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Un chef d’œuvre de duplicité: PAR PR DJAMEL LABIDI


Je suis tombé, il y a quelques jours, sur un article de Kamel Daoud paru dans le journal « Liberté » du 7 septembre 2021 et intitulé « Se sentir humilié après les déclarations de Macron ». Ma première réaction a été de satisfaction: Enfin! Kamel Daoud partage l’indignation des algériens. Ce sera toujours cela en moins pour la françalgèrie. Et puis j’ai lu l’article…

 Je suis resté stupéfait devant la duplicité de cet article. Comment peut-on faire ça.

J’ai hésité à écrire sur cet article  de K. Daoud. Peut-être allais-je donner trop d’importance à ce texte  ainsi qu’à son auteur. Peut-être est-ce l’effet qu’il recherche. Choquer, provoquer et se faire connaitre ainsi à la manière d’Érostrate(*). Un tel article méritait-t-il donc qu’on le commente.

Et puis j’ai pensé que cet article était bien représentatif , au-delà de son auteur, d’un courant politico-culturel, d’un  groupe social, de cette françalgèrie qui se sent obligée de monter au créneau chaque fois qu’elle juge que Sa France,  et son influence sont mises en cause.

De ce point de vue, il fallait donc écrire. C’était une obligation, un devoir.

                                                      Un titre révélateur

J’ai parlé de duplicité. Duplicité du titre d’abord: Kamel Daoud écrit  en titre  « Se sentir humilié après les déclarations de Macron ». Le  titre est fait déjà pour tromper le lecteur, car à la lecture, on s’aperçoit que si K Daoud se sent  humilié, c’est en réalité par la réaction des algériens aux  propos de Emmanuel Macron. Alors pourquoi ce titre ? Aurait-il eu peur d’ éloigner  le lecteur par un  titre trop clair . Racolage ? En tout cas abus de confiance .Ce titre à double entrée, à double facette, à double jeu est  la définition même de la duplicité ,

Dans ce même registre de la duplicité, il y a ce   » Nous, les algériens » que K Daoud utilise sans cesse. Disons d’abord qu’un algérien parle et écrit rarement ainsi. Pourquoi insister autant sur son identité  lorsque celle-ci va de soi. On va peut-être mieux comprendre.

En juin 2020, des médias algériens (**) révèlent que Kamel Daoud est devenu Français par décret paru au journal officiel français le 28 janvier 2020.. Ce « Nous » relève donc d’un abus de langage, du même abus de la confiance du lecteur déjà contenue dans le titre. 

Ainsi lorsque Kamel Daoud écrit dans le texte : « Qu’avons-nous nous même fait de ce pays pour aujourd’hui chercher ailleurs ce qui le définit ? A quand une indépendance affective qui puisse nous permettre de fonder une souveraineté de la confiance en soi, de l’identité imperturbable et définie par les siens et par l’ailleurs », il fait de lui-même son portrait. 

Dans le même sens, voici une anecdote significative: en octobre 2015, la ministre de la culture française, Fleur Pellerin  est  en visite officielle en Algérie. Un repas est donné en l’honneur de la délégation française. Les algériens ont la surprise de voir arriver avec la  délégation française Kamel Daoud.

Tout cela résume le personnage: ambiguïté permanente, ni ceci, ni cela, ni l’un, ni l’autre,  parfois l’un, parfois l’autre, parfois les deux  suivant le besoin.

                                        La haine de la France et la haine de soi

Kamel Daoud dit dans son texte, comme Macron,  que les « algériens ont la haine de la France ». Faux mais passons. Mais ne serait-ce pas plutôt lui qui a la haine de l’Algérie, cette fameuse haine de soi  qui parfois, soudain sort et  le trahit, dans ce qu’il dit ou écrit. Exemples:

15 décembre 2014. Chaine française France2.  L’émission « on n’est pas couché » de Laurent Ruquier.  K Daoud   explique  que  » l’Arabe ce n’est pas une nationalité, c’est une culture, une domination, une colonisation« . Sur le plateau, le critique littéraire Aymeric Caron l’écoute, pensif, puis lui dit: « J’ai l’impression que vous n’aimez pas votre pays. » Surpris, Kamel Daoud ne dit mot.

29 janvier 2016: « Le journal « Le Monde » publie un article de K. Daoud « Cologne, lieu de fantasmes ». Il y a eu, en Allemagne, à Cologne, la nuit du nouvel  an 2016.  des viols de masse semble-t-il, On en accuse les Maghrébins,  les Algériens en particulier. K; Daoud se précipite, pour corroborer en fait  l’accusation.  Il explique, en effet,  doctement, que c’est du » au profond sexisme qui sévit dans le monde arabo-musulman »,  à la « misère sexuelle », à « la culture » des maghrébins.. Odieux. Du pur racisme , qui plus est d’un homme envers les siens. L’accusation porté contre les maghrébins s’avéra fausse. Mais pas un regret, pas un mea-culpa de K. Daoud. Une désinvolture, une indifférence, une froideur qui fait frémir.

29 janvier 2021, dans une tribune du journal « le Monde » K. Daoud  proclame, (sans rire) que « la France a  tout pour inventer l’avenir de l’Islam ».

La liste de tels hauts faits est longue. Que de contradictions, que d’incohérences. Un chef d’œuvre de duplicité. Mais quels en sont donc les mécanismes intimes, les ressorts, les motivations, les  raisons? Pourquoi ?

                                                                 Le vide

Mais revenons au texte. Un mot y revient souvent. C’est le mot « vide ». Citations:

–  « Ce qui humilie c’est l’ampleur vide, futile de la réaction des miens, des algériens » , « voir autant (…) de militants à vide réagir avec autant de force (..), « la haine de la France, nous l’avons et c’est une vérité. Elle est due au vide (…).

C’est significatif. S’il y a bien un mot qui résume la pensée de ce texte, c’est le vide. Rien. Aucune pensée, aucune idée nouvelle, aucune audace, si ce n’est de défendre la France, plus exactement une certaine France, celle du président Macron. On les retrouve tous les deux sur les mêmes thèmes: on l’a vu,  celui de « la haine des algériens pour la France », celui de l’Islam de France.

Mais la répétition de ce mot, en fait, intrigue. De quel vide s’agit-il? Cela n’est jamais précisé.  Ne serait-ce pas au fond celui du texte ? Il y a toute une écriture dont la fonction semble être de combler, de masquer  ce vide. Une sorte d’écriture automatique , faite d’association d’idées, ou plus exactement d’association de mots, où un mot  amène mécaniquement à un autre, à son contraire ou son inverse:  Exemples:

-« Pourquoi c’est la France qui nous unit dans la réaction (..) et l’Algérie qui nous divise dans l’action« , autant de questions que le courage aurait dû nous imposer mais que la lâcheté face au présent nous fait fuir », -« est-il important de chercher si l’Algérie avait existé(..) ou de s’interroger avec inquiétude et courage si elle va encore exister dans dix ans »,

Autant de phrases sous formes de sentences et qui, si on les examine avec attention, ne veulent strictement rien dire .Le style se veut  cultiver  le paradoxe, mais les  paradoxes ne consistent qu’en une association mécanique de mots et de leurs inverses.

Mais arrêtons cette explication de texte. À trop la prolonger, elle finirait, du coup, par donner à ce texte une importance qu’il n’a pas. Elle n’a d’autre intérêt que de fournir les preuves d’une duplicité politique et littéraire manifeste  

                                                   La nouvelle décolonisation

En janvier 2010 , j’avais écrit, dans « Le quotidien d’Oran », à propos d’un article où K. Daoud, entre autres faits d’arme , s’attaquait, de façon délibérée, à la langue arabe, et où il mettait même, avec mépris, le mot « Arabe » ainsi,  entre guillemets. C’était le début d’une brillante carrière sur ce thème ou des thèmes semblables. J’avais parlé à l’ époque  d’auto- racisme. Depuis les faits ont confirmé cette haine de soi. Il n’en a pas  évidemment le monopole. C’est celle de tout un groupe social qui existe fatalement dans tous les pays  où le colonialisme a sévit et qui rassure le colonialisme en lui affirmant, comme il désire l’entendre, que sa « mission civilisatrice » a laissé bien des traces positives. Aujourd’hui, ce groupe social défend, par mille subterfuges,  les propos du Président Macron.  Et ce texte de Kamel Daoud défend  des propos tenus  par le président français, non  pas sur la France mais sur l’Algérie. Il  défend le  droit de Macron de parler de l’Algérie, mais pas celui des algériens de parler de ce que dit Macron de  l’Algérie. Le comble!

Mais ce qu’il y a de diffèrent aujourd’hui, et même de façon spectaculaire, c’est que ce groupe social, ce lobby, cette françalgèrie s’est rétrécie comme peau de chagrin, avec l’élan national du Hirak , avec les nouveaux rapports mondiaux, avec la nouvelle décolonisation qui s’amorce en Afrique,  avec la France qui pourrait-on dire revient à sa place, à ce qu’elle est, et pas à ce qu’elle fût.

Il est paradoxal que ce groupe social puisse partager cette même nostalgie de grandeur et d’hégémonie  qui perturbe autant actuellement les français, et qu’il continue de voir et de soutenir une France qui n’existe plus. Il en devient anachronique. Mais nous reparlerons certainement de tout cela.

___

(*) Pour être connu et célèbre, Érostrate brûla le temple d’Artémis à Éphèse, considéré comme l’une des sept merveilles du monde antique..

(**) « algerie54.dz », 23 juin 2020, « Algerie1.com » -7juin 2020, journal « l’Est algérien », 10 juin 2020 etc..

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