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Ahmed Manai: Le rapport de « fin de mission » de Luiza Toscane


 

 

« Aspects actuels du négationnisme en Tunisie » : ou le rapport de fin de mission de Luiza Toscane
par Ahmed Manaï, 03/07/2003

 

Mon nom a été souvent cité ces dernières années et associé injustement à ce qu’on appelle le « révisionnisme ».
Une première fois le 18 mars 1993, quelques mois après avoir constitué avec Mondher Sfar, le Comité Tunisien d’Appel à la démission de Ben Ali (1) signalé dans Le Monde daté du 9 mars 1993.
L’antenne parisienne de la défunte Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE) avait inondé ce jour là, les rédactions de la presse parisienne, d’une littérature mensongère et médiocre signée de son agent Aida Klibi et m’attribuant, outre des relations avec « le mouvement intégriste tunisien » ce qui était de notoriété publique, des articles dans l’organe du Front national, Présent (2)
La deuxième fois, c’était une année plus tard, en 1994 et toujours par la même ATCE (repris par le Nouvel Afrique Asie, qui venait de passer sous contrôle du régime tunisien) et ce à la suite du communiqué que je venais de signer avec M. Sfar et d’autres, dans lequel nous dénoncions la normalisation des relations tunisiennes avec Israël, pays colonialiste et oppresseur, en guerre contre le peuple Palestinien et qui, de surplus, avait agressé sans la moindre justification et à deux reprises (1985 et 1988) notre pays : la Tunisie.
La troisième fois, c’était en 1995, à la suite de la parution de mon ouvrage « Supplice Tunisien », toujours par la même ATCE mais à une plus grande échelle. Les antennes de Paris, Londres et Bruxelles s’associèrent pour inonder de leur littérature, les rédactions des grands journaux dans les pays où j’étais supposé me rendre pour promouvoir mon livre et témoigner de la situation en Tunisie. Leur littérature, toujours aussi médiocre mais plus mensongère que jamais, m’attribua le rôle de premier dirigeant du mouvement Nahda (Tribune de Genève, Libération, le Soir de Belgique…..), des articles dans la presse du Front national, des travaux d’histoire ayant prétendument paru dans des revues révisionnistes, notamment La Vieille Taupe, en plus de mes amitiés dans les cercles négationnistes.
Jusque-là c’était mon amitié avec Mondher Sfar qui me valait ce flot de calomnies.
Plus récemment, le 26 juin 2002, le correspondant parisien du journal Al Quds Al Arabi, paraissant à Londres, en panne d’inspiration et en quête de sensationnel, a publié un article intitulé « Tempête autour d’un intellectuel tunisien » dans lequel mon nom a été cité. En remontant ses sources, j’ai découvert que j’étais l’hôte ou l’otage, à mon insu depuis le milieu de l’année 2000 d’un site amnistia, tenu par un journaliste- écrivain, répondant au nom de Didier Daeninckx.
C’est ainsi que j’ai appris que l’un de mes colistiers aux élections législatives de 1989 en Tunisie, Abdel Hamid Bdioui, avait soutenu en 1986, une thèse à l’université de Lyon, devant un jury de professeurs, mais que Didier Daeninckx jugea, quatorze ans plus tard, « négationniste ». Je n’ai jamais lu cette thèse ni le livre qui en a été tiré et je ne savais pas, avant l’entrée sur le site amnistia.org que l’auteur était condamné « au feu éternel ». Mon ami Gilles Perrault est mon compagnon de cellule dans ce site, condamné pour avoir préfacé un livre dans lequel figure le nom de Bdioui.(3) Il aurait dû vérifier les CV des dizaines de personnes que j’avais citées dans cet ouvrage et s’assurer qu’elles répondaient toutes aux normes établies par Didier Daeninckx.
J’ai écrit une lettre à ce Didier et je l’ai mis au défi de la publier sur son site (4). Il n’a pas dû le faire, sinon, la modeste et intègre chercheur, Luiza Toscane, qui s’est toujours présentée comme une militante de base et qui a pioché dans les archives de ce site pour rédiger son rapport, l’aurait mentionnée.
Mon nom vient encore une fois d’être cité et associé injustement aux cercles « négationnistes » par cette même Luiza Toscane dans ce que j’estime être un rapport de fin de mission.
Je ne parlerai pas de ce rapport. La justice*, que je vais saisir incessamment, avec constitution de partie civile, se prononcera sur ce tissu de calomnies. Je parlerai par contre un peu de son auteur.
Ma première rencontre avec Luiza Toscane remonte (je ne sais si elle s’en souvient) au mois de décembre 1993, au cours des journées du Monde Diplomatique du Mans. Je m’y étais rendu au nom du Comité de Soutien à Salah Karkar que j’avais constitué avec certains de ses amis le 31 octobre, au lendemain de son arrestation et de son assignation à résidence dans l’île d’Ouessant. C’était essentiellement pour recueillir des signatures à l’Appel au Retour de Salah Karkar dans sa famille (5).
Je n’ai pas eu beaucoup de succès dans mon entreprise : à peine une dizaine de signatures mais pas celle de Luiza Toscane. J’eus droit quand même à son dossier de 3 pages, intitulé : le nouveau désordre intégriste, publié à l’automne 93 par Critique communiste n°135.
Je retrouvais Luiza Toscane des années plus tard mais surtout à la mi-1996, engagée au sein d’une ONG dont les membres tunisiens, s’étaient enfin réveillés à la réalité des droits de l’homme en Tunisie. C’était tant mieux parce que j’estimais que L.T et ses amis, malgré leur ostracisme vis-à-vis de ceux qui les ont précédés dans la lutte, pouvaient mobiliser les nombreuses ONG que notre action depuis le milieu de 1991 n’avait pas réussi à faire bouger.
Le 14 mars 1997 j’ai été agressé pour la deuxième fois, devant mon domicile, dans la banlieue parisienne. Dès le premier coup reçu, j’ai eu la certitude que mes agresseurs étaient des Tunisiens et que le commanditaire n’était autre que le Chef tunisien.
Le lendemain, Luiza me rendit visite à l’hôpital et m’assura de son soutien. Ce qui m’avait très touché.
Quelques jours après, le gouvernement français dépêcha un haut fonctionnaire à Tunis pour protester contre l’agression d’un réfugié politique sur son sol. On me rapporta de la réunion de travail qui avait réuni tous les chefs des services tunisiens avec leur collègue français, que les premiers avaient protesté de leur innocence, alléguant que mon agression était le fait des services israéliens Cela n’a pas convaincu l’émissaire français, bien au fait de ce qui se passe dans son pays, mais ébranla néanmoins mes premières certitudes durant quelques jours. J’ai même trouvé une raison à cette hypothèse. En effet le 7 mars, soit une semaine avant l’agression, Louisa Hannoune, Secrétaire générale du Parti des Travailleurs Algériens, organisait un meeting à la Mutualité et m’avait demandé de servir d’interprète à son invité de marque : un leader du Front populaire de libération de la Palestine. Ce que j’ai fait convenablement, semble-t-il, ayant réussi, sans la moindre expérience dans la traduction simultanée, à traduire autant le discours que sa charge émotionnelle. Il y avait près de mille cinq cents (1 500) personnes dans la salle et rien ne prouve que des agents d’une quelconque milice ne fussent pas aux premiers rangs.
Après ma sortie de l’hôpital et parallèlement à l’enquête de la PJ de Versailles, j’ai eu un long entretien avec deux hauts fonctionnaires du Ministère de l’intérieur français à l’issue duquel ils m’avaient conseillé de faire le tri dans mes relations. Je l’avais commencé par moi-même et je m’étais pesamment attardé sur la personne de Luiza Toscane. J’avais très peu de rapports avec elle mais je n’arrivais pas à m’expliquer les raisons de son engagement total dans la défense de gens dont la cause me semblait être aux antipodes de la sienne et qui lui causait de plus, de sérieux problèmes avec ses amis(5). Mais elle m’intriguait surtout par son choix de continuer à agir sous un faux nom, au mépris de ses partenaires et alors que rien, dans les conditions des libertés en France, ne pouvait le justifier.
Il y avait un autre détail. Quelques jours avant mon agression, des collègues de travail (je travaillais à l’époque à la gare de Lyon) m’avaient informé qu’une dame, munie d’un appareil photo muni de flash, s’était glissée vers 19 heures dans la foule compacte des voyageurs et m’avait pris en photo à deux ou trois reprises.
C’est ainsi que j’ai été amené, sans aucun plaisir je l’avoue, à penser à Luiza Toscane, à sa véritable identité et à sa mission. Je m’en suis longtemps voulu de l’avoir suspectée. Mais plus maintenant et nous devons nous attendre à d’autres surprises de sa part.
Enfin, avant notre rendez-vous au tribunal, ces deux mots à Luiza Toscane, à ses amis, ses commanditaires et ses alliés objectifs dans cette cabale et à tous ceux qui leur font les yeux doux :
Mondher Sfar, que vous diabolisez, est mon ami. Nous sommes engagés depuis douze ans dans le combat pour la démocratie en Tunisie. Tel que je le connais, il est suffisamment grand et assez courageux pour assumer seul ses idées et ses opinions sur l’histoire. Celles- ci ne gênent pas plus le musulman de conviction et de pratique que je suis, que ses idées et ses écrits critiques de l’islam.
Quant à Ahmed Manaï que vous croyez pouvoir atteindre à travers ce tissu de mensonges, sachez qu’il n’est pas le produit d’une bulle médiatique, des communiqués de soutien d’ONG complaisantes, des affres de la torture et de l’exil, de l’appartenance à un quelconque groupuscule partisan ou de la bienveillante protection d’une puissance étrangère. Il est ce qu’il a été toujours : un patriote tunisien, un Arabe et un musulman engagé dans les combats les plus nobles pour son pays, pour sa nation et pour un monde plus juste et plus fraternel. Et à ces divers titres, il a des millions de petits Mohamed à défendre en priorité.
1) Pour l’information de Luiza Toscane et de ses amis, je ne suis pas au Collectif de la Communauté Tunisienne, mais seulement au Comité d’appel à la démission. C’est déjà pas mal !
2) Lettre de l’ATCE (Paris) aux rédactions de la presse parisienne en date du 18 mars 1993.
3) Avant que D.D. ne fiche A.Bdioui dans le mouvement Nahda, Jeune Afrique, qui était alors plus intelligent qu’aujourd’hui, l’avait fait en pleine campagne électorale au mois de mars 1989. Je me souviens que A.Bdioui m’en avait parlé vaguement, ainsi que de sa lettre de rectification à J.A. où il dénonçait l’amalgame et se déclarait sans aucun lien avec ce mouvement. Luiza saura aisément le vérifier et le communiquer à ses informateurs.
4) Texte de la lettre à Didier D. en annexe.
5) Appel pour le retour de Salah Karkar dans sa famille. Tunisie : Horizons 94. N° 2 -Janvier 1994. Paris.
6) « Je ne te pardonnerai jamais tout ce que tu as fait pour ces salopards » lança à Luiza un de ses camarades révolutionnaires. In « Le statut de la victime dans les ONG : une expérience tunisienne. Luiza Toscane, 18 septembre 2002.
*Au final et compte tenu du coût des frais de justice Je n’ai pas porté plainte.
http://www.tunisitri.net/

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