Poster un commentaire

Tunisie : Les ambiguïtés d’un appel à la « communauté internationale »: Par Michel Camau


Merci Michel Camau: juste une petite remarque, je connais la plupart des signataires certains depuis 1991 tous ne sont pas aussi honorables que vous l ecriviez certains avaient des positions scandaleuses au cours de la decennie 90. Je vais le leur rappeler dans une lettre ouverte. Je publie votrer tribune sur tunisitri

Ahmed Manai

. Michel Camau

 · 

https://www.lemonde.fr/…/tunisie-les-tenants-d-une…

L’inquiétude sur la dérive autoritaire du président Kaïs Saïed est fondée, mais le refus et la condamnation de l’ingérence étrangère constituent un thème fédérateur tant l’hégémonie de l’Euro-Amérique suscite des réactions hostiles, souligne, dans une tribune au « Monde », l’universitaire Michel Camau.

13/10/2021

Tribune. Dans une tribune publiée par Le Monde le 10 octobre (« Sur la régression des droits en Tunisie, la communauté́ internationale ne doit plus détourner le regard »), un collectif de personnalités de différents pays en appelle à « une réaction énergique de la communauté internationale » face à la détérioration de la situation politique tunisienne.

Les signataires de cette tribune, tous parfaitement honorables, sont assurément animés des meilleurs sentiments. Toutefois, ils n’ont pas suffisamment pris garde aux ambiguïtés du texte qu’ils ont avalisé.

Leur appréciation sur « le durcissement autoritaire et la régression des droits en Tunisie » me paraît tout autant fondée dans son principe que critiquable dans ses considérants. Un lecteur peu au fait des affaires tunisiennes risque d’en tirer la conclusion que « l’intervention de l’armée » constitue le facteur déterminant du coup de force d’un président contre le parlement. Rien ne lui permet de prendre en compte l’ampleur du soutien populaire apporté au président dans sa mainmise sur les leviers de commande et les symboles de l’État.

La dégradation des conditions économiques, sociales et sanitaires du pays a focalisé les mécontentements sur un parlement embourbé dans un jeu de factions, parfois violent, et corrélativement sur le parti majoritaire, le mouvement islamiste Ennahdha. Le président a contribué directement à la paralysie gouvernementale en s’opposant à toute initiative susceptible de menacer son pré carré. Il n’en a pas moins raflé la mise en faisant figure de « sauveur ». C’est précisément cette dimension plébiscitaire qui pose problème, et ce à un double point de vue. D’une part, elle augure d’une régression politique lourde de dangers. D’autre part, elle place en porte à faux les critiques de cette régression. Comment défendre la liberté politique auprès de couches populaires animées par l’aspiration égalitaire et la détestation des élites politiques ? Certainement pas en dénonçant, très prématurément, « un retour à l’âge de pierre intellectuel » et surtout, en faisant appel à la « communauté internationale ».

Au demeurant, il est permis de s’interroger sur la teneur de cette supposée communauté internationale. S’agit-il de celle des États ? De quels États ? La tribune en cause ne le mentionne pas, préférant se draper dans un signifiant flottant. Force est d’interpréter et de considérer que l’appel vise, nolens volens, les partenaires de la Tunisie, autrement dit, les États-Unis, l’Europe et les institutions internationales bailleurs de fonds. Si tel est le cas, la réaction « énergique » consisterait en une conditionnalité de l’aide, comme si celle-ci n’était pas déjà à l’œuvre dans les conciliabules diplomatiques et dans les antichambres du Congrès des États-Unis. Nos signataires seraient-ils partisans d’une nouvelle politique de la canonnière ?

En tout état de cause, l’appel à une réaction énergique va à l’encontre des objectifs qu’il poursuit. Il fait abstraction de la tonalité souverainiste du discours politique dominant en Tunisie. Souveraineté du peuple et souveraineté de l’État se conjuguent pour faire valoir une restauration nationale à la faveur du coup du président. Ce terrain-là s’avère des plus fertiles tant l’hégémonie de l’Euro-Amérique suscite des réactions hostiles, potentiellement « énergiques », au sein des différentes couches sociales, y compris une partie des élites. Le refus et la condamnation de l’ingérence étrangère constitue un thème fédérateur. Nul doute que la tribune du collectif ne tombe sous ce couperet et fasse le jeu du « sauveur ». Les réseaux sociaux et le cénacle présidentiel ne manqueront pas de servir de caisse de résonnance et d’orchestrer l’indignation.

Que des intellectuels étrangers prennent position et cherchent à attirer l’attention sur une dérive autoritaire ne soulève pas d’objection, du moins de ma part. Mais que diable, ne cultivez pas l’ambiguïté. Prenez le temps de lire (attentivement) le texte soumis à votre signature et pesez le sens des mots utilisés. « Une réaction énergique de la communauté internationale » aurait dû vous alerter.

Michel Camau est l’auteur de L‘exception tunisienne. Variations sur un mythe, Karthala (2019).

Michel Camau (Professeur émérite des Universités en science politique)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :