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Moncef GOUJA/L’impossible guerre contre la corruption : Tout le monde corrompt tout le monde


L’impossible guerre contre la corruption : Tout le monde corrompt tout le monde
Moncef GOUJA — juin 21, 2017

Tout d’abord, le mot corruption est traduit en arabe par « Fasad », mot tiré du lexique coranique qui signifie agir contre les lois et règles établis par le Dieu tout puissant, et donc ne pas se conformer aux règles de la Sharia. « Al moufsidouna fil ardh », littéralement, ceux qui rendent « périmées » les lois divines, sont des polythéistes et des mécréants, car l’origine étymologique provient du mot « fasada », qui signifie être atteint par la décomposition interne, et ne plus correspondre à l’origine.

Par un raccourci étonnant, nos politiciens issus de « la révolution », et surtout les plus laïcisant, trouvant certainement plus commode d’utiliser un terme coranique, ont allègrement étendu la signification à tout ce qui est une infraction à la loi positive. Le terme « fasad » n’existe pas dans le corpus juridique tunisien, car ce dernier est d’essence laïque. Et en dialectal, « fasad » renvoie plutôt à la fornication et à l’adultère. On y retrouve d’autres termes plus précis qui signifient corruption, pots de vin (rachwa). Le mot « rachwa » existe cependant, dans le corpus juridique musulman et on prête même un dicton au prophète qui stipule que « le corrupteur et le corrompu iront en enfer ».

Or si l’on étend ce principe à toute les sociétés musulmanes, peu de musulmans seront élus pour accéder au paradis. Encore moins les politiciens issus de la « révolution » financée et encouragée par les grands impies de ce monde, car une « révolution » provoquée, soutenue et financée par al fasiduna fil ardh, qui ne sont que les puissances du mal, où le grand Satan comme les appelait Khomeini, ne peut être que « fasad fi fasad », le mal absolu.

Jarraya où l’arbre qui cache la forêt

Diabolisé par les médias, dont certains étaient à ses ordres, le sulfureux « homme d’affaires », a été présenté par le gouvernement et les autorités en place actuellement, comme l’Al Capone tunisien et que même un des conseillers du gouvernement aurait chuchoté à un confrère (sans sourire) que le gouvernement tunisien a utilisé le même stratagème pou faire tomber Jarraya que la police américaine pour faire tomber Al Capone. Rien que ça. Sachant que le parrain de la mafia new-yorkaise a été arrêté pour fraude fiscale, alors que Jarraya pour Intelligence avec l’ennemi en temps de paix et haute trahison.

D’autre part comparer Jarraya à Al Capone et le gouvernement fédéral américain de l’époque au gouvernement tunisien actuel, dénote d’une inculture politique et historique désespérante. L’on s’aperçoit maintenant que le juge d’instruction militaire a ordonné son arrestation pour des motifs bien plus graves que le trafic de bananes, ou la corruption de quelques douaniers. Il s’agit de la sécurité de l’État et de collaboration avec l’ennemi. Même si rien n’a filtré sur l’enquête en cours, sauf quelques indices sur des ventes d’armes à des milices terroristes libyennes, l’on est en droit de croire qu’il s’agit d’une affaire de complot contre la sûreté de l’État et que plusieurs parties tunisiennes et étrangères sont impliquées. Ira-t-on jusqu’au bout dans cette scabreuse affaire ?

Après des accusations aussi grave, il n’est plus permis de faire marche arrière et tout le monde sait qu’elles sont les vrais liaisons dangereuses de Jarraya, non pas les quelques journalistes et politiciens de petite pointure qu’on a donné en pâture aux chiens pour couvrir les vrais « amis » de Jarraya. Il s’est avéré aussi que des parties étrangères dont un micro État gazier, sponsors du « printemps arabe » et grand trésorier de certains partis politiques bien connus, soient derrière le réseau Jarraya et c’est pour cela que nous pensons, que l’on se contentera de la tête de turque de ce présumé coupable et on ne fouillera pas plus loin, car la Tunisie de la « révolution » n’a ni les moyens ni la volonté politique d’aller plus loin. L’arbre Jarraya cachera immanquablement la forêt peuplée d’agents à la solde de puissance étrangère, de traîtres dont certains s’affichent chaque jour sur les plateaux TV, pour confirmer leur allégeance à un État étranger, sûrs de leur immunité et de l’impuissance de l’État tunisien. Dans cette affaire on ne peut être qu’avec l’État tunisien, quelques soient les réserves politiques ou juridiques qui peuvent êtres justifiées.

Manipulations et sordides calculs politiques

Mais être avec l’État, ne signifie nullement s’aligner sur le discours lignifiant d’un autre âge du gouvernement actuel. Les tentatives de récupération politiques et médiatiques, en plus qu’elles dénotent d’un cynisme de bas étage, car on ne se fait pas une vraie popularité sur les malheurs des autres, soient-ils criminels, mais elles finiront à coup sûr par faire flop, car l’opinion publique manipulée à outrance et chauffée à blanc, finira toujours par se retourner contre les manipulateurs.

Un retour de manivelle est certain, car l’on découvre vite les limites et les vrais objectifs de cette guerre contre « al fasad », un mot d’ordre encore aussi fallacieux que celui de la « révolution », car un corrompu cache toujours un autre, qui n’attends que le moment où la tête du premier tombe pour prendre sa place. La « guerre contre la corruption » commence d’ailleurs à faire tomber des têtes et faire vaciller d’autres édifices dans l’entourage proche du chef de gouvernement, à savoir ses propres ministres qu’il a théoriquement choisis et d’autres ex ministres qui ne sont que ses propres alliés politiques.

Une partie d’échec se joue donc actuellement où les pions sont sacrifiés mais les rois restent à l’abri, sans annoncer des échecs et mat. Parions qu’elle en restera là. Comme à la guerre, seuls les soldats, autres troufions et quelques sergents tombent, les généraux, quant à eux s’en sortent souvent, car ils savent quand et où il faut arrêter la guerre.

Déclarer « la guerre à la corruption » maintenant, sept ans presque après une supposée révolution, c’est reconnaître l’échec patent de cette « révolution », qui n’a été qu’un vulgaire coup d’État et qui a abouti à la généralisation en amont et en aval de la corruption en témoignent les chiffres et les rangs accordés par « Transparency International » à notre pays avant et après 2011. C’est aussi reconnaître la responsabilité de tous les gouvernements issus de « la révolution » dont celle de Hbib al Sid dont faisait parti Yussef Chahed lui même.

Des centaines d’affaires, après 2011, ont étés ébruitées par les médias, dont certaines avec des preuves irréfutables, sans parler de celles, qui moisissent dans les tiroirs des juges, sans que les présumés coupables soient inquiétés par une interdiction de voyager ou par une mesure préventive. Alors que l’on a arbitrairement interdit de voyager à des centaines de cadres de l’État de l’ancien régime et cela dure depuis six ans dans l’indifférence générale. Toujours la politique de deux poids, deux mesures.

Cette « guerre contre la corruption » a néanmoins un mérite. Les champions auto-proclamés de la lutte contre la corruption parce que « révolutionnaires » se sont honteusement dévoilés dans l’affaire Jarraya, prenant presque sa défense, sous prétexte de droits des accusés, quand ils ne se sont pas contentés de profession de foi et de positions de principes. La reconnaissance du ventre en somme. Même que là, ils semblent plus courageux que ceux qui partageaient avec Jarraya il n’y a pas si longtemps touts ses secrets d’alcôve et qui se sont retournés contre lui dès qu’on lui a mis les menottes aux poignets. Ceux là sont la pire racaille, car après tout Jarraya reste un présumé coupable et non encore un coupable. N’est ce pas là le principe de base de toute justice divine ou humaine ?

C’est le même phénomène auquel on avait assisté après le renversement du régime de Ben Ali, où l’on a vu du jours au lendemain, les véritables larbins du régime, ses indicateurs de bas étage, ses laudateurs les plus attitrés et les plus payés, se muter en révolutionnaires intrépides et en combattants de la liberté. L’histoire se répète encore sous forme tragi-comique, où des vrais corrompus se déclarent les champions de la lutte anti-corruption traduisant une incapacité structurelle des élites de ce pays de tirer des leçons même de l’histoire récente. Certes, l’affaire Jarraya n’est pas le coup d’État du 14 Janvier 2011, mais les techniques utilisées pour manipuler l’opinion sont les mêmes quand elles ne sont pas gérées par les mêmes forces occultes. De ce fait le gouvernement Chahed est dans la même situation que le gouvernement Ghannouchi en 2011. Il servira tout au plus à éliminer un clan du pouvoir devenu trop encombrant et trop vorace, au profit d’un autre qui sera à son tour éliminé par un autre clan, car le système politique actuel ne peut générer que le chaos.

Lorsqu’on voit les déchirements qui secouent le parti au pouvoir et donc le gouvernement et l’Assemblée Nationale, il n’est pas difficile de prévoir l’issu de ce combat mortel et fratricide. Y Chahed envoyé au charbon, se fera brûler les ailes, surtout qu’il a fini par se prendre au sérieux. Normal, jusqu’à maintenant, il n’est jamais tombé de l’échelle (proverbe tunisien) et plus il monte, plus la chute sera dure. Tel Don Quichotte, il s’attaque aux moulins à vents, car hormis le cas Jarraya, seuls des vulgaires contrebandiers et quelques ripoux de la douane ont fait les frais de cette guerre, ce qui n’est pas mal, mais cela aurait pu être accompli par un simple officier de la police criminelle si on laisse faire ces experts sans interventions politiques. La politisation de la lutte contre la corruption implique que cette guerre s’arrêtera quand les objectifs politiques sont atteints. Et ils sont déjà atteints. Le vacarme médiatique s’estompera quand une autre affaire, d’un autre ordre éclatera et la lutte contre la corruption passera à la trappe.

La corruption est un mal endémique qui ne se soigne pas avec des placebos, mais avec un traitement qui s’attaque aux racines du mal. C’est une guerre de longue haleine dont l’arme principale est le rétablissement intégral de l’autorité de l’État, ce qui suppose dans le cas de la Tunisie actuelle, un changement radical du système politique et de tout l’arsenal juridique. On ne peut pas combattre la corruption avec un système qui permet l’accès, aux plus hautes charges politique, des corrompus, soient-t-ils élus. Or il est attesté, après toutes les élections de l’après 2011, que l’argent sale est le seul moyen sérieux pour se faire élire, quelque soit l’idéologie ou le parti auquel on appartient. Les lois qui régissent le financement des partis et des campagnes électorales sont obsolètes et inefficaces et seuls les financements occultes nationaux ou étrangers peuvent répondre aux besoins électoraux.</>

Combien de Jarraya se cachent derrière les partis ? Un Jarraya est éliminé, un autre le remplace illico presto. Est ce que la corruption a commencé à baisser avec les dernières arrestations ? Non! Alors tirons la conclusion : Lutter contre la corruption est une lutte de tous les jours, de tout instant, avec tous les moyens, à commencer par la neutralisation des petits corrupteurs : tous les citoyens sans exception quand ils n’ont pas peur d’êtres pris en flagrant délit. Il ne s’agit donc point d’atteindre le degré zéro-corruption mais de stopper d’abord la progression du mal et de le ramener à des proportions « acceptables ». Comme pour les microbes, seul un système immunitaire politico-financier peut nous faire atteindre cet objectif.

Source Le Point.tn

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