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1er octobre 1985 / Jour du raid israélien sur Hammam Chatt et des funérailles de feu Abdallah Farhat


1er octobre 1985 / Jour du raid israélien sur Hammam Chatt et des funérailles de feu Abdallah Farhat

Par Ahmed Manai

-Traduit de l arabe par Rania Tahar

Le regretté Abdallah Farhat, ancien ministre de la défense, est décédé le 29 septembre 1985 à l’hôpital militaire de Paris. Son corps a été rapatrié en Tunisie le lendemain au soir et a passé la nuit à son domicile à Radès (banlieue sud de Tunis). Le lendemain matin, 1er octobre 1985, il a été transféré à la maison du Parti (nom donné au siège du Parti Socialiste Destourien) à Tunis.

Tôt le matin, j’étais à la maison du Parti à la Kasbah en compagnie de mon ami feu Abdelaziz Megdich, directeur de l’aéroport international de Tunis-Carthage et membre par alliance de la famille Farhat. C’était la première fois de ma vie que j’entrais dans ce lieu. Nous nous tenions sur une terrasse surélevée d’environ deux mètres de l’endroit où le cercueil du défunt était placé, observant le défilement des visiteurs venus individuellement ou en groupes rendre un dernier hommage au défunt. À un certain moment, il y a eu un grand rassemblement et un encombrement autour du cercueil et je n’en ai pas compris la cause immédiatement. J’ai appris plus tard que feu Yasser Arafat était venu dire la Fatiha sur l’âme du défunt, accompagné d’une importante délégation palestinienne et de leurs gardes.

Le nombre de visiteurs a ensuite repris son flux normal.

Soudain, nous avons entendu des explosions au sud de la maison du Parti, c’est-à-dire au sud de la capitale, qui ont fait trembler les murs du bâtiment. Tout le monde était consterné et se demandait d’où provenaient ces explosions. Quelques minutes plus tard, le préposé au télex est venu remettre un papier à je ne sais pas qui et a déclaré, de façon à ce que tout le monde l’entende, que des avions non identifiés avaient bombardé Hammam Chatt (banlieue sud de Tunis).

La terrasse où nous étions se trouvait en face d’un escalier d’où est apparu feu Hédi Nouira (ancien premier ministre), porté dans son fauteuil roulant, et je l’ai entendu dire : Ce f… de p… Kadhafi l’a fait.

J’ai alors saisi le bras de mon ami et lui ai dit : je vous jure Si Abdelaziz que vous pourrez me couper la main s’il s’avère que Kadhafi l’a fait. Ce ne peut être que l’œuvre d’Israël.

Nous nous sommes rendus ensuite au domicile du défunt à Radès. La radio parlait d’avions non identifiés, tandis que les chaînes italiennes donnaient des détails sur le raid israélien. En fait, je n’écoutais ni ne regardais, mais c’est ce que racontaient les gens venus présenter leurs condoléances. J’étais dans le jardin pour recevoir les visiteurs et j’ai vu mon ami le Dr Ali ben Hamouda embarrassé, je l’ai salué et il m’a dit avoir hésité à venir car il n’a pas trouvé le nom de la famille Manaï dans le faire-part, ce qui était vrai, même si c’était moi qui avait rédigé et publié le faire-part dans le journal Essabah.

J’ai entendu beaucoup de réflexions et d’impressions spontanées telles que : Est-ce vraiment la maison d’un homme qui a occupé des postes ministériels durant 30 ans ?

À un moment donné avant les funérailles, je me suis approché d’un groupe de hauts dirigeants de l’État, Mohamed Mzali (premier ministre), Habib Bourguiba Junior, le ministre de l’information Abderrazak Kéfi, le ministre de la défense Slaheddine Bali et Hédi Baccouche, le secrétaire général du parti. Le ministre de la défense expliquait à l’assemblée, avec de grands mouvements de bras et du corps, la manière dont les avions avaient attaqué, interrompu par Junior qui lui lançait : et où sont vos avions monsieur le c… ?

Puis le cortège funèbre s’est mis en marche. Il était imposant et j’ai été surpris et impressionné par sa solennité, car le défunt s’était éclipsé de la scène politique depuis de nombreuses années et les Tunisiens, comme le commun des mortels, ont la mémoire courte.

Lorsque nous sommes rentrés à la maison, nous nous sommes alors intéressés à la grande tragédie de ce jour-là, à savoir l’attaque impudente sur Hammam Chatt, les martyrs, les blessés et la destruction… Le colonel Ben Yahia, directeur du génie militaire, nous avait rendu visite et s’était excusé d’avoir manqué les funérailles parce qu’il était occupé par la grande catastrophe et nous avait donné quelques détails sur le drame. Le passage de feu Yasser Arafat à la maison du Parti, ce qui l’avait retardé à rejoindre Hammam Chatt, siège de son poste de commandement, semble lui avoir sauvé la vie. Il avait échappé à une tentative d’assassinat ce jour-là.

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