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Dhia Assamaraï: L’Irak est devenu le pays des veuves


L’Irak est devenu le pays des veuves

par Dhia Assamaraï, Baghdad- Al Qods Al Arabi,
5 Mai 2006

Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï

L’Irak est devenu le pays des veuves

par Dhia Assamaraï, Baghdad- Al Qods Al Arabi,
5 Mai 2006

Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï

Dans un rapport adressée aux Nations unies et diffusé dans la presse, l’organisation féministe irakienne Irakiates (Les Irakiennes), souligne que plus de cent femmes sont réduites au veuvage chaque jour et que le nombre global des veuves en Irak atteindrait plus de trois millions, par suite des violences interconfessionnelles, des attaques des groupes armés et des agressions perpétrées par des bandes criminelles organisées, en progression exponentielle depuis l’occupation du pays en 2003.
Le rapport indique que cette situation alarmante a gravement ébranlé l’institution familiale et détérioré les conditions de vie des enfants, d’autant qu’elle s’accompagne d’une grande paupérisation de la population et notamment des familles privées de soutien paternel.
Le Fonds des Nations Unies pour la population, FNUAP, qui a adopté ce rapport final, a estimé pour sa part que le nombre des veuves, avancé par le rapport, serait inférieur à la réalité si l’on tenait compte des assassinats difficiles à enregistrer ou non déclarés.
Se fondant sur les statistiques officielles du ministère irakien de la Femme, le FNUAP rappelle qu’il y a 300 000 veuves rien qu’à Bagdad, en plus des 3 000 000 dans le reste du pays.
Pour sa part, la présidente de la Ligue des droits des femmes en Irak, Mayada Zouheir, estime que l’assassinat quotidien de dizaines de chefs de famille prive ces dernières de leur soutien et les plonge dans la précarité la plus totale. C’est ce qui conduit les mères de famille à rechercher n’importe quel travail pour subvenir aux besoins de leurs foyers, le plus souvent vainement.
Le rapport de la Ligue des droits des femmes en Irak souligne d’autre part que «les conséquences de ce veuvage collectif s’étendent à tous les domaines de la vie sociale : de la paupérisation généralisée, à l’éclatement des familles et l’abandon des enfants, le tout dans un contexte caractérisé par l’effondrement de l’Etat, l’absence de gouvernement, la déperdition des valeurs et une occupation qui a échoué à remettre un peu de vie à un pays pris en otage par l’islamisme».
Le rapport appelle d’autre part les Nations Unies, la Ligue arabe et tous les Etats qui les composent, ainsi que les organisations humanitaires à travers le monde, à agir vite pour arrêter le bain de sang en Irak.
Ajoutant que «ces chiffres, qui traduisent à eux seuls l’étendue du désastre iraquien, sont souvent aggravés par le nombre de femmes tuées dans des échanges de tirs ou de funestes actions armées qui ravagent tout dans le pays de la Mésopotamie».
D’autre part, des sociologues irakiens déclarent que ce phénomène de veuvage des femmes privées du coup de leurs soutiens, a conduit à des transformations sociales profondes, principalement au niveau économique et moral. Ainsi de nombreuses familles ont été contraintes de faire travailler leurs enfants dans des conditions de grand marasme économique et d’un chômage élevé. Les dernières années ont connu aussi une recrudescence jamais connue auparavant, des activités criminelles telles que le proxénétisme et la prostitution.
Des observateurs estiment que les vingt-cinq dernières années de guerre qu’a connues l’Irak ont donné une génération d’enfants privés de la présence paternelle, ce qui a occasionné de graves perturbations sociales. L’un d’eux rappelle que selon la tradition, une femme qui perd son mari retourne aussitôt chez ses parents et devient vite un fardeau social et économique pour les siens.
Des statistiques officielles montrent que la plupart des enfants en rupture scolaire appartiennent à des familles ayant perdu leur soutien parental.
Les veuves connaissent de grandes difficultés à se remarier, pour des raisons sociales et économiques et notamment à cause du chômage, de l’absence de sécurité et de l’effondrement des services.
Il existe un réseau d’assistance sociale dépendant du gouvernement qui distribue des aides financières à plus de 130 000 veuves rien qu’à Bagdad, mais qui ne peut apporter le même soutien aux millions de familles nécessiteuses qui vivent la précarité dans tout l’Iraq.
Un universitaire remarque que le statut de veuve a beaucoup changé depuis l’occupation. Ainsi et alors que les veuves sous l’ancien régime étaient le plus souvent des femmes de militaires et qu’elles avaient de nombreux avantages tels la maison, la voiture et la retraite ce qui facilitait leur remariage, celles d’aujourd’hui ne sont plus attrayantes à ce niveau et ne trouvent plus à se remarier. D’ailleurs même les jeunes et jolies vierges ne trouvent plus facilement de mari, à cause des difficultés actuelles.

Original : http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=2006\ 05\ 05/
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï
http://www.tunisitri.net/

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