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Youssef Echaïeb: Le voyage de tous les dangers


 

Le voyage de tous les dangers

par Youssef Echaïeb à Ramallah, Islamonline.net, 24 avril 2006.
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï

 

 

Quant un ouvrier palestinien se met en tête d’escalader le mur de l’apartheid israélien pour aller travailler et chercher à manger pour ses enfants, il y a des chances qu’il connaisse le sort de Kheder Khelil !
Le Kheder Khelil en question a fini dans un bloc de soins intensifs, dans un état piteux, sans parole, le corps entièrement recouvert de plâtre, entouré de partout d’équipement médicaux bien pauvres.
Kheder est un habitant de Beit Lahm (Bethléem) dans le sud de la Cisjordanie et c’est son cousin Mohamed Youssef qui raconte son histoire à Islamonline.net : l’histoire d’un ouvrier palestinien, au chômage depuis plus d’un mois, qui décide au petit matin du lundi 17 avril 2006, d’aller à Al Qods occupée (Jérusalem) pour chercher du travail, espérant ainsi revenir chez lui avec de la nourriture pour calmer la faim de ses 7 enfants.
Kheder réussit miraculeusement à escalader le mur de l’apartheid et se retrouve de l’autre côté, à Abou Dis. Mais à peine descendu de son perchoir, il est intercepté par une patrouille de garde- frontières israéliens. Quatre de ces soldats s’occupent de lui, le rouent de coups avec les crosses de leurs fusils et des matraques et, pour bien finir leur travail, le remontent sur le mur et le jetèrent par-dessus. Le pauvre est retombé de l’autre côté, tel un sac, d’une hauteur de 7 mètres.
Sa famille a appris la nouvelle de sa mésaventure par des habitants de Abou Dis qui l’avaient ramené jusqu’au check-point du « container », au nord de Beit Lahm. Une voiture de secours palestinienne s’est chargée de le conduire à l’hôpital public de Beit Jala, où il est toujours hospitalisé.

Un voyage de tous les dangers
Le voyage de l’ouvrier palestinien pour aller à son travail derrière la ligne verte (Palestine occupée en 1948) est entouré de dangers incalculables. Il lui faut passer les check-points, les barrages routiers, les fils barbelés, les chiens policiers, éviter les balles perdues des soldats israéliens et après, si tout va bien, parvenir à son travail. Et encore, tout au long du travail, il lui faut réfléchir au chemin du retour et comment éviter ses mille et mille embûches.
Des Palestiniens vivant au voisinage du mur, qu’ils appellent mur d’étranglement (Jidarou Al Khank], racontent combien sont nombreuses, multiples et quotidiennes, les agressions et les persécutions contre les travailleurs cherchant à traverser les barrages pour assurer la nourriture des leurs.
L’ouvrier Chawki Graïsa, 48 ans, originaire de Beit Sahour, voisine de Beit Lahm, nous raconte sa dernière mésaventure : « Nous étions en route pour notre travail à Al Qods occupée, quand nous avons été interceptés par des soldats de l’occupation qui nous ramenèrent à un camp militaire dans la région de Atrout où nous fûmes gardés pendant des heures. Après cette longue attente, nous avons été interrogés brièvement puis ils nous ont bandé les yeux et nous ont jetés dans un bus. Celui-ci a fait le tour de tous les postes de police et des camps de Al Qods occupée pour ramasser les travailleurs arrêtés. Il y en avait à chaque escale, si bien que notre nombre s’est élevé à 17. Le bus nous a conduit au tribunal de Salem, près de Naplouse. C’est là qu’on nous a informés que nous étions en détention et on nous a dit d’en informer nos familles au téléphone. On nous a conduit directement devant le tribunal qui nous a condamnés chacun à 2 mois de prison ferme et à une amende 2000 Shekels [=450 dollars ou 357 Euro], pour entrée illégale en Israël. » C’est la charge qui menace des centaines, voire des milliers de travailleurs palestiniens sans autorisation, qui se risquent, en connaissance de cause, à traverser la ligne verte pour chercher du travail.
C’est l’autorité civile d’occupation qui délivre ces autorisations. Mais elle ne le fait pratiquement pas pour des motifs fallacieux de sécurité. Elle les utilise plutôt pour faire pression sur les travailleurs et les faire chanter dans le but d’obtenir leur collaboration.
A propos des prisons où sont conduits ces travailleurs, l’un d’eux, qui a tenu à garder l’anonymat, raconte : « la vie en prison est une humiliation permanente. Les travailleurs sont des gens simples et tous évitent de protester contre les comportements des soldats, de crainte que leur peine soit prolongée. Il y a des vieux de 60 ans et plus, parmi ces prisonniers ».
Graïsa raconte que « le reçu de l’acquittement de l’amende est aussi matière à humiliation pour les travailleurs. Les autorités d’occupation se jouent des nerfs des travailleurs prisonniers à ce niveau. En effet, nombre de familles des travailleurs se trouvent contraintes de s’acquitter de l’amende et d’envoyer aux autorités le reçu par la poste. Il arrive souvent que le jour de sa sortie prévue de prison, un travailleur se voie dire que le reçu d’acquittement de l’amende n’est pas encore parvenu aux autorités de la prison ».

L’humiliation permanente :
Hassen Al Barghouthi, président du « Centre de démocratie et des droits des travailleurs » à Ramallah, note les diverses formes de mépris et d’humiliation, subis par les travailleurs allant en Israël, dans les Cheik points. Il souligne que déjà avant l’encerclement économique actuel, ces travailleurs subissaient toutes formes d’humiliation et étaient privés de toute dignité. Il était devenu normal qu’ils subissent la torture physique de la part des soldats israéliens, ce dont certains étaient morts. En plus de nombreux ont été tués par les tirs des soldats de l’occupation.». Al Bargouthi ajoute que : « la dépendance de l’économie palestinienne de l’économie israélienne est le résultat d’une politique savamment programmée. Tout au long des trente années d’occupation, Israël a découragé les investissements dans les territoires palestiniens ce qui a conduit à cette situation de dépendance totale, économique et sociale, de l’Etat occupant.

Une bombe à retardement

Des observateurs palestiniens et israéliens s’accordent à dénoncer « la marche éprouvante du travailleur palestinien allant à son travail en Israël » et qui est devenue plus difficile depuis la construction du « mur étrangleur ». Ce dernier a découpé des terres de Cisjordanie voisines d’Al Kouds et les a pratiquement annexées à Israël. Tous estiment que la situation qui en est née risque de devenir à chaque instant une bombe à retardement.

L’auteur israélien Simon Klein écrit dans un article, diffusé cette semaine par un site israélien, que « les travailleurs palestiniens s’alignent dans des queux très longues pour entre en Israël à la recherche de travail. Leur journée commençait à 3 heures du matin. Les barrages routiers et les cheik point, source de multiples humiliations et de retards incroyables, ont joué beaucoup dans la montée de leur haine d’Israël, surtout que de nombreux entrepreneurs israéliens ont profité de cette situation pour leur payer des salaires de misère ».

A l’approche de la fête du premier mai, l’Union générale des travailleurs palestiniens a publié un rapport indiquant que l’année 2005 n’a pas été bonne pour les travailleurs. Ce rapport mentionne qu’une vingtaine de travailleurs ont été tués, des centaines ont été blessés et que près de 500 d’entre eux, ont été incarcérés, sous le motif de ne pas disposer d’une autorisation pour entrer en Israël.

par Youssef Echaïeb à Ramallah, Islamonline.net, 24 avril 2006. Original :
http://islamonline.net/Arabic/news/2006-04/24/article06.shtml/
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï,
http://www.tunisitri.net/

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