DJANDOUBI, sujet tunisien

A 15 heures, Monsieur le Président R… me fait savoir que je suis désignée pour y assister. Réaction de révolte, mais je ne peux pas m’y soustraire. Je suis habitée par cette pensée toute l’après-midi. Mon rôle consisterait, éventuellement, à recevoir les déclarations du condamné. A 19 heures, je vais au cinéma avec B.et B.B., puis nous allons casse- croûter chez elle et regardons le film du Ciné-Club jusqu’à 1 heure. Je rentre chez moi; je bricole, puis je m’allonge sur mon lit.

« C’est à ce moment qu’il commence à réaliser que c’est fini » Monique Mabelly, magistrate, décrit les derniers instants du condamné

Monsieur B. L. me téléphone à 3 heures et quart, comme je le lui ai demandé. Je me prépare. Une voiture de police vient me chercher à 4 heures et quart. Pendant le trajet, nous ne prononçons pas un mot. Arrivée aux Baumettes. Tout le monde est là. L’avocat général arrive le dernier. Le cortège se forme. Une vingtaine (ou une trentaine ?) de gardiens, les « personnalités ». Tout le long du parcours, des couvertures brunes sont étalées sur le sol pour étouffer le bruit des pas. Sur le parcours, à trois endroits, une table portant une cuvette pleine d’eau et une serviette éponge.

On ouvre la porte de la cellule. J’entends dire que le condamné sommeillait, mais ne dormait pas. On le « prépare ». C’est assez long, car il a une jambe artificielle et il faut la lui placer. Nous attendons. Personne ne parle. Ce silence, et la docilité apparente du condamné, soulagent, je crois, les assistants. On n’aurait pas aimé entendre des cris ou des protestations. Le cortège se reforme, et nous refaisons le chemin en sens inverse.

Les couvertures, à terre, sont un peu déplacées, et l’attention est moins grande à éviter le bruit des pas. Le cortège s’arrête auprès d’une des tables. On assied le condamné sur une chaise. Il a les mains entravées derrière le dos par des menottes. Un gardien lui donne une cigarette à bout filtrant. Il commence à fumer sans dire un mot. Il est jeune. Les cheveux très noirs, bien coiffés. Le visage est assez beau, des traits réguliers, mais le teint livide, et des cernes sous les yeux. Il n’a rien d’un débile, ni d’une brute.

C’est plutôt un beau garçon. Il fume, et se plaint tout de suite que ses menottes sont trop serrées. Un gardien s’approche et tente de les desserrer. Il se plaint encore. A ce moment, je vois entre les mains du bourreau, qui se tient derrière lui flanqué de ses deux aides, une cordelette. Pendant un instant, il est question de remplacer les menottes par la cordelette, mais on se contente de lui enlever les menottes, et le bourreau a ce mot horrible et tragique: « Vous voyez, vous êtes libre!…» Ça donne un frisson…

Il fume sa cigarette, qui est presque terminée, et on lui en donne une autre. Il a les mains libres et fume lentement. C’est à ce moment que je vois qu’il commence vraiment à réaliser que c’est fini–qu’il ne peut plus échapper–, que c’est là que sa vie, que les instants qui lui restent à vivre dureront tant que durera cette cigarette. Il demande ses avocats. Me P. et Me G. s’approchent. Il leur parle le plus bas possible, car les deux aides du bourreau l’encadrent de très près, et c’est comme s’ils voulaient lui voler ces derniers moments d’homme en vie. Il donne un papier à Me P. qui le déchire, à sa demande, et une enveloppe à Me G.

Il leur parle très peu. Ils sont chacun d’un côté et ne se parlent pas non plus. L’attente se prolonge. Il demande le directeur de la prison et lui pose une question sur le sort de ses affaires. La deuxième cigarette est terminée. Il s’est déjà passé près d’un quart d’heure. Un gardien, jeune et amical, s’approche avec une bouteille de rhum et un verre. Il demande au condamné s’il veut boire et lui verse un demi-verre. Le condamné commence à boire lentement.

Maintenant il a compris que sa vie s’arrêterait quand il aurait fini de boire. Il parle encore un peu avec ses avocats. Il rappelle le gardien qui lui a donné le rhum et lui demande de ramasser les morceaux de papier que Me P. avait déchirés et jetés à terre. Le gardien se baisse, ramasse les morceaux de papier et les donne à Me P. qui les met dans sa poche. C’est à ce moment que les sentiments commencent à s’entremêler.

Cet homme va mourir, il est lucide, il sait qu’il ne peut rien faire d’autre que de retarder la fin de quelques minutes. Et ça devient presque comme un caprice d’enfant qui use de tous les moyens pour retarder l’heure d’aller au lit ! Un enfant qui sait qu’on aura quelques complaisances pour lui, et qui en use. Le condamné continue à boire son verre, lentement, par petites gorgées. Il appelle l’imam qui s’approche et lui parle en arabe. Il répond quelques mots en arabe.

Le verre est presque terminé et, dernière tentative, il demande une autre cigarette, une Gauloise ou une Gitane, car il n’aime pas celles qu’on lui a données. Cette demande est faite calmement, presque avec dignité. Mais le bourreau, qui commence à s’impatienter, s’interpose: « On a déjà été très bienveillants avec lui, très humains, maintenant il faut en finir.» A son tour, l’avocat général intervient pour refuser cette cigarette, malgré la demande réitérée du condamné qui ajoute très opportunément: « Ça sera la dernière.»

Une certaine gêne commence à s’emparer des assistants. Il s’est écoulé environ vingt minutes depuis que le condamné est assis sur sa chaise. Vingt minutes si longues et si courtes! Tout s’entrechoque. La demande de cette dernière cigarette redonne sa réalité, son « identité » au temps qui vient de s’écouler. On a été patients, on a attendu vingt minutes debout, alors que le condamné, assis, exprime des désirs qu’on a aussitôt satisfaits. On l’avait laissé maître du contenu de ce temps. C’était sa chose. Maintenant, une autre réalité se substitue à ce temps qui lui était donné. On le lui reprend.

« J’entends un bruit sourd. Je me retourne,le corps a basculé dans le panier »

La dernière cigarette est refusée, et, pour en finir, on le presse de terminer son verre. Il boit la dernière gorgée. Tend le verre au gardien. Aussitôt, l’un des aides du bourreau sort prestement une paire de ciseaux de la poche de sa veste et commence à découper le col de la chemise bleue du condamné. Le bourreau fait signe que l’échancrure n’est pas assez large. Alors, l’aide donne deux grands coups de ciseaux dans le dos de la chemise et, pour simplifier, dénude tout le haut du dos. Rapidement (avant de découper le col) on lui a lié les mains derrière le dos avec la cordelette.

On met le condamné debout. Les gardiens ouvrent une porte dans le couloir. La guillotine apparaît, face à la porte. Presque sans hésiter, je suis les gardiens qui poussent le condamné et j’entre dans la pièce (ou, peut-être, une cour intérieure ?) où se trouve la « machine ». A côté, ouvert, un panier en osier brun. Tout va très vite. Le corps est presque jeté à plat ventre mais, à ce moment-là, je me tourne, non par crainte de « flancher », mais par une sorte de pudeur (je ne trouve pas d’autre mot) instinctive, viscérale. J’entends un bruit sourd. Je me retourne–du sang, beaucoup de sang, du sang très rouge–, le corps a basculé dans le panier.

En une seconde, une vie a été tranchée. L’homme qui parlait, moins d’une minute plus tôt, n’est plus qu’un pyjama bleu dans un panier. Un gardien prend un tuyau d’arrosage. Il faut vite effacer les traces du crime… J’ai une sorte de nausée, que je contrôle. J’ai en moi une révolte froide. Nous allons dans le bureau où l’avocat général s’affaire puérilement pour mettre en forme le procès- verbal. D. vérifie soigneusement chaque terme. C’est important, un PV d’exécution capitale! A 5h10 je suis chez moi. J’écris ces lignes. Il est 6h10.»

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Syrie: Des milliers de rebelles formés par la CIA


Syrie : Des milliers de rebelles formés par la CIA

Syrie : Des milliers de rebelles formés par la CIA

Alors qu’on imaginait un recours aux seuls missiles de croisières (Tomahawk) tirés des destroyers américains qui croisent en Méditerranée, le Pentagone envisage maintenant de recourir aux raids de l’aviation. Et, dans ce cas de figure, l’armée de l’air française serait associée. « C’est prématuré. Nous n’en sommes pas là », tempère une source diplomatique à Paris. Mais ce n’est pas tout.

Les Américains, qui veulent rééquilibrer le rapport de forces au sein de la rébellion, envisagent de renforcer les modérés de l’armée syrienne libre (ASL), au détriment des groupes jihadistes qui sèment la terreur en multipliant enlèvements et exactions dans les zones qu’ils contrôlent. Dans une vidéo mise en ligne en fin de semaine, on voit ainsi des islamistes radicaux abattre de sang-froid sept soldats syriens, les mains attachées dans le dos.

Dans le même temps, on apprenait, hier, qu’une autre faction liée à Al-Qaïda avait tué, sans raison apparente, un chirurgien de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) qui travaillait dans le pays depuis des mois. Autant d’exemples dont se sert le régime pour mettre en garde la communauté internationale. L’idée du Pentagone est donc de fournir à des centaines, voire à des milliers d’insurgés jugés plus fiables et moins fanatisés, une formation militaire dans des camps encadrés par la CIA, hors de Syrie (en Jordanie, par exemple).

Pour qu’ils reviennent ensuite se battre au sein de l’ASL. En attendant, Barack Obama a annoncé qu’il s’adresserait à la nation mardi, en direct de la Maison-Blanche. Il espère bien convaincre les parlementaires. Et, au-delà, l’opinion américaine, toujours très réticente devant ce grand saut dans l’inconnu, cette guerre de plus qui se dessine au Proche- Orient.

FRÉDÉRIC GERSCHEL

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Syrie : la lettre d’un ancien ambassadeur de France à François Hollande


Pierre Charasse

Pierre Charasse

Par Ariane Walter – Ce billet se contente de transmettre une lettre et quelle lettre ! Un chef-d’oeuvre  d’ironie mais aussi d’information. Alors que nous tremblons de voir des fous entamer une guerre dont personne ne peut envisager les consèquences, le terrible mépris de ce courrier, écrit dans une langue classique  qui fait du bien, traduit le déshonneur d’un homme qui se trouve à diriger notre pays pour le soumettre et le vendre.  Je remercie « le Grand soir  » de la porter à notre connaissance.

Diplomate de carrière de 1972 à 2009, Pierre Charasse fut ambassadeur [1], notamment au Pakistan, en Uruguay et au Pérou, et a représenté la France dans de nombreuses instances internationales. Depuis le Mexique où, retraité, il réside, il vient d’adresser une lettre aussi ironique que cinglante à François Hollande sur la crise syrienne.

Mexico, le 2 septembre 2013

Monsieur le Président de la République, dans l’épreuve que subit actuellement l’humanité du fait de la présence d’armes chimiques en Syrie, vous avez pris la tête d’un grand mouvement mondial au nom de « l’obligation de protéger » les populations civiles menacées. Vous avez très bien expliqué dans votre discours du 27 août devant vos Ambassadeurs que c’était là la vocation de la France, comme elle l’a fait en Libye récemment, et qu’elle ne manquerait pas à son devoir. Votre détermination exemplaire devrait rapidement convaincre vos partenaires européens flageolants et les opinions publiques pleutres, en France, en Grande Bretagne, aux États-Unis et partout dans le monde, du bien-fondé d’une intervention militaire chirurgicale en Syrie.

Naturellement, comme vous l’avez rappelé le 27 août, « l’obligation de protéger » s’inscrit dans une démarche très réglementée par les Nations Unies et incombe en premier lieu aux États concernés : protéger leur propre population. En cas de défaillance de leur part, c’est au Conseil de Sécurité qu’il appartient de décider des modalités de mise en œuvre de ce principe. Sous votre conduite, la France s’honorera si elle fait respecter à la lettre cette avancée importante du droit international. Je suis sûr que le Président Poutine sera sensible à vos arguments tout comme le Président Xi Jiping et qu’ils ne feront pas obstacle à vos projets en opposant un veto au Conseil de Sécurité. Peu importe que l’objectif final soit encore un peu flou, ce qui compte c’est la défense énergique de principes clairs.

De même, je suis sûr que d’autres pays suivront la France dans son intention de livrer des armes aux rebelles syriens, malgré les risques que cela comporte. M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Étrangères, a annoncé qu’il exigerait des destinataires des armes françaises qu’ils signent un « certificat d’utilisateur final ». Avec une telle fermeté nous aurons l’assurance que nos armes ne tomberont pas entre les mains des combattants Jihadistes du Front Al Nusra-Al Qaeda, qui font partie de la Coalition rebelle (encore très hétéroclite mais que avez le mérite de vouloir unifier, bon courage !) et ne se retourneront pas contre les pays occidentaux qui les ont aidé ou leurs rivaux au sein de la Coalition, voire des populations civiles.

Nous voilà rassurés. Al Qaïda devrait comprendre le message fort que vous lui envoyez. Il est important de bien expliquer que notre ennemi reste le Terrorisme International, même si de temps en temps il faut se montrer pragmatique, comme disent nos amis anglo-saxons, et tendre la main à ceux qui veulent notre perte. Ceux-ci ne devraient pas être insensibles à nos gestes amicaux. Vos services devraient pouvoir sans peine démentir l’information diffusée par l’agence Associated Press selon laquelle des armes chimiques livrées par notre allié l’Arabie Saoudite (le Prince Bandar Bin Sultan, chef des services saoudiens de renseignement) au Front Al Nusra-Al Qaeda auraient été manipulées maladroitement par ces apprentis-sorciers.

Une fois ce point éclairci vous aurez les mains libres pour agir sur la base des informations fournies par les États-Unis et Israël qui ont toute votre confiance. Toutefois il ne serait pas inutile d’éviter que se reproduise le scénario de 2003 aux Nations Unies lorsque Colin Powell a exhibé des photos truquées et un flacon de poudre de perlimpinpin comme preuves irréfutables de la présence d’armes de destruction massive en Irak ! Principe de précaution élémentaire. On vous fait confiance, c’est la crédibilité de la France qui est en jeu.

Quand aux objectifs militaires de cette opération, il paraît évident qu’ils doivent être en priorité de détruire par des moyens aériens les dépôts d’armes chimiques sans les faire exploser au nez de la population civile, ce qui serait un véritable désastre, et de neutraliser tous les engins qui permettent leur utilisation (missiles, chars, lance-roquettes etc.), sans mettre en péril la vie de nos soldats sur un terrain incertain. Si les Américains ont du mal à identifier les cibles, les services français de renseignement se feront un plaisir de leur fournir toutes les informations dont ils disposent, de telle sorte que l’opération soit courte et cinglante et que grâce à vous les armes chimiques soient définitivement éradiquées de la planète.

Les populations que nous allons protéger auront un prix à payer pour le service rendu et doivent accepter d’avance les quelques centaines ou milliers de morts que peuvent provoquer les effets collatéraux de cette opération et leurs conséquences en cascade. Mais c’est pour leur bien. Si vous prenez la tête de la manœuvre à la place de vos collègues Obama et Cameron, qui semblent rétro-pédaler avant même que le coup d’envoi ait été donné, Bashar Al Assad comprendra très vite à qui il a affaire. L’Occident ne doit pas de mollir, ce serait un mauvais signal au reste du monde, on compte sur vous pour tenir la barre fermement.

Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront la bonté de laisser aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes.

Après cette victoire pratiquement acquise d’avance, il vous appartiendra de porter ailleurs le message humanitaire universel de la France. Les crises sont nombreuses dans le monde, la liste des dictateurs sanguinaires est longue, et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants attendent avec joie que la France puisse les protéger comme elle s’en est donnée la mission. On pense toujours à l’Afrique qui arrive au premier rang de nos préoccupations. Mais il y a le feu dans de nombreuses régions du monde. Une intervention humanitaire en Palestine serait la bienvenue, vous y songez certainement.

Au Mexique, on estime à 70.000 les morts provoqués par la violence des groupes criminels et des forces de sécurité et 26.000 disparus durant de sexennat du Président Calderón (2006-2012). Après la première année du mandat du Président Peña Nieto, on dénombre déjà 13.000 morts. En toute logique avec de tels chiffres la population civile mexicaine devrait être éligible aux bénéfices du programme « obligation de protéger » concocté par la « communauté internationale », même si celle-ci se réduit aujourd’hui à la France seule. Au point où nous en sommes, il faut bien qu’un pays se dévoue pour être l’avant-garde agissante d’une communauté internationale amorphe et irresponsable, « ensemble gazeux et incertain » comme a dit Hubert Védrine à propos de l’Union Européenne. Mieux vaut être seul que mal accompagné. S’agissant du Mexique, on pourra tirer les leçons de l’intervention militaire française de 1862 et ne pas répéter l’erreur qui a conduit à la déconfiture les armées de Napoléon III : déclencher des opérations militaires injustifiées et lointaines qui dépassent nos forces.

Pour cela il faudra, mais vous l’avez évidement prévu, programmer davantage de moyens budgétaires, par exemple pour la construction de nouveaux porte-avions nucléaires, les avions et missiles qui vont avec. Le « Charles de Gaulle » rend de brillants services lorsqu’il n’est pas immobilisé dans nos arsenaux pour de trop longues périodes de révision, mais il aura du mal à répondre seul à toutes les demandes d’intervention surtout lorsqu’il devra croiser dans des mers lointaines, exotiques et dangereuses. Je suis sûr que vous saurez persuader nos compatriotes que dans les circonstances actuelles, le monde occidental, pour poursuivre sa mission civilisatrice, pilier de la globalisation, devra s’en donner les moyens budgétaires.

On se souvient des contraintes qui ont empêché les forces françaises de frapper encore plus massivement la Libye. Leurs stocks de missiles se sont rapidement épuisés et le budget de la Défense n’avait pas prévu que l’abominable Khadafi, pourtant ami intime de votre prédécesseur, serait aussi peu sensible à nos problèmes budgétaires en opposant une résistance aussi farouche qu’inutile. La population, si elle est bien informée, acceptera certainement de bon gré l’augmentation des impôts et les coupes dans les dépenses publiques, notamment sociales, comme les bourses scolaires pour les français de l’étranger, ainsi que la réduction des moyens du réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel français dans le monde si c’est le prix à payer pour que la France garde son statut de grande puissance mondiale. Tout est question de pédagogie.

Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que nos amis et alliés américains n’ont pas toujours une très bonne image dans le monde. La France, avec les Présidents De Gaulle, Mitterrand et Chirac, a joui d’un grand prestige international, justement parce ce qu’elle parlait d’une voix différente de celle de ses alliés occidentaux. Le Président Sarkozy a mis fin à cette tradition diplomatique, pensant que la France avait tout intérêt, dans le contexte de la mondialisation et face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, à se fondre dans « la famille occidentale » et à réintégrer l’appareil militaire de l’OTAN, c’est à dire à mettre ses forces conventionnelles sous le commandement américain.

« O tempora ! O mores ! » comme a dit Ciceron en son temps. Mais vos Ambassadeurs ont déjà du vous signaler que dans de nombreux pays la France est désormais perçue comme un relais servile de la politique américaine. Des épisodes récents, comme l’affaire Snowden avec l’interception du Président Evo Morales lors de son survol de l’Europe, ont pu donner cette impression fâcheuse, mais je suis convaincu que vous n’aurez aucun mal à persuader vos interlocuteurs du monde entier que cette perception est erronée, car c’est en toute indépendance que vous avez confirmé l’ancrage de la France dans sa « famille occidentale ».

Enfin, je pense que vous avez réfléchi à la meilleure manière de protéger les populations mondiales des catastrophes humanitaires provoquées par le capitalisme mafieux et prédateur à l’origine des dernières crises économiques et financières. Il est probablement dans vos intentions de proposer à vos collègues du G7 et du G20 que vous allez rencontrer au Sommet de Saint Pétersbourg de changer de cap pour mettre fin à l’économie-casino et à l’empire de la finance sans contrôle. L’opinion publique mondiale, les chômeurs en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et ailleurs, apprécieraient vraisemblablement des frappes chirurgicales sur le FMI, la Banque Centrale européenne, la City de Londres, quelques paradis fiscaux « non-coopératifs » ou d’improbables agences de notation qui font plier les gouvernements.

Une telle cohérence dans l’application de « l’obligation de protéger » honorera la France et son Président. En continuant sans relâche sur cette voie et en défendant comme vous le faites le droit international et les normes fixées par les Nations Unies, il ne fait aucun doute qu’avant la fin de votre mandat vous rejoindrez votre collègue et ami Barack Obama dans le club très sélect des Prix Nobel de la Paix. Vous l’aurez bien mérité.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération. Pierre Charasse, Français de l’étranger, contribuable et électeur.

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Syrie : la vidéo qui devrait faire réfléchir Obama et Hollande


Syrie : la vidéo qui devrait faire réfléchir Obama et Hollande

Syrie : la vidéo qui devrait faire réfléchir Obama et Hollande

Le New-York Times diffuse sur son site internet une vidéo montrant des rebelles syriens s’apprêtant à exécuter sept soldats syriens. Terrifiant. C’est la vidéo dont Obama, et accessoirement François Hollande, se serait assurément passés en ce début de G20 tendu sur la question syrienne. Sur son site internet, le New-York times dévoile en effet une vidéo effrayante où des rebelles syriens armés jusqu’aux dents « posent négligemment debout devant des prisonniers torses nus et terrifiés ».

Sept prisonniers, tête contre terre dont on pressent l’exécution imminente. Avant de passer à l’acte, les rebelles récitent quelques versets révolutionnaires « nous jurons au Seigneur (Lord of throne dans le texte du New-York Times) que nous allons prendre notre revanche ». L’écran devient noir, un noir fatal. Un silence avant que le son des balles n’écrase l’image. La vidéo se termine une fois que les corps sont jetés dans un puits. Un des bourreaux regarde alors la caméra et sourit.

« Une vidéo sortie clandestinement de Syrie il y a quelques jours par un ancien rebelle dégoûté par les massacres qui offre un aperçu sombre des pratiques des rebelles aussi brutales et impitoyables que le régime qu’ils essaient de renverser » écrit le quotidien américain. Le commandant de ce groupe de rebelles est Abdul Samad Issa, désigné comme « l’Oncle », à la tête d’un groupe « relativement inconnu », fort de 300 combattants.

Négociant et éleveur de bétail avant la guerre, « l’Oncle » aurait formé un groupe de partisans au début de l’insurrection et acheté des armes sur ses propres deniers. Toujours selon le New-York Times, son père aurait été tué lors d’une répression contre les Frères musulmans, lui-même aurait alors juré « l’extermination » des alaouites, le groupe religieux à laquelle appartient la famille Assad.

Son groupe Jound Al Cham, serait, lui en revanche, un mouvement islamiste djihadiste salafiste soutenu par des hommes d’affaires arabes. Lâchés par leurs alliés Obama et Hollande tentent laborieusement d’obtenir le soutien le plus large possible à des frappes en réponse aux attaques chimiques du 21 août. Cette vidéo démontre toute la complexité et la brutalité d’un conflit.

Par Régis Soubrouillard, journaliste chez Marianne

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Égypte: Les Frères musulmans attendent la justice divine


Égypte: Les Frères attendent la justice divine au Caire

Égypte: Les Frères attendent la justice divine au Caire

Reportage Égypte. Affaiblis par la répression de l’armée, les pro-Morsi étaient peu nombreux à manifester, vendredi. Les partisans du président destitué, Mohamed Morsi, et des Frères musulmans avaient décidé d’un nouveau « Vendredi des Martyrs » en Égypte, appelant des « millions » de fidèles à manifester à la sortie des mosquées.

Mais seuls quelques milliers d’entre eux ont répondu à l’appel, après la sanglante répression et les arrestations qui les ont frappés et désorganisés depuis la mi-août. Djellaba. Sortie de la mosquée El Istiqama, dans le quartier de Gizeh. 13 h 15. Entre 350 et 400 personnes sous un échangeur routier. « Notre sang n’a pas coulé en vain », hurle un type debout sur une palette.

La foule reprend : « Notre sang a un prix. » Les forces de police, situées à 500 mètres près de l’ambassade de France, tournent le dos à la manifestation. « On reste statiques, car sinon l’armée va nous tirer dessus », explique Mohamed, qui était à la prière du vendredi. « L’imam a répété que les criminels n’échapperont pas à la justice divine », assure-t-il. Ce comptable de 40 ans dit avoir bien saisi que c’était « l’armée qui était visée dans le prêche. Comment le comprendre autrement ?»

Un homme en djellaba se présentant comme professeur dans une école coranique pense, au contraire, que les services secrets « ont exfiltrés » le prêcheur habituel :« L’imam a raccourci la prière de vingt-cinq minutes. C’est incroyable ! C’est du jamais-vu ! On savait que les services secrets étaient capables de tout, mais changer d’imam et le remplacer par un type qui expédie la prière, ça c’est du jamais-vu », explique-t-il, en colère. Il en conclut « que le pouvoir, après avoir massacré et emprisonné les Frères », pèserait de tout son poids « pour éviter que l’on se rende à la mosquée ».

Quartier de Nasr City, sortie de la mosquée Salam. Foule impressionnante. Femmes, jeunes filles, barbus, gens en costume s’engagent sur le boulevard Abbas al Akkad vers l’ancien camp de Rabaa, théâtre du massacre du 15 août. « Je n’ai pas peur de mourir », déclare Hicham, un ingénieur de 55 ans. Prudent, il s’est placé en queue de manifestation. Blindés. Deux kilomètres plus loin, le cortège se disloque : l’armée est positionnée et les blindés ferment l’accès au camp de Rabaa.

Quartier d’Abbassia. Le parvis de l’imposante mosquée Nour est désert. Al-Jazeera donne pourtant en direct des nouvelles de la manifestation qui grossirait. Sur place, rien. Des gens s’engueulent pour monter dans un taxi collectif. Il est 17 heures. Dans deux heures, Le Caire va se coucher et le couvre-feu reprendre ses droits.

Envoyé spécial au Caire Jean-Louis Le Touzet (Libération du 24 août 2013)

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La Tunisie à la veille de la guerre civile


La Tunisie à la veille de la guerre civile

La Tunisie à la veille de la guerre civile

Cet article publié ce matin au site du quotidien « Le Monde » et retiré quelques heures après sans autres explications de la rédaction du journal français. Un fait assez rare… L’Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI) a décidé de le publier dans son intégralité. Voici le texte du journaliste Michel Le Tallec

La Tunisie se trouve une fois de plus à la croisée des chemins. Mise en place d’un processus électif démocrate, ou dictature religieuse imposée par les Frères musulmans d’Ennahda ? Le processus enclenché depuis janvier 2011 s’accélère brutalement, avec le meurtre de Mohamed Brahmi, député et fondateur de la Gauche nationaliste tunisienne, deuxième assassinat politique depuis le début 2013, après celui de Chokri Belaid, avocat et président du Front populaire tunisien.

Un sit in de l’opposition démocrate se tient tous les soirs, au Bardo, à Tunis, à proximité du siège de l’assemblée nationale constituante tunisienne, depuis une quinzaine de jours. Une manifestation monstre a rassemblé dans Tunis, le samedi 3 août, plus de 450 000 personnes, selon un comptage effectué à partir de données de satellites, par le Pentagone (source CNN). Les proches de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi, accusent Ennahda et son leader, le cheikh Rachid Ghannouchi, d’être derrière les assassinats politiques des deux leaders démocrates.

Rachid Ghannouchi, vrai maître de la Tunisie, depuis la venue d’Ennahda au pouvoir en 2011, est connu pour ses liens actifs avec le FIS, parti des islamistes algériens, et s’est impliqué directement dans des attentats en Tunisie, sous Ben Ali. .La frontière entre les Frères musulmans et les mouvances islamistes extrémistes, dont les djihadistes d’Al Qaida, est poreuse. Les Frères musulmans, que ce soit en Tunisie ou en Égypte, ont un contact permanent avec le bras armé islamiste que représentent ces mouvances pratiquant la violence au nom de l’islam.

Quant à Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahda, il faut rappeler que c’est un islamiste pur et dur, et que, comme Rachid Ghanouchi, il veut pour la Tunisie une dictature religieuse basée sur une shaaria restrictive et liberticide, particulièrement à l’égard des femmes, ramenant l’islam aux interdits du VIIe siècle. Dénonçant la mobilisation actuelle de l’opposition démocrate, Hamadi Jebali veut donner le change : « Ce n’est pas seulement la Tunisie qui bouge, c’est une même tendance, un même cyclone, partout à l’œuvre, en Egypte, en Libye ou au Yemen, voire même en Syrie, pour liquiderle Printemps arabe »(…) derrière cette apparence de conciliation, c’est toujours la Choura (conseil du parti) d’Ennahda qui dirige en sous-main la Tunisie, encadrant le gouvernement d’une manière stricte.(…)

Ennahda n’a pas respecté l’échéance d’octobre 2012, date à laquelle auraient du avoir lieu de nouvelles élections, et bloque la rédaction de la constitution, au cœur de laquelle il veut inscrire la primauté de l’islam et de la shaaria. Le parti islamiste a infiltré l’armée, la police (créant une police parallèle islamiste), la justice, et tous les corps de l’Etat. L’islamisation est déjà là en Tunisie, et il ne manque plus qu’une phase de pure violence afin que les Frères musulmans de Tunisie instaurent leur dictature religieuse.

Dans son prêche de l’Aïd, le cheikh Rachid Ghannouchi a ouvert la voie à la guerre civile en Tunisie. Il a insisté sur la valeur du sacrifice : « le sacrifice de soi », « le sacrifice des enfants », « le sacrifice de tout ce que l’on possède », « le sacrifice au nom de Dieu », mettant en exergue l’égorgement, au nom de la religion. Contre la scission actuelle entre islamistes et démocrates, qu’il qualifie de « débandade sociale » (al tadefaa al mojtamaî), Rachid Ghannouchi a incité les islamistes à se préparer à l’affrontement, à partir des exemples égyptien, syrien et palestinien.

Le pire est donc possible en Tunisie et il est temps que le gouvernement français, et François Hollande, arrêtent de se prêter au double jeu des islamistes d’Ennahda. Les Frères musulmans ne veulent pas de la démocratie, incompatible avec leur vision d’une société régie par le Coran. A partir de ce postulat, on doit arrêter de les crédibiliser et de les traiter comme des démocrates respectables.

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Des milliards par mois pour en finir avec Bachar ?


Des milliards par mois pour en finir avec Bachar ?

Des milliards par mois pour en finir avec Bachar ?

Un plan anti-Bachar vient d’être préparé par les généraux américain s, et une lettre de trois pages a été remise, le 22 juillet, à Carl Levin, président de la commission des Forces armées du Sénat pour l’en informer. C’est de tradition, aux États-Unis : les relations entre élus et militaires sont constantes, même s’il s’agit de projets plutôt secrets. Une pratique qui n’a jamais cours en France, bien sûr. Cette lettre, signée par Martin Dempsey, chef d’état-major des forces interarmées US, présente les cinq scénarios récemment soumis à Barack Obama et au Pentagone pour qu’ils choisissent celui qui pourrait convenir.

En voici la liste : entraînement des unités rebelles, frappes limitées sur les forces loyalistes au moyen de missiles de croisière tirés à distance, interdiction totale ou partielle du ciel syrien à l’aviation de Bachar, établissement de zones de sécurité pour les insurgés aux frontières du pays avec la Turquie et la Jordanie, prise de contrôle des sites d’armes chimiques, etc. Un choix difficile pour Obama, car le moindre de ces projets suppose le déploiement dans les pays voisins de plusieurs dizaines de milliers de militaires US, d’avions de combat, plus l’envoi de navires de guerre en Méditerranée.

Les généraux américains ont évalué l’effort financier nécessaire à la réalisation de chacun de ces scénarios. Exemples : 1 milliard de dollars ou 500 millions par mois (à débourser par le seul Pentagone, alors que la facture sera bien plus élevée) pour la protection des zones de sécurité aux frontières, et 5 milliards au total, toujours par mois, à débourser par les États-Unis et leurs alliés, si Obama décide d’interdire l’espace aérien aux avions de Bachar. Les mêmes chefs de guerre US prévoient pour chacune de ces interventions, mais sans vraiment y croire, une participation aux frais, si l’on ose dire, des alliés de l’Otan.

« Un coût insensé » estime un diplomate français, à qui « Le Canard » a soumis ces chiffres, tandis qu’un officier d’état-major affirme, lui, que présenter une telle prévision de dépenses incitera la Maison Blanche à limiter l’engagement militaire des USA, comme aujourd’hui, à la simple formation des forces rebelles et aux livraisons clandestines d’armements, rien de plus.

Djihad à l’exportation

Voilà qui va sans doute provoquer quelques commentaires ironiques des alliés de Washington. « Mais nous sommes, nous aussi, en retrait sur le dossier syrien », admet-on au Quai d’Orsay. Les services français de renseignement, eux, se montrent plus sévères dans leur appréciation du comportement des Américains au Proche et au Moyen-Orient depuis quinze ans. Un projet de note d’analyse en préparation à la DGSE évoque à ce propos  » un flottement général » de la politique des États-Unis dans ces régions troublées. Ce qui est une façon de découvrir l’Amérique.

Ce même document affirme que le prochain départ d’Afghanistan des troupes US, en 2014, va laisser un grand vide militaire et stratégique dans cette région, et pas seulement favoriser le retour au pouvoir des talibans. Puis, avant même la récente décision, prise par Washington, de fermer une vingtaine de ses ambassades et de ses consulats, ces analystes de la DGSE dressent une liste des principales menaces terroristes, du « chaudron irako-syrien » au Maghreb et au continent africain.

Et d’une : formation d’un foyer djihadiste permanent au Sahel, à partir du Sud libyen. Et de deux : développement d’un foyer de même nature en Syrie et en Irak, avec la participation de volontaires européens. Et de trois : fragilité récurrente de la Tunisie, du Maroc, de la Libye et de l’Égypte. Et de quatre : menaces permanentes sur certains États africains, de l’ouest du continent (golfe de Guinée) à la côte est (Somalie), et jusqu’au Moyen-Orient, « avec le désormais sulfureux Yémen » selon la formule d’un diplomate aussi pessimiste que les services français.

Non loin de !’Hexagone, la situation actuelle en Méditerranée provoque cette brutale réaction d’un vieux routier du renseignement : « C’est un vrai merdier sécuritaire. »

Claude Angeli (Le Canard Enchainé)

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Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer Syrien


Lettre d'une pigiste perdue dans l'enfer Syrien

Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer Syrien

« Dormir chez les rebelles coûte 50$ par nuit; une voiture, 250$ par jour. Vous ne pouvez payer ni une assurance – 1000$ par mois – ni un fixeur. Vous êtes seul

Ce texte sur son expérience syrienne a été publié le 1er juillet 2013, sur le site de la ‘Columbia Journalism Review’, par Francesca Borri, journaliste indépendante italienne, par ailleurs auteur d’un livre sur le Kosovo et d’un autre sur les rapports entre Israéliens et Palestiniens intitulé ‘Quelqu’un avec qui parler’ (Manifestolibri, 2010).

Il a suscité de très nombreuses réactions, auxquelles Francesca Borri a elle-même répondu sur le site du ‘Guardian’. Il nous a semblé qu’il méritait d’être traduit en français. Il m’a finalement écrit. Voilà plus d’un an que je lui envoie des articles à la pige. Pour lui, j’ai attrapé la typhoïde et reçu une balle dans le genou. Aujourd’hui, mon rédacteur en chef a regardé les infos et a pensé que je faisais partie des journalistes italiens qui ont été kidnappés. Il m’a envoyé un e-mail: « Si tu trouvais une connexion, pourrais-tu tweeter ta captivité ?»

Le même jour, dans la soirée, j’ai retrouvé le camp rebelle où je vivais, au beau milieu de cet enfer qui s’appelle Alep, et dans la poussière et la faim et la peur, j’ai espéré trouver un ami, un mot compatissant, un geste tendre. Au lieu de ça, je n’ai trouvé qu’un autre e-mail de Clara, qui passe ses vacances chez moi en Italie. Elle m’a déjà envoyé huit messages « Urgents !». Aujourd’hui elle cherche ma carte de spa, pour se faire masser gratuitement. Les autres messages dans ma boîte de réception ressemblaient à ça: « Excellent, ton article aujourd’hui ; aussi excellent que ton livre sur l’Irak.» Malheureusement, mon livre ne parlait pas de l’Irak, mais du Kosovo.

Du reporter freelance, les gens gardent l’image romantique d’un journaliste qui a préféré la liberté de traiter les sujets qui lui plaisent à la certitude d’un salaire régulier. Mais nous ne sommes pas libres, bien au contraire. Rester en Syrie, là où personne ne veut rester, est ma seule chance d’avoir du boulot. Je ne parle pas même d’Alep, pour être précise. Je parle de la ligne de front. Parce que les rédacteurs en chef, en Italie, ne veulent que le sang et les « bang bang » des fusils d’assaut. J’écris à propos des groupes islamistes et des services sociaux qu’ils mettent à la disposition des populations, les racines de leur pouvoir – une enquête beaucoup plus complexe à mener que le traditionnel article en direct du front. Je fais tout mon possible pour expliquer, et pas seulement pour émouvoir, et je me vois répondre: « Qu’est-ce que c’est que ça ? Six mille mots et personne ne meurt ? »

A vrai dire, j’aurais dû comprendre ça la fois où mon rédacteur en chef m’a demandé un article sur Gaza, parce que Gaza, comme d’habitude, était bombardé. J’ai reçu cet e-mail: « Tu connais Gaza par cœur », écrivait-il. « Quelle importance, que tu sois à Alep ?» Exactement. La vérité est que j’ai fini en Syrie parce que j’avais vu dans « Time » les photos d’Alessio Romenzi, qui est entré dans Homs par les égouts quand personne ne savait ce qu’était Homs. J’ai regardé ses clichés en écoutant Radiohead – ces yeux, qui me fixaient ; les yeux de ces gens en train de se faire massacrer par l’armée d’Assad, un par un, et personne n’avait même entendu parler d’un endroit nommé Homs. La conscience broyée comme par un étau, je n’ai pas eu d’autre choix que de partir en Syrie.

Mais que vous écriviez d’Alep ou de Gaza ou de Rome, les rédacteurs en chef ne voient pas la différence. Vous êtes payé pareil: 70$ par article. Même dans des endroits comme la Syrie, où la spéculation délirante fait tripler les prix. Donc, par exemple, dormir dans une base rebelle, sous les obus de mortier, sur un matelas posé à même le sol, avec cette eau jaune qui m’a donné la typhoïde, coûte 50$ par nuit ; une voiture coûte 250$ par jour.

Donc, plutôt que de minimiser les risques, vous finissez par les maximiser. Non seulement vous ne pouvez pas vous payer une assurance – presque 1000$ par mois – mais vous ne pouvez pas non plus payer un fixeur ou un traducteur. Vous vous retrouvez seul en terre inconnue. Les rédacteurs en chef sont bien conscients que rémunérer un article 70$ vous pousse à économiser sur tout. Ils savent aussi que si vous êtes sérieusement blessé, une partie de vous espère ne pas survivre, parce que vos finances ne vous permettent pas d’être blessé. Mais ils achètent l’article, même quand ils refuseraient d’acheter un ballon de foot Nike fabriqué par des enfants pakistanais.

Les nouvelles technologies nous amènent à penser que la vitesse est un élément de l’information. Mais ce raisonnement repose sur une logique autodestructrice: le contenu, désormais, est standardisé, et votre journal, votre magazine, n’a plus aucune singularité, et il n’y a donc plus aucune raison de payer un reporter. Pour les nouvelles, j’ai Internet – gratuitement. La crise que les médias traversent est une crise du média lui-même, pas du lectorat. Les lecteurs sont toujours là, et contrairement à ce que croient beaucoup de rédacteurs en chef, ce sont des gens intelligents qui demandent de la simplicité sans simplification. Ils veulent comprendre, pas uniquement savoir.

Chaque fois que je publie un témoignage de guerre, je reçois une douzaine d’e-mails de personnes qui me disent : « Ok, bel article, tableau saisissant, mais je voudrais comprendre ce qu’il se passe en Syrie.» Et j’aimerais tellement répondre que je ne peux pas proposer d’articles d’analyse, parce que les rédactions vont simplement le survoler et me dire: « Tu te prends pour qui, gamine ?» – malgré mes trois diplômes, mes deux livres et mes dix années passées à couvrir des guerres, d’abord comme enquêtrice humanitaire puis comme journaliste. Ma jeunesse, au passage, s’est volatilisée quand des morceaux de cervelle m’ont éclaboussée. C’était en Bosnie. J’avais 23 ans.

Les journalistes freelance sont des journalistes de seconde zone – même s’il n’y a que des freelance ici, en Syrie, parce que c’est une guerre sale, une guerre du siècle dernier ; c’est une guerre de tranchée entre des rebelles et des loyalistes qui sont si proches qu’ils se hurlent dessus pendant qu’ils se mitraillent. Quand vous découvrez la ligne de front, vous n’en revenez pas, avec ces baïonnettes que vous n’avez jamais vues que dans les livres d’histoire. Les guerres modernes sont des guerres de drones, mais ici ils combattent mètre par mètre, rue par rue, et on en chie de peur.

Et pourtant les rédacteurs en chef, en Italie, vous traitent comme un enfant ; vous prenez une photo hallucinante, et ils vous disent que vous avez été chanceux, au bon moment au bon endroit. Vous décrochez une exclusivité, comme l’article que j’ai écrit un septembre dernier sur la vieille ville d’Alep, classée au patrimoine de l’UNESCO, réduite en cendres tandis que les rebelles et l’armée syrienne se disputaient son contrôle. J’ai été la première reporter étrangère à y pénétrer, et les rédacteurs en chef vous lancent: « Comment pourrai-je justifier que mon journaliste n’ait pas pu entrer et que vous y êtes parvenue ?» J’ai reçu un e-mail d’un chef de service à propos de cet article: « Je le prends, mais je le publierai sous le nom de mon journaliste

Et puis, bien sûr, je suis une femme. Un soir, récemment, il y avait des tirs de mortier partout et j’étais assise dans un coin, avec la seule expression qu’on peut avoir sur le visage quand la mort risque de frapper d’une seconde à l’autre, et un autre reporter arrive, me regarde de la tête aux pieds, et me dit: « Ce n’est pas un endroit pour une femme.» Que pouvez-vous répondre à un type comme ça ? Crétin, ce n’est un endroit pour personne.

Si je suis effrayée, c’est parce que je suis lucide. Parce qu’Alep n’est que poudre à canon et testostérone et que tout le monde est traumatisé: Henri, qui ne parle que de guerre ; Ryan, bourré d’amphétamines. Et pourtant, à chaque fois que nous voyons un enfant taillé en pièces, c’est d’abord vers moi, la femme « fragile », qu’ils se tournent, pour savoir comment je me sens. Et je suis tentée de leur répondre : je me sens comme vous. Et les soirs où j’ai l’air blessée, ce sont les soirs où je me protège, où j’évacue toute émotion et tout sentiment ; ce sont les soirs où je m’épargne.

Parce que la Syrie n’est plus la Syrie. C’est un asile de fous. Il y a cet Italien qui était au chômage et qui a rejoint al-Qaeda, dont la mère sillonne Alep pour le retrouver et lui mettre une bonne raclée ; il y a le touriste japonais qui arpente les lignes de front parce qu’il dit avoir besoin de deux semaines de « sensations fortes » ; le Suédois diplômé d’une école de droit qui est venu pour rassembler des preuves de crimes de guerre ; les musiciens américains qui portent la barbe à la Ben Laden, prétendant que ça les aide à se fondre dans le décor alors qu’ils sont blonds et qu’ils mesurent plus d’un mètre quatre-vingt-dix. (Ils ont apporté des médicaments contre la malaria, même s’il n’y a pas de cas de malaria ici, et veulent les distribuer en jouant du violon). Il y a les membres de diverses agences des Nations-Unies qui, lorsque vous leur dites que vous connaissez un enfant souffrant de leishmaniose (une maladie transmise par piqûre d’insecte) et que vous leur demandez s’ils pourraient aider les parents à le faire soigner en Turquie, vous répondent qu’ils ne le peuvent pas parce que c’est un cas particulier et qu’ils ne s’occupent que de « l’enfance » en général.

Mais nous sommes des reporters de guerre après tout, n’est-ce pas ? Une bande de frères (et de sœurs). Nous risquons nos vies pour donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Nous avons vu des choses que la plupart des gens ne verront jamais. Nous sommes parfaits pour animer les dîners en ville. Les bons clients que tout le monde veut inviter.

Mais le secret sordide, c’est qu’au lieu d’être unis, nous sommes nos propres pires ennemis ; et la raison du papier payé 70$, ce n’est pas le manque d’argent, parce qu’il y a toujours de l’argent pour un papier sur les petites amies de Berlusconi. La vraie raison, c’est que quand vous demandez 100$, quelqu’un d’autre est prêt à le faire pour 70. C’est une compétition féroce. Comme Beatriz, qui aujourd’hui m’a indiqué une direction erronée pour pouvoir être la seule à couvrir une manifestation, tromperie qui m’a menée au milieu des snipers. Juste pour couvrir une manifestation, semblable à des centaines d’autres.

Pourtant nous prétendons être ici afin que personne ne puisse dire : « Mais nous ne savions pas ce qui se passait en Syrie.» Alors que nous ne sommes ici que pour emporter un prix, pour gagner en visibilité. Nous sommes ici à nous mettre des bâtons dans les roues comme si un prix Pulitzer était à notre portée alors qu’il n’existe absolument rien de ce genre. Nous sommes coincés entre un gouvernement qui ne vous accorde un visa que si vous êtes contre les rebelles et les rebelles qui, si vous êtes avec eux, ne vous autorise à voir que ce qu’ils veulent bien vous montrer.

La vérité, c’est que nous sommes des ratés. Deux ans que ça dure et nos lecteurs se rappellent à peine où se situe Damas, le monde entier qualifie ce qui se passe en Syrie de « pagaille » parce que personne ne comprend rien à la Syrie – hormis le sang, encore le sang, toujours le sang. Et c’est pour cette raison que les Syriens ne nous supportent plus maintenant. Parce que nous montrons au monde entier des photos comme celle de cet enfant de sept ans avec une cigarette et une kalachnikov. Il est clair que cette photo est une mise en scène mais elle a été publiée dans les journaux et sur les sites web du monde entier en mars et tout le monde criait: « Ces Syriens, ces Arabes, quels barbares !»

Lorsque je suis arrivée ici la première fois, les Syriens venaient vers moi et me disaient: « Merci de montrer au monde les crimes du gouvernement.» Aujourd’hui, un homme est venu vers moi ; il m’a dit: « Honte à vous

Si j’avais réellement compris quelque chose à la guerre, je n’aurais pas essayé d’écrire sur les rebelles et les loyalistes, les sunnites et les chiites. Parce que la seule histoire qui vaille d’être racontée en temps de guerre, c’est comment vivre sans peur. Tout peut basculer en une fraction de seconde. Si j’avais su cela, alors je n’aurais pas eu si peur d’aimer, d’oser, dans ma vie ; au lieu d’être ici, maintenant, recroquevillée dans l’obscurité et la puanteur, en regrettant désespérément tout ce que je n’ai pas fait, tout ce que je n’ai pas dit. Vous qui demain serez encore en vie, qu’attendez-vous ? Pourquoi hésitez-vous à aimer ? Vous qui avez tout, pourquoi avez-vous si peur ?

Par Francesca Borri, Traduit de l’anglais par Véronique Cassarin-Grand et David Caviglioli

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« La Tunisie est devenue un nouveau front pour Aqmi »


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Le 30 juillet 2013, à Kasserine en Tunisie lors des funérailles de l’un des huit soldats tués dans une embuscade terroriste. (AFP -STR). Sur le même sujet. Neuf militaires tunisiens ont été tués et dépouillés de leurs armes près de l’Algérie, près du Mont Chaâmbi, où l’armée tente depuis des mois de neutraliser un groupe lié à Al-Qaïda. Les soldats auraient été retrouvés égorgés et leurs armes ainsi que leurs uniformes ont été volés après une embuscade par un groupe armé. La zone de Chaâmbi fait l’objet d’une chasse à l’homme depuis décembre.

Le ratissage de ce mont par l’armée a redoublé au printemps après que plusieurs soldats ont été blessés et tués par des engins explosifs cachés dans cette région. Mathieu Guidère spécialiste des mouvements terroristes, revient de Tunisie où il s’est intéressé de près aux salafistes tunisiens et aux autres groupes terroristes qui ont émergé récemment en Tunisie. Il livre au « Nouvel Observateur » ce qu’il a pu constater sur le terrain.

Les terroristes qui ont tué les soldats tunisiens seraient liés à Al-Qaïda. Qui sont ces combattants qui évoluent depuis quelques mois dans la région du Mont Chaâmbi ?

– Les individus dont on parle ici viennent de plusieurs groupes terroristes différents. Il y a d’abord des membres d’une des cellules de la brigade « Tarik ibn Ziad » qui était dirigée par Abou Zeïd, un des chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) tué dans l’intervention française au Mali. Sa brigade a été pratiquement décimée, mais une section (une trentaine de personnes) a fui, il y a six mois, le nord du Mali vers la frontière algéro-tunisienne et a rejoint un certain nombre de salafistes tunisiens qui étaient déjà en train de s’installer dans ces montagnes du Mont Chaâmbi.

Avec de nombreux Algériens qui viennent de la ville de Batna, ville algérienne proche de la frontière tunisienne et qui est un centre d’activité d’Aqmi, ils ont formé le noyau dur d’un groupe qui s’appelle aujourd’hui la brigade de Batna. J’ai appris aussi lors de mon séjour en Tunisie que des Tunisiens chassés de Syrie après avoir voulu y faire le djihad sont revenus au pays et ont rejoint ce djebel. Selon certains, ils seraient une dizaine à être allés nourrir cette nouvelle brigade.

Depuis quand se sont-ils installés à cet endroit et par qui sont-il armés ?

– Depuis le mois d’avril. L’essentiel des armes sont fournies par les membres d’Al-Qaïda présents en Algérie. Ceux qui sont remontés du Mali ont emporté leurs armes. Ce sont des individus qui étaient déjà aguerris aux combats en milieu désertique sous la direction d’Abou Zeïd. Ils ont aussi reçu l’appui des Algériens qui leur ont apporté leur expertise, en particulier sur les IED (engin explosif improvisé) dont ils ont une longue expérience.

Ce sont des engins artisanaux enfouis sous terre et qu’on fait exploser à distance au passage d’un individu ou d’une patrouille. C’est exactement le même système qu’utilisent les talibans en Afghanistan. Cette brigade embryonnaire est en train de faire dans le Mont Chaâmbi exactement ce que fait Aqmi contre les forces de sécurité algériennes depuis près 20 ans et qui fait des dizaines de morts chaque semaine… La Tunisie est devenue un nouveau front pour Aqmi.

La frontière entre l’Algérie et la Tunisie a été fermée. Comment les deux armées se mobilisent pour lutter contre ces terroristes ?

– Les postes frontières ont été fermés certes, mais la frontière entre l’Algérie et la Tunisie mesure plus de 1.300 kilomètres, on ne peut la sécuriser sur toute sa longueur. Par ailleurs, les Algériens sont réticents à fournir des renseignements pour la lutte anti-terroriste à un pouvoir islamiste qui a un moment donné voulu intégrer les salafistes dans leur gouvernement.

Comment la Tunisie lutte contre ces groupes ?

– On ne peut pas séparer l’aspect politique de l’aspect purement sécuritaire. Le dossier a été mal géré à cause des hésitations de l’ancien ministre de l’Intérieur et actuel Premier ministre, l’islamiste Ali Larayedh, qui a, en 2012, plus ou moins voulu intégrer les salafistes radicaux qui commençaient à se rassembler dans le Mont Chaâmbi pour éviter leur radicalisation. Cette hésitation a profité à ces radicaux qui se sont renforcés. Cela a paralysé les services de sécurité et l’armée contre toute action sérieuse de nettoyage de cette zone. Aujourd’hui ce n’est plus le cas.

Ali Larayedh a changé d’avis et pense qu’il n’a plus aucun espoir de les récupérer. Il a décidé de faire le ménage, et a déclaré la guerre aux salafistes en tenant des discours très fermes. Après la mise en retraite anticipée du chef de l’Etat major des armée, le général Ammar, opposé à une médiatisation des actions anti-terroristes, une des compagnies de l’armée tunisienne, qui était dédiée à la sécurisation des frontières entre la Libye et la Tunisie, a été étendue à toute la frontière. Depuis six mois, la machine sécuritaire tunisienne s’est remise en marche.

Quelles difficultés rencontre-t-elle ?

– Les unités spécialisées dans la lutte contre le terrorisme de l’armée tunisienne ont été formées sous le régime de Ben Ali à la lutte sécuritaire et policière. Elles n’ont pas l’expérience de la contre-insurrection, car elles n’y ont jamais été confrontées. Il y a un saut qualitatif à faire dans ce domaine-là. Par ailleurs, l’équipement fait défaut. La Tunisie possède ce qu’il faut pour le renseignement classique, l’écoute, les interceptions, les filatures, les surveillances, mais n’est pas équipée pour la lutte sur le terrain.

Par exemple, l’armée tunisienne ne dispose pas de caméra de vision technique pour aller au contact de ces unités de djihadistes, sachant qu’ils agissent souvent la nuit pour poser les IED et se ravitailler en nourriture. Aussi, ce n’est pas l’armée qui va forcément dans les villes de Kasserine de Thala, autour du djebel pour recueillir des renseignements, c’est la police. Or la police est divisée : certains en soupçonnent une partie d’être pro-islamiste.

Ennahda peut-il faire un travail de terrain pour éviter que les Tunisiens ne rejoignent ces djihadistes ?

– Comme en Egypte, les islamistes d’Ennahda ont enfin compris que les salafistes ne vont pas accepter le jeu démocratique. Ils ont donc commencé à interdire les invitations et les séjours des prédicateurs venus des pays du Golfe qui ont une action importante sur le terrain. Depuis la révolution en Tunisie, il y a eu un afflux d’un certains nombre d’imams et de prédicateurs radicaux voire salafistes purs et durs, qui ont tenu des conférences et ont rempli des stades.

Ennahda a lancé ses troupes à la reconquête des mosquées pour éviter que les salafistes ne prennent trop de place surtout en cette période de ramadan, mois le plus spirituel de l’année. Mais pour l’instant, Ennahda a du mal à récupérer le terrain occupé par les salafistes.

Le mouvement salafiste soupçonné d’être proche d’Al-Qaïda, Ansar al-Charia, avait fait beaucoup parler de lui il y a quelques mois. Qu’est-il devenu ?

– Le mouvement Ansar al-Charia représente exactement ce que je viens de vous décrire. Son chef, Abou Iyadh, est en fuite et dans la clandestinité. L’ensemble des responsables du groupe ont été emprisonnés après l’épisode de l’ambassade américaine puis après l’assassinat de Chokri Belaïd. Ceux qui ont réussi à en rééchapper ont rejoint le Mont Chaâmbi. Ils font partis de ceux qui ont fait la jonction entre ceux qui remontaient du Mali et les Algériens. Le 21 mai, Aqmi diffusait une vidéo qui disait qu’Al-Qaida et Aqmi ne souhaitaient pas attaquer la Tunisie « sauf en cas d’autodéfense ».

Y a-t-il un risque d’engrenage terroriste dans le pays, comme on a pu le voir en Algérie ?

– Un scénario à l’algérienne est pour l’instant peu envisageable car les terroristes n’ont pas l’assise populaire qu’ils avaient en Algérie, malgré la crise économique et sociale qui sévit en Tunisie. En Algérie, à un moment, il y avait plus de 25.000 combattants dans le maquis ! Mais les terroristes occupent bien le Mont Chaâmbi en mettant des IED, ils ont des abris et s’y entraînent. Ils descendent petit à petit dans les bourgades autour, dans le gouvernorat de Kasserine.

Si le gouvernement tunisien ne met pas en place une stratégie sérieuse, réelle et globale pour cette région, s’il n’envoie pas des troupes de l’armée, et des policiers qui ne sont pas issus de cette région, je crains effectivement que dans les prochains mois la zone ne devienne un foyer à l’algérienne. Non pas qu’une guerre civile est à craindre mais un terrorisme résiduel est imaginable. C’est un potentiel foyer d’instabilité et de déstabilisation pour le pays.

Interview réalisée par Sarah Diffalah – Le Nouvel Observateur

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Ahmed Manaï : « Ghannouchi a peur de la rue… »


Ahmed Manai, ancien expert international auprès de l’ONU, militant en faveur d’une démocratisation de la Tunisie. En 1991, il a été arrêté et torturé durant plus de 15 jours consécutifs par les services spéciaux Tunisiens. Il a vécu dix huit ans en exil en France. Il est le président de l’Institut Tunisien des Relations Internationales et auteur du livre « Supplice Tunisien – Le jardin secret du général Ben Ali » aux éditions La Découverte. Grand connaisseur du parti islamiste Ennahda. Il a côtoyé les dirigeants de ce parti durant son exil avant de prendre ses distances définitivement aux années 90, depuis, il n’arrête pas de dénoncer leur projet politique caché.

M. Ahmed Manai sur la chaîne Ettounssya (Crédit image Ramzi Weslati)

M. Ahmed Manai sur la chaîne Ettounssya (Crédit image Ramzi Weslati)


M. Ahmed Manai, invité sur la chaîne Ettounssya TV (Crédit image Ramzi Weslati)

Ahmed Manaï nous a confié son analyse et sa vision de la situation actuelle de la Tunisie deux ans après l’accès au pouvoir du parti Ennahda. Après l’assassinat de M. Brahmi, abattu jeudi près de Tunis, la nouvelle a secoué les Tunisiens en cette journée chômée marquant le 56e anniversaire de la République et des centaines de personnes ont afflué dans le centre de la capitale pour dénoncer l’assassinat qui intervient près de six mois après celui de Chokri Belaïd, une autre figure de la gauche tunisienne. Sa famille avait aussi accusé Ennahda, qui avait là aussi démenti toute implication. Le pouvoir avait imputé ce crime à un groupuscule islamiste radical.

Tunis Tribune : « Quelle est votre vision ou analyse de la situation politique dans laquelle se trouve le pays aujourd’hui et surtout avec ce nouvel assassinat ? »

Ahmed Manai : « Les islamistes ont échoué dans la gestion de la période transitoire sur tous les plans parce qu’ils ont raté la mutation nécessaire d’un parti d’opposition à un parti de gouvernement. Depuis 1956, date de l’indépendance de la Tunisie, et durant le règne de Bourguiba à Ben Ali (55 ans), le pays a connu un seul assassinat, celui de l’homme politique et l’un des principaux chefs de file du mouvement national tunisien, Salah Ben Youssef, assassiné le 12 août 1961 à Francfort (Allemagne). Sous le règne d’Ennahda soit moins de deux ans (22 mois), le pays a connu trois assassinats (Lotfi Naghedh, Chokri Belaid et Mohamed Brahimi), ceci montre bien que les islamistes d’Ennahda n’ont pas foncièrement changé et qu’ils continuent toujours à véhiculer la violence et la peur ! Même si le discours a partiellement changé. » La preuve, le dernier dérapage du président de leur bloc parlementaire à l’ANC, Sahbi Atig, avec son appel sur l’avenue Bourguiba, lançant de graves menaces contre d’éventuelles actions contre sa supposée légitimité. « Toute personne qui piétine la légitimité en Tunisie, sera piétinée par cette légitimité et toute personne qui ose tuer la volonté du peuple en Tunisie ou en Égypte, la rue tunisienne sera autorisée à en faire ce qu’elle veut y compris de faire couler son sang (youstabahou) », a-t-il dit en substance.

Comment ose-t-en parler d’une légitimité périmée depuis au moins neuf mois ?

AM : « Il ne faut pas être naïf, les islamistes ont toujours eu une conception très spéciale de la démocratie, un moyen pour accéder au pouvoir afin de réaliser leur projet, plus globalement celui de la confrérie des Frères Musulmans et celle de Rached Ghannouchi.» Il n‘y a pas longtemps, j’ai entendu un de leurs disciples dire : « ça y est, c’est l’heure de la chahada qui approche, je me prépare pour mourir bientôt en martyr comme tous mes frères, bientôt on va être écarté du pouvoir par les gauchistes et notre seul salut c’est le jihad », a t-il ajouté ! En substance, Rached Ghannouchi est le premier responsable, c’est lui qui tient la mèche et les finances surtout, tout passe par lui. Je vous ai confié l’année dernière l’histoire des 200 millions de dollars offerts par l’émir du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, un don effectué en deux tranches 2 fois 100 millions, une première par l’intermédiaire de Youssef Al Qaradaoui, et une deuxième directement de l’émir, C’était la confidence d’un ami journaliste de la chaîne Al Jazeera et qui en a démissionné depuis pour créer sa propre chaîne télé, lors de l’un de mes déplacements à Damas, dans ma mission d’observateur de la Ligue arabe en Syrie.

Qui est ce journaliste exactement ?

Il ne m’a pas autorisé à dévoiler son identité mais je vous ai donné assez d’éléments pour le reconnaître et j’ai totalement confiance en son témoignage. D’ailleurs, Walid Maalam, ministre des Affaires étrangères syrien, a confirmé l’info quelques temps après dans une interview au journal britannique « The Independent » Quand j’ai raconté ça au cheikh Abdelfatah Mourou lors d’une rencontre chez lui, il était très surpris que c’est moi qui le lui apprend vu sa proximité avec Ghannouchi et vu l‘énormité de la somme aussi ! ça représente environ 300 millions de dinars et c’est une sacrée pour un parti politique ! C’est avec ça qu’il tient le mouvement.

D’ailleurs, des informations m’ont été rapportées qu’à l’époque, le cheikh aurait reçu un chargement très spécial au port de Radès dans des véhicules tout-terrain (4X4), les anciens trafiquants pro-Trabelsi sévissaient toujours, avec la douane, ils étaient très faciles à acheter ! » Le cheikh fonctionne à l’ancienne, le magot est rangé certainement comme sauvegarder un bas de laine (le bas de laine ou la cachette dans un mur de la maison ou tout autre endroit) même si cela représente un danger puisqu’on pouvait très bien le détrousser à moins qu’il soit très bien protégé. Il tient le mouvement certes par son statut de fondateur mais aussi par cela ! La finance !

Les dons et contributions, qui arrivent au parti, sont toujours libellés à son nom, c’est lui qui reçoit et qui donne, en personne. J’avais constaté cela 20 ans plus tôt, alors que je commençais à découvrir ce mouvement et je l’avais raconté dans ces termes, dans une interview au mensuel Parisien Arabies, au mois de novembre 1992 : « Cependant, il (Rached Ghannouchi) conserve le pouvoir du seul fait que le mouvement ne peut, dans les circonstances actuelles, disposer des fonds accumulés durant des années: l’accord de Ghannouchi est en effet indispensable en tant que chef de la direction clandestine et unique Émir à l’heure actuelle, depuis qu’Ennahda ne compte plus d’Émir à l’intérieur du pays, contrairement à ce que prévoient les statuts de l’organisation ». Arabies : novembre 1992. Il paraît qu’à Tunis, il dispose d’un service de sécurité digne d’un chef d’état semblable ou plus à celui de l’ex-président Ben Ali. Depuis la chute de Morsi et des Frères Musulmans en Égypte, Ghannouchi a peur de la rue, il est engagé dans une fuite en avant permanente. Un des premiers fondateurs du Mouvement de la tendance islamique (MTI) lui a pourtant déconseillé d’engager le parti dans cette phase transitoire, il aurait du se contenter de deux ou trois portefeuilles ministériels mais le cheikh a la soif du pouvoir. Si ça se complique dans le pays, il fuira comme un voleur de là où il est venu. D’ailleurs, il a toujours sa propriété à la banlieue de Londres.

Entretien réalisé par Hannachi Issam pour Tunis Tribune

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Assez ! Assez ! Nous ne pouvons plus vivre avec les barbus


Assez ! Assez ! Nous ne pouvons plus vivre avec les barbus

Assez ! Assez ! Nous ne pouvons plus vivre avec les barbus

SIDI BOUZID (Tunisie) – La famille de Mohamed Brahmi, le député d’opposition assassiné par balles jeudi à Tunis a accusé le parti islamiste au pouvoir Ennahda d’être responsable du meurtre alors que le chef de ce mouvement a dénoncé ceux qui veulent mener le pays vers une guerre civile. « J’accuse Ennahda, ce sont eux qui l’ont tué », a déclaré en pleurs Chhiba Brahmi, la sœur du défunt, sans avancer de preuves.

« Notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd », a-t-elle ajouté, citant l’opposant anti-islamiste également assassiné par balles le 6 février dernier. « Assez ! Assez ! Nous ne pouvons plus vivre avec les barbus », a lancé chhiba, 50 ans, interrogée par l’AFP au domicile familial dans la campagne de Sidi Bouzid, berceau de la révolte qui a conduit à la chute de l’ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali.

Le parti Ennadha a rejeté ces accusations dans un communiqué et son chef a qualifié le meurtre de catastrophe pour la Tunisie et de grand choc pour la transition démocratique, dans une déclaration à l’AFP. « Les commanditaires de ce crime veulent mener le pays vers une guerre civile et perturber la transition démocratique », a dit Rached Ghannouchi. « Il y a comme une volonté d’empêcher les Arabes notamment les pays du printemps arabe à faire aboutir leur expérience démocratique », a ajouté M. Ghannouchi.

L’assassinat de Mohamed Brahmi a eu lieu six mois après le meurtre de Chokri Belaïd, qui a été imputé fin février à un groupuscule islamiste radical. La famille de Chokri Belaïd avait aussi accusé Ennahda, qui a démenti tout implication dans le meurtre. Mercredi, le ministre conseiller du chef du gouvernement Nourredine Bhiri a indiqué que les commanditaires de l’assassinat de Belaïd, avaient été identifiés et leurs identité allait être révélée bientôt par le ministre de l’Intérieur.

Par l’AFP

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Egypte, Tunisie : « L’espace religieux s’est démocratisé mais pas libéralisé »


Olivier Roy

Olivier Roy

Entretien avec Olivier Roy, spécialiste de l’Islam. Professeur à l’Institut universitaire européen de Florence. Il revient sur le renversement des Frères musulmans.

Que vous inspire le renversement par la rue et par l’armée du président Morsi ?

Cela montre l’échec des Frères musulmans. Ils ont été élus démocratiquement, ils ont géré le gouvernement, et au bout d’un an, leur bilan est nul. Ce n’est pas qu’ils ont instauré la charia ou fait la révolution islamique, ils n’ont rien fait. Sinon discuter des journées entières sur une virgule pour la place de la charia dans la constitution. Donc, la révolte populaire a d’abord été une révolte contre l’incompétence et le népotisme. Ce n’est pas une révolte contre l’islamisme, contrairement à la Tunisie, où les manifestants antigouvernementaux sont très souvent des laïcs. En Egypte, non. On voit de nombreuses femmes voilées dans les manifestations. Ce qui traduit pour moi, ce que j’ai appelé il y a vingt ans, l’échec de l’islam politique. Les partis islamistes au pouvoir sont incapables de gouverner, tout simplement parce que leur idéologie n’est pas une pensée de gouvernement.

Quelles sont les options des Frères musulmans maintenant ?

Confrontés aux réalités, ils ont deux possibilités. Soit devenir des pragmatiques, ce qu’ont fait les Turcs dans un contexte un peu différent, soit s’enfermer dans leur système de pensée sans pouvoir réaliser quoi que ce soit. Donc c’est un échec. Les manifestations étaient contre cet échec. Maintenant, l’armée égyptienne est apparue sur le terrain parce que, en Egypte, c’est une force politique, et parce que devant une telle impasse (des manifestations massives contre un gouvernement démocratiquement élu, c’est une impasse). Donc, le seul moyen de dénouer cette situation, c’était l’intervention de l’armée. Simplement elle est intervenue en tirant. Pas comme arbitre, mais comme force de répression. Parce que c’est ce qu’elle sait faire. C’est son mode d’action. Du coup, cette intervention répressive et sanglante de l’armée a changé les choses. D’une part, l’opposition est un peu embarrassée. Prendre le pouvoir à la suite d’un massacre, c’est gênant, surtout pour les jeunes qui ont fait Tarhir il y a deux ans. Leur légitimité est secouée. Bien sûr, parmi les manifestants, il y avait des ultra-laïques, qui sont ravis qu’on tire sur les islamistes. Il y a des gens de l’ancien régime de Moubarak qui prennent leur revanche ; mais il y a aussi quand même beaucoup de musulmans pieux et de démocrates qui sont un peu gênés par la tournure qu’ont pris les événements. En tirant l’armée a délégitimé le gouvernement intérimaire qu’elle voulait mettre en place.

Le grand défi de la pratique du pouvoir qui était lancé aux Frères et à l’islam politique avec cette expérience de gouvernement est définitivement abandonné selon vous ?

Oui, en ce sens, l’intervention de l’armée est une grosse bêtise, il fallait laisser les islamistes sujets au pouvoir encore plus. Ceci dit, les islamistes ont géré le pouvoir pendant un an, ils ont eu du temps et n’en ont rien fait. Dans les rangs des islamistes, beaucoup de gens pensent qu’il faudrait faire une autocritique, tirer les leçons de cet échec. Bien sûr, la hiérarchie, s’est mise dans cette position de victime, mais il y a beaucoup d’intellectuels et de jeunes militants qui pensent que la Confrérie doit maintenant, non pas faire amende honorable, se réformer. Ces éléments n’ont pas la parole à cause de la répression militaire, ils sont obligés d’être solidaires de l’appareil, mais je crois que sur le moyen terme, il va y avoir uen réflexion à l’intérieur du mouvement islamiste sur : que s’est-il passé ? Je crois que le mouvement de transformation des islamistes est enclenché.

Quel est l’impact hors d’Egypte ?

L’impact est clair en Tunisie, c’est un message pour Ennahda. Gouvernez, gérez, au lieu de discuter interminablement sur l’article 3 de la constitution. Mais, en Tunisie, l’armée n’est pas une force politique, elle n’interviendra pas, et donc le message pour toute la Tunisie, c’est : il faut vous entendre entre vous, car il n’y a pas d’arbitre qui sortirait du néant. A part quelques laïques, une majorité des forces politiques vont convenir de la nécessité de discuter entre elles. Ce qui s’est passé en Égypte montre qu’il faut à tout prix conclure sur la constitution. On peut espérer qu’ils vont le faire, et à ce moment-là on va vers des élections, ce qui est la chose la plus normale.

L’idée de l’émergence d’une démocratie musulmane, à l’image de la démocratie chrétienne en Europe, est-elle fragilisée ou cassée par les événements égyptiens ?

Je pense qu’il y a plusieurs voies possibles. L’approche turque, de l’AKP, est la voie d’un parti très conservateurs socialement, très libéral sur le plan économique. Donc un parti de droite, sur des valeurs religieuses. C’est une option. L’autre possibilité, ce sont des mouvements plus proches de ce qu’on connaît en Italie, avec des fraternités religieuses comme les focolari ou comunione e liberazione, qui agissent dans le politique mais en investissant des partis différents. Ce serait la distinction qu’on retrouve en islam entre la prédication et la politique. Ces mouvements, surtout les Frères musulmans, sont de type confrérique. Comment s’organiser en parti politique ? La solution qu’ont choisi les Frères a été de dire, on fait un parti politique qui, en fait, est l’expression de la Confrérie. Mais, sur le long terme, cela ne tient pas. La logique de la confrérie n’est pas celle d’un parti politique. Ennahda est un parti politique, plus qu’une confrérie. Alors que le PJD marocain est vraiment un parti politique, c’est sans doute l’exemple le plus proche de ce que pourrait être un équivalent de la démocratie chrétienne, et pas du tout une confrérie. On est entre le modèle parti ou le modèle confrérie (comme Gulen en Turquie ou les Focolari en Italie) qui agit dans le politique dans la mesure où leurs militants investissent le politique.

De ce point de vue, l’Islam politique est en évolution ?

Bien sûr. L’islam politique comme idée que le Coran est la solution aux problèmes politiques, cela ne marche pas. C’est un échec. Inscrit dans le concept même et qui se révèle dans la pratique du pouvoir. C’est ce qu’ils viennent d’expérimenter. Après, l’idée n’est pas de plaquer la laïcité à la française, qui reste une exception, mais de concevoir des relations plus souples entre religion et politique.

Quel est l’impact de l’Egypte sur le Proche Orient ?

Je ne vois pas de très grands changements. Il y a une rivalité entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, mais elle est toujours un peu artificielle parce que le Qatar « est » artificiel. Ce n’est pas une grande puissance, le rôle qu’il joue depuis dix ans est exagéré. Tôt ou tard un ajustement est inévitable, et je crois qu’on est justement dans cette phase d’ajustement suite à l’abdication de l’Emir. Le grand alignement qui parcourt le Moyen Orient entre un axe chiite et un axe sunnite ne va pas changer. Les dirigeants égyptiens, quels qu’ils soient, vont rester plutôt pour l’opposition syrienne et pas pour Assad. Qu’ils soient plus alliés du Qatar ou de l’Arabie Saoudite n’a pas tellement d’importance, ils ne sont pas dans deux camps différents. Les deux monarchie du Golfe sont anti-Iraniens, pro-occidentaux.

Cela dit, Doha soutient les Frères, Ryad les Salafistes ?

Oui. L’Arabie saoudite déteste les Frères, tout simplement parce qu’ils sont un concurrent pour les wahhabites saoudiens. On a une opposition nette. Mais elle est complexe. Les Salafistes sont encore plus anti-Iraniens que les Frères qui ne sont pas anti-chiites. L’effet de la rivalité Qatar/Arabie contribue à diversifier le champ religieux. Les Frères musulmans n’ont pas le monopole de l’islam politique. Les Salafistes sont maintenant entrés dans le jeu.

Le front laïque égyptien, qui manquait d’unité et de structure, est-il en train d’en acquérir ?

On a surtout dans la population une culture protestataire. Dès qu’on n’est pas content, on va place Tahrir. Il y a une espèce de refus de l’autorité, un état de révolte permanent qui me rappelle les mouvements comme les Indignados à Madrid par exemple. Ce n’est pas une culture de construction d’un espace politique institutionnel. Les élites laïques? Elles préfèrent Moubarak à la démocratie, c’est cela le problème. Parce que la majorité de la population est musulmane. Donc les laïcs sont en porte-à-faux.

Des députés salafistes en session parlementaire au Caire (Egypte), le 23 janvier 2012. ASMAA WAGUIH / REUTERS

Des députés salafistes en session parlementaire au Caire (Egypte), le 23 janvier 2012. ASMAA WAGUIH / REUTERS


Vous parlez d’échec de l’islam politique, mais on observe aussi une pluralité de ses représentants ?

Ce que l’on constate dans l’espace religieux, et les Frères musulmans n’aiment pas du tout cela, c’est la diversification. Il y a vingt ans, les Frères avaient le monopole de l’islam politique. Maintenant, on a plein d’entités. Il y a les Salafistes, il y a les Soufis, qui font un retour partout. Il y a les institutions religieuses comme Al-Azhar qui demande leur autonomie, ce qui est complètement nouveau. Ils ne veulent plus être fonctionnaires, aux ordres du ministère des affaires religieuses. Et puis il y a de nouvelles formes de religiosité plus individualistes. Les individus se déclarent très croyants mais affirment ne pas obéir à un mouvement religieux. Le paradoxe, c’est que l’espace religieux s’est démocratisé mais il ne s’est pas libéralisé. Démocratisé dans le sens où il y a une diversité et on accepte la multiplication des opinions, mais pas libéralisé au sens où il n’y a pas d’ouverture sur certaines libertés. Par contre, du côté des laïques, ils sont libéraux mais pas démocrates.

Le défi du pluralisme était posé aux islamistes avec cette transition. A-t-il été relevé ?

Il a progressé. Oui. Ce qui a peu progressé, c’est la pensée du pluralisme. C’est comment gérer le pluralisme. Mais, de fait, la pratique du pluralisme a beaucoup progressé, en Tunisie comme en Egypte. Les Frères n’ont pas théorisé, ils n’ont pas su s’allier, lorsqu’ils ont fait des nominations dans les ministères, ils n’ont nommé que des gens de chez eux. Même chose pour Ennahda en Tunisie.

L'Echec de l'Islam politique Olivier Roy

L’Echec de l’Islam politique
Olivier Roy

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Egypte : Le rêve fracassé du Califat


Abdel-Fattah el-Sissi

Abdel-Fattah el-Sissi

Paris – Un an de pouvoir a fracassé le rêve longtemps caressé d’un 4eme Califat, qui aurait eu pour siège l’Egypte, le berceau des «Frères Musulmans», devenue de par l’éviction brutale du premier président membre de la confrérie, la tombe de l’islamisme politique.

Le Califat est une supercherie lorsque l’on songe à toutes les bases occidentales disséminées dans les monarchies arabes, faisant du Monde arabe la plus importante concentration militaire atlantiste hors des États-Unis.

Dans un contexte de soumission à l’ordre hégémonique israélo-américain, le combat contre la présence militaire atlantiste paraît prioritaire à l’instauration d’un califat. Et le califat dans sa version moderne devrait prendre la forme d’une vaste confédération des pays de la ligue arabe avec en additif l’Iran et la Turquie soit 500 millions de personnes, des réserves énergétiques bon marché, une main d’œuvre abondante. En un mot un seuil critique à l’effet de peser sur les relations internationales. Faute d’un tel projet, en présence des bases de l’Otan, le projet de restauration du califat relève d’une supercherie et d’un trafic de religions.

I. L’implosion de Morsi

L’Egypte, épicentre du Monde arabe, est diverse. Le premier président néo islamiste démocratiquement élu aurait dû se pénétrer de cette réalité plutôt que de mener une politique sur une base sectaire. Les Frères Musulmans n’ont pas su mettre à profit leur holdup up sur le pouvoir en proposant un projet de dépassement des clivages antérieurs en ce que Morsi n’aurait jamais dû oublier le conflit de légitimité historique qui oppose l’armée aux Frères Musulmans depuis Nasser (1952). Morsi paie aujourd’hui le prix de sa tardive adaptation au principe de réalité et des rapports de force.

Le déclic populaire contestataire a été le fait des franges de la société informelle arabe, les Frères Musulmans l’ont subverti du fait de leur discipline et de leurs considérables moyens financiers. Ils devaient tenir compte de la diversité de la population égyptienne et non d’imposer à une population frondeuse une conception rigoriste de la religion. Ployant sous le fardeau de l’inflation et de la pénurie, sans perspective d’avenir, sans la moindre percée politique, à la remorque de la diplomatie islamo atlantiste, dans la crainte de la menace de strangulation que fait peser sur l’Egypte le projet de percement d’un canal rival israélien au Canal de Suez, le Canal Ben Gourion, le peuple égyptien, pour la deuxième fois en trois ans, déjouant tous les pronostics, particulièrement les universitaires cathodiques, a créé la surprise, dégommant des palais nationaux ce président néo islamiste. Avec le consentement et le soutien actif de l’armée et surtout des plus hautes autorités religieuses musulmanes et chrétiennes du pays.

L’Egypte est diverse: Il y a deux siècles sous les Fatimides, elle était chiite. Les Coptes, des arabes chrétiens, est  une population consubstantielle à l’Histoire du pays. L’Histoire tout comme la population s’est constituée par sédimentation. Si de nos jours, la très grande majorité de la population est musulmane sunnite, cela ne suffit pas à faire une politique. Une politique sunnite n’existe pas en elle-même. Elle se fait en fonction du legs national. Il serait insultant au génie de ce peuple de le réduire à une expression basique d‘un islam rigoriste.

L’Egypte, c’est le pays de Nasser, d’Oum Kalthoum, mais aussi de Cheikh Imam et de Ahmad Fouad Najm, d’ Ala’a Al Aswani, des personnalités contestataires. Plutôt que de promouvoir une politique de concorde nationale, Mohamad Morsi a pratiqué une politique revancharde. N’est pas Mandela qui veut. Il n’était pas pourtant sorcier de comprendre que seule une politique de rassemblement et non de division avait une chance de réussir.

Au risque de déplaire, les tombeurs de Morsi sont d’abord l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, les deux éléments qui lui ont servi de béquille pendant un demi-siècle. Les manifestations ont servi de prétexte. Les parrains historiques des Frères Musulmans ont remercié Morsi car il ne répondait plus à leurs attentes. Sa chute est intervenue dix jours après la destitution de l’Emir du Qatar. L’Arabie ne pouvait tolérer deux théocraties sur son flanc nord l’Iran, un réformiste démocratiquement élu, mais chiite, et sur son flanc sud en Egypte, un islamiste démocratiquement élu mais plus grave sunnite; la négation de tout le dispositif la dynastie wahhabite fondé sur l’hérédité et la loi de la primogéniture.

L’Arabie saoudite qui a financé la construction d ‘un barrage de retenue d’eau en Ethiopie, privant l’Egypte d’une substantielle quantité d’eau du Nil nécessaire à son irrigation. L’Arabie Saoudite, un pays arabe, musulman et rigoriste tout comme les frères Musulmans. La déstabilisation de Mohamad Morsi par l’Arabie saoudite est la preuve éclatante qu’il ne saurait y avoir une politique sunnite en soi. Regarder la Turquie, l’allié stratégique d’Israël. Reccep Teyyeb Erdogan, le néo ottoman, devrait d’ailleurs avoir du souci à se faire en ce que son équation est similaire à celle de Mohamad Morsi, de même que  Rached Ghannouchi: On ne peut, en effet, réclamer la criminalisation de la normalisation avec Israël et se fourrer dans les jupons de l’AIPACC. La démagogie ne paie plus. Soixante ans d’opposition démagogique ont trouvé leur conclusion dans le pitoyable épilogue de la mandature Morsi. Luxe de raffinement ou de perfidie, sans doute pour bien marteler le message, les protestataires ont mobilisé près de vingt millions de manifestants, soit le nombre d’électeurs que Morsi avait recueilli lors de son élection présidentielle.

II- Le déni de réalité, danger mortel des Frères Musulmans

Plutôt de s’enfermer dans un déni de réalité, Mohamad Morsi et les Frères musulmans devraient se livrer à une sévère introspection de leur prestation politique et admettre, enfin, qu’un mouvement qui se veut un mouvement de libération ne saurait être un allié des occidentaux, les protecteurs d’Israël en ce qu’il s’agit d’un positionnement antinomique.

De la même manière, autre vérité d’évidence, que l’on ne saurait solliciter en permanence l’aide d‘une grande puissance sans en payer le prix un jour. Et que d’une manière générale Morsi retiendra sans doute la leçon de savoir que quand les Occidentaux accordent leur satisfecit à un individu, c’est que cette personne a certainement commis une certain de reniement de soi. Kadhafi a été couvert d’éloges lorsqu’il a révélé aux occidentaux tout un pan de la coopération clandestine nucléaire inter arabe, avant de le dégager sans ménagement.

Au pouvoir, les Frères Musulmans auraient dû prendre en compte des profondes aspirations d’un peuple frondeur et tombeur de la dictature, de même que les impératifs de puissance que commande la restauration de la position de l’Egypte dans le Monde arabe. Faire preuve d’innovation, par le dépassement du conflit idéologique qui divise le pays depuis la chute de la monarchie, en 1952, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme. Cesser d’apparaitre comme la roue dentée de la diplomatie atlantiste dans le Monde arabe, en assumant l’héritage nassérien avec la tradition millénaire égyptienne, débarrassant la confrérie de ses deux béquilles traditionnelles ayant entravé sa visibilité et sa crédibilité, la béquille financière des pétromonarchies rétrogrades et la béquille américaine de l’ultralibéralisme.

Sous la direction de la confrérie, l’Egypte aurait dû, enfin, prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non-dit d’un conflit de quinze siècle résultant de l’élimination physique des deux petits-fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit sinon d’un dogmatisme, à tout le moins d’une rigidité formaliste.

L’Egypte fait face à de manœuvres d’asphyxie (retenue d’eau du Nil en Ethiopie, Canal Ben Gourion, concurrentiel du canal de Suez), Morsi aurait dû jouer de l’effet de surprise, en retournant la situation en sa faveur en levant le blocus de Gaza, un accord que l’Egypte n’a même pas ratifié et surtout normaliser avec l’Iran en vue de prendre en tenaille tant Israël que l’Arabie saoudite, c’est-à-dire les deux des grandes théocraties du monde

Sur fond de concurrence avec la mouvance rivale salafiste, cette épreuve a été infiniment plus redoutable que près de soixante ans d’opposition déclamatoire souvent à connotation sinon démagogique à tout le moins populiste. Les Frères Musulmans seraient donc avisés de se livrer à une sérieuse étude critique de la mandature Morsi, avant de se lancer dans une nouvelle aventure dont toute l’Egypte sera perdante ? Pour le plus grand bénéfice d’Israël et de l’Islam wahhabite saoudien

Malsain de tout rejeter sur les manigances occidentales. Si les occidentaux ont leur plan, il importe aux Arabes de ne pas se lancer tête baissée devant tout chiffon rouge agité devant eux. Songez à l’impasse du Hamas, qui a déserté la Syrie, par solidarité sectaire avec le djihadisme erratique, expulsé du Qatar où il avait trouvé refuge avant de perdre son fief égyptien, à la merci d’un coup de bambou israélien.

Par René Naba – 11.07.13

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ÉGYPTE: Revers pour le Qatar


ÉGYPTE: Revers pour le Qatar

ÉGYPTE: Revers pour le Qatar

Doha, qui avait misé sur les Frères musulmans et dépensé des milliards de dollars, fait à présent figure de grand perdant sur les rives du Nil. Quand le cheikh Tamim ben Hamad Al- Thani, 33 ans, a pris les rênes du pouvoir au Qatar, le 25 juin, les observateurs pensaient que son manque d’expérience serait bientôt mis à l’épreuve en raison de l’atmosphère fébrile qui règne dans la région. Rares étaient ceux qui prédisaient que le défi se présenterait aussi rapidement. La chute du président égyptien, Mohamed Morsi, et du gouvernement des Frères musulmans porte en effet un grand coup à la politique extérieure militante du Qatar.

En effet, Doha a soutenu des groupes islamistes depuis que le soulèvement [du “printemps arabe”] a balayé l’Afrique du Nord. Le Qatar a injecté 8 milliards de dollars [6 milliards d’euros] en Égypte, la plus grosse contribution réalisée par un État du Golfe, et avait commencé à appuyer M. Morsi avant même qu’il n’entre en fonction. Le père du nouvel émir et le cheikh Hamad ben Jassem Al-Thani, l’ex-Premier ministre, avaient fait passer le statut du Qatar de médiateur régional à acteur de premier plan. Ils avaient parié que l’islam politique remplirait le vide laissé par la chute des autocraties arabes et espéraient constituer une alliance avec les islamistes, qui assurerait la position prépondérante de leur État.

En Syrie, l’appui apporté par Doha aux islamistes a fait de l’opposition syrienne une force disparate que les pays amis occidentaux considèrent aujourd’hui avec suspicion. Le cheikh Tamim, le nouvel émir, a beau donner des signes de modération en matière de politique étrangère, le changement sera graduel, selon les analystes, car la position de Doha est bien installée. Les liens entre le Qatar et M. Morsi s’inscrivent dans le cadre des liens plus larges existant entre cet État du Golfe et le mouvement islamiste en général. Al-Jazeera, la chaîne publique qatarie, est devenue une plateforme pour les opinions des Frères musulmans.

[Aujourd’hui, elle soutient toujours le président déchu, Morsi.] Ce parti pris apporte de l’eau au moulin des progressistes arabes, qui mettent en garde contre l’influence rampante du Qatar dans leurs démocraties naissantes. Doha finance selon eux un cheval de Troie pour instaurer la théocratie. Les États du Golfe craignent les ambitions du Qatar, ce qui l’isole encore plus. Et les Émirats arabes unis se livrent à une guerre des mots avec les responsables des Frères musulmans.

Alors que cette guerre froide par procuration entre États du Golfe s’échauffe en Égypte, les Émirats et l’Arabie Saoudite sont prêts à aider financièrement le gouvernement transitoire égyptien. “Le Qatar s’est trompé en Libye, puis en Syrie, et des milliards de dollars risquent aujourd’hui de passer à la trappe en Égypte, déclare un économiste. Ces fonds étaient censés lui acheter un avantage politique, mais il a misé sur le mauvais cheval.”

Simeon Kerr Publié le 3 juillet au Financial Times Londres

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Egypte: le peuple a donné, le peuple a repris


Egypte: le peuple a donné, le peuple a repris

Egypte: le peuple a donné, le peuple a repris

Voici donc ce que l’on pense, en Occident, de la situation égyptienne: une expérience démocratique était en marche, l’armée a voulu y mettre fin, elle a instrumentalisé le mécontentement populaire pour faire un coup d’Etat. Et de se lamenter sur la naïveté du peuple égyptien, qui préfère se jeter dans la gueule du loup militaire, plutôt que de faire confiance au président islamiste qu’il a élu. Incapable de se plier au long apprentissage de la démocratie, le peuple égyptien aurait oublié tous les maux que l’armée lui a infligés…

Non, le peuple égyptien n’a pas oublié. Il n’a pas oublié ce qu’il a souffert, durant les seize mois où l’armée a directement gouverné le pays. L’initiative qu’il vient de prendre n’est, en aucune façon, un choix entre l’armée et les Frères musulmans. Elle représente une étape nouvelle, dans la marche qu’il a entreprise pour affirmer son autonomie citoyenne. Car le peuple égyptien a cessé d’être un comparse sur la scène politique. Il a acquis, depuis le mois de janvier 2011, un statut d’acteur autonome et décisif. Il a acquis ce statut, qualitativement nouveau, non parce qu’il a renversé l’autocrate Moubarak, mais parce qu’il a rejeté, en même temps que lui, la légitimité de son pouvoir.

Jusque-là, au pays des pharaons, des sultans et des raïs, ce pouvoir n’était pas seulement exercé sans limite et sans contrôle. Il était, de surcroît, légitimé par l’ensemble de la population. Pourquoi celle-ci acceptait-elle comme allant de soi, comme une évidence indiscutable, un pouvoir sur lequel elle n’avait aucune prise ? Parce que ce pouvoir lui semblait émaner d’une instance supérieure, transcendante. Parce qu’il représentait, à ses yeux, le reflet sur terre d’un dessein céleste. En janvier 2011, près de 10 millions d’Egyptiens ont proclamé que la souveraineté ne tombait pas du ciel. Qu’elle émanait d’eux. Que c’était en leur nom, désormais, que les gouvernants devaient gouverner.

En quoi il s’agit bien, au sens le plus fort du terme, d’une révolution. C’est l’avènement, non de la rue, mais de la place publique. Tahrir désigne une nouvelle génération d’acteurs sociopolitiques, héritiers d’un long cheminement historique, par où les générations qui les précèdent se sont, pas à pas, libérées des servitudes mentales et des inhibitions psychologiques, propres à une société traditionnelle et colonisée. Ces nouveaux acteurs ne sont plus entravés par les mythes de la prédestination et de la fatalité, par le respect instinctif des hiérarchies, par le conformisme communautaire.

Ils ne se méfient plus de ce qui tend à l’originalité, à la rupture, à l’imprévu. Ils n’ont plus peur de se distinguer, de s’affirmer, individuellement. Chacun d’eux parle à la première personne, pense par lui même, agit en son nom propre. Tahrir représente la conscience intime de millions d’Egyptiens, conscience révolutionnaire et citoyenne, contre-pouvoir installé dans les esprits, rendez vous direct de chaque volonté libre avec le destin collectif de l’Égypte. Pour l’armée comme pour les Frères musulmans, deux structures d’autorité fondées sur le principe de l’obéissance absolue, Tahrir représente un défi idéologique.

Elles vont réagir de concert, en tandem, pour affronter ce défi. Après la chute de Moubarak, elles vont conduire une négociation, certes conflictuelle mais permanente, sur la meilleure manière de briser l’élan de la révolution, afin de discipliner et de canaliser la puissance de la nouvelle place publique. Les pouvoirs exécutif, législatif et constitutionnel ont d’abord été concentrés dans les mains de l’armée. C’est dans ce cadre que les Frères musulmans et leurs alliés salafistes ont obtenu une majorité dans les urnes, d’abord au Parlement puis à la présidence.

Ils y ont été puissamment aidés par l’armée, qui leur a préparé le terrain, en expédiant dans des prisons militaires 15000 jeunes activistes révolutionnaires, en réprimant sauvagement, dans le sang, les manifestations de masse. Pendant ce temps, les Frères musulmans étaient surtout préoccupés de préparer leur campagne électorale. Lorsque l’armée s’est vue conspuée dans les rues, elle a cédé aux Frères les rênes du pouvoir. Ces derniers ont commencé par renvoyer l’ascenseur. Ils ont fait graver dans le marbre le statut de caste de l’armée, en lui donnant des garanties constitutionnelles préservant ses privilèges, ses intérêts et ses immunités.

Qu’ont-ils fait pour le peuple qui les a élus? Ils n’ont résolu aucun de ses problèmes. Ils les ont même aggravés. Mais ce n’est pas leur crime essentiel. S’il n’y avait que cela, le peuple aurait pu attendre trois années supplémentaires, pour les congédier par la voie des urnes. Le crime essentiel des Frères musulmans est d’avoir tenté de verrouiller toutes les issues par lesquelles ils pouvaient être chassés du pouvoir. Leur souci dominant a été de rendre, après eux, l’alternance impossible. Morsi s’est arrogé des pouvoirs exorbitants, surplombant à la fois l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

Il a fait adopter une constitution sur mesure, en une nuit, par une commission dont la quasi-totalité des membres étaient islamistes. Il a systématiquement rejeté le principe de consultations sérieuses avec les forces politiques non-islamistes, se contentant de les inviter à des conversations informelles, une fois que ses décisions étaient prises. Le peuple égyptien a compris que s’il le laissait faire, il n’y aurait plus de changement possible par les urnes. La poursuite de la voie démocratique exigeait de le congédier avant qu’il ne soit trop tard. En juin, il s’est soulevé à nouveau. Et les quelque 10 millions d’Egyptiens qui occupaient les places publiques en 2011, sont devenus 22millions.

Ces derniers ont commencé par signer une pétition exigeant le départ de Morsi. Puis ils se sont donné rendez vous, le 30 juin, jour anniversaire de son élection, pour le lui dire de vive voix. Gigantesque démonstration de conscience collective, de puissance tranquille, de maturité. Le peuple a donné, le peuple a repris. Voilà. C’est ce que l’armée a compris, et qui a conduit ses chefs à mettre fin à leur association avec les Frères musulmans. Ils redorent ainsi leur blason, en se plaçant du côté du peuple. Ils font un nouveau pari, conforme à leur vision des intérêts à long terme de l’institution militaire, et incluant d’évidentes arrière-pensées.

La place Tahrir accueille leur intervention avec, pour l’heure, un immense soulagement. Mais aussi avec la vigilance qu’impose l’expérience d’un passé encore présent dans les mémoires. Que faire, dans tout cela, du concept de légalité démocratique ? Se rappeler que, quand cette légalité devient le paravent d’une autocratie rampante, elle doit céder le pas devant la légalité des transitions révolutionnaires.

Par MAHMOUD HUSSEIN, (pseudonyme commun de Bagat Elnadi et Adel Rifaat, politologues, islamologues et écrivains) Dernier ouvrage paru: « Penser le Coran », Grasset, 2009, édition poche Folio,Gallimard, 2011.

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Tunisie : Hollande vient… pas les touristes


Tunisie : Hollande vient... pas les touristes

Tunisie : Hollande vient… pas les touristes

Visite officielle du président de la République jeudi et vendredi, à la veille des vacances d’été qui se présentent mal : – 39 % de réservations dans le pays C’est une visite aussi attendue que redoutée. François Hollande se rendra jeudi et vendredi prochains en Tunisie. Ce voyage a été à plusieurs reprises repoussé, signe que la France et la Tunisie post-Ben Ali peinent à établir des relations harmonieuses.

Certes, la justice tunisienne a libéré cette semaine les trois Femen – dont deux Françaises – condamnées en première instance à quatre mois de prison. Mais à Paris, on s’inquiète que dans la Tunisie du parti islamiste au pouvoir, Ennahda, la Constitution n’ait toujours pas vu le jour et qu’aucune date pour les prochaines élections législatives n’ait été avancée. À Tunis, on goûte peu les commentaires venus de France, notamment ceux de Manuel Valls qui avait fustigé en février la montée du « fascisme islamique ».

Le président français devra donc remettre de l’huile dans les rouages, notamment en relançant les relations économiques entre les deux pays. Il devrait ainsi prononcer un discours où il sera question d’agroalimentaire, d’industrie mécanique, mais surtout de tourisme, un secteur aujourd’hui en crise profonde.

A.M (Le JDD du 30 Juin 2013)

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Une délégation de l’AIPAC reçue en Tunisie


L'AIPAC, Comité sioniste américain pour les affaires publiques

L’AIPAC, Comité sioniste américain pour les affaires publiques

Info Oumma : selon des sources bien informées, une délégation de la très influente organisation américaine pro-israélienne « American Israel Public Affairs Committee » (AIPAC)  a fait aujourd’hui une escale remarquée en Tunisie, où elle est actuellement accueillie par d’éminentes personnalités politiques tunisiennes, à la fois du parti au pouvoir et de l’opposition, et ce jusqu’à vendredi.

Alors que l’AIPAC n’a jamais eu les honneurs de la Tunisie sous l’ère Bourguiba et Ben Ali, sa venue à Tunis, sous l’hégémonie d’Ennahda, interpelle d’autant plus que Rached Ghannouchi fait partie de ses hôtes de premier plan. Des caciques de l’ancien parti Destourien, fondé par Habib Bourguiba en 1934, s’apprêtent également à réserver le meilleur accueil aux membres de cette délégation.

Toujours selon ces mêmes sources, nous avons appris que Rached Ghannouchi participait, il y a 15 jours, à un colloque à Washington, répondant à l’invitation d’un tunisien vivant aux États-Unis, Redhwane Masmoudi, président d’un think-tank oeuvrant au rapprochement entre les Frères musulmans et l’administration Obama. A cette occasion, une rencontre a été programmée entre le leader d’Ennahda et l’AIPAC. De là à en déduire que le déplacement de l’AIPAC à Tunis a été planifié lors de cette rencontre au sommet, il n’y a qu’un pas…

L’AIPAC *, recensé comme « groupe de pression » ou « lobby », est une organisation possédant une certaine influence sur les décisions gouvernementales de politique étrangère relatives au Proche-Orient. L’AIPAC est décrit par le New York Times comme le « groupe d’intérêt général le plus influent affectant les relations des États-Unis avec Israël ».

* Son nom était « Comité sioniste américain pour les affaires publiques ».

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Trois enfants perdus – et meurtriers – de l’internationale djihadiste


Le parcours « ordinaire » de trois djihadistes étrangers en Syrie

Vu l’actualité en cours, la télévision syrienne prolonge ses programmes très particuliers d’aveux de terroristes capturés. Ce 15 mai, l’ »émission » – longue de 10 minutes – a été particulièrement intéressante car mettant en scène cette fois des volontaires étrangers, un Libyen et deux Tunisiens. Ces jeunes hommes ont reconnu s’être infiltrés en Syrie depuis la frontière turque pour y lancer des attaques en coordination avec al-Qaïda et l’ASL. Voyons ce qu’ils ont dit, par ordre d’entrée en scène.

Fahed Abdel Karim Saleh al-Freites, né le 20 juillet 1991 à Benghazi en Libye, a confirmé avoir participé à « la révolution libyenne » et adhéré à la brigade de Bou Salim conduite par Abou Dajaneh, l’un des éléments d’al-Qaïda.  Il a souligné avoir suivi les nouvelles des révolutions arabes diffusées par les télévisions, dont la syrienne, soulignant qu’à l’écoute des programmes d’information d’al-Jazeera et d’autres chaînes religieuses, il s’était persuadé que le régime syrien est un régime athée – « kafer » – et qui tuait son peuple, et qu’il fallait donc, en tant que musulman, le combattre.

Il a ajouté les précisions suivantes : « L’un de mes amis, dénommé Mohammad et appartenant à al-Qaïda, m’a contacté pour aller en Syrie et combattre avec les musulmans là-bas contre le régime syrien. Après je me suis rendu à Istanbul en Turquie et j’y ai contacté avec une personne dénommée Abi Mohammad pour entrer ensuite illégalement en Syrie ».

Trois enfants perdus - et meurtriers - de l'internationale djihadiste

Trois enfants perdus – et meurtriers – de l’internationale djihadiste

Al-Freites a indiqué qu’il est arrivé, en voiture, à Lattaquié et y est resté deux semaines : « Là-bas j’ai rencontré Abi Mohammad qui m’avait dit qu’il est l’un des éléments de l’armée libre (ASL) et qu’il serait le lien entre nous et l’organisation d’al-Qaïda ».


Oussama Mukhtar Hazli, né le 11 juin 1990 à Sousse en Tunisie en 1990, a déclaré lui aussi avoir participé à « la révolution en Libye », soulignant qu’il y avait des associations implantées sur la frontière entre la Libye et la Tunisie, qui assurent l’entrée des volontaires tunisiens vers la Libye.

Et lui aussi a indiqué avoir suivi ce qui se déroule en Syrie. « C’est pourquoi, explique-t-il,  j’ai souhaité participer à la révolution dans ce pays. Ensuite j’ai regagné la Libye pour y travailler et là mon ami, Rida, m’a contacté pour aller avec lui en Syrie ». Le jeune homme précise que le chômage a influé sur sa décision. Il poursuit : « Après, j’ai pris la route de la Turquie où j’ai contacté  Abi (ou Abou) Ahmad qui avait une relation avec une personne dénommée Abou Talha, lequel dirige un groupe djihadiste en Syrie qui a des liens avec al-Qaïda ».

Le Tunisien précise qu’il est entré en Syrie, caché dans un camion, à travers le secteur montagneux du Hatay pour se rendre ensuite dans la ville de Lattaquié « où Abi Ahmad  devait nous conduire à Abi Talha ou à l’armée libre, qui eux nous conduiraient à Idleb ».

-Majdi Ben al-Ayachi al-Iyari, né le 23 décembre 1985 à Benzert en Tunisie, revendique aussi sa participation à la révolution libyenne et son impatience ultérieure de se rendre en Syrie pour participer à « sa révolution ». Son « chemin de Damas » ? Déjà influencé par la présentation de la situation syrienne par la chaîne islamiste Safa Wissal, il est allé un jour prier dans la mosquée d’al-Nour située à proximité de sa maison et « après la prière le cheikh Aba Issa qui donnait des conférences dans les mosquées a parlé de la nécessaire solidarité avec la Syrie qui connaît une situation tragique ». « Après la fin de ladite conférence j’ai dit au cheikh Aba Issa que j’étais disposé à aller en Syrie pour rejoindre à l’armée libre. Ensuite cheikh Aba Issa a contacté Abou Ahmad (voir le témoignage de Hazli, l’autre Tunisien) puis m’a demandé d’aller en Turquie pour le rencontrer dans le but d’entrer en Syrie« . La rencontre s’est faite à Antioche, et l’efficace Abou Ahmad a assuré le passage d’al-Iyari en Syrie avec une voiture. Dont les deux hommes ont changé, une fois du côté syrien de la frontière.

Al-Iyari a poursuivi son récit : « Je me suis rendu dans une une maison de Lattaquié où se trouvaient d’autres personnes venues de Tunisie, Mohammad al-Yaaqoubi, Mohammad Ben Thabet et Suheil al-Saqasli ». Puis « Abou Ahmad est arrivé à la maison et, après avoir demandé si nous avions une expérience militaire, nous a demandé de rejoindre dès le lendemain une brigade des Moudjahids pour combattre avec elle ». Al-Iyari précise que cette brigade était baptisée « Bou Salim« , et dirigée par un certain Abou Dajaneh, présenté comme « un émir d’al-Qaïda« . Le jeune homme précise qu’il a passé 20 jours à s’ »entrainer » avec les brigadistes.

Sur la forme et le fond de ces aveux…

Sur le procédé des aveux télévisés, qui pourra choquer des consciences occidentales, redisons que le gouvernement syrien, confronté en continu depuis plus d’un an à une intense propagande internationale non seulement hostile mais très souvent malhonnête, utilise les moyens qui sont à sa disposition. et qu’avec ces aveux, il cible d’abord l’opinion syrienne. Et puis ces aveux sont de toute façon éclairants : l’identité des « terroristes » est clairement établie, et leurs parcours riche en détails plausibles. Bien sûr, on pourra toujours dire que la référence continuelle à al-Qaïda sert les intérêts et la communication du gouvernement, mais l’implication de la nébuleuse djihadiste est désormais reconnue par nombres d’analystes et observateurs, à commencer par l’état-major américain. Ensuite, al-Qaïda ou pas al-Qaïda, ces trois jeunes étrangers se considèrent comme des djihadistes en guerre contre un régime kafer, impie et ennemi de l’Islam. Le rôle d’al-Jazeera et de certains imams radicaux dans ce bourrage de crâne n’a rien de vraiment étonnant non plus.

On peut, à la lumière de ces aveux télévisés et d’autres informations de terrain, se poser la question de savoir la part que représentent aujourd’hui ces « brigades internationales » de l’Islam sunnite radical dans les effectifs de la rébellion dite syrienne…
Ci-dessous le lien sur les aveux : Merci à Cécilia et Mohamed.

Lu sur Info Syrie Par Louis Denghien (avec Cécilia et Mohamed), le 16 mai 2012

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Moncef Marzouki, portrait non autorisé d’un président atypique (2-2)


Portrait non autorisé d’un président atypique

Portrait non autorisé d’un président atypique

Un président de la république provisoire, sans réels pouvoirs et qui se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine…

Que fait M. Marzouki depuis qu’il occupe le palais déserté par Ben Ali? Il s’agite, gesticule, prend une initiative aujourd’hui et son contraire demain, traite de microbes les salafistes aujourd’hui pour s’excuser auprès d’eux le lendemain. Il voyage à l’étranger et se déplace à l’intérieur du pays sans que l’on sache l’objet et sans que l’on voie les résultats de ces voyages et de ces déplacements. Il s’ennuie dans son vaste Palais de Carthage. Aussi propose-t-il à une journaliste, Isabelle Mandraud, et à un photographe, Nicolas Fauqué, de leur faire le tour du propriétaire du palais, et de se transformer ainsi en guide (Cf. ‘‘Le Monde’’ du 22 mars 2011). Une semaine avant, il recevait le célèbre dessinateur Plantu, et le même journal reproduit le 15 mars 2011, les critiques des dessins présentés. A leur lecture on se rend compte que la perception artistique de notre héros s’arrête au premier degré et n’apprécie que peu l’humour des tableaux. Une chose est sûre, ses agitations et ses initiatives irréfléchies ont causé et continuent de causer du tort aux intérêts du pays et à son image auprès des pays frères et amis

Des occasions pour se taire, d’autres pour parler…

En effet, qu’il s’agisse de ses bourdes relatives à la question syrienne, de ses attaques gratuites contre la France qui l’a accueilli et protégé, ou encore de son engagement malvenu dans une médiation entre le Maroc et l’Algérie que ni Rabat ni Alger n’ont apprécié, le président provisoire a incontestablement raté plusieurs occasions de se taire.

Moncef Marzouki sur son nuage, par le peintre Hanafi

Moncef Marzouki sur son nuage, par le peintre Hanafi

Sa plus grande occasion de se taire était incontestablement son invitation à Bachar El Assad de quitter le pouvoir et son pays et de s’installer en Russie. Il a montré ses carences en matière de diplomatie et d’analyse des paramètres et des forces qui régissent les événements du monde.

La réaction du ministère russe des Affaires étrangères était foudroyante pour M. Marzouki et humiliante pour le pays. La colère des Russes est compréhensible. Quel pays accepte qu’un autre, sans même le consulter, lui envoie des «clients» en difficulté avec leurs peuples? Nous l’avons fait et les Russes ont raison de nous conseiller vertement d’accueillir chez nous Bachar El Assad si cela nous chante…

Mais M. Marzouki a raté aussi plusieurs occasions de parler, de crier sa colère, de taper fort sur la table et, pourquoi pas, de menacer de démissionner au cas où ceux qui l’ont nommé président continuent de faire preuve de complaisance pour ne pas dire de complicité avec les courants extrémistes religieux et avec les prédicateurs à la solde du wahhabisme saoudien qu’ils accueillent à bras ouverts et regardent ailleurs quand un Wajdi Ghanim traîne dans la boue les hommes et les femmes de ce pays et les incite à s’entretuer.

Si le gouvernement nahdhaoui préfère laisser pourrir la situation à la faculté de la Manouba plutôt que de s’opposer sérieusement aux hordes salafistes, c’est qu’il a ses raisons que la raison ne reconnaît pas. On ne voit aucune raison en revanche de nature à forcer le président de la république à garder le silence face au drame que vivent les milliers d’étudiants et le calvaire enduré par le doyen Habib Kazdoghli.

Un président sous influence

Peut-être la seule raison est qu’il est un président sous influence. En d’autres termes, il lui est interdit de prendre des positions, de lancer des initiatives ou de faire des discours publics qui dérangent son principal allié, c’est-à-dire le parti islamiste Ennahdha. Les seules initiatives auxquelles on a droit de la part de ce président atypique est qu’il décide de vendre les palais présidentiels, à l’exception de celui de Carthage, comme s’il s’agit d’un héritage personnel. La raison invoquée est tout aussi absurde: utiliser l’argent provenant des ventes pour créer des emplois…

Marzouki et les familles des martyrs à Carthage

Marzouki et les familles des martyrs à Carthage

Mais pour être tout à fait juste, M. Marzouki est sorti de ses gonds, a frappé très fort sur la table, s’en prenant avec virulence aux profanateurs du drapeau national à l’occasion d’une réception, organisé le lundi 12 mars au Palais de Carthage, en l’honneur de l’étudiante Khaoula Rachidi. Celle-ci, en volant au secours du drapeau national, a non seulement sauvé l’honneur de la nation agressée par le geste criminel abominable des salafistes, mais elle a grandi encore plus l’image de la femme tunisienne.

Pour une fois donc, M. Marzouki a fait un discours par lequel il s’est nettement démarqué de la position timorée, pour ne pas dire complaisante, du gouvernement vis-à-vis du danger que représentent les salafistes. «Ceux-ci , a dit M. Marzouki, ne sauront déterminer notre avenir. Nous avons une armée puissante, des services de sécurité qui ont retrouvé leur efficience, une société civile compacte et irréductible, une classe politique acquise à un Etat moderne, un courant islamique modéré qui ne jette l’anathème sur personne et une jeunesse qui défend le drapeau et sa symbolique, refuse la bipolarisation idéologique et a eu le mérite d’avoir déclenché la révolution

C’est un beau discours, certes. Mais cette tirade fait sourire tous ceux ayant pris connaissance du programme qu’il a imaginé pour l’avenir de la Tunisie, programme rédigé en langue arabe en date du 2 avril 2009 et énonçant, trois changements radicaux :

– Remplacer la dénomination « république tunisienne » par « république des tunisiens »;

– Transfert de la capitale Tunis à Kairouan;

– Changer le drapeau national, dont la création remonte à 1842 sous le règne d’Ahmed Bey, par un nouveau, avec un dessin à l’appui.

En 2009 il a fait paraître un article où il prône l’arabisation de tout l’enseignement y compris celui scientifique, alors que ses propres enfants n’usaient pas le dialecte tunisien et fréquentaient l’école de la mission française.

Le drapeau tunisien de Moncef Marzouki

Le drapeau tunisien de Moncef Marzouki

Mais M. Marzouki a-t-il les moyens d’exiger de ses alliés nahdhaouis l’utilisation de la force publique contre ces barbus qui semblent déterminés à afghaniser la Tunisie plutôt que de contribuer à sa démocratisation et son développement? A-t-il la détermination d’imposer enfin l’ordre à l’université de la Manouba et le jugement des profanateurs du drapeau national? En un mot, le président provisoire est-il prêt à engager un bras-de-fer avec ce gouvernement tout aussi provisoire, mais prompt à sévir contre les journalistes et à regarder ailleurs dès qu’il s’agit des délits des extrémistes religieux?

A l’ombre des nouveaux maîtres

Les réponses à ces questions nécessitent un choix clair de la part de M.Marzouki. Sera-t-il du côté de la majorité des Tunisiens épuisés par l’anarchie qui sévit dans le pays depuis plus d’un an et qui appellent de leurs vœux le retour à la vie normale? Ou continuera-t-il à se ranger du côté de ces nouveaux hauts responsables de l’Etat qui font preuve d’une irresponsabilité impardonnable en laissant sévir sans broncher les extrémistes religieux à l’université, dans les mosquées et autres lieux publics et qui poussent l’arrogance jusqu’à exiger la libération des terroristes de Bir Ali Ben Khalifa?

Le petit somme du grand homme à la Constituante

Le petit somme du grand homme à la Constituante

Certains collègues et étudiants au Centre hospitalo-universitaire (Chu) et à la faculté de médecine de Sousse qualifient Moncef Marzouki de mégalomane, d’opportuniste et d’assoiffé du pouvoir. Il ne fait rien pour les démentir.

En effet, il a annoncé sa candidature à la présidence dès le 15 janvier 2011, soit le lendemain de la désertion de Ben Ali, qui plus est, sur les chaînes européennes, comme s’il était l’âme de la révolution, alors que des Tunisiens tombaient encore sous les balles.

Des vidéos circulaient, où l’on entendait dire que la Tunisie n’avait pas besoin d’un président, mais d’un directoire de six ou sept personnes chargées de la gestion des affaires courantes en attendant la naissance d’une nouvelle constitution. « Construire la république, c’est introduire l’alternance », disait-il. Aujourd’hui il s’accroche de toutes ses griffes à la présidence.

Si Moncef Marzouki n’a pas été élu par le peuple, mais placé sur le trône par Ennahdha pour servir des intérêts particuliers et étrangers, où baigne encore la corruption. Au lendemain de sa désignation, il a promis de publier son état et bilan de santé. On sait qu’au cours de son séjour en France, il a subi des dépressions nerveuses. Jusqu’à ce jour, les Tunisiens n’ont rien vu venir à ce sujet. Cependant, et comme il est aujourd’hui le chef de l’Etat, on est en droit de lui demander de consulter ses confrères neurologues ou psychiatres, et ce pour son propre intérêt et celui de la Tunisie.

Et si le peuple s’est fait duper par des renards, des lions surgiront pour les chasser. Telle est la loi de la nature.

Par Béchir Turki*

Article lié : Tunisie Moncef Marzouki, portrait non autorisé d’un président atypique (1-2)

Source Kapitalis

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Moncef Marzouki, portrait non autorisé d’un président atypique (1-2)


Portrait non autorisé d’un président atypique

Portrait non autorisé d’un président atypique

Un président de la république provisoire, sans réels pouvoirs, mais très coûteux pour le budget de l’Etat, et qui se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine…

Par Béchir Turki*: Vendredi, 13 Avril 2012

Mohamed Moncef Marzouki était un militant sincère pour la démocratie et un défenseur acharné des droits de l’homme. Il était l’une des grandes victimes de la dictature novembriste qui s’acharnait sur lui, lui déniant le droit d’exercer ses compétences de professeur en médecine et le forçant à émigrer.

Sa virulente dénonciation de la dictature tunisienne dans les médias occidentaux, principalement français, a sans doute contribué à ternir la réputation du régime de Ben Ali à l’étranger. Et bien que la révolution du 14 janvier fût spontanée et dépourvue de toute espèce de direction, on ne peut passer sous silence la contribution, aussi modeste fut-elle, de M. Marzouki et de son parti, le Congrès Pour la République (Cpr) au travail de sape de la dictature.

Une portion congrue du pouvoir

Voici donc quatre mois que le président provisoire habite le Palais de Carthage, prenant une belle revanche sur celui qui l’a pourchassé des années durant. Toutefois, sa présence à la tête de l’Etat, M. Marzouki ne la doit ni à la stature d’homme d’Etat dont il est dépourvu, ni à son parti politique, plutôt minuscule et dont les membres sont à couteaux tirés, ni à un raz-de-marée électoral.

Sa présence au Palais de Carthage, en tant que «premier président élu démocratiquement» comme il se plaît à le répéter, il la doit à un marchandage avec le parti majoritaire, qui a raflé l’essentiel et consenti des miettes au Cpr et au parti Ettakattol de Mustapha Ben Jaâfar.

Marzouki reçu par Bouteflika en Algérie le 12 février

Marzouki reçu par Bouteflika en Algérie le 12 février

La tâche d’Ennahdha dans le partage du «butin électoral» a été largement facilitée par l’incroyable prédisposition du Cpr et d’Ettakattol à avaler autant de couleuvres qu’exige Ennahdha dans le seul but d’assouvir leur désir incontrôlable d’exercer ne serait-ce qu’une portion congrue du pouvoir issu des élections du 23 octobre 2011.

Et de fait, l’essentiel du pouvoir est détenu par les gens d’Ennahdha. Quant aux responsables d’Ettakattol et du Cpr, y compris Moncef Marzouki, ils sont réduits à des rôles de figurants dans la grande scène de théâtre politique que connaît le pays depuis le renversement de la dictature.

M. Marzouki n’est pas «le premier président élu démocratiquement» pour la bonne et simple raison qu’il n’a pas élu domicile au Palais de Carthage grâce au suffrage populaire, mais plutôt par la volonté d’un parti politique: Ennahdha.

On ne sait pas encore quel genre de Constitution et quelle sorte de régime politique nos élus vont décider pour nous. En attendant, l’institution de la présidence de la république en Tunisie a balancé d’un extrême à l’autre. De la surpuissance aux temps de Bourguiba et Ben Ali, à l’insignifiance sous Marzouki. L’insignifiance a été poussée à son paroxysme quand un avocat – avec ou sans le consentement de M. Marzouki – a eu l’idée déroutante de saisir la justice dans le but d’interdire aux médias d’appeler ce dernier par ce qu’il est réellement : président provisoire…

Une présidence provisoire, sans pouvoir et très coûteuse

Prestation de serment devant l'Assemblée constituante.

Prestation de serment devant l'Assemblée constituante.

Avant d’aller plus loin, il faut relever ici l’important paradoxe entre les prérogatives extrêmement limitées du président de la république et le salaire exagérément élevé dont il bénéficie. En effet 30.000 dinars par mois, c’est trop pour un président qui n’a pas grand-chose à faire, l’essentiel des responsabilités étant assumées par le gouvernement et son chef Hamadi Jebali. Ce salaire est d’autant plus choquant que ses besoins sont payés par l’Etat pour lui assurer un luxueux train de vie, alors que les moyens financiers du pays se réduisent dangereusement chaque jour un peu plus, et que le smicard tunisien n’arrive plus à nourrir sa famille.

Lors de son séjour parisien (2002-2011), M. Marzouki tempêtait à propos du budget de la présidence et le trouvait «exorbitant». Il reprochait à Ben Ali de «remplir ses poches avec l’argent du peuple» et dénonçait le prix faramineux de ses costumes à 8.500 euros l’un. Il promettait une rupture avec le régime corrompu… Et voilà Si Moncef Marzouki président! Il retourne la veste et ne trouve plus le budget exorbitant.

Actuellement le budget de la présidence est de plus de 76 millions de dinars* avec un effectif en personnel de 3.014 dont 2.579 sont chargés d’assurer la sécurité du président. C’est du délire. Un énorme budget et un effectif cauchemardesque, plusieurs fois celui de la Maison Blanche américaine; tout cela, et pour quel résultat et pour quelle efficacité? Pour une présidence provisoire sans pouvoir!

L’Assemblée nationale constituante (Anc) aurait dû, dès son installation, prendre l’initiative d’annuler les lois scélérates qui fixaient les salaires insultants et avantages en nature servis à Ben Ali, à ses proches, avec en prime une immunité totale, et à instituer des émoluments honnêtes aux ministres, au président et aux membres de l’Anc, au Premier ministre et au chef de l’Etat. Le régime de vie de ceux qui nous gouvernent doit être en harmonie et en symbiose avec celui des citoyens et en fonction des possibilités budgétaires de la Tunisie.

A notre époque, l’ère des rois et des empereurs est révolue. Dans une république, tous les privilèges sont abolis. Le président doit renoncer à continuer à occuper des palais et vivre au milieu d’une cour obséquieuse.

Si vraiment il fait preuve d’un patriotisme sincère, il doit résider chez lui, conduire sa voiture, refuser l’usage de cortèges pompeux et onéreux lors de ses déplacements avec une protection par des unités spécialisées. Il doit percevoir un salaire équivalent d’un haut cadre tel un grand magistrat ou un grand professeur. Il doit renoncer à l’emploi d’un jet privé et montrer sa pudeur. Le budget de la présidence doit être laminé au profit des besoins de notre peuple, pour ne plus faire appel aux aides et prêts étrangers et garantir ainsi notre indépendance.

Marzouki reçu par le roi Mohammed 6 à Rabat le 8 février

Marzouki reçu par le roi Mohammed 6 à Rabat le 8 février

Le jour même de sa désignation par l’Assemblée constituante, dont la mission consiste à doter le pays d’une Constitution plutôt que de choisir un président, M. Marzouki a déménagé au Palais de Carthage. Il y a dans le monde des présidents de grande envergure, mais de grande modestie aussi, qui ont boudé les palais. L’ancien président français, François Mitterrand, élu directement par la majorité des Français, a continué à habiter son appartement dans le quartier latin à Paris, allant chaque matin à son bureau à l’Elysée. Le président de l’Iran, réside dans sa villa et mène une vie de citoyen ordinaire. Les dirigeants des pays scandinaves vivent dans une grande discrétion exemplaire. Le président de la Confédération Suisse se fait allouer une indemnité forfaitaire annuelle, ne reçoit aucun avantage en nature et paye son parking et ses frais de péage tout comme chaque citoyen.

M. Marzouki, devenu président par la volonté du parti islamiste Ennahdha, n’a pas perdu un instant pour s’installer au Palais de Carthage comme s’il était toute sa vie dans l’attente de cet événement.

A suivre…

Source Kapitalis

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BHL menace l’Algérie d’un printemps arabe!


La Moudjahida Zahra Drif Bitat s’est opposée à Bernard Henri Levy, le français d’origine algéro-juive, qui a considéré lors du colloque « la guerre d’Algérie…cinquante après » tenu à Marseille, « que l’Algérie n’est pas un pays arabe ni islamique mais un pays juif et français, sur un plan culturel ».

Une atmosphère tendue a caractérisé la joute oratoire qui a eu lieu entre l’héroïne Historique Zahra Drif Bitat et le philosophe français le parrain de la guerre en Libye et défenseur du sionisme international. Réagissant aux propos de BHL ,la Moudjahida Zahra Drif a affirmé entre autres réactions que la langue arabe est la langue des algériens avant 1830 et que le colonisateur français a interdit aux algériens d’apprendre la langue arabe. L’ atmosphère était d’autant plus tendue suite à la manifestation des pieds noirs et anciens combattants français et militants de l’extrême droite, pour le troisième jour consécutif devant le portail du théâtre de la Criée à Marseille, pour dénoncer l’organisation du colloque « la guerre d’Algérie…cinquante après », et protester contre la présence de la Moudjahida Zahra Drif et du Front de Libération Nationale.

Ces derniers ont protesté d’une manière anti-civilisationnelle. La joute oratoire que le public a attendue depuis le début du colloque, entre Zahra Drif et Bernard Henry Levy a été qualifiée comme étant de la provocation. Certains sont mêmes arrivés à perdre contrôle de leurs nerfs, suite à la sincérité qui a caractérisé le débat arrivant au seuil de la provocation. Les organisateurs du colloque ont été appelés à faire sortir de la salle un pied noir, après qu’il s’est levé et insulté la Moudjahida Zahra Drif et l’a qualifiée de terroriste. Une autre jeune fille algérienne a été mise dehors parce qu’elle a qualifié Bernard Henry Levy de criminel. Le directeur de publication du journal Marianne, qui a géré le débat a menacé de l’arrêter suite aux comportements de certains participants, qui répliquaient à Zahra Drif et à Bernard Henry Levy. C’est tout le monde qui était agité, français, algériens, franco-algériens et juifs.

Toutefois, ce qui a vraiment irrité les algériens présents à cette manifestation, c’est Bernard Henry Levy qui a déclaré que l’Algérie n’est pas un pays arabe, ni musulman mais un pays juif .et aussi français, pas sur le plan colonial mais culturel, rappelant que son grand-père était un juif algérien. De son côté, Zahra Drif a indiqué qu’elle est algérienne et qu’elle partage avec les peuples arabes et musulmans la culture arabo-musulmane tout en étant Maghrébine, Amazighe et Africaine. Avant d’enchainer que c’est la culture arabo-musulmane qui régnait en Algérie avant sa colonisation par la France en 1830 et que le colonisateur français a interdit aux algériens d’apprendre la langue arabe. « J’ai combattu pour l’indépendance d’un pays qui a sa propre culture et sa propre Histoire…nous avons pris les armes pour la libération de l’Algérie ». La Moudjahida a, également, indiqué qu’elle a travaillé sous les ordres d’un grand Homme qui s’appelle Larbi Ben Mhidi et un autre qui s’appelle Yassef Saadi. Mme Zahra Drif, sénateur au conseil de la nation a affirmé qu’elle n’a pas de problèmes avec les français et que son problème est avec le régime colonial et raciste qui a voulu supprimer un peuple et une patrie.

BHL en Libye

BHL en Libye

« Notre guerre, nous l’avions mené contre le régime colonial injuste…cependant, cette guerre et finie », a-t-elle déclaré. Pour sa part, Bernard Henri Levy a déclaré que la France est malade par la guerre d’Algérie et qu’il est lui aussi atteint par la même maladie. Il a essayé par tous les moyens de transformer ce débat et cette joute oratoire en un procès historique de la Moudjahida Zahra Drif en déclarant : « la révolution algérienne est une grande révolution et son objectif était juste, toutefois, que les citoyens soient ciblés par une bombe, cela n’a rien d’une guerre juste mais c’est un crime ».

Aux accusations de Levy, répondant aux accusations proférées contre elle par Levy d’avoir assassiné des innocents, Zahra Drif a rétorqué « ne m’interroge pas à propos de la bombe mais interroge les grands responsables français qui ont décidé de coloniser notre pays et tué des milliers et de milliers d’algériens. Levy lui a ensuite posé une autre question : « ne faites vous pas des cauchemars ? À cette question Zahra Drif a répondu « nous sommes tous en guerre…les colons n’étaient pas de simples civils…les algériens ont participé à la libération de la France des allemands alors que la France ne comptait que 10 millions de colons allemands. Elle a enfin conclut : « nous n’avions pas d’autre moyens pour recouvrir notre dignité que celui de combattre pour notre pays…et après 50 ans de l’opération de Milk Bar, je ne souffre d’aucun cauchemar. A son tour, Levy a affirmé que l’Algérie connaîtra elle aussi un printemps arabe, démentant toute conspiration contre la Libye afin qu’elle arrive au point où elle en est.

Source : Réflexiondz

Mercredi 4 Avril 2012

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Al-Qaradaoui n’est « pas le bienvenu sur le territoire » (Nicolas Sarkozy)


Al-Qaradaoui n’est "pas le bienvenu sur le territoire" (Nicolas Sarkozy)

Al-Qaradaoui n’est "pas le bienvenu sur le territoire" (Nicolas Sarkozy)

Youssef Al-Qaradaoui n’est pas le bienvenu en France. C’est ce qu’a annoncé Nicolas Sarkozy ce lundi sur France Info. Le prédicateur musulman était attendu le 6 avril au Bourget (Seine-Saint-Denis) à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). « J’ai indiqué à l’émir du Qatar lui-même que ce monsieur n’était pas le bienvenu sur le territoire de la République française » a déclaré le chef de l’Etat. D’origine égyptienne, Youssef Al-Qaradaoui, 86 ans, a la nationalité qatarie et est titulaire d’un passeport diplomatique.

http://www.franceinfo.fr/player/export-reecouter?content=567727

M. Al-Qaradaoui « télécoraniste » sur la chaîne Al-Jazira et le site Islam Online est considéré comme l’un des plus influents prédicateurs de l’islam sunnite. Il a quitté l’Égypte dans les années 1960 après avoir été emprisonné par le régime de l’ancien président Gamal Abdel Nasser. Il s’est aussi fait remarquer pour ses propos controversés antisémites.

Annulation de visa ?

Samedi, Manuel Valls (PS) et le Front national assuraient que les autorités françaises avaient annulé à leur demande un visa d’un ou deux prêcheurs de l’islamisme radical. M. Valls indiquait alors dans un communiqué que « les services diplomatiques avaient délivré un visa » à Cheikh Youssuf Al-Qaradawi, en précisant que pour l’intéressé « le Jihad (guerre sainte) est un devoir pour tous les musulmans » et que cet homme était « également connu pour ses fréquents propos antisémites ». « Il est inacceptable qu’un tel individu (…) puisse fouler le sol de la République française, qui plus est dans le contexte dramatique que nous venons de connaître » faisait valoir Manuel Valls. Et l’élu socialiste de s’interroger sur « l’annulation soudaine de ce visa : aurait-elle été effective si les évènements dramatiques intervenus dans le sud de la France n’avaient pas eu lieu ? »

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LES RÉVÉLATIONS DU REDOUTABLE « RAFIK LOTFI » : L’Homme par qui le malheur, de CNN et d’Aljazeera, arrive!


<Avec diligence et méthode, notre « Rafik » nous a expliqué que ces deux chaines, qui semblent jouir d’une bonne réputation et crédibilité de par le monde, ne sont en fait que de dangereux instruments de propagande subversive et de crimes – cachées sous la couverture du noble métier de médias d’informations au service de la vérité – dont les exécutants sont des journalistes, de vrais journalistes, enrôlés pour des actions criminelles qu’ils filment et commentent eux-mêmes pour en faire des ‘informations’ trompeuses et subversives.

DJERRAD Amar, ALTER INFO, Dimanche 25 Mars 2012

La chaine syrienne « Eddounia » qui met à nu quotidiennement les mensonges et ‘fabrications’ d’évènements – en guise d’infos des chaines de télévision – surtout d’Aljazeera du Qatar et d’Alarabia la saoudienne, vient d’inviter, pour la seconde fois, le redoutable « Rafik Lotfi », un syrien, membre de l’Union des médias arabes aux États Unis. Ce qu’il nous a encore révélé est indiscutablement compromettant pour CNN l’américaine et Aljazeera puisque les enregistrements dévoilés impliquent directement ces deux chaines dans le complot contre la Syrie par leur participation active dans les actions criminelles dans ce pays.

Quand on arrive à dévaloriser et à humilier deux puissantes chaines télés internationales en mettant à nu, de façon indiscutable, leurs mensonges et tromperies en utilisant leurs propres images et enregistrements, c’est que le mythe « David et Goliath » enseigne bien aux hommes une vérité que toute impression de puissance supposée invincible reste éternellement une illusion ; un « colosse au pied d’argile », un pharaon ‘immortel’ occis par un moustique.

Avec diligence et méthode, notre « Rafik » nous a expliqué que ces deux chaines, qui semblent jouir d’une bonne réputation et crédibilité de par le monde, ne sont en fait que de dangereux instruments de propagande subversive et de crimes – cachées sous la couverture du noble métier de médias d’informations au service de la vérité – dont les exécutants sont des journalistes, de vrais journalistes, enrôlés pour des actions criminelles qu’ils filment et commentent eux-mêmes pour en faire des ‘informations’ trompeuses et subversives.

Rafik affirme posséder tous les enregistrements « d’avant » les séquences que montrent ces deux chaines au monde. Il nous explique, plus simplement, que toutes les séquences que ces chaines diffusent, en guise d’information, font l’objet de préparations élaborées soit par des « mises en scène » avec des acteurs pour ce qui est des pseudo-manifestations des populations ou les enregistrements présentant une famille victime des « bombardements » ou des massacres de « l’armée d’Al- Assad » que commente par un certain Khaled Abou Salah et Danny , soit par des préparatifs à des ‘évènements’ qui deviendront des faits réels dont-on imputera la responsabilité à « l’armée du régime de Bachar » à l’exemple de l’explosion de pipeline de Homs dont les enregistrements sont en fait , selon les nouvelles révélations, de CNN et non d’Aljazeera.

Rappelons 3 exemples de massacre:

– Celui de la famille Essalouh (des hommes, des femmes et des enfants assassinés) – dont les images ont été diffusées en premier par les chaines syriennes puis reprises quelques semaines plus tard par Aljazeera pour en faire un « évènement nouveau » en imputant ces assassinats « au forces de Bashar Al Assad » (en prenant soin de censurer la partie entre 1 :27 et 1 :41) – a été en réalité perpétrés par ces hordes armées. (Remarquez le sigle de la chaine syrienne Eddounia ; vidéo 1).

* Vidéo 1 : 

– Celui de cette autre famille paysanne de huit membres qui ont été égorgés dans le village de Djebrine parce qu’ils ont refusé de prendre part aux manifestations contre le régime et de payer la ‘contribution‘ (vidéo 2)
– Celui d’un des massacres de Karm Ezzeitoun où plusieurs témoignages de parents affirment avoir reconnu, parmi les morts, leurs proches kidnappés quelques jours auparavant par des groupes armés. (Vidéo 3)
À propos d’un de ces massacres à Homs, les unités spéciales ont arrêté l’un des criminels (recherchés) ayant participé à une tuerie. Il s’agit de Nouar Mahimid (???? ??????). Il a raconté en détail les faits en citant des noms des participants y compris “l’imam” qui leur donne les fatwas. Il a été emmené sur le lieu du crime, encore taché de sang, en lui donnant même une kalachnikov pour répéter les faits et gestes. Le film a été projeté où l’on voit toute une famille massacrée (plus dit-il d’autres corps ramenés d’ailleurs pour filmer le tout et transmettre à AlJazeera). Ce Nouar précise que c’est lui qui a tué le vieillard « à l’angle de la pièce ». L’horreur! (voir vidéo 4 à partir de 2 :14 à 2 :43 )

Rafik nous a montré : les séquences diffusées par ces chaines d’abord, puis les préparatifs montrant ‘leurs’ journalistes en action, suivi d’une reprise des mêmes séquences que commentent ces mêmes journalistes. On ne peut montrer de complicité plus claire et convaincante de ces chaines dans les tourments que subissent les syriens.

Selon Rafik, chaque séquence diffusée, qui dure 3 à 4 minutes, nécessite pour ces chaines des heures d’enregistrement (qui restent en archives?), qu’il dit posséder en entier.

« L’échantillon » révélé montre de façon irréfutable l’implication active de ces deux chaines dans les actions de propagande, de subversion et criminelles : dans l’explosion du pipeline de Homs avec 4 journalistes de CNN (dont une femme et Danny), les reportages ‘préfabriqués’ de Khaled Abou Salah d’Ajazeera et de ‘Danny’ (Danny Abdel Dayem) de CNN, les mises en scène qui font croire à des manifestations, les tueries de Karm Ezzeitoun (où l’on kidnappe, assassine, filme pour envoyer à Aljazeera qui fait le reste du travail de propagande). Lotfi affirme avoir volontairement censuré, par décence pour ne pas heurter les sensibilités, les séquences montrant les assassinats ‘directs’ mais laissé entendre les coups de feu et voir le transport des cadavres des suppliciés encore dégoulinants de sang que l’on observe se répandre du ‘linceul’ blanc tel un buvard.

Le visage des personnes impliquées dans les tueries et falsifications ont été montrés de façon nette.

Notre Rafik affirme enfin avoir dévoilé une infime partie de ce qu’il possède « seul avec CNN et Aljazeera » en promettant d’autres révélations tout en réitérant une seconde fois le défi, aux deux chaines, de répondre au monde à ces accusations et révélations.

Il est vrai que ses premières révélations documentées ont fait le tour du monde. Seule CNN, mise dans l’embarras, a ‘interviewé’ Danny pour lui imputer la responsabilité et le présenter comme étant ‘militant’ intervenant, en toute ‘indépendance’, dans ce conflit et non journaliste de la chaine, mais Lotfi a encore présenté, dans cette seconde prestation sur ‘Addounia’, la preuve qu’il est bien leur journaliste ayant obtenu, avec ses 3 autres collègues, les accréditations du ministère syrien concerné.

En attendant la mise en ligne sur internet de ces nouveaux enregistrements, nous donnant ci- après les liens de ceux révélés lors de sa première intervention (vidéo 5 et 6).

Références

* vidéo 2 :

* Vidéo 3 :

* Vidéo 4 :

* Vidéo 5 intitulée « Les monteurs menteurs d’al Jazeera! » montrant un groupe en train de monter une scène avec le correspondant et le caméraman d’AlJazeera à Homs Khaled Abou Salah.

* Vidéo 6 intitulée «Les monteurs menteurs de la CNN La vérité à propos de Danny Abdel Dayem » sur la couverture mensongère de la CNN des événements en Syrie.

Par DJERRAD Amar

Alter Info

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100 000 manifestants au Bahrein : un printemps chasse l’autre


100 000 manifestants au Bahrein

100 000 manifestants au Bahrein

Car, depuis quelques semaines, et un an après le « Printemps de la Perle » qui a fait vaciller la dynastie sunnite en place, sauvée alors in extremis par l’armée saoudienne, la contestation de la « minorité majoritaire » chiite (70% des nationaux du royaume) prend de l’ampleur : vendredi 9 mars, le royaume a même connu la plus grande manifestation de son histoire. Des dizaines de milliers de personnes – 100 000 prétend l’opposition, une estimation confirmée par un reporter de Reuters – sont descendues sur la principale artère de la capitale Manama, et d’autres villes du Bahreïn ont connu des mouvements.

Nous vous entretenons régulièrement des événements en cours au Bahreïn. Parce qu’ils ont une dimension géostratégique évidente, car c’est comme un front intérieur qui s’ouvre chez l’ »ennemi » pétro-monarchique. Une dimension morale aussi : la révolte chiite au Bahreïn est une sacrée pierre  dans le jardin des monarchies du Golfe qui dénoncent la répression en Syrie, et ont tout fait pour pousser Bachar vers la sortie, et le remplacer par des islamistes sunnites. Or, la révolte populaire menace aujourd’hui le Bahrein, un allié et un voisin du Qatar et de l’Arabie Séoudite, qui peuvent se trouver très rapidement menacés, eux aussi, par un nouveau printemps, ou un été, arabe (voir notre article « Et pendant ce temps-là au Bahrein, mis en ligne le 17 février).

Contestation d’une ampleur sans précédent

Car, depuis quelques semaines, et un an après le « Printemps de la Perle » qui a fait vaciller la dynastie sunnite en place, sauvée alors in extremis par l’armée saoudienne, la contestation de la « minorité majoritaire » chiite (70% des nationaux du royaume) prend de l’ampleur : vendredi 9 mars, le royaume a même connu la plus grande manifestation de son histoire. Des dizaines de milliers de personnes – 100 000 prétend l’opposition, une estimation confirmée par un reporter de Reuters – sont descendues sur la principale artère de la capitale Manama, et d’autres villes du Bahreïn ont connu des mouvements. Les manifestants répondaient à l’appel d’un dignitaire religieux chiite, cheikh Issa Kassim. Les banderoles dénonçaient la dictature de la dynastie al-Khalifa et réclamaient la libération des détenus politiques. Le cheikh Kassim a pris la parole pour dire que les manifestants ne transigeraient pas avec ces revendications. Des incidents avec les forces de l’ordre ont suivi, qui auraient duré une heure. D’autres incidents seraient intervenus dans un quartier de Manama et dans un village avoisinant. Le gros des manifestants s’est dispersé sans incident, mais le mouvement chiite a pris la mesure de sa force. D’autant que le même jour, un démonstration des partisans du pouvoir n’a réuni que quelques centaines de personnes ! Des milliers de personnes avaient déjà manifesté le 4 mars, réclamant ouvertement la chute de la dynastie au pouvoir.

« A bas les Khalifa ! » : Manaa le 4 mars. Autant dire « à bas les Al-Thani et les Séoud » !

Le mouvement, après une période d’atonie due à la répression, est reparti à la fin de l’année dernière. Le 24 janvier, notamment, une vague de manifestations a secoué le royaume-île. Puis, le 14 février, des heurts avaient opposé plusieurs milliers de manifestants qui tentaient d’investir la place centrale de Manama, haut-lieu de la révolte bahreinie de février 2011. Le 16, les troubles avaient touché plusieurs localités du royaume. Et le  20 février, des jeunes s’étaient encore affrontés aux forces de l’ordre, suite à la mort d’un jeune manifestant chiite qui s’était immolé par le feu pour des raisons politiques.

Trois semaines plus tard, le mouvement est plus fort et déterminé que jamais, et on se demande comment la monarchie des al-Khalifa, et surtout son protecteur séoudien – qui a laissé des troupes sur place -, peuvent réagir à plus ou moins brève échéance. On se doit se rappeler que par sa situation géographique, coincée entre l’Iran et l’Arabie Séoudite, le royaume du Bahrein est un baril de poudre, plus encore que de pétrole, géostratégique. Le royaume abrite une base navale américaine, alors que la tension demeure très vive entre Washington et Téhéran. Les monarques sunnites wahhabites ne peuvent rester sans réagir face à un mouvement qui peut s’étendre à une partie de l’Arabie Séoudite, qui a ses minorités chiites de plus en plus turbulentes elle aussi.

Les manifestants de Manama réclamaient la « démocratie« . Mais la démocratie au Bahrein, ça signifierait l’arrivée d’une majorité chiite au pouvoir, et un exemple angoissant pour le Qatar et l’Arabie Séoudite. Bref, ces deux royaumes et le Conseil de coopération du Golfe vont devoir se concentrer assez vite sur leurs propres affaires, après avoir échoué à subvertir la Syrie. La roue tourne, décidément.

Par Louis Denghien, le 12 mars 2012

 Source : Infosyrie.fr

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The observer Ahmed Manaï “The Arab League has buried the observers report on Syria”


Observateurs Syrie

Observateurs Syrie

He was only the leader of a political party that won elections. Fortunately, the government at that time had tempered his zeal. Now he is everything and decides everything, still in no other quality than that of chairman of a party leader of the majority in the National Constituent Assembly.

Why Qatar ? Because this country, a subcontractor of dirty work, which drives the “Arab initiative” had ordered all countries under its supervision, to accompany the meeting of the Security Council on 04/02, with a concerted action to break with Syria. They thought of everything except the double veto. He also gave instructions to some Medias to heat up the atmosphere a little more. The Syrian CNT has recommended to his followers to occupy the ..

By Lilia Weslaty

The observer Ahmed Manaï “The Arab League has buried the observers report on Syria”

INTERVIEW WITH AHMED MANAÏ, ARAB LEAGUE OBSERVER IN SYRIA.. Translated by Kacem Jlidi

As one of 166 observers from the Arab League in Syria, we interviewed Ahmed Manaï, former UN international expert, militant for a democratic Tunisia and author of “Tunisian torture – The Secret Garden General Ben Ali.”

Nawaat : What was your reaction, as a Tunisian member of the observers sent by the Arab League, facing the Sino-Russian veto on the draft resolution of the UN Security Council on Syria ?

AM: A great satisfaction for the Syrian people and Syria, their present and future. The Sino-Russian veto saved a country, the cradle of human and Arab civilization, from total destruction to which destined him and other Arab powers of the war were about to make him suffer. With this veto Syria will not know, I hope the fate of Iraq so close with its million deaths, its 3 million orphans, its two million widows, its four million refugees and his unstructured society. It will not know the uncertain fate of Libya, unstructured and disjointed.

Nawaat : You wrote on your Facebook page that the decision that “to return the Syrian ambassador” of Tunisia emanates not from the President Marzouki but from Rached Ghannouchi, leader of the Islamist party Ennahdha and Qatar, where from you hold this information ?

AM : I’d like to remind you first that there is no Syrian ambassador in Tunis since more than a year, but just a vice affairs handler.

We don’t need to draw this kind of information to any other source than Mr. Ghannouchi himself. All is needed is to just go back to his statements and recall, for example, the one he made in November 2011, I believe, in which he “decided” that Tunisia would return the Syrian ambassador. He declared later, “He would render the embassies each of Yemen and Syria to the opponents of the two countries” probably unaware of the Geneva Convention governing diplomatic and consular relations.

He was only the leader of a political party that won elections. Fortunately, the government at that time had tempered his zeal. Now he is everything and decides everything, still in no other quality than that of chairman of a party leader of the majority in the National Constituent Assembly.

Why Qatar ? Because this country, a subcontractor of dirty work, which drives the “Arab initiative” had ordered all countries under its supervision, to accompany the meeting of the Security Council on 04/02, with a concerted action to break with Syria. They thought of everything except the double veto. He also gave instructions to some Medias to heat up the atmosphere a little more.

The Syrian CNT has recommended to his followers to occupy the Syrian embassies around the world and its militants and armed groups to distinguish themselves by large scale action. However, I must admit that I have friends in the league who have confirmed to me certain things, including the unconditional alignment of the Tunisian delegation to the Arab League in Qatar. On the other hand, it is all in line with the approach between the “brothers” and their Arab allies, Turkish and Western.

Nawaat : What do you think of the decision itself to « return the ambassador » ?

AM: I recall that Tunisia has sent an official delegation that participated in drafting the report of the Arab mission in Syria. If the Tunisian decision-makers had consulted the members of this delegation on the situation in Syria, they surely would have advised them otherwise. I also do not know if these decision-makers were aware of this mission that includes ambassadors, senior officials and officers.

So what do I think? This is a hasty decision, taken by diplomacy and international relations amateurs, unaware of the harm they do to the interests and image of a country that has long been distinguished for its wise and balanced diplomacy, or so, a decision dictated by someone stronger than them!

Curiously none of the powers which were about a few weeks ago to launch their planes over Syria has used the severance of relations with it.

Nawaat : Who are the different agents (There has been talk of Iran, Hizb Allah, Iraqis …) involved in the events taking place in Syria since March 2011? Can you please clarify more on these actors ?

AM : Iran and Hezbollah are strategic allies of the Syrians. The Iraqis, on the contrary, were in bad terms with them, though now we witness their reconciliation.

Would they be involved in the events in Syria? I do not think the Syrians would need anyone’s help to manage the situation within their country. Many Medias spoke of Hezbollah fighters and Iranian Pasdaran who would get involved in the repression of demonstrators. It’s just propaganda. But it is certain that they cooperate full in intelligence, for example.

There are other countries fully involved in the Syrian crisis: what are the Gulf countries headed by Qatar, Turkey and all NATO countries. Among these, there are those who welcome the armed groups on their soil, others do the funding, others train them and others provide them with media coverage.

There are other big players, such as Russians and Chinese, but as we saw in the last Security Council’s vote, their role is primarily supportive. But there are also, in addition to these states, few highly influential political movements, such as the Muslim Brotherhood and the Salafis.

Nawaat: What do you think of media coverage in Syria? What about the censorship?

AM : There is foreign media coverage on Syria and another in Syria. One of the questions included in the protocol to which the observers’ mission should meet, concerns the media and their working conditions. The final report including the following response: “Checking the granted approvals by the Syrian government to Arab and international medias, and investigates the possibilities for these medias to move freely in all parts of Syria ..

41 – The Syrian government, speaking through his minister of information, confirmed that he had granted approval to 147 different Arab and foreign medias since the beginning of December 2011 and until 15.01.2012. 112 various foreign medias have visited the new Syrian territory joining more than 90 medias already on Syrian territory who have permanent correspondents.

42 – The Mission has followed this issue and noted the presence of36 Arab and foreign medias and a certain number of journalists in a number of Syrian cities. She has received some complaints indicating that the Syrian government has granted permits for certain medias to operate in Syria for a period not exceeding four days, considered insufficient duration of their views, in addition to not allow their movement inside the country unless they indicate their destination beforehand and request another certification to get to certain sensitive areas. The Syrian government is willing to provide the media with renewable mandates of 10 days.

43 – Reports and statements by some sectors of the Mission show the existence of governmental restrictions on the Medias’ movement of media in the opposition sectors, prompting the journalists to move, in many cases, behind the movement of the mission to perform their duties.

44 – The city of Homs witnessed the murder of a French journalist working for France 2, and the injury of a journalist from Belgium. On both cases, the government and opposition have traded accusations over the responsibility each of these incidents and they have published statements each condemning the opposing party. The Syrian government has set up an investigative governmental commission to determine the causes of the incidents. It should be noted that the Mission reports of the Arab League in Homs indicate that the French journalist was killed after mortar fire from the opposition.

About the role of international Medias, to answer, there is about sixty television channels, throughout the country, which discharge continuously and in all languages a flood of lies and shameless propaganda on the situation in Syria.

Nawaat : Back to “veto”: It had been almost a year when Russia and China along with Germany, Brazil, and India abstained regarding the 1973 resolution authorizing the use of force against the Gaddafi regime in Libya. How do you explain the use of this veto, this time, in the case of Syria ?

AM : The 1973 resolution on Libya passed to ensure the protection of civilian populations has been hijacked by the NATO countries. The result of the NATO war against Libya, still little known to the public, has been catastrophic. Russia and China, had not exercised their right of veto, believing perhaps that the resolution would be enforced to the letter. There is also that Libya, even with its oil production by almost 4% of world production, has not the same strategic weight as Syria, whose oil production is almost negligible.

The Sino-Russian double veto has prevented the lock Syria from breaking, and also both countries from becoming the next targets of the West. It is above all the affirmation of the end of a world dominated by the United States and return to a binary world. There is another reason that was explained by the head of Russian diplomacy that there was a secret clause in this resolution authorizing the use of armed intervention.

Nawaat : Russia and China have an interest in maintaining Bashar Al Assad on the head of the Syrian regime, for purely economic reasons that would be hampered in case of an embargo on the arms: According to the Russian think tank Cast, Syria bought $700 million of arms from Russia in 2010, up to 7% of the Russian sales sector… Why the international community and international media seem offended by the Sino-Russian veto already announced by the Russian ambassador to the UN, Vitaly Churkin on October 4th, 2011 and then this Thursday, February 2nd, 2012?

A.M : States do not have feelings but interests. Certainly the Russians and Chinese have many economic, commercial and strategic interests with Syria. Arms sales constitute only a tiny part.

Nawaat: the massacre in Homs, killing more than 200 lives, the deadliest since the events started, does it seem suspicious to you?

A.M : This massacre is signed and its authors are making fun of our intelligence. Is it possible to believe for a moment, a government, whatever it is, could commit such a massacre on the day his case is brought before the Security Council ?

In fact, this is a stunt as part of a comprehensive and concerted intervened where the “Syrian activists” abroad to fill the Syrian embassies and consulates, “referring to the call of Syrian ambassadors in Arab countries and of course the massacre of Homs. While this massacre: those who followed the TV that day have seen pictures of many victims. Most of these victims had their hands tied behind their backs and some had their faces to the ground.

The directors told us that they were the victims of the bombing of buildings and houses by tanks and even by the Syrian Air Force. Curiously these victims were not wearing injuries nor any sign of the collapse of their houses and dwellings. Each can draw the conclusions he wants. In any case throughout the 4th of February, Syrian citizens testified that they recognized among the victims, relatives and neighbors removed for a week and even months. Each can draw the conclusions he wants.

Nawaat: In response to this veto and following the massacre of Homs who had many echoes in the international arena, Susan Rice, the U.S. ambassador to the UN, said the Russian and Chinese leaders will have on their hands any further bloodshed. What do you think of this upsurge of tension and sets of interests between China and Russia on one side facing the United States, France and the UK on the other side, all permanent members of the Security Council?

AM : The best response made to Susan Rice, came from the UN Syrian ambassador, which reminded her of the 60 vetoes of the United States to derail the resolutions condemning Israel. But there is a thinly veiled threat in Rice’s statement, because blood may leak in Syria. The anti-Syrian coalition will continue its campaign to destabilize Syria and is considering running soon to the UN Assembly to provide a right to intervene militarily. Overall we are experiencing a return of a cold war this time with a more powerful Russia and China, ensured the support from a number of emerging countries, with a west facing declining crisis.

Nawaat : On January 8, the Russian warships have docked at the Russian naval base located at the Port of Tartous in Syria, something already planned since August 2010… With this veto, would we be in a disastrous phase of a war preparation whose allies seem increasingly defined?

A.M : After the occupation war on Iraq and the shameful withdrawal of U.S. troops, it is difficult to believe that Americans can re-engage in a war involving the presence of their troops on the ground. Thus they chose, in the case of Libya, to involve the NATO aviation and support them in the end.

This scenario is not valid in the Syrian case because Syria is a relatively large power and has very powerful allies. Therefore, the anti-Syrian coalition has chosen to implode from within the country by creating, funding, arming and leading outbreaks of rebellion.

Are we on the eve of a war ? If there is a war, it will not be confined to the borders of the Middle East, everyone is convinced even the wildest and those who make the plans! Après la guerre d’occupation de l’Irak, puis le retrait honteux des troupes américaines, il est difficile de croire que les américains puissent s’engager de nouveau dans une guerre impliquant une présence de leurs troupes au sol. C’est ainsi qu’ils ont choisi, dans le cas libyen, de faire intervenir l’aviation de l’OTAN et de leur apporter un soutien au final.

Nawaat: By continuing to work with the Syrian regime and the devided Syrian opposition, the Arab League seems to believe in a possible ‘political solution’ to the Syrian crisis, in a way President Bashar Al-Assad delegates his powers to Vice President to form, within two months, a government of national unity that would lead the country to free elections. The Sino-Russian veto blocks the resolution, what kind of pressure you feel is preparing to kneel Bashar Al Assad?

AM : The Arab League is entirely discredited by burying the report of its own observers’ mission and its appeal to the Security Council. It missed the opportunity to participate in the settlement of the Syrian affair. All it can offer in the future will be worthless. Now it’s Russia’s turn to play the lead role but also to the Syrian leadership required to accelerate and implement the reforms.

Nawaat: In your opinion, what is the true weight of the CNS (pro military intervention) and the National Coordinating Committee for Democratic Change (against intervention and which is rarely we hear from it in the international media)?

AM : The CNS does not have a good reputation in Syria precisely because it calls for armed intervention. The Syrians have a long tradition of patriotism and a high history of resistance to foreign domination. By cons, abroad, it is a media darling and favorite partner of politicians, who support and finance.

Besides the CNS does not have representatives inside the country and one of its components, the Kurds, has just left it.
It’s different in the case of the Coordination Committee, because its representatives are almost all activists within the country, and have no spokesman abroad, Haytham Manna. It is quite normal that we do not speak of this Committee in the propaganda and disinformation’s Medias that support the intervention.

Nawaat : How do you assess the actions taken by deserters from the Syrian army? Do you have evidence to prove that the Free Syrian Army (FSA) commits acts of barbarism?

AM : The report of on the Arab observers’ mission reported the existence of FSA and other armed groups who attack governmental forces, carry out the abduction of civilians who are released only against payment of ransom, murder, sabotage oil facilities, civil buildings, trains and railways…

Nawaat: Last question: can we be for or against the regime of Bashar Al Assad and the Syrian president himself?

AM : Those who believe that the departure of a president would solve all the problems of the country, are simply idiots. We were unable to learn from the examples of Tunisia, Egypt and Yemen and agree that the aftermath of dictatorship are often harder to manage than the dictatorship itself because oppositions have not yet learned to govern!

Par Nawaat.org

A Propos de Lilia Weslaty

Journaliste, militante pour les Droits de l’Homme. Formation: Mastère ès lettres classiques. Rédactrice en Chef de nawaat.org

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Le rapport de la mission des observateurs arabes en Syrie


dabiLe Rapport de la Mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie

6 – Le Secrétariat général a demandé aux États membres et aux organisations non gouvernementales arabes de notifier les noms des candidats devant rejoindre la Mission d’observation en Syrie. Et à la lumière de cette procédure, la Mission d’observation des observateurs de la Ligue arabe est constituée – à ce jour –  par 166 membres en provenance de 13 pays arabes et de six organisations non gouvernementales arabes concernées.

Mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie

Au Nom d’Allah, le Miséricordieux, le Très Miséricordieux, {Certes, Nous avons proposé la responsabilité aux Cieux, à la terre, et  aux montagnes : ils ont refusé de l’assumer, et l’ont redoutée, alors que l’Homme l’assuma, car lui, il se permet de persister dans l’injustice et de persister dans l’ignorance.} : Saint Coran.

Rapport

Le Chef de la Mission des observateurs de la Ligue Arabe en Syrie de la période du 24/12/2011 au 18/01/2012 :

Premièrement : Considérations juridiques.

1 –  Le conseil de la Ligue arabe a adopté la résolution numéro 7436 en date du 02/11/2011 l’inscrivant comme plan de travail arabe annexé à la résolution, et il a salué l’approbation du Gouvernement syrien de ce plan. Il a également souligné la nécessité de s’engager à la mise en œuvre immédiate et complète du contenu de ce plan et de l’ensemble de ses parties.

2 –   Le conseil de la Ligue arabe a adopté la résolution numéro 7439 en date du 16/11/2011 approuvant le projet de protocole sur le statut juridique et les fonctions de la Mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie chargée de vérifier l’application des termes du plan arabe pour résoudre la crise en Syrie et de fournir une protection pour les civils syriens. Il a demandé au Secrétaire général de la Ligue des États arabes à prendre les mesures appropriées pour désigner le président de la Mission d’observation de la Ligue arabe et à prendre les contacts nécessaires avec le gouvernement syrien afin de signer le Protocole d’accord.

3 – Le conseil de la Ligue arabe a adopté la résolution numéro 7441 en date du 24/11/2011 qui demandait au Secrétaire général d’envoyer une mission d’observateurs de la Ligue arabe auprès de la République arabe syrienne qui doit s’acquitter de ses missions en conformité et dans les plus brefs délais avec les dispositions du Protocole dès sa signature.

4 – La République arabe syrienne et le Secrétariat général de la Ligue des États arabes ont signé, le 19/12/2011, le Protocole sur la constitution de la Mission composée d’experts militaires et civils des États arabes et des candidats d’organisations non gouvernementales concernés par les droits de l’homme devant se rendre sur le territoire de la République arabe syrienne. Il est à noter que l’article V mentionne que la Mission d’observation envoie des rapports périodiques sur ses conclusions au Secrétaire général de la Ligue des États arabes et au Gouvernement syrien en vue de soumettre son rapport – pour examen et prise des mesures adéquates – au Conseil des ministres par le biais du Comité ministériel désigné pour le suivi de la situation en Syrie.

5 –  Le Conseil de la Ligue arabe a approuvé en date du  20/12/2011, la nomination du général Mohammad Mustafa Ahmed al-Dabi de la République du Soudan en qualité de Président de la Mission d’observation de la Ligue arabe.

Deuxièmement : Constitution de la Mission

6 – Le Secrétariat général a demandé aux États membres et aux organisations non gouvernementales arabes de notifier les noms des candidats devant rejoindre la Mission d’observation en Syrie. Et à la lumière de cette procédure, la Mission d’observation des observateurs de la Ligue arabe est constituée – à ce jour –  par 166 membres en provenance de 13 pays arabes et de six organisations non gouvernementales arabes concernées.

Troisièmement : Visite en  Syrie d’une délégation du Secrétariat général.

7 – Dans le cadre de la préparation de la mission, une délégation préliminaire du Secrétariat général s’est rendue auprès de la République Arabe Syrienne le 22/12/2011 pour discuter de tous les préparatifs logistiques nécessaires à la Mission.

8 – En application des dispositions du Protocole, le Gouvernement syrien a confirmé sa disponibilité à fournir toutes les facilités, à livrer l’équipement technique nécessaire au travail de la mission, à garantir la liberté de circulation pour tous les membres de la mission sur l’ensemble du territoire syrien, à assurer la sécurité de ses membres et à ne pas entraver ou empêcher sur le plan sécuritaire et administratif la réalisation des objectifs de la Mission. Il a également insisté sur son engagement à respecter la liberté de la Mission d’organiser les rencontrer et les réunions nécessaires et de fournir à cet effet une protection complète à ses membres tout en mettant en relief la responsabilité des membres de la mission en cas de leur insistance à visiter les zones sur lesquelles les services de sécurité auraient mis en garde contre leur visite. Il a également confirmé son engagement de permettre l’entrée au territoire syrien des journalistes et des médias des pays arabes et internationaux en conformité avec les listes nominatives et avec les règlements en vigueur en Syrie.

Quatrièmement. L’arrivée du chef de la Mission en Syrie et ses visites à caractère  exploratoire

9 – Le général Mohammed Ahmed Mustafa al-Dabi, chef de la Mission d’observation auprès de la République arabe syrienne, est arrivé le samedi soir 24/12/2011. Il a tenu une série de réunions avec M. Walid Mouallem, ministre des Affaires étrangères, et avec des fonctionnaires du gouvernement syrien qui ont confirmé leur volonté de coopérer pleinement avec la Mission et sont désireux de la réussite de sa mission et leur disposition à faciliter la visite pour surmonter tous les obstacles rencontrés, comme cela a été déjà convenu sur les engagements en matière de logistique et de sécurité garantie pour la Mission.

10 – La partie syrienne a averti qu’il y a certaines zones qui ne seront pas en mesure d’être garanties par les forces de sécurité qui ne peuvent assurer la protection des accès tant pour eux que pour les observateurs craignant leur exposition à la colère des citoyens. Le Chef de la Mission considère que cette situation est par contre favorable à un contact direct avec la population et avec l’opposition sans la surveillance du gouvernement. Il s’agit ainsi de lever la barrière de la peur et mettre les citoyens à l’abri d’éventuelles poursuites ou conséquences qu’ils pourraient redouter des autorités syriennes.

11 – Le chef de Mission a terminé les préparatifs de la mission sur le terrain tant sur le plan technique que sur la fourniture des  moyens de transport et des dispositifs de communication nécessaires pour le démarrage de la mission. Il a également rencontré les membres de la délégation qui venaient d’arriver en Syrie et il les a informés sur les obligations de leur mission et des termes de référence pour effectuer le travail selon les dispositions du protocole. Ensuite, les membres de la Mission ont prêté le serment de réaliser leur mission sur la base du texte que le chef de la Mission a préparé à cet effet.

12 – Le 27/12/2011, le chef de la Mission, accompagné par 10 observateurs, a effectué une visite à caractère exploratoire à la ville de Homs considérée comme l’une des zones les plus sensibles, celle qui a vu des actes de violence et d’affrontements armés entre les militaires et l’opposition syrienne et où il y a encore quelques barrières de sécurité qui séparent les quartiers.

13 –  Après son arrivée à Homs, le chef de mission a immédiatement rencontré le Gouverneur de la ville qui a expliqué qu’elle souffre de la propagation de la violence du fait des groupes armés, des cas d’enlèvements, des actes de sabotage des installations étatiques et civiles, du grand manque de nourriture en raison du siège imposé par les groupes armés dont le nombre est estimé à 3.000 membres. Le Gouverneur de la ville a souligné l’échec de toutes les tentatives pour arriver à une accalmie malgré l’effort des hommes du clergé et des dignitaires de la ville qui ont demandé le recours aux  moyens adéquats pour régler le problème des   soldats et des équipements pris en otage à l’intérieur du quartier de Bab Amrou.

14 – La mission a visité certains quartiers résidentiels (Bab Amrou, Karam as Zeytoun, Khalidiya, Ghouta) sans gardes de protection. Elle y a rencontré un certain nombre de citoyens, les opposants qui ont manifesté contre l’état de terreur, l’état de siège et la violence dont ils souffrent de la part des forces gouvernementales. Elle a vu les effets de la dévastation et la destruction des quartiers le long des périphériques. Cette visite a eu lieu alors que s’effectuaient de tirs nourris entre les antagonistes. La mission a constaté un échange de tirs nourris dans Bab Amrou entre l’armée et l’opposition. Elle a également vu quatre véhicules militaires dans certaines zones incitant le véhicule de la Mission à quitter les lieux. De retour au chef-lieu de la province, il a été convenu avec le gouverneur de maintenir sur place cinq membres de la Mission à Homs pour le lendemain afin de continuer à faire l’évaluation de la situation sur le terrain et de rencontrer le plus grand nombre possible de citoyens.

15 – Immédiatement après le retour de Homs, le chef de la Mission a tenu une réunion avec la partie gouvernementale et lui a demandé de faire retirer les véhicules militaires de la ville, d’arrêter la violence, de protéger les civils, de procéder à la levée du siège et d’assurer la fourniture de nourriture en plus d’échanger les cadavres entre les deux parties.

16 –  La partie syrienne a confirmé, lors de la réunion, l’évacuation de la ville et des quartiers de toutes les formes de conflits armés, sauf le maintien de trois véhicules militaires en panne et encerclés. Il a été demandé l’assistance de la Mission pour la récupération d’un véhicule militaire aux mains des groupes armés contre la libération de quatre membres des groupes et l’échange de cadavres tués (5 de chaque partie). Il a été convenu la permission de l’acheminement des denrées alimentaires de base vers la population de la ville ainsi que l’envoi du véhicule de nettoyage pour enlever les déchets. Il a été convenu, à la fin de la réunion, sur une autre visite de la mission à Homs, le lendemain, accompagné par le major général Hassan Sharif coordinateur de la sécurité de la partie gouvernementale.

17 – Cette visite a été l’occasion de faire connaissance avec une des figures de proue de l’opposition agissant en qualité de responsable de l’information dans l’Assemblée nationale et avec qui s’engagea un long débat sur l’offre faite par le gouvernement syrien ainsi que sur le meilleur moyen de mettre en œuvre cet accord. Ainsi s’est réalisé le retrait et la récupération de tous les véhicules militaires, l’échange des corps des morts, l’entrée des camions chargés de la nourriture et la libération de trois prisonniers et deux femmes de leurs familles en présence de la Mission. Ceci a conduit à calmer la situation dans la ville.

18 – Cinq jours après le déploiement des observateurs de la Mission dans cinq secteurs, la commission ministérielle arabe a demandé au chef de la Mission de présenter aux autres membres du Comité un rapport  sur sa mission. Il s’est donc dirigé vers Le Caire et le 01/08/2012 il a donné un exposé oral devant le comité. Il a été décidé de poursuivre la Mission et de présenter un rapport final comme prévu à la fin de la période déclarée dans le Protocole en l’occurrence le 19/1/2012.

Le chef de la mission est revenu à Damas pour poursuivre ses fonctions et faire face à certaines difficultés survenues de la part des parties  pro-gouvernementales et des parties de l’opposition, surtout après les déclarations qui ont suivi la réunion du Comité et communiquées aux médias, mais cela n’a pas d’incidence sur le travail de la mission et son déploiement étendu et progressif dans des zones multiples.

19 – Durant la période écoulée, depuis l’arrivée de la Mission et à ce jour, la Mission a reçu de nombreuses correspondances émanant du Comité syrien chargé de la coordination avec la Mission qui indiquent les pertes humaines et matérielles subies par les institutions et les offices du gouvernement syrien à la suite à des actes de sabotage – selon leurs propos – qui ont affecté – comme ils le mentionnent – tous les secteurs vitaux et les services publics dans l’État syrien.

Cinquièmement : Le déploiement de la Mission des observateurs de la Ligue des États arabes en Syrie.

20 – La mission a déployé ses membres sur 15 secteurs couvrant 20 villes et régions dans l’ensemble de la Syrie, selon les dates indiquées ci-dessous. La raison de la différence de ces dates est la faiblesse de la préparation administrative, technique, y compris l’arrivée de véhicules et des personnes, en tenant compte du fait que la distribution a été équilibrée où chaque secteur a été doté de 10 membres, presque de toutes les diverses nationalités arabes. Ces détachements de la Mission se sont déployés dans les secteurs, les provinces et les villes de Syrie comme suit :

 – le 29/12/2011 la Mission a fait  démarrer les 6 secteurs de Damas, Homs, le Rif de Homs,  Idlib, Doura Hama.

 – le 04/01/2012 a été lancé le secteur d’Alep.

– Le 09/01/2012 ont été  lancés les deux secteurs de Lattaquié et de Deir Al-Zour. Cependant  le 01/10/2012, ils sont retournés à Damas après une exposition à des attaques ayant provoqué des blessures  sur deux  observateurs à Lattaquié ainsi que des pertes matérielles sur les véhicules.

 – Le 10/01/2012 s’est déployé un  secteur à Qamishli et Hassaka.

 – Le 12/01/2012 s’est déployé un  secteur à Damas.

 – le 13/01/2012 4 secteurs ont démarré couvrant  Souida, Abu Kamal Abu, Deir Zor, Palmyre, Sokhna, Banias et Tartous.

 – Le 15/01/2012 ont été  lancés les deux secteurs couvrant  Raqqa, Lattaquié et Thora.

 Annexe 1: répartition détaillée indiquant le nombre d’observateurs,  de leurs nationalités et des lieux de leur déploiement

21 – La répartition des membres des groupes de la Mission s’est effectuée en mettant à leur disposition ce qui  suit :

– Carte topographique de la région.

– Code de conduite de l’observateur.

– Les fonctions du chef de secteur.

– Les fonctions de l’observateur

– Du matériel et de l’équipement technique nécessaire (ordinateurs – Caméras – matériel de communication … etc.)

22 – Il a été ouvert également une salle d’opération au siège du bureau de la Ligue arabe à Damas. Cette salle exploitée 24 heures par jour est directement liée à la salle des opérations de la Ligue arabe au Caire et aux différents groupes déployés sur le terrain en Syrie. La salle d’opération reçevait les rapports quotidiens des équipes de terrain et tenait à jour l’information et les directives pour assurer de part et d’autre le suivi et l’observation. Le nombre important de tâches a obligé la Mission à ouvrir une salle d’opération annexe au sein de la résidence de la Mission à Damas. Sa vocation était de coordonner la répartition du personnel de la Mission, les comités de suivi, le comité des détenus, le comité des médias, les ressources financières. Elle assure la liaison coordonnée avec la salle d’opération du bureau de la Ligue.

23 – La Mission a rencontré à Lattaquié et à Deir Al-Zour des difficultés en provenance des citoyens loyaux envers le gouvernement et tout particulièrement à Lattaquié  où des milliers de personnes se sont rassemblés autour des voitures de la Mission, scandant des slogans en faveur du président et des slogans hostiles à la mission. La situation est devenue hors contrôle allant jusqu’à l’agression contre les observateurs occasionnant des blessures mineures à deux d’entre eux et la destruction intégrale du véhicule blindé chargé du transport des membres de la mission. La situation est revenue à la normale après que la question a été abordée par le chef de la Mission qui a pris contact avec la commission suprême syrienne chargée de la coordination avec la Mission.  Malgré cela, le chef de la Mission ordonna aux chefs des  secteurs de retourner immédiatement à Damas. Ensuite, il a rencontré Monsieur le ministre des Affaires étrangères à qui il a présenté une protestation officielle très ferme ; de  son côté, la partie syrienne a dénoncé avec vigueur cet incident et a présenté des excuses officielles, tout en expliquant que l’incident n’était nullement prémédité. Pour confirmer ses bonnes intentions, Monsieur  le vice-ministre des Affaires étrangères a rencontré des membres de la mission de Lattaquié et leur a expliqué que le gouvernement syrien allait corriger très rapidement les dysfonctionnements afin d’assurer la sûreté et la sécurité du personnel des missions, où qu’ils soient, et s’est excusé pour les événements qu’il considérait comme regrettables et involontaires. Enfin, les membres de ces deux secteurs ont été redéployés vers de nouveaux secteurs après leur avoir accorder un repos de 4 jours.

Sixièmement : La mise en œuvre de la mission, en conformité avec les dispositions du Protocole

24 –  Le chef de la Mission tient à souligner que cette observation qui concerne les 24 termes du Protocole est une synthèse de l’évaluation des secteurs, elle est rédigée à partir des indications fournies par les chefs de secteurs au cours de leur rencontre avec le chef de la Mission le 17/1/2012.

A- La surveillance et le suivi de l’application intégrale de la cessation de toutes les formes et de toutes les sources de violence dans les villes et les quartiers.

La violence et sa source dans les villes et les quartiers :

25 –  Lorsque les observateurs ont été déployés dans les différents secteurs, ils ont repéré au début de leur mission des actes de violence commis par les forces gouvernementales et des échanges de tirs avec des éléments armés à Homs et Hama. En  raison de l’insistance de la mission de faire arrêter tous les actes de violence et de provoquer le retrait des véhicules et du matériel, alors a commencé le processus inverse : enregistrer un retour au calme progressif.

Les derniers rapports de la récente mission enregistrent un calme remarquable et une réelle retenue de la part des sources et des canaux de la violence.

26 –  La Mission a observé dans les deux secteurs de Homs et Hama des actes de violence du fait des groupes armés contre les forces gouvernementales, qui ont fait des tués et des blessés parmi les troupes gouvernementales. Dans certaines situations, les forces gouvernementales ont recours à la violence comme  réaction aux attaques perpétrées contre ses membres. Les observateurs de la mission ont noté que les groupes armés ont recours aux bombes thermiques et aux missiles anti-blindage.

27 – La Mission a été témoin dans les secteurs de Homs, Idlib et Hama des actes de violence contre les troupes gouvernementales et contre les citoyens entraînant de nombreux décès et blessures. C’est le cas de l’explosion de l’autobus civil, tuant huit personnes et blessant plusieurs autres, dont des femmes et des enfants ; celui du sabotage à l’explosif d’un train chargé du transport du diesel ainsi que d’autres événements à Homs, dont la destruction de l’autobus de la police tuant deux d’entre eux, l’attaque à l’explosif du pipeline de carburant, et autres attentats de moindre importance.

28 – La mission a noté l’émission de faux rapports émanant de plusieurs parties faisant état de plusieurs attentats à la bombe et de violence dans certaines régions. Lorsque les observateurs se sont dirigés vers ces zones pour enquêter, les données recueillies ont montré que ces rapports n’étaient  pas crédibles.

29 – La mission a noté également, se basant sur les documents et les rapports émanant des équipes sur le terrain, qu’il ya des exagérations médiatiques sur la nature et l’ampleur des accidents et des  personnes tuées ou blessées à la suite des événements et des manifestations qui ont eu  lieu dans certaines villes.

B – La vérification que les manifestations pacifiques étaient à l’abri tant des attaques  des  services de sécurité syriens que  des opérations de sape  menées par  des groupes organisés

30 –  L’observation des rapports récents reçus par les chefs d’équipes sur le terrain en conjugaison avec la réunion tenue directement avec le chef de la Mission du  17/01/2012 pour la préparation de ce rapport montrent qu’il y a des manifestations pacifiques dans certaines régions. Les partisans comme les adversaires de l’autorité n’ont été soumis à aucune répression. Il est à noter que les frictions observées étaient dirigées contre la Mission ou entre les partisans et les opposants du régime sans qu’il y ait à signaler des pertes, et ce depuis le dernier exposé qui a eu lieu avec le comité ministériel sur la Syrie lors de sa réunion du 08/01/2012

31 – Les rapports sur le terrain et les déclarations des chefs de secteurs mettent en évidence que les opposants parmi les citoyens syriens informent la mission de ses rassemblements et en profitent pour faire du déploiement de la Mission un bouclier faisant obstruction à l’intervention des forces de sécurité. Ce phénomène a commencé à s’estomper progressivement.

32 – La mission a reçu également de l’opposition à Homs et Doura des réclamations demandant le maintien de la présence des observateurs de la Mission, exprimant peut-être leur crainte de subir des agressions après le départ de la Mission.

C- L’Assurance de la libération des détenus du fait   des événements actuels.

33 –  La Mission a reçu des communiqués en provenance de l’extérieur de la Syrie faisant état du nombre de détenus syriens s’élevant à 16237. Elle a reçu des communiqués en provenance de l’opposition à l’intérieur de la Syrie faisant état du nombre de détenus syriens s’élevant à 12005.

Les équipes de terrain de la Mission se sont attelées à vérifier la validité de ces chiffres découvrant ainsi l’existence de déclarations contradictoires, des informations incomplètes, inexactes, et la présence de noms dupliqués. La Mission poursuit son investigation avec les agences gouvernementales concernées pour parvenir à la véracité des chiffres.

34 –  La Mission a remis au Gouvernement syrien toutes les listes reçues et provenant de l’opposition de l’intérieur et de l’étranger, tout en exigeant la libération de ces détenus conformément à la mise en œuvre du Protocole.

35 – En date du 15/1/2012, le Président Bachar al-Assad a promulgué un décret dont les termes et le contenu sont l’octroi d’une amnistie générale pour les crimes commis dans le contexte des événements qui sont survenus depuis le 15/03/2011 jusqu’à la date de publication du présent décret. L’application de ce décret incombe aux autorités gouvernementales compétentes afin de libérer des détenus dans les différentes régions par vagues successives à l’exclusion des personnes poursuivies pour d’autres affaires judiciaires. La Mission avait pour rôle de superviser la libération des détenus et de suivre l’actualité du problème avec le gouvernement, en assurant la pleine coordination avec le gouvernement et en interpellant le gouvernement qui est tenu d’apporter des réponses.

36 – Le gouvernement syrien a rapporté le 19/1/2012 que 3569 détenus ont été libérés par les juridictions militaires et civiles. La mission a vérifié, jusqu’à ce jour,  la libération effective de 1669 détenus.  Et la Mission continue de poursuivre la mise en application de ce décret tant avec le gouvernement qu’avec l’opposition jusqu’à la confirmation définitive de la libération de tous les détenus, et ce en présence des Observateurs de la Mission ou par l’authentification des documents relatifs à cette procédure.

37 – La Mission a constaté, à ce jour, que le nombre total de détenus  libérés par  le gouvernement syrien est  comme suit :

– Avant le décret d’amnistie: 4035 détenus.

– Après le décret d’amnistie: 3569 détenus.

 Soit un total de 7604 prisonniers  libérés comme  rapporté par le gouvernement.

38 – La mission a enquêté sur la validité du nombre de détenus qui ont été libérés et elle est parvenue, à ce jour, à mettre en évidence les éléments suivants:

 – Avant le décret d’amnistie 3483 détenus libérés.

 – Après le décret d’amnistie 1669 détenus libérés.

Portant le total des détenus libérés que confirme la Mission à 5152 détenus. La Mission poursuit son travail de vérification sur le terrain et continue d’effectuer le suivi auprès du gouvernement syrien afin de libérer les autres détenus.

D – L’assurance du retrait et de l’évacuation de toutes les formes d’expression  armée des villes et des quartiers qui ont vécu ou peuvent vivre  des manifestations et des mouvements de protestation.

39 – La Mission a confirmé à travers les rapports des chefs d’équipes sur le terrain et sur la base de la rencontre directe effectuée entre tous les chefs de secteurs de la Mission du 17/1/2012, que tous les véhicules militaires, les véhicules blindés et l’armement lourd ont été retirés de l’intérieur des villes et des quartiers même s’il persiste toujours une présence sécuritaire qui se reflète par les monticules de terre, et par certaines barricades dans les principaux édifices et places publiques, mais ces barricades sont hors d’atteinte des  citoyens. À ce titre, il faut noter ici que lors de la rencontre du chef de la Mission avec le ministre syrien de la Défense le 05/01/2012, ce dernier l’a assuré de sa disponibilité à l’accompagner dans tous les sites et villes désignés par le chef de la Mission, où la Mission pourrait y soupçonner la présence de forces armées et d’armement non retirés afin que sur place les ordres de retrait et d’évacuation émanant du ministre de la Défense viennent combler sur-le-champ et immédiatement les manquements ou les violations observées sur le terrain.

40 –  La présence de véhicules blindés (transporteurs, de troupes) sur certains postes de contrôle, l’un à Homs, et certains dans Madaya et Zabadani proche de Damas, a été signalée. Et de fait, ils ont été immédiatement retirés de Homs. Il a été permis de s’assurer également que les habitants de Zabadani et Madaya avaient conclu un accord bilatéral avec le gouvernement qui a abouti au retrait immédiat des barrières et des véhicules militaires.

E – Vérification des agréments accordés par le gouvernement syrien aux médias arabes et internationaux, et enquête sur les possibilités offertes à ces médias de se déplacer librement dans toutes les régions de la Syrie

41 – Le gouvernement syrien, par la voix de son ministre de l’information, a confirmé avoir accordé l’agrément à 147 divers médias arabes et étrangers depuis le début de décembre 2011 et jusqu’au 15/01/2012. 112 divers médias étrangers nouveaux ont visité le territoire syrien en plus des  90 médias déjà présents sur le territoire syrien qui disposent de correspondants permanents.

42 –  La Mission a suivi cette question et a observé la présence de 36  médias arabes et étrangers et un certain nombre de journalistes dans un certain nombre de villes syriennes. Elle a reçu quelques plaintes qui indiquent que le gouvernement syrien a accordé des autorisations pour certains médias d’opérer en Syrie pour une durée n’excédant pas 4 jours considérés comme durée insuffisante de leur point de vue, en plus de ne pas permettre leur déplacement à l’intérieur du  pays à moins d’indiquer au préalable leur destination et de demander une autre certification pour se rendre à certaines zones sensibles. Le gouvernement syrien se dit prêt à accorder aux médias des mandats de 10 jours renouvelables.

43 – Des rapports et des déclarations de certains secteurs de la Mission montrent l’existence de restrictions gouvernementales sur le déplacement des médias dans les secteurs de l’opposition, incitant ces journalistes à se déplacer, dans de nombreux cas, derrière le déplacement de la mission, pour exercer leurs fonctions.

44 –  La ville de Homs a été le témoin de l’assassinat d’un journaliste français travaillant pour France 2, et de la blessure d’un journaliste de nationalité belge. Sur ces deux cas, le gouvernement et l’opposition ont échangé les accusations sur la responsabilité de chacun dans ces  incidents et ils ont publié, chacun, des déclarations condamnant la partie adverse. Le gouvernement syrien a constitué une commission gouvernementale d’enquête sur l’incident pour déterminer ses causes. Il faudrait noter que les rapports de la Mission de la Ligue arabe à Homs indiquent que le journaliste français a été tué à la suite des tirs de mortier par l’opposition.

Annexe 2 : Identification des médias qui ont été observés sur place par la Mission et des médias qui sont entrés en Syrie (selon les déclarations officielles)

 Septièmement : Les obstacles rencontrés par la mission.

 A- les observateurs
45 – Il n’a pas été tenu compte, dans certains cas, de la nomination d’experts dans le domaine de l’observation capables d’assumer leurs responsabilités et disposant d’une expérience préalable dans le domaine.
46 –  Certains observateurs n’ont pas évalué le poids réel de leurs responsabilités ni l’importance de faire prévaloir les intérêts arabes sur les intérêts personnels.

47 – Durant le travail de terrain a été constaté le manque flagrant de compétence de certains observateurs à affronter la complexité et à faire face aux situations difficiles qui sont pourtant au cœur de leurs prérogatives, sachant que la spécificité de ces fonctions nécessite des qualifications singulières et des spécialités adéquates avec la mission d’observateur.

48 – Un certain nombre d’observateurs participant à la Mission présentent un âge trop avancé alors que d’autres présentent un état de santé déficient les rendant ainsi inaptes à exercer les fonctions pour lesquelles ils ont été proposés.

49 –  Vingt deux (22) observateurs se sont excusés de ne pouvoir continuer d’accomplir  leur mission pour des raisons personnelles, certains ont avancé d’autres arguments factices que le chef de mission a jugés inacceptables, alors que d’autres se sont avérés agissant  pour leur propre agenda.

Annexe 3 : dévoilement de la liste des  observateurs de la mission d’observation de la  Ligue des États arabes qui n’ont pas poursuivi leur mission.

50 – Le manque d’engagement de certains observateurs, la violation de leurs obligations et du serment prêté le jour de leur engagement, l’entrée en contact avec des responsables de leurs pays d’origine et la communication avec transfert des informations sur les activités de la Mission d’une manière exagérant la situation réelle. Tout ceci a conduit certains fonctionnaires à une  compréhension erronée de la  situation réelle présentée à tort comme sinistre, et à évaluer les résultats probants acquis sur le terrain d’une manière malsaine.

51 – Certains observateurs des secteurs ont exigé un hébergement similaire à celui de leurs homologues résidents à Damas sinon à une rétribution correspondant à la différence des standings d’hôtels, de lieux d’hébergement ou de séjour à Damas, ou bien encore à vouloir demeurer sur place à Damas et ne pas se rendre sur le terrain. Cette situation se passe de tout commentaire.

52 – Les situations à risque dans certains endroits,  la peur de certains observateurs d’accomplir leurs devoirs dans cette atmosphère de risque, le manque de véhicules blindés dans chaque poste d’observation et des gilets pare-balles ont fini par avoir un impact négatif sur la performance des fonctions et l’exercice des obligations de certains membres de la Mission.

Commentaire  du Chef de la Mission sur les observateurs :

53 – Certains observateurs, malheureusement, voyaient leur présence en Syrie comme un voyage d’agrément et de loisir, mais ils ont été surpris par la réalité du terrain, par le déploiement à travers les secteurs, et par le maintien dans des postes d’observation en dehors de la capitale, se trouvant ainsi confrontés à des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas et n’y étaient pas préparés.

54 –  Le déficit de sensibilisation des observateurs au terrain et de connaissance de la région et de sa géographie ainsi que le manque de véhicules blindés et de gilets pare-balles ont eu un effet désastreux sur l’esprit de certains observateurs.

55 – La confrontation de certains observateurs aux provocations des partisans tant de l’opposition que du gouvernement a eu également un impact négatif sur leur moral.

56. Malgré toutes les remarques qui ont été émises, on dira que le rendu de beaucoup d’observateurs a été remarquable, et mérite compliments et considération. Les quelques maladresses enregistrées vont être corrigées avec la pratique et les instructions qu’il faut.

B. Les contraintes sécuritaires :

57. Malgré l’accueil favorable réservé par le Gouvernement aux membres la Mission et son chef et son assurance de ne pas vouloir imposer des restrictions sécuritaires de nature à entraver l’activité de la mission, il n’en demeure pas moins que le Gouvernement a essayé, par le biais d’une stratégie bien ficelée, d’empêcher que la mission n’arrive au fin fond des régions et il s’est employé à la distraire par des questions relevant de son seul intérêt. Mais la mission a fini par juguler ces manœuvres pour poursuivre son entreprise et a dépassé les obstacles érigés devant elle.

C. Moyens de communication :

58. La mission des observateurs se met en contact avec différents groupes en passant par le réseau national syrien, plus précisément les téléphones portables et les télécopies. Etant donné que ces moyens de communication sont indisponibles par moments, cela rend impossible la prise de contact.

59. Le nombre de téléphones satellitaires Thuraya mis à la disposition de la Mission sont au nombre de 10. Mais en raison de difficultés de liaisons par satellite, leur utilisation s’est trouvée compromise à l’intérieur des bâtiments. Les téléphones cellulaires et les télécopies les ont remplacés pour l’envoi des rapports quotidien, mais ce sont deux moyens de communication non sécurisés.

60. Quant aux moyens de communication dont devaient disposer les observateurs Qataris, ils ont été saisis sur les frontières jordaniennes nonobstant leur réclamation par le chef de la Mission. Mais quand bien même les autorités syriennes consentiraient à les autoriser, ils seraient insuffisants pour couvrir tous les sites et toutes stations.

61. Comme la Mission ne disposait pas de quoi établir et maintenir la communication au sein d’un même groupe, l’ambassade chinoise a mis à la disposition de la Mission 10 talkie walkie. Ceux-ci n’ont été utilisés que dans trois secteurs.

62. Le réseau internet est indisponible dans certaines régions, et irrégulier, dans certaines autres régions dont la capitale.

63. Il n’existe pas de caméras à bord des voitures, qui auraient facilité la mission des observateurs dans les zones dangereuses.

C. Moyens de transport :

64. Le total des voitures utilisées par la Mission est au nombre de 38 (23 voitures blindées et 15 non blindées) dont 28 sont des 4×4 et les 10 autres de simples berlines, sachant que la nature de la mission des observateurs aurait impliqué que toutes les voitures soient des 4×4 blindées. Ainsi le nombre actuellement disponible est insuffisant dans la mesure où il ne permet pas de se déplacer dans toutes les zones chaudes.

65. La Mission a procédé à la location de voitures sur le marché local pour les utiliser dans le cadre de son travail. Mais devant les troubles déclenchés par l’arrivée des groupes d’observateurs sur le terrain, les sociétés de location ont résilié les contrats, soucieuses qu’elles étaient de la sécurité de leurs chauffeurs et de leurs voitures.

66. La Mission a rencontré des problèmes pour trouver des chauffeurs en raison du refus de membres de l’opposition à ce que des chauffeurs liés à des organismes de sécurité gouvernementale accèdent à leurs régions. Ce qui a finalement obligé les observateurs à conduire eux-mêmes les voitures.

67. Certains observateurs ont demandé à utiliser les voitures que leurs pays respectifs ont envoyées, ce à quoi s’est opposé le Président de la Mission qui a procédé à la distribution des voitures suivant les besoins de chaque secteur.

D. Les médias :

68. La Mission a fait l’objet d’une propagande médiatique féroce depuis le commencement de ses travaux et qui se poursuit aujourd’hui. Certains médias ont même publié des déclarations infondées en les imputant au Président de la Mission. Ils se sont également employés à exagérer certains faits de sorte que la réalité s’en est trouvée altérée.

69. Ce traitement médiatique faussé a contribué à augmenter la frustration des syriens et a nui au travail des observateurs. Il a également utilisé certains observateurs aux fins de nuire à la réputation de la Mission et son Président et faire échouer la mission.

Point huit : Les besoins essentiels de la Mission en cas de prorogation:

Ajouter cent nouveaux jeunes observateurs, avec une préférence pour les militaires.
30 nouvelles voitures blindées.
Des gilets pare-balles légers.
Des appareils photos transportables dans les voitures
Des moyens de communication élaborés.
Des lunettes de vision nocturne

Neuvième point : la réforme :

70. L’objectif visé par le protocole est la protection des citoyens syriens en engageant le gouvernement syrien à arrêter les violences, à libérer les détenus et à retirer l’armée des villes et zones habitables comme première étape visant à aboutir à un dialogue entre les différentes parties syriennes qui se concrétiserait politiquement. Le cas échéant, l’opération des observateurs s’enliserait sans réaliser sur le terrain les résultats escomptés.

71. La Mission a constaté l’existence d’un élément armé non visé par le Protocole et dont l’apparition (antérieure à son arrivée) a été la conséquence de l’utilisation excessif de la violence de la part des forces de sécurité à l’occasion des manifestations qui ont appelé à la chute du régime. Cet élément armé agresse dans certains secteurs les forces de sécurité syriennes et les citoyens syriens, ce qui provoque une réaction de la part du Gouvernement. Les citoyens innocents qui se trouvent en étau, en paient un lourd tribu en morts et blessés.

72 Dans toute la Syrie, la Mission a été favorablement reçue par l’opposition. La présence de la Mission a inspiré un sentiment de confiance chez les citoyens qui les a incité a lui présenter leurs doléances, et ce malgré la crainte éprouvée par l’opposition devant autant de franc-parler, car pesait encore sur elle la crainte des arrestations dont elle avait souffert avant l’arrivée de la Mission en Syrie, si l’on exclut la période qui a suivi la parution du dernier communiqué du comité interministériel, qui a vu l’intensité de la violence se réduire progressivement.

73. La Mission a également constaté la bonne disposition du Gouvernement à réussir sa mission et l’aider à dépasser toutes sortes d’obstacles. Le Gouvernement a également facilité la tenue de toutes sortes de rencontres sans exception et n’a pas cherché à imposer des restrictions quant aux déplacements des observateurs et les rencontres qu’ils effectuèrent avec les citoyens syriens, qu’ils soient au nombre des pro-gouvernementaux ou des opposants.

74 La Mission a relevé un état de grave frustration dû à l’injustice et l’oppression éprouvées par les Syriens. Ceux-ci sont néanmoins convaincus de la nécessité d’une résolution pacifique et arabe la crise syrienne, sans l’internationaliser, pour qu’ils puissent vivre en paix et sécurité, et pour que se réalisent les réformes et les changements escomptés. La mission a pris également connaissance du fait qu’une partie de l’opposition a pris les armes, notamment à Deraa Homs Hama et Edleb, en réaction à la grande souffrance du peuple syrien, à son oppression par le régime politique et à la corruption qui a touché tous les secteurs de la société, sans compter la pratique de la torture et les atteintes aux droits de l’homme.

75. L’occurrence de certains évènements est une évolution pouvant creuser davantage le fossé entre les diverses parties et accroître leur amertume. Les conséquences de ces évènements sont graves : pertes en vies humaines et divers dommages matériels. Il s’agit plus précisément des explosions qui ont pris pour cible les bâtiments, les trains et les véhicules de ravitaillement en carburant, les forces de police, les institutions médiatiques et le transport par pipeline.

Certaines de ces opérations ont été revendiquées par l’Armée Libre, d’autres par des parties armées liées à l’opposition.

76. La Mission a procédé à l’exécution de sa tâche de la manière la plus conforme à ce qui a été stipulé dans le Protocole, à travers une présence quotidienne sur le terrain, en observant une neutralité et une indépendance garantissant une perception fidèle et transparente de la réalité. Et ce malgré les difficultés rencontrées et le comportement de certains éléments indisciplinés.

77. La durée d’un mois fixée par le Protocole pour le travail de la Mission ne suffit pas à l’accomplissement des préparatifs administratifs, elle est a fortiori insuffisante pour l’accomplissement du travail lui-même, dont la durée effective n’a été que de 23 jours. C’est une durée insuffisante eu égard au grand nombre de stipulations du Protocole dont il faudrait s’acquitter et à la nécessité de côtoyer les syriens pendant une assez longtemps s’étendait sur quelques mois et parfois de nombreuses années.

78. La crédibilité de la Mission a été mise en doute auprès des téléspectateurs et auditeurs arabes et étrangers qui suivent certains médias usant de techniques d’information visant à déformer les réalités. Il demeure difficile de juguler cette difficulté sauf à faire bénéficier la Mission d’un soutien politique et médiatique. Et quand bien même ressurgiraient alors certaines lacunes, cela n’en demeure pas moins normal dans ce genre de missions et d’activités.

79. La Mission est arrivée en Syrie après que des sanctions aient été imposées à ce pays pour l’amener à accepter le Protocole. Malgré cela, la Mission a été bien reçue tant par les militants progouvernementaux que par les opposants ou même le Gouvernement lui-même. Mais demeure la question quant à la façon par laquelle la Mission poursuivra son travail. Il est à relever dans ce sens que la tâche assignée à la Mission, telle que fixée par le Protocole, a subi quelques changements au vu des évolutions du terrain et des violentes réactions qui ont parfois suivi de la part de parties non citées par le Protocole. Autant d’évènements rendant nécessaire un changement et une évolution dans la nature de la tâche dévolue à la Mission. Il est alors nécessaire de rappeler que le point de départ demeure l’arrêt de toute violence pour que la Mission puisse accomplir sa tâche dans un climat susceptible de déblayer la route, in fine, vers l’accord politique.

80. Si accord il y a, quant à la fixation de la durée de travail de la Mission, il faudra que celle-ci dispose des équipements et des moyens de communication et de transport nécessaires à l’accomplissement de sa mission sur le terrain.

81. D’un autre côté, mettre un terme au travail de la Mission après une si courte durée aura raison des résultats positifs – même incomplets – réalisées jusque là. Cela aboutirait également sur le terrain à un état de chaos, étant donné que les parties concernées ne sont ni prêtes ni disposées à présent à entamer le processus politique devant résoudre la crise syrienne.

82. Les intentions des uns et des autres à l’égard la Mission, depuis sa constitution, n’ont pas été sincères et pour ainsi dire pas sérieuses. Avant même que la Mission entame son travail et avant même l’arrivée des observateurs, une campagne féroce a pris pour cible la Ligue arabe et le Président de la Mission. L’intensité de cette campagne s’est renforcée pendant la mission. La Mission souffre encore d’un manque de soutien politique et médiatique l’empêchant de mener à bien sa tâche. Si la durée de cette mission devait se prolonger, les objectifs du Protocole ne pourraient se réaliser que moyennant l’apport d’un tel soutien qui renforcerait la Mission et permettrait de faire aboutir la Solution Arabe à la crise.

Dixième point : les recommandations :

83. A la lumière de ce qui a été énoncé, et considérant ce qui a été réalisé en termes de résultats conformément aux dispositions du Protocole que le Gouvernement syrien s’est engagé à exécuter, je suggère:

La nécessité d’apporter toutes sortes de soutien administratif et logistique que requiert la Mission en vue de bien s’acquitter de sa tâche. D’apporter un soutien médiatique et politique en vue de créer un climat propice à l’accomplissement convenable de la mission. D’insister sur la nécessité d’accélérer le processus politique et lancer le dialogue national en parallèle avec le travail de la Mission en vue de favoriser un climat de confiance permettant la réussite de la Mission et évitant un vain maintien en Syrie.

Que Dieu nous aide.

Le Président de la Mission, Lieutenant Général Mohamed Ahmad Moustapha El Dabi

_________________________________________________

Traduit de l’arabe par Omar Mazri, Safwene Grira et Ahmed Manai

Texte arabe

https://tunisitri.wordpress.com/2012/01/28/rapport-de-la-mission-des-observateurs-arabes-en-syrie-%D9%85%D8%B1%D8%A7%D9%82%D8%A8%D9%8A-%D8%AC%D8%A7%D9%85%D8%B9%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%AF%D9%88%D9%84-%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%B1%D8%A8%D9%8A%D8%A9/#more-4539/

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Samira Karkar : « Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop » !


Salah Karker

Salah Karker

Dix huit ans après notre « Appel pour le retour de Salah Karkar dans sa famille », nous lançons un nouvel appel pour le rétablissement de Salah Karkar, dans ses droits les plus élémentaires, de citoyen tunisien, hier réfugié politique et aujourd’hui résidant régulièrement en France !

Rappelons le contexte politique de l’époque :

Salah Karkar, activiste islamiste notoire dans les années 70 et cofondateur du mouvement de la tendance islamique (MTI) en 1981, président de ce mouvement en 1987, fuit la Tunisie la même année pour se réfugier en France où il obtînt l’asile politique en 1988. Entre temps il est condamné à mort par contumace dans son pays.

Le coup d’Etat du 7 novembre 1987 du Général Ben Ali, à l’époque premier ministre, permit à de nombreux réfugiés politiques islamistes, dont Hamadi Jebali, l’actuel secrétaire général du Nahdha, de rentrer au pays. Salah Karkar et certains de ses camarades cofondateurs du MTI, comme Habib Mokni, ou des dirigeants en vue tels que Lazhar Abab, Fouad Mansour Kacem, Abdel Majid Mili et d’autres demeurèrent en exil, le premier parce qu’il a été rattrapé par une autre affaire de coup d’Etat, fomenté par le MTI, et dont l’exécution était prévue pour le 8 novembre 1987, le second, par méfiance du nouveau locataire de Carthage et les autres pour convenance personnelle.

Cette affaire, dite « Groupe Sécuritaire », dans laquelle 156 militaires, policiers, douaniers et civils furent impliqués, n’eut pas de suite judiciaire et connut un dénouement politique heureux. Entre 1988 et 1989 tous les membres du groupe sécuritaire et les derniers prisonniers du MTI, à leur tête Rached Ghannouchi, sont libérés et par la suite amnistiés.

Le nouveau pouvoir prit de nombreuses mesures pour décontracter le climat politique dans le pays, y compris vis-à-vis du MTI- Nahdha(1988), mais n’alla pas jusqu’à sa légalisation. Après les élections législatives d’avril 1989, auxquelles Nahdha participa indirectement en soutenant des listes indépendantes, Rached Ghannouchi, en désaccord avec ses camarades, choisit de s’exiler et se retrouve, au bout de deux années, dans une double confrontation, avec Salah Karkar, d’un côté …et le pouvoir tunisien de l’autre.

C’est qu’entre-temps, ce dernier révéla avoir découvert, au mois de mai 1991, une deuxième tentative de coup d’Etat du mouvement islamiste et se lança dans une politique de répression féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. Des centaines d’islamistes durent fuir le pays et se retrouvèrent l’objet de surenchères entre les diverses factions rivales de leur mouvement, dans les pays d’accueil.

En 1993, un accord entre Ben Ali et Charles Pasqua, le ministre français de l’intérieur, conduisit ce dernier à prendre, en date du 11 octobre 1993, deux mesures contre Salah Karkar. La première, « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ;

Et la seconde : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ». En même temps, la direction d’Ennahdha, reprise en main par Rached Ghannouchi, préparait une exclusion de salah karkar du mouvement dont il était cofondateur, mesure qu’elle dut sursoir à son exécution et qu’elle ne rendit officielle qu’en 2002.

Depuis octobre 1993, Salah Karkar vit un exil dans l’exil, sans carte de résidence, ni couverture sociale, et ne doit son retour dans sa famille qu’à l’attaque cérébrale dont il fut victime en 2005.La famille Karkar a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Les autorités françaises campent sur leur position et considèrent toujours Salah Karkar comme un homme dangereux pour la sécurité de la France.

Or les choses ont changé en Tunisie depuis le 14 janvier2011. Le mouvement Ennahdha, longtemps pourchassé, est légalisé et ambitionne de prendre le pouvoir par les urnes, après avoir longtemps cherché à le prendre par la force. L’accord entre les Etats Tunisien et Français, concernant Salah Karkar, devrait être caduc et ce dernier devrait récupérer son statut de résidant tunisien en France. Son vœu le plus cher ainsi que celui de sa famille, exprimé par Samira, son épouse, est qu’il puisse rentrer dans son pays, juste pour une semaine et revenir en France pour y passer le restant de sa vie! Il est de notre devoir de l’y aider .

Ahmed Manai

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Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie (CDLT)

25, rue des Rossays. 91 600 Savigny/ Orge

Tél : 69 05 75 76- Fax : 69 44 06 – Savigny/ Orge le 31 octobre 1993.

Appel au Retour de Salah Karkar dans sa famille

Le 11 octobre 1993, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire français a signé à l’encontre de Salah Karkar deux arrêtés :

Le premier : « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ; Le second : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ». Le 30 octobre 1993 à 9 heures du matin, la police française arrête Salah Karkar à son domicile et le conduit dans l’île d’Ouessant, au large de Brest. Salah Karkar est un citoyen tunisien, dirigeant du mouvement Ennahdha, qui réside paisiblement en France depuis 1987 et y jouit de l’asile politique. Durant cette période, il n’a jamais eu de démêlés avec la justice de son pays d’accueil. Il a été, par contre, constamment pourchassé, comme nombre d’opposants tunisiens réfugiés à l’étranger, par les autorités de son pays dont l’un des objectifs avoués de leur politique étrangère est de neutraliser l’action des opposants qui militent en faveur de la démocratie et des libertés. Cet objectif est confirmé par les déclarations publiques des plus hauts responsables tunisiens.

Salah Karkar figure sur une liste d’une cinquantaine de tunisiens dont l’extradition est demandée par les autorités tunisiennes à la France. Au cours de l’été 1992, Ahmed Kedidi, ancien député et membre du parti au pouvoir du temps de Bourguiba, a ainsi failli être livré au gouvernement tunisien.

Les signataires :

Condamnent le fait qu’un réfugié politique soit inquiété sans justification et sur la base de simples allégations d’un régime autoritaire. Exigent qu’il soit mis un terme à l’assignation à résidence de Salah Karkar, afin qu’il puisse retourner dans sa famille, en attendant que la justice se prononce sur le fond de l’affaire.

Considèrent, en tout état de cause, que l’exécution de l’arrêté d’expulsion, vers n’importe quelle destination, mettrait la vie de Salah Karkar en danger, tant est grande la hargne avec laquelle le poursuivent les autorités de son pays d’origine.

Savigny/ Orge le 31 octobre 1993.

Premiers signataires :

Fausto Giudice : journaliste- écrivain ; Gilles Perrault : écrivain ; Mgr Jacques Gaillot : Evêque d’Evreux ; Alain Krivine : Ligue communiste révolutionnaire ( LCR); Djaïz Samir ; Mondher Sfar : Collectif des Communautés Tunisiennes en Europe ; Ali Saïdi : Comité de lutte contre la Répression en Tunisie(Evreux) ; Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples( MRAP) ; Younès Othman : Tunisie : Démocratie Maintenant ; Ali Gâalich ; Mohamed Gzara ; Mohamed Nouri ; Malika Manaï ; Bilel Manaï : étudiant ; Abraham Serfaty ; James Tanneau ; Kenneth Brown(Revue des Peuples Méditerranéens) ; Djaïz Sami : conseiller municipal ; Driss Ridha ; Abdel Majid Mili ; Mohamed Ben Salem ; Sassi ;Nasri ; Salem Boulati ; Khaled Ben M’barek ; Nabi Driss ; Ben Tahar ; Chaabane ; Ahmed Ben Amor ; Tarik Ramadhan ( Suisse) ; Dembolla Martin ; Ginette Skandrani ; Alain Lecœur ; Taleb Mohamed : journaliste ; Alice Bserini ; André Wosak ; Ahmed Manaï : Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie( CDLT).

Signatures de soutien à envoyer à Ahmed Manaï :

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Collectif de la Communauté Tunisienne en France, Paris, le 2 novembre 1993

Communiqué

Ce samedi 30 octobre, Salah Karker, membre du parti religieux tunisien Ennahda et réfugié politique en France, vient d’être assigné à résidence surveillée dans l’Ile d’Ouessan dans l’attente de l’exécution d’un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français en date du 11 octobre. Cet arrêté reproche au dirigeant islamiste son « soutien à organisation terroriste ».

Notre collectif émet les plus grandes réserves quant au bien-fondé de ces allégations. Rappelons que les autorités tunisiennes viennent de lancer l’été dernier une campagne publique visant à faire taire la voix des démocrates tunisiens réfugiés en France et en Europe, et ce sous prétexte de s’attaquer au terrorisme. C’est ce même procédé qui a été utilisé jusqu’ici pour sévir contre les démocrates sur le territoire tunisien.

Dans un premier temps, les autorités tunisiennes ont arrêté deux émigrés tunisiens : Radhouane Erguez et Soufiane Mansouri. On les aurait accusés d’appartenance à une organisation illégale, voire même de s’apprêter à commettre des actes terroristes. Ces accusations s’étant avérées sans fondement, on leur a prêté des dénonciations contre Salah Karker. Ces dernières allégations de dénonciation se sont avérées à leur tour, aussi fallacieuses que les premières, même aux yeux des autorités françaises. C’est pourquoi nous considérons que les mesures prises à l’encontre de Salah Karker comme n’ayant aucune justification. Nous invitons les autorités françaises à la vigilance quant à la campagne menée par le régime tunisien contre la démocratie sous prétexte de lutter contre le terrorisme, et ce au risque de précipiter la Tunisie dans la guerre civile. Car nous considérons que le meilleur remède contre l’extrémisme quel qu’il soit, c’est le dialogue et le respect mutuel. Notre collectif lance un appel solennel à tous les démocrates et amis de la Tunisie les invitant à réclamer instamment auprès des autorités françaises l’abrogation de l’arrêté d’expulsion contre Salah Karker. Nous exigeons des autorités tunisiennes la libération immédiate de Radhouane Erguez et Soufiane Mansouri qui attendent encore la fixation de la date de leur procès en Tunisie. Nous aurons exprimé ainsi notre foi dans une Tunisie libre, démocratique et pacifique, loin du terrorisme d’Etat, qu’il soit laïc ou religieux.

Le Bureau

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Le Canard Enchaîné :

10 novembre 1993

Notre ami de Tunis veut récupérer des immigrés

Le gouvernement français vient de faire un petit plaisir au président Ben Ali. Depuis deux semaines, Salah Karkar , un responsable islamiste qui a connu les geôles tunisiennes avant de venir en France, est, dans l’attente d’une mesure d’expulsion, assigné à résidence dans l’île d’Ouessant. Vers un pays de son choix, bien sûr. Cela fait des années que Ben Ali fait demander par ses ministres, ou par son ambassadeur à Paris, l’arrestation et l’extradition vers Tunis de plusieurs dizaines d’islamistes ou d’opposants divers : une cinquantaine au total en 1991 et 1992.

Demandes d’extradition. M. Chaabane m’a annoncé une quarantaine de demandes d’extradition consécutives aux procès de l’été dernier. Ces demandes étaient « en cours d’élaboration » et nous seraient présentées le moment venu. Il m’a rappelé qu’une dizaine de requêtes du même type étaient en souffrance à Paris. Elles concernaient notamment MM. KARKAR et MOKNI (depuis 1987 pour ces derniers.)

Extrait du télégramme adressé, au Quai d’Orsay, le 20 octobre 1992, par l’ambassadeur de France à Tunis et faisant état des « revendications » du ministre tunisien de la justice, Sadok Chaabane. On y voit mentionné le nom de Salah Karkar, qui vient d’être assigné à résidence. Récidive au début de 1993 : le 19 janvier, l’ambassadeur de Tunisie à Paris réclame onze extraditions, dont celles de sept opposants bénéficiant déjà du statut de réfugié politique.

Dans une note interne du Quai d’Orsay, la direction du département Afrique du Nord- Moyen-Orient explique cette hargne par « la volonté des autorités tunisiennes de neutraliser l’opposition en exil  ». Enfin une autre note du Quai d’Orsay, datée du 15 avril dernier, rappelle que le frère du président tunisien est un trafiquant de drogue :

Cependant, il convient de prendre en considération le contexte politique actuel des relations franco-tunisiennes, y compris sa composante judiciaire : réactions tunisiennes à la condamnation par défaut à 10 ans de prison du frère du président Ben Ali en décembre dernier. Mais Paris ne va tout de même pas demander à notre ami Ben Ali d’extrader son frère. Horizon 94 : La voix de la Tunisie libre N° 2 : janvier 1994 Les dirigeants Nahdhaouis se terrent :

L’assignation à résidence de Salah Karkar, la perquisition de sa maison et la menace de son expulsion ont fini de terroriser les dirigeants Nahdhaouis en France. Craignant sans doute pour leur propre sécurité et voulant éviter d’effaroucher les autorités françaises, ils se sont terrés. Aucun geste de solidarité avec leur ami, en dehors de quelques timides et discrets coups de téléphone. Le comble est que le communiqué de R. Ghannouchi à cette occasion, daté du 4 novembre 1993, a été diffusé sous le manteau, avec trois semaines de retard. Cela a valu à certains d’entre eux une savonnade du cheikh depuis Londres. Démission ? Non, seulement trop préoccupés par la situation au Tadjikistan, en Afghanistan et pour certains au Merrikhstan. Mais sûr que les affaires n’ont pas chômé !

Certains d’entre eux préparent actuellement et en toute fraternité une exclusion en bonne et due forme des instances du mouvement Ennahdha, à l’encontre de leur ex-frère de combat. Il semblerait que la lettre que Salah Karkar leur a fait parvenir ( largement diffusée au Bourget) les a un peu dérangés : qui accepterait de se faire taxer de poule mouillée, même Halal ? Pourtant, il faudrait s’attendre à de nouvelles commissions rogatoires contre de nouvelles victimes, même celles qui n’ont pas été condamnées jusqu’ici à Tunis, parce qu’il y a une nouvelle loi, qui fait de tout opposant résidant à l’étranger, un terroriste en puissance. Sûr que ceux qui sont incapables de se défendre dans un Etat de droit, le seraient encore plus, dans un Etat despotique.

Ahmed Manaï

PETITION

Nous, militants tunisiens pour la démocratie et les libertés en Tunisie, Constatant que:

1) Le militant et opposant tunisien M. Salah Karker, réfugié politique en France depuis 1988, se trouve depuis le 11 octobre 1993, sous le coup d’une mesure d’as­signation à résidence et d’expulsion « en urgence absolue ».

2) Aucune procédure judiciaire n’a jamais été engagée contre M. Karker et que les accusations de terrorisme portées contre le mouvement incriminé qui se révèle être Ennahdha, dont il est co-fondateur – n’ont reçu aucun début de preuve devant le Tribunal administratif et le Conseil d’Etat. Considérant que:

3) Les accusations portées contre M. Karker reproduisent celles que le pouvoir tunisien n’a cessé, depuis de nombreuses années, de porter contre tous ses détracteurs, hommes politiques et militants des droits de l’homme de tous bords et dont le dernier est M. Mouadda, président du MDS, accusé le 20 décembre 1997 de « tentative de coup d’Etat et d’organisation d’actions terroristes ». Estimant que:

4) M. Karker a droit, dans un pays de droit qui lui a accordé le statut de réfugié poli­tique, à un procès en bonne et due forme, ou, dans le cas où cela n’est pas justi­fié, à recouvrer sa liberté et une vie normale/ En conséquence:

5) Nous demandons instamment à M. le ministre de l’Intérieur de considérer avec bienveillance la possibilité de lever les mesures administratives prises par ses pré­décesseurs à  l’encontre de M. Karker.

6) Nous réitérons à  M. Salah Karker notre soutien collectif dans son combat pour le recouvrement de sa liberté et de son droit à une vie familiale et professionnelle normale.

COLLECTIF DE LA COMMUNAUTE TUNISIENNE EN EUROPE
1, rue Cassini, 75014 Paris ; Tel. : 01 43 29 68 98

Communiqué

M.  Karker, en résidence surveillée à Digne-les-bains, entame une grève de la faim après qu’une surveillance rapprochée lui a été imposée à nouveau.

Paris, le 9 octobre 1997

Nous apprenons que M. Salah Karker,. un des dirigeants du mouvement Ennahda, assigné à résidence à Digne-les-bains, a tait l’objet hier d’une mesure de surveillance rapprochée par les services français. On lui a interdit aussi de quitter sa résidence à partir de 22 h.

M. Karker a écrit à M. le Ministre de l’Intérieur pour protester contre celte mesure, en lui rappelant que cette mesure d’assignation à résidence dure depuis quatre années et qu’elle lui est devenue insupportable. 11 lui a demandé de le relâcher ou de le déférer devant les juridictions françaises au cas où il lui serait reproché un quelconque délit. 11 a informe M. le Ministre de l’Intérieur qu’il entame une grève de la faim jusqu’à ce qu’il soit mis fin à son assignation. Notre Collectif exprime sa solidarité avec M. Karker, et demande aux autorités françaises de satisfaire les demandes légitimes de notre concitoyen M. Karker. Nous lançons un appel pressant aux organisations humanitaires et aux amis de la Tunisie à exprimer leur soutien aux demandes de M, Karker en écrivant à M. le Ministre de l’Intérieur.

Contact de M. Salah Karker ; Hôtel Saint Michel, Chemin des Alpilles, 04000 Digne-les-bains

Tel. : 04 92 31 45 66 ; lfax : 04 92 32 16 49.

Le Président Mondher Sfar

Ces quelques actions entreprises en faveur de Salah Karkar au cours des premiers mois qui ont suivi son arrestation et son assignation à résidence, à l’Ile d’Ouessant dans un premier temps puis à Brest. Le groupe composé de Abdel Majid Mili, Ali Gâalich, Mohamed Gzara et Ahmed Manai, lui a rendu une visite de solidarité et de soutien, à l’île d’Ouessant, la première semaine de son assignation à résidence dans cette île française au large de l’océan Atlantique.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

Médiapart, le 19 septembre 2011

Depuis le salon des Karker, au 7e étage d’une HLM d’Eaubonne (Val-d’Oise), la vue sur le quartier populaire des Dures Terres est imprenable. Ce paysage, Salah Karker le connaît par cœur. L’homme ne sort plus de chez lui. Ou sinon pour de petites balades devant l’immeuble, «quelques minutes seulement, après il a des vertiges» , dit sa femme, Samira, qui lui consacre tout son temps. Salah Karker a 63 ans, mais il fait bien plus. Un accident vasculaire cérébral en 2005 l’a gravement handicapé. Selon son médecin, il est hémiplégique du côté droit, ne peut plus «verbaliser les pensées et les émotions» , souffre d’ «hypotonie» , une intense fragilité musculaire.

Karker fut dans les années 1980 une tête pensante du mouvement islamiste tunisien. Un des fondateurs en 1981 de ce qui allait devenir «Ennahda» (Renaissance), parti interdit sous Ben Ali, à nouveau autorisé depuis la révolution. Mais aujourd’hui, il ne peut plus lire ni écrire, parle avec d’immenses difficultés. Cherche ses mots pendant de longues secondes. Les trouve rarement, tant son vocabulaire est limité. Samira l’encourage. «Que veux-tu dire, Salah?» Il lève les bras, dans un geste d’impuissance, rictus gêné.

Pour les autorités françaises, Salah Karker reste pourtant un dangereux islamiste. Malgré la révolution de janvier 2011 en Tunisie, l’Etat français n’a toujours pas abrogé l’assignation à résidence décidée en 1993 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Les anciens chefs politiques d’Ennahda sont revenus d’exil après la révolution, ils sont même candidats aux élections de l’Assemblée constituante, prévues le 23 octobre. Mais la France continue d’avoir peur de Salah Karker. Assigné à résidence à son propre domicile, il ne peut quitter le territoire communal. Son avocat, Jean-Daniel Dechezelles, a déposé un nouveau recours en février auprès du ministère de l’intérieur. Pas de nouvelles, depuis, des autorités, sauf pour demander des pièces complémentaires.

Contacté, le service de presse du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, indique que «la demande d’abrogation de l’arrêté d’expulsion et par voie de conséquence de l’assignation à résidence est instruite par les services» , sans faire davantage de commentaires. «Il faut arrêter de m’embêter, de m’accuser, articule péniblement Karker. Il faut me laisser vivre ma vie, maintenant.»«Vivre ta vie, mais quelle vie, Salah? Tu ne peux même plus sortir…» , lui répond Samira.

Depuis 1993, Salah Karker n’est plus libre de ses mouvements. Guerre civile en Algérie, attentats… La France vit alors dans la hantise de l’islamisme. Le ministre de l’intérieur, Charles Pasqua, se fait fort de traquer les réseaux islamistes en France. En octobre 1993, le ministre signe de sa main un arrêté d’expulsion en «urgence absolue». «Salah Karker (…) apporte un soutien actif à un mouvement terroriste présent en France et dans d’autres pays européens. En raison de l’ensemble de son comportement, l’expulsion de cet étranger constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique.»

Pourtant – et Pasqua le sait bien –, Karker est inexpulsable: condamné à mort en Tunisie en 1987, il a fui et obtenu l’asile politique en France l’année suivante. Le ministre de l’intérieur signe donc un second arrêté qui l’assigne à résidence dans le Finistère. Charge au préfet de lui trouver un point de chute. A l’époque, la France et la Tunisie de Ben Ali travaillent main dans la main pour lutter contre les islamistes – en Tunisie, la répression est féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. « Ben Ali était un bon supplétif des Occidentaux notamment dans la lutte contre les islamistes» , rappelle Jean-Daniel Dechezelles. Selon lui, l’ordre de neutraliser Karker est venu directement du Palais de Carthage. «C’était un accord tacite entre les deux Etats», dénonce Salah Karker. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire Pour le chef islamiste, c’est le début d’une longue succession de résidences surveillées en France. Le préfet du Finistère, Christian Frémont (aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée), l’envoie d’abord au large, sur l’île d’Ouessant. Puis le rapatrie sur le continent, dans un hôtel de Brest, avec plusieurs agents des renseignements généraux pour le surveiller en permanence – la facture est alors estimée à un million de francs par an, selon un syndicat de police.

Karker est ensuite expédie à l’autre bout de la France: Saint-Julien-de-Chapteuil et Cayres (Haute-Loire), puis Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), où il restera près de dix ans. «Ils choisissaient les endroits les plus éloignés pour qu’ils soient difficiles d’accès» , raconte Jaafar Karker, 32 ans, l’aîné des six enfants de la famille, ingénieur en Suisse. « Une fois, on a même dû sortir des banderoles pour que les RG se décident à venir nous chercher à la gare» , se rappelle Samira.

La famille a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Tout au long de ces années, Karker est resté dans une zone grise du droit: assigné à résidence sans être sous le coup de la moindre procédure judiciaire. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire. «Si je suis coupable d’avoir commis des actes délictueux; ma place n’est pas dans une chambre d’hôtel mais en prison. Lorsque je demande ce que l’on compte faire de moi, je n’ai droit qu’au silence» , explique-t-il au Provençal en 1995.

Le 15 janvier 2005, Salah Karker fait un accident vasculaire cérébral. La surveillance policière s’est relâchée. De longues heures se passent avant qu’il ne soit emmené à l’hôpital de Digne. L’hémorragie a comprimé le cerveau. Un mois de coma. Les séquelles sont lourdes. Pendant quelque temps, Karker perd la mémoire. Il l’a aujourd’hui retrouvée, en partie seulement.

Malgré ce grave incident de santé, la France n’a jamais abrogé les arrêtés de 1993. Tout au plus Karker est-il autorisé à rentrer chez lui. En 2007, sa femme intente un nouveau recours. «Sa présence est toujours de nature à menacer gravement l’ordre public» , lui répond le ministère de l’intérieur. «L’Etat n’annule jamais ses propres décisions. Ce serait reconnaître que la France a pris un jour une décision inique sur le plan juridique et des droits de l’homme», dénonce l’avocat. «C’est injuste… c’est déplorable… C’est absurde… Moi je suis toujours ici, je ne fais que dire la même chose, mais les diplomates français ne veulent pas voir», dit Salah Karker, épuisé – «au bout de vingt minutes, il fatigue», explique sa femme.

Salah Karker n’a ni carte de séjour ni revenus, à part l’aide médicale d’Etat qui prend en charge ses soins. Le couple vit grâce aux dons de ses enfants et au RSA de Samira, à qui la France refuse la nationalité au motif qu’elle vit de prestations sociales et qu’elle soutient «les théories développées par [son] époux» «Si, actuellement, la position officielle de l’organisation Ennadha vise à promouvoir, à travers des moyens légaux et pacifiques, la cause de l’islam en Tunisie, son objectif, à la fin des années 1980, était de s’emparer du pouvoir par les armes afin d’y instaurer un Etat islamique» , lui a écrit en avril 2010 un haut fonctionnaire du ministère de l’immigration.

Fondateur en 1981 du Mouvement de la tendance islamique (MTI) devenu ensuite Ennahda, Salah Karker reste comme ses anciens camarades Rached Ghannouchi ou Abdelfattah Mourou un personnage contesté en Tunisie. Dans les années 1980, Karker et ses amis défendaient un islam radical. Karker a été emprisonné trois ans sous Bourguiba, période où la répression anti-islamiste battait son plein. Certains voient la main du parti derrière les attentats des 2 et 3 août 1987 à Monastir et Sousse, dans lesquels treize personnes avaient été blessées.

Mais aujourd’hui, le paysage est bien différent. .Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, parti qui pourrait réaliser un score substantiel aux élections à la Constituante du 23 octobre, se revendique d’un islam ouvert, sur le modèle de l’AKP en Turquie. Quant à Salah Karker, il a depuis plusieurs années renoncé à l’Etat islamique. «Il a eu le temps de réfléchir…», dit son fils Jaafar. «Je me suis dit au début des années 2000 que l’urgence, c’était un Etat de droit… que Ben Ali s’en aille», dit Karker. «Il faut laïciser le mouvement islamiste, expliquait-il à Libération en 2002, avant son AVC . Islamiste, je n’aime pas le mot. Je suis tunisien, musulman pratiquant, démocrate, prônant la séparation de l’Etat et de la religion.»

Ennahda l’a même exclu en 2002, jugeant ses propos trop édulcorés. Il entretient désormais des relations polies, sans plus, avec ses anciens amis. Vu son état, Salah Karker a de toute façon renoncé à l’activité politique. « Moi je ne fais rien parce que je ne peux ni parler, ni réfléchir.» Quant on lui demande ce qu’il pense de la révolution, son visage s’éclaire. « Je suis content… Ben Ali c’est fini, comme par miracle… La révolution, c’est une joie pour tout le peuple tunisien…. Elle avance tout doucement.»

Salah Karker voudrait juste retourner une fois en Tunisie, ce pays qu’il a quitté en 1988. «Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop» , soupire Samira. A condition, évidemment, que le ministère de l’intérieur lève enfin l’assignation à résidence à laquelle Karker, prisonnier sans jugement ni prison, est assujetti depuis dix-huit ans.

Mediapart, 25-11-2002

Salah Karkar: Qui s’en souvient?

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Washington préparait déjà la carte islamiste pour la Tunisie


Dès lors, outre Ennahda, les diplomates américains accordent une attention particulière à l’Alliance nationale pour la paix et la prospérité (ANPP), la jeune formation de Skander Rekiki, un ingénieur formé aux Etats-Unis aux techniques du « storytelling », la communication politique à l’américaine, qu’il veut importer en Tunisie…

Révélations. Six ans avant la chute de Ben Ali, Washington préparait déjà la carte islamiste pour la Tunisie.

Le 23 octobre prochain, les tunisiens seront appelés à élire une assemblée constituante. Une centaine de partis politiques sont en lice, dont 92 créés dans la Tunisie post-Ben Ali. Le parti de Rached Ghannouchi, Ennahdha semble bien positionné et se prononce pour le maintien des élections à la date annoncée. Il faut dire que ce parti a le vent en poupes. Ses atouts : sa popularité et le soutien discret de… Washington. En effet, les Etats-Unis entretiennent des relations avec les islamistes tunisiens dit « modérés » depuis des années, c’est-à-dire avant le départ forcé du dictateur ; un départ souhaité, faut-il le rappeler, par les américains.

Redwan Masmoudi, l’homme du rapprochement

C’est grâce à cet ingénieur tunisien installé aux Etats-Unis, que les premiers contacts ont pu être établis entre des diplomates américains et des représentants de mouvements islamistes tunisiens. Financé entre autres par le département d’Etat américain, Masmoudi fonde en 1999, le Centre for the Study of Islam & Democracy (CSID), genre de think thank qui prône le dialogue entre laïcs et islamistes.

Dès 2005, il commence à mettre en relation des diplomates américains avec des leaders islamistes. Il réussit même à introduire, en 2006, une envoyée spéciale américaine dans la résidence surveillée de Hamadi Jebali, actuel secrétaire général du parti Ennahda.

Parmi les autres personnalités tunisiennes importantes approchées par Washington par le truchement du CSDI, on peut citer Slaheddine Jourchi, vice président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Saïda Akremi, représentante des avocats au sein de la Haute Commission pour la réalisation des objectifs de la révolution, ou bien encore, Zied Toualatti, l’une des figures importantes d’Ennahda

Le voyage « politique » de Hamadi Jebali à Washington

Invité à participer à un forum organisé par le CSDI,-encore lui- le 9 mai à Washington, le secrétaire général d’Ennahda revient de ce voyage le planning bien calé.

En effet, selon nos informations, Jebali a pu décrocher des rendez-vous décisifs avec Joe Libermann, une voix écoutée au Sénat américain, ainsi qu’avec deux anciens candidats aux présidentielles, le républicain John Macain et le démocrate John Kerry. Auparavant, il a pu de se rendre au département d’Etat pour s’entretenir avec Margaret Nardi, directrice de l’office of Maghreb affairs. Que du beau monde.

Washington veut un AKP bis en Tunisie

Rached Ghannouchi se veut l’homme de l’apaisement et du consensus et répète à l’envi que son parti Ennahda veut rassembler les tunisiens sans exclusion aucune. Un discours qui séduit forcément les américains, d’autant que Ghannouchi ne cache pas sa sympathie pour le Parti pour la justice et le développement ou l’AKP turc- un modèle pour Ennahdha- et son inspiration des expériences des partis chrétiens-démocrates européens.

Mais pourquoi se contenter d’un seul parti islamiste, quand on peut en avoir deux. Sans doute aussi se serait pour Washington un moyen de faire jouer la concurrence au cas où l’un des deux tourne casaque. Dès lors, outre Ennahda, les diplomates américains accordent une attention particulière à l’Alliance nationale pour la paix et la prospérité (ANPP), la jeune formation de Skander Rekiki, un ingénieur formé aux Etats-Unis aux techniques du « storytelling », la communication politique à l’américaine, qu’il veut importer en Tunisie.

Par ailleurs, l’un des fondateur de l’ANPP- cela ne s’invente pas- est l’avocat Moncef Barouni, patron de l’association tuniso-américaine et ex-président de la chambre de commerce tuniso-américaine.

Conclusion ? Alors que Paris essayait se sauver les meubles de Ben Ali, Washington lançait déjà en 2005 son casting pour le remplacer.

Rédaction Algerie-Focus.Com

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Wikileaks : Ennahdha, PDP, Ettajdid, AFD et les américains


Des documents émanant de l’ambassade américaine à Tunis et faisant partie des récents documents qui ont filtré et ont été révélés récemment par  wikileaks attestent des très bonnes relations entre les restes du parti islamiste tunisien Ennahda et la mission diplomatique américaine à Tunis du temps du président déchu Ben Ali. Echange de visites entre les deux parties et insistance des dirigeants d’Ennahda sur le fait qu’ils représentent l’islam modéré, ce qui est à leur avis la solution pour la démocratie dans la région et précisément en Tunisie.

Selon de nouvelles révélations de wikileaks: traduit de l’arabeEnnahda : Nous sommes ceux dont ont besoin les Etats-Unis

Mais il semble qu’il y a une grande différence entre ce que déclarent les Nahdaouis à propos de la politique des Etats Unis et ce que révèlent ces documents à propos de leurs cordiales relations avec eux.  Le fait est que de nombreux sympathisants de ce parti écrivent sur de nombreux sites internet que le pouvoir du président déchu Ben Ali les pourchassait et les réprimait pour satisfaire à la demande des Etats-Unis qui ne veulent pas qu’ils accèdent au pouvoir bien qu’ils représentent « l’Islam modéré qui va réaliser la Justice, l’Egalité et la Démocratie ». Or, une série de télégrammes de l’ambassade américaine à Tunis démontre que les relations entre le parti et l’ambassade étaient très avancées.

Selon ces documents, l’intérêt américain pour les faits et gestes  des islamistes était  permanent et les fonctionnaires de l’ambassade ne rataient jamais une occasion pour demander à leurs hôtes tunisiens des informations sur les activistes islamistes sur la scène politique ainsi que sur leur  force réelle sur le terrain et la réalité de leurs projets.

Dans un document en date du 23 mai 2006, traitant de la situation dans le pays après les élections municipales tenues au début du même mois, un membre du parti Ettajdid (ancien parti communiste) a affirmé que le parti Ennahda demeure actif en marge de l’opposition et il vise tout particulièrement les jeunes fréquentant les mosquées. L’ambassadeur américain William Hudson, auteur du télégramme, écrit «  que l’opposition laïque a compris l’importance d’une telle situation et a pris contact avec les islamistes dont des membres du parti Ennahdha restés dans le pays. Le président du parti démocratique progressiste d’alors, Néjib Chebbi, a reconnu devant l’ambassadeur qu’il avait rencontré récemment des membres d’Ennahdha à l’étranger. Harmel, qui était alors président du Parti Ettajdid a révélé pour sa part qu’il n’est pas exclu qu’il prendrait des arrangements avec les islamistes pour renforcer les activités de son parti ». Toutefois, l’opportunisme de Chebbi et de Harmel les a poussés à décourager l’ambassade de prendre quelque contact que ce soit avec les islamistes, quels qu’ils soient « aussi bien en Irak ou n’importe où ailleurs ». Ils ont critiqué « les avantages politiques obtenus par les chiites en Irak ».

Cette position de mise en garde est partagée également par l’association tunisienne des femmes démocrates, ATFD, dont deux membres, Ilhem Belhaj et Hafidha Chkir, avaient averti, au cours d’une réunion tenue le 9 février 2006 à l’ambassade, un des fonctionnaires de cette l’ambassade, que l’acceptation d’un gouvernement islamique correspondrait  à la «substitution d’une dictature par une autre ». Elles ont affirmé que cela valait aussi bien pour ceux qui se faisaient appeler « musulmans modérés ».

Dans un autre document en date du 29 novembre 2005, intitulé « dualisme de l’islam en Tunisie », l’ambassadeur Wiliam Hudson traite de la situation de l’islam en Tunisie. Il expose  la croissance de l’observance religieuse en Tunisie et l’histoire des rapports entre les autorités et les mouvements islamiques. Il transparaît de ce document que les relations entre l’ambassade et des membres du parti islamique Ennahda dissous sont bonnes, puisque l’ambassade les utilise pour son information. Selon le document cité, l’ambassadeur dit qu’un ancien membre d’Ennahda s’est plaint à un fonctionnaire politique de l’ambassade que les groupes politiques islamiques ne s’intéressaient qu’aux activités  politiques et aux alliances, ajoutant que Dieu et la religion n’avaient pas d’importance pour ces derniers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas meilleurs que le pouvoir  politique actuel.

L’intérêt américain pour l’islam en Tunisie apparaît aussi dans un document datant du 22 mars 2006 qui relate les actes d’une table de discussion tenue le 8 mars avec un certains membres de la société civile où l’on revient toujours à la situation des islamistes

Selon certains documents, quelqu’un comme Ziad Doulatli, aujourd’hui membre du conseil d’Ennahdha, était l’ami de l’ambassade et figurait sur la liste de ses visiteurs permanents. Un visiteur qui faisait la promotion de son parti et la sienne et pour se présenter comme le représentant d’un islam modéré.

Le 15 août 2006, s’est tenue une réunion entre des islamistes tunisiens «  modérés » d’une part, et les conseillers politiques et économiques ainsi que  l’officier politique de l’ambassade, d’autre part. En date du 21 août, l’adjoint au chef de la mission, David Ballard, a envoyé un télégramme donnant les détails de ce qui s’était passé au cours de cette réunion qu’il a organisée à la demande des tunisiens : Radwan  Masmoudi, un américain d’origine tunisienne qui préside le Centre d’Etudes de l’islam et de la démocratie à Washington, Saïda Akermi*, secrétaire générale de  l’association internationale de soutien aux prisonniers politiques, Salah Eddine Jourchi**, journaliste et activiste de la société civile et ancien membre d’Ennahda et Ziad Doulatli, membre fondateur du parti  qui a passé quinze années en prison. Le télégramme explique que les islamistes modérés tel que les désigne l’ambassade (mais avec certaines réserves puisqu’elle met cela entre guillemets renvoyant la responsabilité de cette appellation à d’autres), ont voulu rencontrer des représentants de l’ambassade afin « de renouer le dialogue sur des problèmes communs ». Nous découvrons ainsi que les relations entre les deux parties et le dialogue entre eux datait des années 1980 et qu’il s’arrêta suite à la campagne gouvernementale contre ce parti, sa dissolution et l’emprisonnement de ses dirigeants. Ce vieux dialogue avait comporté des rencontres avec des membres du Congrès en visite en Tunisie.

Hamadi Jebali au parlement

Hamadi Jebali au parlement

A l’instar de Doulatli, d’autres anciens membres du parti tentent de se présenter comme les représentants de l’islam modéré que recherche l’Amérique dans la région. Dans un document datant du 18 août 2006 traitant des réactions tunisiennes à la guerre israélienne de juillet 2006 contre le Liban, le conseiller politique auprès de l’ambassade a rencontré Ziad Doulatli, ainsi que l’activiste de la société civile Salah Eddine Jourchi, (qui dit avoir quitté Ennahda  suite à un différend avec eux). Ces deux derniers ont déclaré au conseiller que la guerre du Liban et le soutien des USA à Israël ont renforcé le Hezbollah et d’autres groupes extrémistes. Ils ont aussi poussé la jeunesse tunisienne à s’identifier aux idées des groupes jihadistes tels qu’ « Al Qaida », au lieu de s’identifier à des groupes « non violents et modérés tels  qu’Ennahda ». L’ambassadeur d’ajouter que les deux personnalités se présentent sous l’appellation de « musulmans modérés ».

L’intérêt des américains pour l’Islam en Tunisie apparaît aussi à travers un document datant du 22 mars 2006 qui relate une rencontre  tenue le 8 mars avec des activistes de la société civile où l’on revient toujours, sur la situation des islamistes et leur force.

Il apparaît, à travers certains documents, qu’un homme comme Ziad Doulatli, qui est aujourd’hui, membre du Conseil constitutif d’Ennahda, était un ami de l’ambassade et figurait sur la liste des visiteurs permanents ; un visiteur qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir son parti et lui-même comme représentants de l’islam modéré.

Les dialoguistes islamistes ont estimé que la Tunisie était susceptible de devenir un exemple de réforme démocratique au moyen orient. Doulatli a dit qu’ « étant donné que 90% des tunisiens sont laïcs, cela encourage à une évolution vers une démocratisation réelle ». Ses interlocuteurs américains n’ont pas été convaincus par cette idée et ils l’ont expliqué dans le télégramme, d’autant plus qu’elle d’un «  islamiste » Ils ont raillé l’allégation de Ziad Doulatli, que son parti aurait obtenu 60% des voix des suffrages exprimés (élections de 1989), alors qu’en réalité cette proportion, selon Balard qui est l’auteur du télégramme, n’avait pas dépassé les 30% dans le meilleur des cas.

Les Tunisiens ont essayé de convaincre les fonctionnaires de l’ambassade que la collaboration avec eux contribuait directement aux intérêts de Washington afin de recouvrer par cela la confiance et l’amitié au Moyen Orient, les Etats Unis ont besoin d’un modèle réussi de démocratie dans la région.  A ce qu’il paraît, Doulatli a semblé être le plus enthousiaste pour la coopération avec Washington,  il a essayé de promouvoir l’idée que son pays était le mieux préparé pour concrétiser ce modèle et non point l’Irak ; il a déclaré qu’il faudrait qu’il y ait une alternative au « Ben Ladisme ».

Le groupe qui espérait sûrement la reconnaissance de la plus grande puissance impérialiste du monde, a demandé quelques menus « services » à l’ambassade. Le plus important de ces services était qu’un représentant de l’ambassade aille rendre visite à Hammadi Jebali, un des dirigeants du parti Ennahdha, un « islamiste modéré » comme ils ont dit, assigné à résidence dans le gouvernorat de Sousse. Le groupe demanda aussi que certains noms d’islamistes modérés soient introduits sur les listes des invités de l’ambassade et des voyages organisés de temps à autre aux Etats-Unis. Dans son télégramme, Ballard dit que l’ambassade était heureuse de l’initiative du groupe de prendre contact avec elle, mais qu’elle ne partageait pas leur optimisme quant à des changements importants dans l’avenir. Il dit qu’elle (la mission américaine) était consciente des motifs ayant incité le groupe à prendre contact avec elle, surtout après les déclarations de Doulatli concernant les 60%  (de voix obtenues).

L’ambassade a rendu certains des services demandés et a rendu visite à Jebali dans sa résidence surveillée. Un fonctionnaire politique de l’ambassade a rendu visite à Jebali, à son domicile à Sousse, le 31 août 2006, pendant plus de deux heures. Ce qui a attiré l’attention du fonctionnaire c’est que contrairement à tous ceux qu’il rencontrait de la société civile ou de l’opposition politique, Jebali ne s’était pas plaint des politiques américaines au Liban, en Israël et en Irak. Jebali qui a dit que Rached Ghannouchi était le chef d’Ennahda, a confirmé que ce parti était le même en Tunisie ou en Europe. Jebali a dit que comme tous les partis islamistes ils sont suivis (avec inquiétude) par les américains. Jebali a affirmé qu’Ennahda en tant que parti politique voudrait participer graduellement à la vie politique tunisienne et qu’il ne voulait pas d’un Etat islamique. Et puis comme l’ont fait tous les autres, Jebali a critiqué les autres partis islamiques qui «  croient qu’ils détenaient la vérité divine et n’acceptaient pas la critique »  En réponse à l’envoyé de l’ambassade qui lui a fait remarquer qu’il paraissait laïc, Jebali répondit qu’il distinguait entre sa pratique religieuse et la vie publique. Il a rajouté que tous les musulmans modérés pensaient comme lui et refusaient la violence. Les répliques de l’américain étaient prêtes pour lui rappeler que des partisans du parti avaient perpétré des charges explosives dans certains hôtels pendant les années 1980*. L’envoyé de l’ambassade n’a pas cru Jebali quand il lui a dit qu’il lui était interdit de travailler et qu’il faisait l’objet de nombreuses restrictions de droits  et ce, au vu du bel ameublement de sa maison et de l’apparat avec lequel il recevait ses invités. Jebali a aussi évoqué l’actuel extrémisme islamiste en comparant les membres d’Ennahda ouverts à tout, aux jeunes tunisiens pratiquants et très extrémistes, comme résultat de la répression et de l’interdiction pour Ennahda dans la propagation de ses idées modérées.

Il se peut que tous les membres actifs du parti Ennahda, avant sa dissolution**** et qui sont demeurés fidèles à sa ligne politique après sa dissolution, ne soient pas tous des amis de l’ambassade américaine à Tunis, mais il est sûr que des membres influents de ce parti, dont ses symboles parmi les plus importants et ses porte parole, ont « dialogué » avec les américains pendant de nombreuses années en espérant leur reconnaissance et peut être aussi avec l’espoir de reproduire l’expérience irakienne. Si Washington avait décidé un jour de renverser la table de son (ex) ami Ben Ali, les Nahdhaouis étaient prêts, comme toujours et à jamais, à bénir cela et à gouverner le pays, surtout qu’ils se disent être, comme ils l’ont répété, des « modérés » et qu’ils sont « le type d’islamistes » qu’aiment le mieux les américains.

 * Saida Akermi, avocate, est l’épouse de l’avocat Noureddine B’hri, 3ème dans la liste des nouveaux fondateurs d’Ennahdha, nouvelle formule.  Noureddine B’hiri était déjà un haut dirigeant de ce mouvement dans les années 1980 et avait signé en son nom le pacte national en novembre 1988. A la suite de l’acte terroriste perpétré par un commando d’Ennahdha contre le local du RCD à Bab Souika, à Tunis, en 1991, Noureddine B’hiri, quitta le mouvement en même temps que Abdelfettah Mourou, Fadhel Beldi et Ben Aissa Demni. Des quatre, il est le seul à avoir été réadmis dans ce mouvement(NDT).

Salah Eddine Jourchi** : Il n’a jamais été dans le mouvement Ennahdha ou son ancêtre le MTI. Par contre il a été dans la Jamaâ islamya, première organisation islamiste de tendance Frères musulmans, fondée au début des années 1970, qu’il quitta en 1979, en même temps que H’Mida Enneifer et d’autres pour fonder le « mouvement des islamistes de gauche »(NDT). Actuellement il dirige le Club Al-Jahiz, financé par le MEPI.

***Allusion aux actes perpétrés dans trois hôtels de Sousse et Monastir, dans la nuit du 2  au 3 août 1987, veille de l’anniversaire du président Habib Bourguiba et qui déclenchèrent une vague de répression qui ouvrît la voie à l’arrivée du général Ben Ali au pouvoir(NDT).

**** Ennahdha n’a jamais été dissous parce qu’il n’a jamais été légalisé. Il a été toléré longtemps sous le règne de Bourguiba, et jusqu’en 1991 sous le règne de Ben Ali(NDT).

Traduit de l’arabe par Ahmed Manai, révisé et corrigé par Abdel Magid Aït Sâadi
Source : Site le 4 avril 2011 (المصدر:موقع المشهد التونسي اللإلكتروني(تونس) بتاريخ 4 أفريل2011)

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Bruno Guigue: EN SYRIE, LA FÊTE EST FINIE POUR LES CHARLATANS


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EN SYRIE, LA FÊTE EST FINIE POUR LES CHARLATANS

Bruno Guigue- 07/12/2016

 

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Hatem BOURIAL: Un nouveau pôle culturel pour la banlieue sud de Tunis


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Musée Safia Farhat pour les Arts
Un nouveau pôle culturel pour la banlieue sud de Tunis

 

 

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Aux syndicalistes d’aujourd’hui: Regardez comment manifestaient vos aînés!


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A la tête d’une manifestation

de l’UGTT à Tunis

vers 1950!

Farhat Hached, Abdallah Farhat et d’autres…

 

 

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APPEL: Il faut sauver La société Tunisienne des Industries de Pneumatiques.


amine

Il faut sauver La société Tunisienne des Industries de Pneumatiques.

 

 

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Pierre Le Corf à Alep: Chers médias, gouvernements, partisans, etc.


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Vous avez participé à détruire un pays, des générations entières et de renvoyer des milliers d’années de vestiges et d’histoires à la poussière.
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Par Pierre Le Corf à Alep.

29 novembre 2016
Chers médias, gouvernements, partisans, etc.
Une grosse partie de l’Est d’Alep a été libérée, des milliers de civils ont réussi à venir se réfugier à l’Ouest. Croyez-moi, les gens ont beaucoup à dire sur leur vie aux côtés de vos « rebelles modérés ».
C’est maintenant ou jamais de miser sur la vie et d’arrêter de l’instrumentaliser, parce que le jour ou la paix arrivera, et elle arrivera malgré vos efforts et votre argent, ce jour-là vous porterez la marque indélébile de ceux qui ont perpétré et permis à la mort de proliférer en faisant durer le conflit, en soutenant et permettant à des terroristes de se réarmer, en maintenant les combats toujours plus longtemps, plus violents, en maintenant des civils en otage et les utilisant comme outils de communication, en faisant pression sur l’opinion par l’ignorance populaire et en créant un cercle vicieux de situations de causes à effets.
Vous avez participé à détruire un pays, des générations entières et de renvoyer des milliers d’années de vestiges et d’histoires à la poussière.
En allumant et/ou en jetant de l’huile sur le feu par profit ou par ignorance prolongée vous avez condamné tant de vies, certaines dont tant de gens et moi-même avons encore le sang incrusté dans les vêtements.
Les civils continuent de s’enfuir et ont beaucoup d’histoires à raconter, comme celles de ceux et celles qui se sont enfuis ces dernières années et que je vous ai partagé au fil des mois. On parle ici de Djihadisme, d’enfermement, de torture, de vol, d’esclavage, de racket, de meurtres par décapitation et j’en passe … vous me direz que tous les livres d’histoires et de géographie ont été écrits avec le sang, mais les témoins que nous sommes ne vous laisseront pas écrire l’histoire à votre façon.
Pour vous montrer ce qui se passe et faire changer les choses, nombreux sont ceux qui ont risqué leur vie, nombreux sont ceux qui sont morts, et si je, si on reste en vie, croyez moi que cette marque nous viendrons vous la tatouer nous-même.
Bien que les roquettes continuent de tomber ici, la fin est proche je l’espère. C’est maintenant ou jamais.
Pierre Le Corf à Alep – 29 novembre 2016
We are superheroes
Source: http://arretsurinfo.ch/une-grosse-partie-dalep-est-a-ete-liberee-29-11-2016/

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Mahathir Mohamed : La tolérance, la participation et l’imagination sont le secret de la réussite Malaisienne.


mahatirmohamedddddd

Malaisie : un pays musulman qui a décollé !

Mahathir Mohamed : La tolérance, la participation et l’imagination sont le secret de la réussite Malaisienne.

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Tunisie: Comment sortir de la crise, selon Walid Hasni


walid

 

Il faudra plus d’État, plus de Coopératives, plus de Solidarité et moins de profit.
Ceux qui pensent que le système n’y est pour rien, que la misère fait partie de la vie et que le monde est ainsi fait, passez votre chemin ces lignes ne sont pas pour vous.

Walid Hasni- Paris le 29-11-2016

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