Poster un commentaire

Correspondance avec le Docteur Salaheddine Sidhoum


Dr Salah Eddine Sidhoum

Docteur salaheddine sidhoum
COMITÉ DE SOUTIEN AU DR SALAH EDDINE SIDHOUM
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris

Pour contacter le comité, contacter :

M. Ahmed Manai (France) : 00 33 1 69 44 21 52 (presse arabophone)
M. Anouar Koutchoukali (Pays-Bas) : 00 31 30 236 93 86 (presse anglophone)
Communiqué de presse

Paris, le 29 septembre 2003
Le Dr S.-E Sidhoum (défenseur des droits humains en Algérie) décide de sortir de la clandestinité
Le Dr Salah-Eddine Sidhoum, chirurgien et défenseur des droits de l’homme en Algérie, a décidé, après neuf ans de clandestinité, période au cours de laquelle il a fait successivement l’objet d’une campagne de calomnie, d’une tentative de d’assassinat par les escadrons de la mort et d’une condamnation à vingt ans de prison par contumace par une cour de type vichyste, de sortir de la clandestinité et de se présenter à la justice. Assisté par un collectif international d’avocats, il compte faire opposition au jugement prononcé à son égard.
Le Comité de soutien au Dr Sidhoum suivra de près cette affaire et mobilisera l’opinion publique nationale et internationale en vue d’un procès public et équitable au cours duquel les droits de la défense seront intégralement respectés.
Le Comité de soutien

ABDI Nourredine. Sociologue. Chercheur CNRS. France
ADDI Lahouari. Professeur Sociologie politique. IEP de Lyon.
AGGOUN Lounis, Informaticien
AIT-AHMED Jugurtha (Suisse)
ALLILI Larbi, Scientifique, Justitia Universalis, Hollande.
ASSAM Yahia, Chargé des relations avec les ONG, LADDH.
AYADI Abderraouf, Avocat – Conseil National pour les Libertés –Tunisie
BENAISSA Rachid (Pr.). Expert. UNESCO. Paris.
BENABDELMOUMENE Saléha. Informaticienne (France) ; Militante pour les Droits des Femmes en Algérie.
BEN AMOR Samir. Avocat. Militant des droits de l’homme. Tunis
BENAYADA Rachid. Juriste. France.
BENCHIKH Madjid, professeur de droit, Paris
BENDERRA Omar. Consultant. France.
BENOZENE Leila, Conseillère en formation, France.
BEN SALEM Ali. Président de l’Amicale Nationale des Anciens Résistants Tunisiens.
BEN SALEM Moncef. (Pr.) Mathématicien – En résidence surveillée depuis 12 ans en Tunisie- Président Honoraire de l’ITRI
BEN-YOUCEF Lotfi (Dr), Chirurgien. Etats-Unis.
BRAHAMI Mostafa, Dr. Sciences Economiques, Chercheur Ethique et Management, Lausanne- Suisse
BRAHIMI Abdelhamid, Professeur, Directeur Général, Centre for Maghreb Studies, Londres. Ancien premier ministre (1984-1988)
BURGAT François (CNRS, Sanaa, Yémen), membre du CIPA (Comité international pour la paix en Algérie)
CHEKRAOUI Khalid (Maroc) Informaticien.
CHOUITER Sofiane, Avocat, Justitia Universalis, LADDH-Constantine
DAOUD Kamel. Professeur de Médecine. Président Association Algérie-Droits de l’Homme pour tous. Paris.
DARWICH Raouf (Dr), Mathématicien, Université d’Angers.
DHINA Mourad Dr (Algérie).
DUTOUR Nassera Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie
ESSID Béchir, Bâtonnier de l’ordre des avocats, Tunis.
GAOUAR Badia. Avocate. Militante des Droits de l’Homme. Alger
GEZE François. PDG Editions La Découverte, CIPA (Comité international pour la paix en Algérie)
GILQUIN Michel. Chercheur. Casablanca. Maroc.
GRAAMAND Erla. Artiste, Danemark
GUIDOUM Amor, Dr. Chercheur, Suisse
HAGGAG Nail. Directeur de l’APHRA (The Arab Program for Human Rights Activists. Egypte).
HAMANI Mohamed Tahar. Dr. Médecin. Algérie
HANIFI Ahmed. Formateur. (France)
HARBI Mohamed. Historien. France.
HOLENWEG Pascal. Politologue. Genève (Suisse)
KADI Amina. (Dr). Mathématicienne. France.
KAÏS El Azzaoui (Dr), Directeur du journal Al Jarida. Baghdad.
KERVYN Jeanne. Sociologue. Membre du CIPA (Comité international pour la paix en Algérie) Belgique.
KHANDJANI Djimukai. Journaliste. Iran.
KOUTCHOUKALI Anouar. Traducteur. Justitia Universalis. La Haye. Pays Bas.
MAATER Abdelwaheb. Avocat. Tunis.
MANAI Ahmed. Président Institut Tunisien des Relations Internationales. (ITRI)
MANNA Haytham (Dr). Porte-parole Commission Arabe des Droits de l’Homme (ACHR)
MELLAH Salima. Journaliste. Algeria-Watch.
MERZOUKI Moncef (Pr.). Professeur de médecine. Commission arabe des Droits de l’Homme
MISEREZ Marc-André, Journaliste, Swissinfo – Radio suisse internationale, Berne – Suisse
MOSBAH Mehdi. Technicien. Paris. (France)
MOULAY Mohamed Saïd. Professeur de mathématiques. Université de Bab Ezzouar.Alger.
NOUAYDI Abdelaziz. Organisation Marocaine des Droits de l’Homme (OMDH).
NOURI Mohamed. Avocat. Président de l’Association de soutien aux prisonniers politiques (AISPP). Tunis.
QUINTAL Yves. Vice-président du Comité pour la Paix Civile et la démocratie en Algérie (CPCDA). Directeur d’école.
REZIG Missoum. Universitaire. Chlef. (Algérie)
ROLLINDE Marguerite. Association Hourrya/Liberté
RUF Werner, Professseur de relations internationales (retraité), Université de Kassel. Allemagne. Membre du CIPA (Comité international pour la paix en Algérie).
SAMRAOUI Mohammed, ex officier supérieur de l´armée nationale.
SAMYGIN Anastasia étudiante, Belgique
SATOUR Khaled, Universitaire, France.
SFAR Mondher, Collectif de la Communauté Tunisienne en Europe
SIDHOUM Abdeslam (Canada)
SMAIN Mohamed. LADDH, Relizane. Algérie
SOUAÏDIA Habib. Ex-officier de l’armée nationale. Auteur de « La sale guerre ».
SOUFI-RICHARD Joumana. Sociologue. France.
TAHRI Mohamed, Avocat, membre LADDH.
TALEB IBRAHIMI Khaoula, professeur. Université d’Alger.
TAOUTI Brahim. Président Justitia Universalis. Danemark.
VIDAL-NAQUET Pierre. Historien. France.
YAHIAOUI Mokhtar. Président du centre Tunisien pour l’indépendance de la justice (CTIJ), Membre du comité directeur de l’association Tunisienne de soutien aux prisonniers Politiques (AISPP).
ZEHOUANE Hocine, avocat, vice-président de la LADDH. Algérie
Organisations :

Algeria-Watch.
Algérie-Droits de l’Homme pour Tous (ADHT).
Arab Program for Human Right Activists (APHRA).
Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF).
Commission arabe des droits humains (ACHR)
HIJRA International Organisation, Genève.
Institut Tunisien des Relations Internationales (ITRI).
Justitia Universalis, La Haye (Hollande).
COMIT? DE SOUTIEN AU DR SALAH EDDINE SIDHOUM
c/o Algeria-Watch
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris
sidhoum_soutien@algeria-watch.org

Pour contacter le comité:
M. Ahmed Manai (France) : 00 33 1 69 44 21 52 (presse francophone et arabophone)
M. Anouar Koutchoukali (Pays-Bas) : 00 31 30 236 93 86 (presse anglophone)
Communiqué n°2
Paris, 30 septembre 2003

Dr. Salah-Eddine Sidhoum entame une grève de la faim totale en raison des mesures disciplinaires imposées
Dr Salah Eddine Sidhoum qui avait été condamné en 1997 par contumace à 20 ans de prison s’est présenté le 29 septembre 2003 à la justice algérienne pour faire opposition au jugement. En droit algérien interne, il n’existe aucune autre possibilité de purge de la contumace que l’arrestation ou le fait de se constituer prisonnier.
Après l’audition chez le procureur il a été placé en détention à la prison de Serkadji. Il a aussitôt entamé une grève de la faim pour revendiquer des droits tels que la garantie d’un procès équitable et public, droit aux livres, journaux, la radio, le parloir rapproché etc.
Par mesure disciplinaire la direction de la prison l’a placé dans un cachot situé au sous sol de la prison Serkadji. Il s’agit d’une cellule exiguë, humide, froide, éclairée artificiellement 24h sur 24h. La direction lui a enlevé ses effets personnels et son eau minérale.
Salah-Eddine Sidhoum a entamé une grève de la faim totale, refusant toute alimentation et boisson pour protester contre ces sanctions et obtenir un régime et des conditions dans lesquelles sont assurés ses contacts avec le monde extérieur (famille, avocat, services sociaux et médicaux, organisations non gouvernementales).
Le Comité de soutien au Dr. Sidhoum rappelle que Dr. Salah-Eddine Sidhoum chirurgien et défenseur des droits de l’homme en Algérie, avait en raison de ses dénonciations des graves violation des droits de l’homme depuis 1992 fait l’objet en 1994 d’une campagne de calomnie, d’une tentative d’assassinat par les escadrons de la mort et en 1997 d’une condamnation à vingt ans de prison par contumace. Pour recouvrir sa liberté il avait décidé de se rendre à la justice.
Le Comité de soutien au Dr. Sidhoum exige que ces mesures disciplinaires soient immédiatement levées.
Le Dr. Sidhoum a droit à un procès rapide et équitable en conformité avec les normes internationales que l’Etat algérien s’est engagé de respecter. En attendant la date de son procès, et puisque la contumace a été purgée, il a droit à la liberté provisoire. En se constituant prisonnier, il a démontré sa volonté et son désir d’avoir un jugement contradictoire, ce qui signifie qu’en le mettant en liberté provisoire, sa représentation le jour du procès est assurée.
Le Comité de soutien au Dr. Sidhoum rappelle ses demandes auprès du gouvernement algérien :
1. d’assurer la sécurité et l’intégrité physique et psychologique du Dr Sidhoum Salah-Eddine et des membres de sa famille;
2. de respecter sa dignité, son droit d’avoir et de défendre ses opinions et sa croyance;
3. de lui garantir un procès équitable et public, par une juridiction indépendante et devant des observateurs d’organisations de défense des droits de l’homme nationales et internationales;
4. de faire respecter les principes de présomption d’innocence, de droit à la défense et de discussion contradictoire des charges, des preuves et des témoignages;
5. de faciliter l’obtention de visas aux observateurs étrangers pour qu’ils puissent se rendre en Algérie sans difficultés et dans des délais raisonnables.
6. d’éviter qu’il soit confronté à de nouvelles machinations dans le but de le condamner à de lourdes peines et le marginaliser.

Pour de plus amples informations veuillez consulter les documents relatifs à la campagne pour la libération de Dr. Salah-Eddine Sidhoum :
http://www.algeria-watch.org/fr/mrv/mrvrepr/sidhoum/sidhoum.htm
Mon cher Si Ahmed,
Essalam Alaykum ya akhi el fadhel,
Je n’ai jamais douté de la disponibilité et de la mobilisation de mes frères maghrébins dans l’épreuve que traverse ma famille. Ce sont des épreuves que vous avez vous-même vécues dans votre courageux et admirable combat pour la dignité et les libertés démocratiques dans votre (notre pays), la Tunisie. Djazaka Allahou kheiran.
C’est avec joie que je participerais à votre généreux projet de faire connaître les militants de la Dignité Humaine dans nos pays qui accomplissent humblement et loin des caméras leur DEVOIR et rien que leur DEVOIR. Il est vrai que certaines ONG et certains militants adeptes du monopole des droits de l’homme, nous occultent parfois. Mais cela n’est pas important. L’essentiel, pour nous est encore une fois de faire notre DEVOIR et être aujourd’hui en règle avec notre conscience et de pouvoir, demain rencontrer notre Créateur en toute quiétude. Il y a ceux que guident des principes et des valeurs et qui se mettent au service des opprimés et il y a ceux que guident les calculs malsains et se servent des malheurs des opprimés.
Il y a aussi un point important à préciser, c’est que malgré la politique d’occultation pratiquée, ON NE S’IMPOSE QUE PAR LE SERIEUX DE SON TRAVAIL quelle que soit l’étiquette politique, culturelle ou l’appartenance géographique et qu’ONG et adeptes du monopole finissent par reconnaître. Cela fait partie de sunnat el Hayat.
En ce qui concerne la façon de rédiger l’ouvrage, les deux procédés peuvent se compléter. Je suis disposé à répondre à vos questions sans problème.
Il y a un petit point sur lequel je ferais une remarque si vous me le permettez, mon cher Si Ahmed. C’est lorsque vous me dites : »Il y a de partout dans le monde des militants musulmans des DH dont le combat est pratiquement ignoré du grand public…… ». Pourquoi uniquement MUSULMANS ? Il y a d’admirables militants arabes et africains d’autres confessions qui sont ignorés. A mon humble avis, je crois qu’il faudrait peut-être s’intéresser à leur courageux combat et les sortir de l’anonymat.
Ma conception, comme la votre, des droits de l’homme est UNIVERSELLE (Oua lakad karramna Bani Adam). Je suis de ceux qui ne peuvent admettre qu’on prive de liberté un citoyen, pour ses opinions et ses idées politiques, quelles que soient ces opinions et ces idées. Je n’ai pas hésité une seconde à participer au comité international pour la libération de notre frère Hamma Hammami militant communiste dont les idées politiques sont aux antipodes des miennes. Oua El Hamdou Lillah, ce frère et ses compagnons ont retrouvé leur liberté et leurs foyers.
Hélas, cette culture de l’acceptation de l’autre reste à parfaire et nous devons nous atteler à cela. Seule la confrontation pacifique des idées doit prévaloir et seul le peuple SOUVERAIN tranchera. Il y a de la place pour tout le monde dans notre Maghreb oua el Hamdou Lillah.
Je reste à votre disposition pour vous fournir le maximum d’informations. Je vous adresserais dès que possible quelques photos (de mon enfance à nos jours) et qui pourront illustrer le fascicule.
Encore une fois, tous mes remerciements pour tout ce que vous avez fait pour ma famille. Vous avez toute ma confiance.
Que Dieu vous protège.
Votre frère Salah-Eddine
___________________________________________________________________________
Paris le
Bismillah Arrahman Arrahim,
Bien cher frère,
Merci pour ton message et je te prie de m’excuser pour mon silence. J’étais un peu fatigué ces deux dernières semaines et je suis devenu très fragile depuis deux ans, après une opération cardiaque et avec un diabète que je traîne depuis 10 ans. Et puis il a fait très chaud, ce qui n’arrange guère mes affaires. Maintenant et depuis hier soir, ça va mieux.
J’espère que tu vas bien, quoique je ne sais pas ce que cela veut dire vraiment dans ton cas. Bref !
Je pense que tu suis la pétition sur Algéria-watch. Elle va être hébergée sur le site oumma.com, un des meilleurs sites musulmans francophones où nous pourrons recueillir In Cha Allah davantage encore. Nous allons faire le maximum pour avoir le plus de signatures avant son envoi aux NU. Il y a eu beaucoup de perte de temps mais passons.
Je reviens à notre projet de livre où il est question de ton portrait. Je ne te cache pas que lorsque je te l’ai proposé, je travaillais sur deux autres portraits. Le premier concerne un militant tunisien, un grand mathématicien, enterré vivant chez lui, depuis une quinzaine d’années, pour avoir mouillé dans une tentative de complot en 1987. Il s’appelle Moncef Ben Salem. Le second concerne un économiste et ancien ministre des finances de Mauritanie, condamné il y a deux ans à 3 ans de prison. Il s’appelle Chebih Ould Cheikh Mâa Al Aïnein, le petit fils du vénérable résistant à l’occupation française (c’est le personnage principal du livre de Le Clézio : Désert) de ce qui est l’actuelle Mauritanie. Je travaille sur les trois projets en même temps, avec beaucoup de difficultés sur le tien et sur celui de Moncef. Je suis assez avancé sur celui de Chebih parce que je l’ai connu de près et qu’il a été arrêté en Mauritanie le lendemain de notre dernière rencontre à Paris. Je sens toujours la chaleur de son corps au moment où nous nous sommes séparés. Je ne connais pas Moncef non plus, sauf au téléphone,. depuis quelques mois, mais j’arrive à avancer un peu depuis qu’il m’a livré des réponses à un certain nombre de questions.
Mon idée dans ce travail, n’est pas de faire le portrait d’un militant ou d’un homme politique mais davantage ou peut-être plus simplement encore. En tout cas autre chose. Mon idée est de présenter des hommes en chair et en os, des itinéraires et des choix dans la vie, des succès et des échecs…et de parvenir surtout à traduire ce feu intérieur qui oblige des hommes qui ont tout pour réussir normalement dans la vie, à choisir les sentiers difficiles. Tu sais, quand je t’avais parlé il y a quelques mois des hommes de foi et de conviction dont il nous faudrait mettre en valeur le combat et les sacrifices, ce n’est guère par esprit d’ostracisme envers les autres, mais parce que j’ai appris au cours de ces longues années que pour de nombreux militants des DH, le militantisme est une activité comme toutes les autres, un job pour lequel on est plus ou moins rémunéré, selon la chapelle qui l’abrite.
Alors il me vient à l’esprit de te poser la question que m’a posée la journaliste Algérienne Rabha Attaf en 1992 : après m’avoir observé et suivi pendant plus d’un an et demi : qu’est-ce qui te fait courir ? Et je te demande de m’écrire autant que tu veux sur ton enfance, ta jeunesse, tes lectures, ta famille, tes parents…J’ai besoin de te saisir. Tiens je te fais une confidence : je suis le produit infalsifiable d’une leçon de langage en arabe, apprise il y a près de cinquante cinq ans où il est question d’un Farès Moutelethem qui arrive le premier sur le champ de bataille et qui, sitôt cette dernière remportée, s’en va indifférent aux honneurs et au butin. C’est fou ce qu’un simple texte, ni sacré ni même très beau, peut faire de la vie d’un homme. Et je suis toujours incapable de dire que j’ai fait telle ou telle chose ou de présenter un rapport moral où il serait question d’un succès personnel. Je t’envoie ce papier d’une journaliste française de Réforme un peu vieux mais qui décrit avec une grande fidélité certains aspects de ma vie et de ma personnalité.
Alors s’il te plaît, essaie de m’écrire à cœur ouvert. J’en ai vraiment besoin pour que se déclenche enfin l’étincelle.
___________________________________________________________________________
Lettre du Docteur Salah-Eddine SIDHOUM
Algérie en 2003.
A mon ami Ahmed Manaï
Très cher ami
Tu me demandes de quitter ma carapace de militant et de me présenter un peu plus aux gens. Quoique je n’aime pas parler de ma personne, j’accède à ta demande…
Je suis né le 11 juin 1948, quelques semaines après la proclamation de l’Etat d’Israël et l’occupation d’une partie d’EL. C’est en raison de cet événement que je fus prénommé par mon grand-père maternel Salah-Eddine.
Mon enfance a été des plus simples. J’ai été élevé par mon grand-père maternel, un homme très pieux, compagnon de Cheikh El Bachir El Ibrahimi et Cheikh El Fodhil El Ouertilani fondateurs, avec Ibnou Badis et d’autres, de l’association des Oulémas algériens.
Après des études primaires à la Colonne Voirol et à l’ex- Redoute (Al- Mouradia), mon grand-père insistera pour que je passe le concours d’entrée en 6è au lycée franco-musulman de Ben Aknoun, (devenu lycée Amara Rachid après l’indépendance). Cette année de CM2 était très difficile pour moi, car il fallait m’y mettre à la langue arabe (qui était à l’époque une langue étrangère) pour espérer réussir à entrer au lycée franco- musulman. Quand je tentais vainement de convaincre mon grand- père de me laisser aller comme tous mes autres camarades dans un lycée « normal » (francisant), il me répondait gentiment mais fermement : »non, Salah-Eddine, la France et le français ne sont pas l’avenir. Tôt ou tard, la langue arabe retrouvera sa place et la France partira et il ne faudrait pas te retrouver demain étranger dans ton propre pays ». Ce n’est que bien plus tard que j’ai pu saisir le sens profond de ses sages paroles.
Ce lycée auquel j’ai eu la chance d’accéder en octobre 1961, fut pour moi une véritable école du nationalisme. Cette première année de lycée fut très mouvementée. Nous suivions malgré notre jeune âge les événements de la dernière année de la guerre avec nos aînés des classes supérieures dont certains activaient au sein du FLN. Nous eûmes à observer une grève de la faim, fin 1961, en solidarité avec les dirigeants du FLN détenus en France (Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider). C’était aussi l’année de l’OAS (organisation de l’armée secrète) qui appliquait la politique de la terre brûlée. Un maître d’internat et un professeur du lycée, furent assassinés début 1962, ce qui nous amena à observer des grèves et à brûler le drapeau français. Les responsables de l’OAS qui habitaient à la cité universitaire mitoyenne se jurèrent de plastiquer le lycée. J’avais treize ans et j’étais pensionnaire. Nous nous relayons à tour de rôle pour assurer la garde la nuit des fenêtres de nos dortoirs qui dominaient la cité universitaire, pour surveiller tout mouvement suspect autour du lycée, craignant un plasticage. Le gouvernement français décida de le fermer en mars 1962 à quelques jours du cessez- le- feu et de nous priver de cours jusqu’à l’indépendance.
Mes lectures furent dès mon jeune âge orientées vers l’Histoire. Celle de mon pays d’abord. J’ai actuellement l’une des bibliothèques les plus fournies d’Alger, concernant la guerre de libération nationale.
J’étais également très attiré par la question de la Palestine en particulier et du monde arabe en général.. Je me suis beaucoup intéressé aux différentes guerres perdues par les arabes et j’ai beaucoup lu les ouvrages écrits par les officiers israéliens, pour essayer de connaître leur perception des régimes arabes.
Après l’indépendance, les études secondaires se firent dans de bonnes conditions. Le niveau d’enseignement était excellent avec des enseignants de qualité, tant pour la langue arabe, que pour la langue française et les matières scientifiques. Je pense que tu as pu apprécier la qualité de tes collègues puisque tu as enseigné dans ce lycée. J’avais dans les années 63-64, comme professeur d’arabe, Abdelhamid Mehri, le militant PPA-MTLD et l’ex-ministre du GPRA. Il était à l’époque, mis sur la touche par le régime Ben Bella. Lors des récréations, j’engageais souvent des discussions politiques avec lui sur l’avenir du pays. Il m’a pris en sympathie car j’étais le seul lycéen de ma classe à discuter avec lui de politique et d’opposition au régime.
En plus de l’histoire, j’aimais lire et relire les ouvrages de Malek Bennabi sur l’état du monde musulman et les conditions de sa Renaissance.
L’entrée à l’université fut aussi le début de mon combat politique. L’université était à l’époque dominée le PAGS (communistes) qui tenaient le syndicat unique des étudiants
(UNEA), jusqu’en 1970, date de sa dissolution. Leur haine viscérale de l’islam les avait conduit à incendier la mosquée de l’université. Et c’est tout naturel que je ne me reconnaissais ni dans leurs idées ni dans celles du FLN. Je penchais plutôt pour un humanisme musulman, aux contours encore mal déterminés mais que je voyais déjà incarné à l’époque par Malek Bennabi, dont les idées symbolisaient en même temps, l’ancrage dans nos propres valeurs et l’ouverture sur l’universel.
La fin des mes études médicales fut aussi le début de mon contact avec la vie sociale et donc les injustices. Mon combat avec le système devînt frontal. Le milieu professionnel médical, notamment dans le secteur public, commençait à être gangrené par la médiocrité et l’opportunisme. Les médecins sérieux et compétents sont découragés dans leur travail quotidien pour les inciter à partir ailleurs. Je commençais en tant que médecin résident en spécialité à affronter cette mafia. En 1977, fut parachuté chez nous un professeur étranger, un véritable aventurier, spécialiste en rééducation fonctionnelle, mais qui doit son poste surtout à ses appuis militaires, dont un ancien sous-officier, élevé, je ne sais par quel miracle, au grade de colonel. Cet aventurier, chargé de « former »des médecins dans cette spécialité, réussit à faire avorter un projet de construction d’un Institut national d’Orthopédie- Traumatologie, longtemps préparé par le Professeur Brahimi, brillant orthopédiste, sur le modèle de celui que vous avez à Ksar Saïd à Tunis.
Mes confrères ne m’ayant pas suivi, j’étais donc le seul à me révolter contre cet aventurier et sa formation au rabais. Certains d’entre eux ne m’ont toujours pas pardonné d’avoir osé contester « l’octroi d’examens sans efforts ». La gangrène a pris une ampleur inquiétante du dans la corporation hospitalo- universitaire du temps du Colonel Chadli. La thèse d’agrégation était devenue un acte d’allégeance à tel ou tel professeur, lui même sous la coupe de tel ou tel clan du régime. Ma thèse d’agrégation était fin prête en 1989, mais face à la magouille, érigée en valeur scientifique, j’y ai renoncé. « Science sans conscience…Je préférais rester maître- assistant avec mon honneur et ma dignité que devenir professeur sans dignité.
Mes compétences reconnues par mes maîtres et mes étudiants de l’université et la confiance que m’accordaient mes patients à l’hôpital me suffisaient amplement. J’avais toujours en mémoire, les paroles d’un éminent professeur français d’urologie, le professeur Couvelaire qui disait « En médecine, comme partout, les hommes de qualité sont seuls à n’avoir pas besoin de titres ».
Mon père est d’origine modeste. Il était magistrat. Il avait présidé le tribunal de Boufarik durant près d’une décennie avant de terminer comme conseiller à la cour de Blida. Il a été suspendu à deux reprises de ses fonctions pour avoir refusé d’obtempérer aux ordres de la tutelle, concernant deux affaires de corruption, touchant des parents de dignitaires du régime. Il avait préféré répondre à l’appel de sa conscience. Une fois il s’agissait du neveu du colonel de la première région militaire et la seconde fois, du parent du secrétaire général du gouvernement. A sa retraite, il n’avait ni propriété, ni voiture et il était sous la menace d’expulsion de la maison qu’il louait. J’avais beaucoup d’admiration pour son honnêteté.
Hélas, je n’ai pas pu le voir pour la dernière fois lorsqu’il fut rappelé à Dieu, en Octobre dernier. Que Dieu ait son âme.
Voilà, mon cher ami…
Alger le
Salah-Eddine Sidhoum.
Communiqué
Paris le 16 octobre 2003
Libération du Docteur Salah Eddine Sidhoum
Hamdan wa Choukran Lillah

L’ITRI a l’immense plaisir d’informer de la libération du Docteur Salah- Eddine SIDHOUM à l’issue de son acquittement par la chambre criminelle de la cour d’Alger, aujourd’hui 16 Octobre 2003.
Rappelons que le Docteur Sidhoum est un militant de longue date des droits humains. En avril 1980, il avait été arrêté et avait subi des menaces pour avoir diffusé une pétition exigeant la libération de toutes les personnes emprisonnées lors du printemps.
Berbère.
En octobre 1988, il avait alerté l’opinion publique nationale et internationale sur l’usage de la torture et de balles explosives dans la répression des jeunes. Il avait contribué avec d’autres confrères à la création du Comité Médical de Lutte Permanente contre la Torture.
Ses responsabilités de militant s’alourdissent avec la tragédie que vit l’Algérie depuis une décennie. Il fut l’un des rares, (avec notamment maître Yahia Abdennour, feu maître Mahmoud Khelili et d’autres avocats courageux à la LADDH et ailleurs) à avoir porté haut et fort son témoignage sur les violations systématiques des droits de la personne humaine à une période où l’Omerta régnait aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur : silence, laissez tuer, torturer, faire disparaître…Il fallait frapper de terreur les populations à l’intérieur et organiser l’une des plus grandes manipulations des opinions du vingtième siècle.
« Le silence s’ensuivra. Mais quelques militants ne désarmèrent pas face à l’extraordinaire armada médiatique mise en place et à la grande manipulation du pouvoir et de ses satellites. Salah-Eddine Sidhoum est de ceux qui n’ont pas abdiqué face à ces grands moyens. Il n’a pas cessé depuis 1992 de témoigner et d’informer sur la situation désastreuse des droits humains en Algérie, notamment en diffusant par plusieurs canaux, les nombreux cas de torture, de disparitions, d’exécutions extra- judiciaires ». Il a toujours affirmé, à juste titre, que « ni la torture, ni la politique dite sécuritaire n’étaient des solutions à la crise algérienne. Que le problème était éminemment politique et que la solution ne pouvait être que politique ».
En septembre 1994, il adressa une lettre ouverte au général- chef de l’Etat Liamine ZEROUAL, dans laquelle il attira son attention sur les graves dérives du tout– sécuritaire au détriment des droits de l’homme en documentant son écrit de 53 cas précis d’atteintes gravissimes aux droits humains. Il l’informa aussi de sa possession d’un millier de cas de violations graves bien documentées qu’il pourrait éventuellement remettre à une commission d’enquête honnête, si jamais elle était créée. La lettre a été manifestement interceptée. Par la suite il trouva son nom, parmi une liste de professeurs d’université et de médecins recherchés par la police. Ils étaient accusés de terrorisme. Au même moment, le miracle des hasards coïncide avec une rumeur affolante selon laquelle Monsieur Sidhoum est condamnée à mort par les « mystérieux » GIA.
La mise en application de cette condamnation ne tardera pas à venir. En effet, au lendemain de la diffusion par une chaîne française du documentaire de la BBC sur la « guerre cachée » en Algérie, dans lequel il dénonçait le terrorisme d’Etat, responsable de toutes les autres dérives sanglantes que connaîtra le pays, trois individus armés, feront irruption à son domicile pour l’assassiner. Sidhoum n’était pas chez lui et …il n’y reviendra pas durant plus de 8 ans. C’est la plongée dans la clandestinité.
En 1997, il est condamné à 20 ans de prison par contumace. Malgré sa situation, il continua à alimenter la postérité d’un gigantesque travail de mémoire sur la tragédie algérienne.
Le 29 septembre 2003, Sidhoum adresse une lettre à l’opinion publique commençant par cette magnifique phrase de Robert Barrat « J’aime mieux être en prison et demeurer d’accord avec ma conscience et mon sentiment du devoir que de demeurer en liberté et me dire que je suis un poltron » qui renseigne sur les fortes convictions de l’homme et sa détermination à combattre l’oppression et les dictatures jusqu’au bout et ce quel qu’en soit le prix. Il se livre le même jour à la justice de son pays. Ecroué à la prison de Serkaji il entame aussitôt une grève de la faim totale qu’il n’arrête que huit jours après.
La justice algérienne vient de l’acquitter et de le rendre aux siens. Connaissant son engagement total à la cause de la liberté et de la démocratie en Algérie et dans le monde musulman, le docteur Sidhoum, qui se définit dans une correspondance privée, comme étant un humaniste musulman, élève de feu Malek Bennabi, adepte de la non violence et hostile à « l’ingérence humanitaire ou démocratique » chère aux néo-colonialistes, ne tardera pas à reprendre son combat. Au téléphone, il promît de se remettre au travail après demain, samedi. C’est « un juste » qui nous revient de loin !
Tous les membres de l’ITRI, dont le docteur Sidhoum est Co- Président d’Honneur depuis le début de cette année, se félicitent de sa libération et lui adressent leurs meilleurs vœux de bonne santé. Ils remercient tous ceux qui ont participé à quelque niveau que ce soit à sa campagne de libération (le comité d’organisation de la campagne publiera ultérieurement un communiqué) et, parmi les sites et listes de diffusion, tout particulièrement Oumma.com, Assawra, tunisnews et tunisia2003 qui n’ont pas hésité à relayer l’information le concernant, depuis le début de cette campagne.
Toute l’information relative au combat de Salah- Eddine Sidhoum et plus généralement sur les violations des droits de l’homme en Algérie se trouve sur le site :www.algeria watch.org/
Ahmed Manaï

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :