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Helmar Büchel/L’arsenal d’horreur de l’État islamique.


 

 

 

L’arsenal d’horreur de l’État islamique.

Par Helmar Büchel
Source : Welt, Helmar Büchel, 25-06-2017

 

 

Des soldats irakiens se protègent avec des masques à gaz pendant la bataille de Mossoul.


La milice terroriste a utilisé des grenades à gaz toxique à plusieurs occasions lors de la bataille de Mossoul – et il est possible que les islamistes réunissent suffisamment de matériel nucléaire pour créer une bombe sale.
Le pouls est stable. Un bip signale chaque battement de cœur. Le lit dans la zone de quarantaine de l’hôpital d’urgence Erbil-West est isolé par un film. Des médecins américains de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) [World Health Organization, WHO en anglais, NdT) viennent de terminer le protocole de décontamination sur la patiente.
« Elle survivra », déclare le Dr Lawan Miwan, directeur médical de la clinique, « elle a de la chance ». Yusra A. est l’une des quinze victimes du gaz toxique qui sont traitées à Erbil, la capitale du gouvernorat d’Erbil et du Kurdistan irakien, au nord de l’Irak. Son corps est défiguré par des cloques ; elle a les yeux rouges et brûlants. La femme de 55 ans vomit de façon répétée.
Cela fait trois mois qu’elle est dans cet état. Comme 700 000 autres réfugiés de la ville de Mossoul, contrôlée par l’EI et théâtre de violents combats, ainsi que les autres patients, elle vit maintenant dans l’un des camps de réfugiés des collines du nord de l’Irak.
Le sort de Yusra n’a jamais fait les gros titres de la presse internationale. « Peut-être qu’ils ne veulent pas effrayer la communauté internationale », dit le Dr Miwan d’un air songeur pendant sa conversation avec WELT AM SONNTAG, « parce c’est indubitablement du gaz provenant de l’arsenal de « l’État islamique », auquel mes patients ont été exposés ».
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Yusra A. a été victime d’une attaque de l’EI au gaz toxique. Elle est soignée dans un hôpital à Erbil.
Les quinze victimes des armes chimiques qui ont été hospitalisées au Centre des urgences d’Erbil Ouest, durant les deux premières semaines de mars, par des médecins de la Croix Rouge internationale et par des experts américains en armes chimiques de l’OMS, étaient tous des civils originaires de l’est de la métropole du Nord de l’Irak qui avait été libérée des semaines auparavant.
Initialement douze patients – cinq enfants, trois femmes et quatre hommes – ont été hospitalisés dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital d’Erbil entre le 1er mars et le 4 mars. Erbil est situé à 90 kilomètres à l’est de Mossoul dans le Kurdistan relativement sécurisé. Dans la deuxième semaine, trois autres victimes d’armes chimiques sont arrivées, comme l’a récemment confirmé à WELT AM SONNTAG Sara Alzawqari, la représentante de la Croix Rouge internationale. Apparemment tous les patients ont été d’abord décontaminés avant d’être transférés à des spécialistes américains pour traitement.
Le Dr Miwan déclare que tous les patients ont immédiatement montré des symptômes typiques du contact avec des armes chimiques. De plus ils ont signalé avoir senti dans l’air une forte odeur ressemblant à celle de l’ail – une indication claire du gaz appelé gaz moutarde, qui fut utilisé par les soldats allemands pendant la Première Guerre mondiale.
Miwan poursuit : « Pendant ce temps, l’équipe de l’OMS m’a confirmé que du gaz moutarde avait bien été utilisé ».
Selon les victimes, les grenades contenant l’agent de guerre biologique à l’état liquide ont été lancées les 1er et 2 mars, puis lors d’une seconde vague d’attaques une semaine plus tard, et provenaient d’une zone à l’ouest de Mossoul alors sous le contrôle exclusif de l’EI.
Deux entités différentes impliquées, l’administration de la sécurité et une autre organisation, ont confirmé au journal ces conclusions, indépendamment l’une de l’autre.
Les tests préliminaires démontrent que l’agent biologique en question ne provient pas de reliquats des arsenaux secrets des gouvernements syrien et irakien, datant de dizaines d’années .
Il est clair que les échantillons obtenus n’ont pas été produits de façon industrielle, mais ont été apparemment mélangés par des chimistes de l’EI.
« Si l’on regarde les échantillons et les analyses, il semble que c’est une production plutôt rudimentaire et de mauvaise qualité, mais cependant mortelle et dangereuse », déclare un expert international qui souhaite rester anonyme car son organisation « n’a pas été mandatée pour nommer officiellement « l’État islamique » comme étant à l’origine de cette attaque aux armes chimiques ».
A la suite des bombardements aux armes chimiques, l’OMS a activé un plan d’urgence préexistant, a déclaré l’organisation. De plus, la Croix Rouge internationale a distribué aux hôpitaux proches de Mossoul des kits d’urgence spéciaux pour le traitement des victimes du gaz moutarde, a confirmé le porte-parole de l’ICRC Alzawqari : « Mossoul est déjà une catastrophe pour les civils. Notre clinique est située à seulement un kilomètre de la ligne de front réelle. Nous subissons des tirs de grenade et des raids aériens ininterrompus. Et maintenant, également des armes chimiques ».
En fait, il y a de forts indices que la milice djihadiste al-Nosra travaille aussi depuis pas mal de temps à obtenir du sarin. Le 20 juin 2013, des analystes de l’Agence du renseignement de la défense américaine ont adressé un rapport secret à David Shedd, alors directeur adjoint, qui commençait par cette phrase dramatique : « Al-Nosra a entretenu une cellule de production de sarin : son plan de production est le plus avancé depuis les tentatives d’al-Qaïda d’avant le 11 septembre ».
L’exposé de cinq pages, dont l’existence a été finalement confirmée par la Maison-Blanche sous Obama, continuait ainsi : « Des arrestations en Irak et en Turquie ont ralenti les opérations de la cellule. Néanmoins, telle que nous évaluons la situation, ils vont poursuivre leurs efforts de production d’armes chimiques ».
L’attaque réelle au gaz de l’EI à Mossoul n’est pas un événement unique, comme le démontre l’IHS Conflict Monitor. Depuis le premier incident en juillet 2014, le Conflict Monitor a enregistré au moins 71 allégations que l’EI a utilisé des armes chimiques (41 en Irak et 30 en Syrie), déclare Colum Track, analyste en chef du think-tank basé à Londres. La plupart des attaques se sont produites à Mossoul et dans ses environs. Jusqu’au début de l’offensive de reconquête, la ville, encore habitée par un million de résidents longuement éprouvés, dont 100 000 ont servi aux terroristes de « boucliers humains » involontaires, a été le centre de production d’armes chimiques de l’EI, déclare Strack.
Seul le « New York Times » a écrit sur l’enquête IHS, qui a été largement ignorée par ailleurs.
L’une de ces attaques est également mentionnée dans un rapport daté de 2016 et réalisé par un panel d’enquête collaboratif formé par l’Organisation pour l’Interdiction des Armes chimiques et les Nations Unies. Il indique : « Il y a eu suffisamment d’informations pour conclure que les militants de l’État islamique étaient la seule entité ayant la compétence, la capacité et la motivation pour utiliser du gaz moutarde à Marea le 21 août 2015 ».
L’EI avait utilisé des grenades d’artillerie de calibre de 130 mm remplies de gaz toxique pour bombarder la ville syrienne, à 80 kilomètres d’Alep. Cinquante civils furent blessés pendant l’attaque.
L’organisation humanitaire Human Rights Watch (HRW) a déjà signalé des attaques aux gaz toxiques de l’EI dans la région de Mossoul à l’automne de l’année dernière. Ils déclarent que des grenades ont été tirées les 20 et 21 septembre et encore les 6 et 10 octobre, destinées à la ville de Qayyarah et à la base aérienne à proximité utilisée par l’armée de l’air américaine ainsi que par les forces françaises et australiennes. Plusieurs résidents et membres de la milice locale ont noté l’odeur caractéristique de l’ail et se sont plaints des symptômes typiques du gaz moutarde. En raison des combats en cours, les blessés ne pouvaient pas être conduits dans les hôpitaux. Par conséquent, la confirmation toxicologique de l’utilisation présumée de l’arme chimique n’a pas pu être produite.
Il est tout à fait possible que le stock d’armes chimiques de l’État Islamique ne constitue pas le plus grand risque lors de la bataille finale à venir pour Mossoul. Selon IHS Conflict Monitor, les terroristes, encerclés et prêts pour le martyre, peuvent être en possession de suffisamment de matières radioactives pour construire une charge nucléaire maison, une « bombe sale ». L’EI a contrôlé Mossoul pendant trois ans.
« Des sources médicales et industrielles de matières radioactives sont présentes dans un territoire détenu par l’État Islamique, par exemple, à l’hôpital Hazim al-Hafid, un établissement spécialisé en oncologie et médecine nucléaire à Mossoul », a déclaré Karl Dewey, analyste de CBR chez IHS Jane. En juillet 2014, l’État Islamique a également acquis environ 40 kilogrammes de matières nucléaires de faible qualité de l’Université de Mossoul. On ne sait pas si l’EI a construit une bombe sale mais « les commentaires faits par des partisans de l’État islamique suggèrent que ses membres ont au moins réfléchi à cette l’idée », a déclaré M. Dewey.
Sa clinique d’urgence est-elle équipée pour faire face à cette possibilité ? demande à M. Miwan le journaliste de WELT AM SONNTAG. Le médecin hésite, puis soupire doucement : « Nous vivons dans un monde complètement fou – nous devons être prêts à tout. Simplement à tout ».
Source : Welt, Helmar Büchel, 25-06-2017
Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
http://www.les-crises.fr/larsenal-dhorreur-de-letat-islamique-par-helmar-buchel//

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