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Ahmed Manaï s’explique sur son agression Interview


Ahmed Manaï s’explique sur son agression 
Interview de Imed Bouraoui

 


Mai 1997.

Dans le cadre de notre dossier sur les agressions, nous avons interviewé Ahmed Manaï qui a été agressé le vendredi 14 mars, après être sorti de l’Institut du monde arabe où il a pris la parole parmi les intervenants à l’occasion d’un colloque sur « la mondialisation en Afrique du Nord et au Moyen- Orient ». Arrivé devant chez lui à Courcouronnes, dans l’Essonne, Ahmed Manaï a été l’objet d’une tentative de meurtre…

L’Audace : Comment vous vous êtes fait agressé ?
Ahmed Manaï : De la manière la plus lâche, comme lors de la première fois et comme le fut aussi mon ami Mondher Sfar. Deux individus, dont l’un était muni d’une batte de base- ball et l’autre d’une bombe lacrymogène, m’ont attaqué de dos. Je m’étais aperçu de leur présence avant en me retournant et j’ai reçu un premier coup sur la tête. Je n’ai pas souvenir de beaucoup de détails. Des témoins m’ont raconté par la suite comment cela s’était effectivement passé. L’autre complice les attendait en voiture à quelques dizaines de mètres.
L’Audace : Pourriez- vous reconnaître vos agresseurs ?
Ahmed Manaï. : Difficilement, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui compte c’est le commanditaire et celui- ci je le connais très bien. C’est pourquoi j’ai déposé une plainte contre le général Ben Ali lui-même. Lui seul peut prendre le risque de commanditer cet attentat dans un pays qui le reçoit « officiellement » dans un mois.
L’Audace : Cela dépasse l’entendement. Un chef d’Etat ne peut tout de même pas se permettre d’agir ainsi. Personne ne peut croire à cette thèse et, d’ailleurs, la police semble privilégier la thèse d’une agression crapuleuse.
Ahmed Manaï : De quelle agression crapuleuse parlez-vous, lorsque mes agresseurs me délestent seulement de ma sacoche, contenant divers livres et documents et surtout mon agenda et mon carnet d’adresses, dédaignant de prendre mon porte- feuille qui contenait un peu d’argent et mon carnet de chèques, tous deux par terre ?
La police, il est vrai, a privilégié la thèse que vous venez d’évoquer, mais ce n’était que la police d’Evry, peu au courant du contexte tunisien. D’ailleurs, trois jours plus tard, l’affaire a pris sa véritable dimension et c’est la Brigade criminelle de la P.J. de Versailles qui a pris l’enquête en main.
L’Audace : Comment un chef d’Etat peut- il se comporter ainsi ?
Ahmed Manaï : En 1992, la villa de Habib Ammar à Sousse, avait été incendiée. Celui- ci était à l’époque ambassadeur de Tunisie à Vienne. Il avait accusé Ben Ali, son ami de quarante ans, d’avoir commandité l’incendie.
Au mois de février 1996, les entrepôts de Kamel Letaïef, le bienfaiteur de Ben Ali dans ses moments difficiles, ont été ravagés par un incendie. Lui aussi avait accusé Ben Ali. L’un et l’autre connaissent mieux que quiconque le personnage. Cela s’était passé en Tunisie où il pouvait tout faire dans l’impunité totale. Mais à l’étranger… ! ? C’est la part de la folie.
Ce n’est pas, en tout cas, le premier Etat qui exporte son terrorisme à l’étranger. Un autre Etat vient de se faire condamner par la justice allemande.

L’Audace : Où en est votre action en justice ?
Ahmed Manaï : Elle suit son cours en France et j’ai totalement confiance dans la justice de ce pays. Faut- il rappeler qu’elle a condamné le « frère », il y a près de 5 ans.
D’autre part, étant réfugié politique et couvert par la convention de Genève, j’ai alerté le HCR et engagé une action auprès de l’ONU.
L’Audace : N°28- Mai 1997.

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INTERVIEW
Août 1997
Tunisia Insight :
Vol 1 N°2

Traduit de l’Anglais
T.Insight :
Vous avez été agressé en date du 14 mars 1997. Pouvez-vous éclairer nos lecteurs sur les circonstances de cette agression ?
A. Manaï :
Le vendredi 14 mars 1997 vers 17 heures, je rentrais chez moi. A quelques mètres de la porte de mon immeuble, j’ai été attaqué de dos par deux énergumènes. Le premier m’aspergea de sa bombe lacrymogène et le second me donna un premier coup de batte de base-ball sur le front qui m’envoya à terre. C’est alors que les coups commencèrent à pleuvoir, sur les pieds et les jambes, puisque c’est ainsi que j’ai essayé de me défendre. Mes cris et ceux des voisins et notamment de la gardienne incitèrent mes agresseurs à me lâcher. J’avais de toute façon perdu connaissance. Les pompiers sont arrivés rapidement et m’ont transporté à l’hôpital où je fus gardé pendant cinq jours. J’ai eu douze points de suture et vingt cinq jours d’interruption de travail.
Mes agresseurs étaient trois, le troisième étant resté dans la voiture. Du premier coup, j’ai compris que Ben Ali était le commanditaire, ce que des sources tunisiennes m’ont confirmé plus tard. Les autorités françaises savent fort bien que les services tunisiens eux- mêmes n’étaient pas au courant. En fait, l’organisateur de l’agression recevait ses ordres directement de Ben Ali. Grâce à Dieu, j’ai récupéré maintenant et j’ai repris mes activités.
T.Insight :
Comment évaluez- vous la situation actuelle en Tunisie ?
A.Manaï :
Le croyant que je suis est optimiste par nature. Mais je dois avouer que les faits et les événements me démentent tous les jours. J’aurai souhaité que tout irait pour le mieux et que rien ne viendrait déranger la quiétude des tunisiens, en dehors « du comportement irresponsable de quelques traîtres à l’étranger » comme le professe le pouvoir.
Mais la Tunisie va mal. La société, l’Etat et le citoyen vont mal. C’est l’avis de nombreux observateurs concernant le présent. Mais c’est l’avenir qui est le plus menacé.
Les dix dernières années sont des années de régression. Les institutions de l’Etat sont délabrées, la société est complètement détruite et l’individu écrasé. Les valeurs qui font le citoyen et cimentent la société sont complètement laminées. Les nombreux acquis sociaux et politiques de l’indépendance ont été grignotés.
J’espère que cette course effrénée vers l’abîme s’arrêtera assez tôt pour éviter la catastrophe.
Il y a des signes d’espoir dans ce début de prise de conscience des citoyens. J’avoue que j’ai des craintes aussi qu’en désespoir de cause, les gens ne se révoltent sans le moindre encadrement politique, ce qui risque de les exposer à une répression terrible et donc encore à la régression. C’est à quoi pousse le comportement du pouvoir.
T.Insight :
En votre qualité d’expert économiste, comment vous jugez l’état de l’économie tunisienne, surtout que les autorités tunisiennes parlent d’un miracle économique ?
A. Manaï :
Le discours officiel fonde la légitimité du pouvoir sur le triptyque de la lutte contre la violence et l’extrémisme islamique, la consolidation de la démocratie et des droits de l’homme et enfin la croissance économique.
Les événements de la décennie ont montré que la seule violence en Tunisie est celle qui est exercée par le pouvoir et sans d’autre raison que de dominer et de contrôler la société. L’action des Ong des droits de l’homme, tunisiennes et étrangères, a montré que la démocratie et les droits de l’homme constituent un leurre en Tunisie. La propagande officielle a lamentablement échoué à ce niveau.
Ce qui n’est pas encore suffisamment connu par contre c’est l’état délabré de l’économie. Je vous fais remarquer que les problèmes économiques constituent une préoccupation secondaire de l’opposition. On ne s’y intéresse qu’à travers leurs retombées sociales telles que le coût de la vie, l’inflation, le chômage et autres.
Le meilleur indicateur de la bonne santé d’une économie, c’est le niveau de l’investissement, parce qu’il traduit l’état de confiance du capital, national ou étranger et ses dispositions à s’engager pour l’avenir.
Les informations dont je dispose et qui sont puisées aux sources les plus crédibles (les rapports annuels de la Banque centrale, de la BIRD, FMI et autres organismes financiers internationaux) signalent une régression de l’investissement national et étranger. Il y a à cela des raisons multiples, dont certaines sont communes aux deux formes d’investissement et d’autres spécifiques à chacune d’elles.
L’investissement local privé est très frileux parce qu’il n’a pas confiance dans un système fondé sur le passe droit, la corruption, l’opacité et l’absence de règles claires dans la passation des marchés publics. L’endettement des gens est aussi de nature à réduire le marché, déjà petit.
L’investissement public s’est réduit par suite de la politique de libéralisation. L’Etat se désengage et donc n’investit plus dans les entreprises publiques qu’il privatise à tour de bras.
L’investissement étranger, surtout Européen, recule pour certaines des nombreuses raisons que nous avons évoquées mais aussi parce que la concurrence au plan international est très rude, surtout depuis l’ouverture à l’Europe de l’est.
D’une façon générale, l’économie est en panne. L’agriculture connaît beaucoup de problèmes structurels mais aussi conjoncturels avec la sécheresse qui persiste. Le tourisme bat de l’aile et les exportations industrielles stagnent ou reculent. On peut évidemment imaginer les conséquences de cette situation au plan social : augmentation du chômage et baisse du pouvoir d’achat..
La propagande officielle joue sur les chiffres et les manipule. Ainsi par exemple quand un plan quinquennal avance un taux de 6% pour la croissance, ce taux devient une vérité absolue, une référence et le restera longtemps. Pourtant ce n’est qu’une estimation ! Un rapport de la Banque centrale a révélé que le taux réel de croissance entre 1987 et 1994 était de 4,2%, mais les autorités continuent de parler d’un taux supérieur à 6%, celui là même qui a été prévu par le plan. Rappelons que les années tant décriées de 1980-1987, avaient connu un taux de croissance de 3,5%.
La Tunisie vit en partie des crédits et des facilités financières. La dette étrangère, utilisée en grande partie pour encourager la consommation, s’accroît dans des proportions vertigineuses et menace l’avenir des générations futures.
T.Insight :
On parle d’une crise politique étouffante en Tunisie. Comment voyez- vous l’action de l’opposition pour une amélioration de la situation ?
A.Manaï
En Tunisie la crise est générale et pas seulement politique. Mais le début de solution se situe au niveau politique. J’estime qu’il est urgent que toutes les composantes de l’opposition se déclarent en rupture avec le régime. Les partis et mouvements qui avaient signé, de quelque manière que ce soit, le pacte national en 1988, devraient le dénoncer. Le régime l’avait fait avant eux C’est un geste symbolique mais qui a l’avantage de retirer au pouvoir, la légitimité acquise par le pacte national.
Dans une seconde étape, chaque parti s’engage à faire sa propre autocritique et se réorganise en tant que composante et partie prenante dans un grand projet de libération de la société, sans esprit de compétition, ni concurrence déloyale et partisane. Ceci impose à tous de faire taire, même momentanément, leur idéologie. Suit une période de débat et de dialogue entre tous les partenaires politiques, sans exclusion aucune, pas même les Destouriens ou les gauchistes qui ont soutenu le pouvoir, afin de mettre sur pied un plan d’alternance et pour gérer la transition.
L’opposition à l’étranger, libre de son action et de son mouvement, a un rôle primordial à ce niveau. C’est elle qui peut engager la première étape de ce plan, c’est à dire la rupture officielle avec le pouvoir. Elle peut faire un premier pas en unifiant son information à
destination des tunisiens ou de l’étranger, ce qui relève de la protestation et de la dénonciation des violations des droits humains ou celui à caractère politique ( analyses, propositions pour l’avenir..).
T.Insight :
Comment jugez- vous l’évolution de la vie politique en Algérie et son influence sur la situation en Tunisie ?
A.Manaï
Il existe en Algérie une vie politique avec de nombreux partis politiques, y compris ceux nés à la suite des événements de 1988. Le Fis continue d’avoir une présence comparable à celle du Nahda en Tunisie dans les années 80, quand elle était tolérée. Le fis existe aussi au niveau de la résistance armée, ce qui a empêché le renouvellement en Algérie du modèle tunisien.
En Algérie le pouvoir réel est entre les mains de l’armée et ce depuis la guerre de libération. Comme toutes les armées du monde, l’armée algérienne est traversée par des courants idéologiques et politiques. A la veille du coup d’Etat de 1992, c’était le courant éradicateur qui avait pris le dessus et éliminé les officiers favorables à l’islamisme ou simplement à la continuation du processus électoral.
Actuellement, la guerre d’éradication a échoué et l’armée, éliminant nombre de ses ultras, a repris le dialogue avec les politiques du fis. On se rendra compte très vite que la direction politique du fis est incapable de mettre fin à la résistance armée et l’on tentera de négocier avec les chefs de cette dernière. Comme ni l’armée ni la résistance, ne peut gagner la partie, les négociations se feront avec la résistance armée. A ce moment là ce sera du sérieux. Et l’on aboutira à une paix véritable qui conduira à une reprise de la vie politique normale.
La Tunisie connaît une autre situation. Le pouvoir est entre les mains d’une mafia qui utilise l’armée, la police, la classe politique et l’élite intellectuelle. Cette mafia planifie pour perpétuer son pouvoir, c’est à dire jusqu’à la fin de Ben Ali au moins. Ce qui se passe dans le voisinage de développements positifs aura, j’en suis convaincu, des effets contraires sur la situation tunisienne, Ben Ali considérant que toute remise en cause de sa politique, serait le début de la fin/./
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29. Novembre 1997
Petit bilan d’une petite campagne contre un petit dictateur

Journal de marche zapatiste.N°7- 29 novembre 1997
Fausto Giudice
Après une période d’apparente hibernation mise à profit pour nous informer sur le monde comme il va, l’AZLS se devait, pour son offensive de printemps 1997, de choisir une cible à sa mesure. Petite organisation dotée de faibles moyens mais aux immenses ambitions, nous ne nous sentions cependant pas en mesure de nous mesurer d’emblée au Laogai chinois et à ses dizaines de millions d’esclaves ou à l’Europe de Maastricht ou même aux fauteurs de la guerre au Kurdistan, pour citer pas tout à fait au hasard quelques possibles objets de campagne.
Nous avons donc choisi un dictateur au petit pied, qui fait souffrir les 10 millions d’habitants et d’exilés de ce petit pays qu’est la Tunisie. Le Général Ben Ali a réussi, en dix ans, à mettre en coupe réglée la Tunisie, profitant de l’ombre portée de ses confrères et amis algériens pour encaserner tout un peuple. Il a pu agir en toute impunité grâce à l’aveuglement des «grandes démocraties», au nom de la lutte contre le nouvel ennemi du genre humain, l’islamisme, venu fort à propos remplacer le péril bolchevik depuis une quinzaine d’années.
Sacré «démocrate», le Général en a profité pour piller le pays, remplir ses coffres et ceux de son clan et éliminer toute opposition. A-t-il pour autant écrasé toute résistance?
Nous savons de bonne source que non.
Deux éléments ont contribué à nous mettre en campagne: une nouvelle agression de la part de sbires de Ben Ali contre un réfugié tunisien en France, auteur d’un livre de dénonciation des méthodes benaliesques, Le Supplice tunisien [Editions La Découverte]. Une première agression, impunie à ce jour, avait été commise contre le même Ahmed Manaï un an plus tôt, sans susciter beaucoup de réactions. Une autre grave agression avait été commise, en plein Paris, contre un autre citoyen tunisien défenseur des droits de l’homme en Tunisie, Mondher Sfar. Le choix de ces victimes par les services de Ben Ali n’était pas le fruit du hasard: dans les deux cas, il s’agissait de personnes indépendantes des groupes politiques tunisiens existants et oeuvrant dans un esprit unitaire pour les droits de l’homme en Tunisie.
La division – l’atomisation même – de l’opposition étant le grand allié de Ben Ali, il s’agit pour lui d’empêcher tout rapprochement entre diverses sensibilités et d’éviter la naissance de dynamiques nouvelles, rompant avec les pratiques et méthodes qui ont définitivement fait leur temps, en Tunisie comme ailleurs. Et le meilleur moyen d’obtenir cela, c’est, pour Ben Ali comme pour tous ses semblables, la terreur et la violence physique, associées à la diffamation et à la corruption.Pour la diffamation, le Palais de Carthage et ses officines parisiennes sont passés maîtres dans l’art de la diffamation, utilisant des feuilles illégales et anonymes distillant des mensonges à la petite semaine, mais aussi des montages vidéo du pire acabit.
La deuxième motivation de cette campagne, lancée le 9 avril dernier, était l’imminence d’une visite officielle de Ben Ali en France. Prévue initialement pour 1996 puis repoussée au 5 mai 1997 et enfin au 20 octobre 1997, cette visite aura été l’occasion pour l’opinion française d’en savoir un peu plus sur ce régime et ses méthodes.
Nous avons donc organisé, après un mois de préparatifs un premier rassemblement sur le thème Ben Ali, 10 ans ça suffit et RCD=Répression, corruption, délation [le RCD est le parti unique au pouvoir, qui revendique le nombre fabuleusement soviétique de …1 700 000 membres! Mais il ne faut s’étonner de rien au pays d’un Ben Ali, élu avec 99, 92% des voix!…].Ce rassemblement a donc eu lieu le 3 mai rue Botzaris, dans le XIXeme arrondissement de Paris, devant les locaux d’une annexe de l’ambassade de Tunisie, qui abrite (officiellement le RCD, l’ ATF, une association- croupion du régime, le «centre culturel» et une partie des activités des barbouzes de Ben Ali à Paris.Leur accueil a été à la mesure de leur peur. Le solide cordon de CRS nous séparant ne les a pas empêchés de se livrer à de nombreuses provocations et de nous filmer abondamment, après avoir envoyé se mêler à nous une femme couverte d’un voile noir intégral, afin d’alimenter leur propagande standard, selon laquelle tout ce qui est contre Ben Ali est islamiste.Manque de pot pour ces messieurs, l’AZLS n’a, c’est le cas de le dire, ni dieu ni maître autre qu’ Emiliano Zapata, seul chef que nous reconnaissions et que nous avons choisi pour des raisons pratiques: il est mort depuis 1919 en fait, il n’est pas vraiment mort, mais ceci est une autre histoire] et nous préférons avoir un chef mort qu’un chef vivant. Nous nous sommes d’ailleurs toujours méfiés des chefs, avec et sans barbe, avec et sans moustache. Le rassemblement catalyseur a été suivi de plusieurs mois d’un travail d’information sur la Tunisie relativement «intensif à travers la France et plusieurs pays d’Europe, fous avons diffusé un nombre important de tracts et de journaux en français, en arabe et en anglais informant sur a situation en Tunisie. L’écho suscité a été généralement positif, évidemment surtout en Tunisie, où notre matériel a bien circulé. Aucune dictature, si féroce soit-elle, ne peut désormais édifier des barrières infranchissables autour du peuple qu’elle opprime. Merci donc à tous nos amis européens qui ont mis à profit leurs vacances en Tunisie pour faire oeuvre utile d’information! Cet aspect de notre campagne était évidemment fondamental, dans la mesure ù nous voulions faire savoir à la société tunisienne – aux prisonniers d’opinion, aux citoyens privés de libertés et harcelés, aux intellectuels qui n’ont pas plié – qu’elle n’est as abandonnée à son sort et que ses actes de résistance ont et seront appréciés et soutenus à travers le monde.La visite de Ben Ali a ensuite été l’occasion d’une série d’actions de protestation et d’information, auxquelles nous avons participé. Les autorités françaises ont tout de même interdit un rassemblement devant l’Hôtel de Ville de Paris, ù Tiberi accueillit Ben Ali, mais ce dernier a quand même entendu les cris Ben ALI assassin!, malgré ses très nombreux sbires présents et l’interpellation de 20 manifestants. Il a donc piqué un petit sprint à sa descente de voiture. Il devrait faire du sport; il fait de la mauvaise graisse, cet homme…Bref, Ben Ali n’a pas du tout apprécié l’accueil que lui ont réservé les médias, les politiciens français et les organisations de défense des droits de l’homme. Il s’est même fâché tout rouge et est reparti plus tôt que prévu, annulant la partie privée de son séjour… Nous ne pouvons Que l’encourager à continuer de se fâcher et vive l’apoplexie !
La campagne Ben Ali, 10 ANS, Ca SUFFIT ! s’est enfin clôturée par une marche aux flambeaux organisée par l’AZLS le 7 novembre, date- anniversaire du coup d’Etat commis par Ben Ali en 1987, de Jussieu à la Bastille, qui nous a permis de sensibiliser encore plusieurs milliers de personnes.En définitive, cette campagne a été un excellent stimulant pour toutes celles et tous ceux qui y ont participé de près ou de loin. Elle a permis à des Tunisiens de divers courants et à des citoyens d’ailleurs de travailler ensemble, elle a amené les uns et les autres à se positionner et à commencer- ou recommencer- à se bouger un peu, à sortir de la léthargie.L’AZLS a tenté par cette petite campagne de créer un espace d’information, d’initiative et d’_expression sur la Tunisie et de montrer qu’on pouvait agir même sans grands moyens. La balle est maintenant dans le camp des Tunisiens qui aspirent vraiment à la liberté, à la justice et à la démocratie.
BASTA- YAKFI !
Ben Ali, 10 ans, ça suffit !
Le 7 novembre 1987, le policier Zine El Abidine Ben Ali a pris le pouvoir en Tunisie par un coup d’Etat, avec la bénédiction des capitales occidentales.
Dix ans plus tard, le bilan de ce pouvoir illégitime est catastrophique pour le peuple tunisien. Ben Ali et son clan ont littéralement fait main basse sur le pays. La société civile a été écrasée par la terreur et la corruption. Toutes les libertés ont été supprimées. Un petit groupe d’affairistes s’est enrichi au détriment de la masse des citoyens, réduits à l’état de sujets. Des milliers d’hommes et de femmes sont emprisonnés ou exilés pour avoir osé réclamer la justice sociale et la dignité. La torture est une pratique quotidienne dans les casernes, les commissariats et jusque dans les locaux du ministère de l’Intérieur, en plein centre de Tunis, à côté de l’hôtel Africa.
L’accord de partenariat économique avec l’Union européenne ne fera qu’aggraver les conditions de vie des petites gens, en détruisant encore plus le tissu social, par la privatisation des entreprises publiques, la disparition des petites et moyennes entreprises et l’accaparement des terres agricoles, tout cela sous couvert de mise à niveau et de néo-libéralisme. En 1996, 542 000 touristes français ont passé en Tunisie quatre millions de nuits. Plusieurs millions d’Européens passent chaque année leurs vacances en Tunisie et croient connaître ce pays. Ce qu’ils en voient est un mirage. Derrière la vitrine touristique, il y a la souffrance et la résistance d’un peuple qui aspire à la liberté, à la justice et à la démocratie.
Manifestez votre solidarité
en participant à la manifestation
pour la liberté, la justice et la démocratie en Tunisie
le vendredi 7 novembre 1997 Rassemblement à 18 heures à Jussieu
alliance zapatiste de libération sociale
Fondée en mars 1995par les signataires du Manifeste
zapatiste, l’Azls a pour objet de lutter pour la liberté, la
justice et la démocratie en Europe et dans le monde.
Lisez basta!, journal de marche zapatiste. Correspondance: AZLS, 5 rue de Douai, F-75009 Paris, Fax 0149 95 0656
Ce tract a été distribué par milliers dans les marchés parisiens et ailleurs tout au long de l’automne 1997.

Journal de marche zapatiste.N°7- 29 novembre 1997 |
liberté! justice! démocratie!
Tout pour tous, rien pour nous-mêmes !
TUNISIE 1997
Sérénité, d’accord
Mais justice d’abord!

Une campagne publicitaire tout azimut fait actuellement la promotion de la Tunisie, » erre de sérénité ». Cette campagne est mensongère. La Tunisie n’est pas sereine.
Tant qu’elle sera sous la coupe du général Ben Ali, venu au pouvoir par un coup d’Etat en 1987, son peuple ne sera pas serein.

A-t-on le droit de dire la vérité sur la Tunisie de Ben Ali?
En Tunisie, ce n’est pas le cas. Les milliers de prisonniers politiques, les victimes de torture et de l’arbitraire, les démocrates empêchés de s’exprimer, la presse muselée, les centaines de personnes contraintes à l’exil peuvent en témoigner.
A-t-on le droit de dire la vérité sur la Tunisie de Ben Ali en France?
Oui, mais à condition d’être courageux. Peuvent en témoigner tous les opposants à Ben Ali victimes d’agressions, de menaces et de calomnies commanditées par le régime de Carthage sur le sol français.
Les partisans tunisiens de la liberté, de la justice et de la démocratie ne se laissent pas bâillonner. Ils résistent à la tyrannie. Leurs amis sont à leurs côtés.
Ensemble, ils vous appellent à vous rassembler le
Samedi 3 mai 1997
face au Centre culturel de Tunisie,
36 rue Botzaris, Paris XIX, M° Colonel Fabien,
à partir de 15 heures.
Ce rassemblement silencieux et pacifique, à l’image des formes de résistance développées par la population en Tunisie ces derniers temps, durera jusqu’à’ 17 heures. Nous vous proposons de venir munis d’un bandeau blanc ou d’un sparadrap. Nous l’appliquerons sur nos bouches pour donner à
voir l’état dans lequel Ben Ali a mis la société tunisienne: bouche cousue et au garde-à-vous. Une rencontre-débat à bouche décousue aura lieu après le rassemblement en un autre lieu, qui sera communiqué sur place aux participants.
10 ans, ça suffit! !
Liberté, justice, démocratie pour la Tunisie!
Solidarité internationale avec le peuple tunisien! .
alliance zapatiste de libération sociale
Correspondance: AZLS 5 RUE DE DOUAI 75009 PARIS France
Le sermon du 3 mai 1997
Ce texte a été lu devant le centre Botzaris par une jeune femme franco-tunisienne dont les parents ont été dès le surlendemain mis en garde par l’ambassadeur de Ben Ali à Paris contre les engagements de leur fille, qui pourraient leur attirer des ennuis…
« Nous, citoyens de Tunisie et du monde, rassemblés ce 3 mai 1997 face à l’annexe de l’ambassade de Tunisie à Paris, 36 rue Botzaris, faisons aujourd’hui le serment solennel de :
– Continuer à unir nos efforts jusqu’à la chute de la tyrannie du général Ben Ali.
– Oeuvrer à l’instauration d’une démocratie respectant les droits du peuple et de la
personne. Au-delà de nos origines et appartenances philosophiques ou partisanes, nous nous engageons à :
– Etre solidaires avec chaque victime du régime inique de Ben Ali,
– Défendre toute personne et tout groupe persécutés par lui.
– Pratiquer la fraternité et l’égalité dans toutes nos activités.
Nous lançons un appel solennel à tous nos frères et soeurs tunisiens, où qu’ils soient dans le monde: ne vous laissez pas intimider par les agents du régime! La liberté triomphe toujours de la tyrannie! Pour la liberté, la justice et la démocratie en Tunisie.»
Ce texte a été lu et adopté à l’unanimité par les participants au rassemblement du 3 mai.
Si vous voulez vous y associer, adressez-nous ce simple texte: « Je [nous] signe [signons] le serment du 3 mai 1997. » Préciser Nom, prénom et/ou organisation, adresse et signer.
Vous pouvez commander YEKFI! 5 exemplaires: 10 f. 10 ex.: 20 f..
Le tract « Connaissez-vous la Tunisie » est disponible en arabe, en français et en anglais.100 exemplaires: 10 f. 200 ex.: 20 f etc.

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