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Paul VANDEN BAVIERE: Les Tunisiens étaient si naïfs de croire aux promesses de démocratisation


Les Tunisiens étaient si naïfs de croire aux promesses de démocratisation
Paul VANDEN BAVIERE
Traduit du Néerlandais par Anouar Koutchoukali.

Standaard 09 juillet 1995

Bruxelles – « Cela a été naïf de ma part et de la part de beaucoup de tunisiens d’avoir cru, en novembre 1987, aux promesses de démocratisation du nouveau président, Zine Abidine Ben Ali. Promesses qui ont poussé beaucoup de gens à se lancer dans la politique. A posteriori, il s’est avéré que nous avons été d’une très grande naïveté que de croire que quelqu’un qui a accompli sa carrière dans la police et les services secrets, ait l’intention de faire de la Tunisie une démocratie. »
Tels sont les propos exprimés par Ahmed Manai, un agronome qui travaillait pour les Nations- Unies, mais actuellement en exil en France, lors d’un entretien à Bruxelles. Il a subi dans sa chair ce que c’est de croire à des promesses. Il se laissa comme beaucoup d’autres entraîner dans l’euphorie qui a suivi le coup d’Etat du 7 novembre 1987, perpétré par le Ben Ali, alors Premier ministre, contre le « président à vie » Habib Bourguiba.
Successivement, fonctionnaire de police, chef des services secrets, ministre de l’Intérieur puis Premier ministre, le nouvel homme fort promit enfin l’instauration de la démocratie, après 30 ans de régime de parti unique. Il refonda le Destour (parti de l’indépendance) en Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) et promit des élections libres.
Mais les promesses ne résisteront pas au test des élections parlementaires tenus en avril 1989. Comme de coutume, les sièges furent tous remportés par le parti au pouvoir. Ahmed Manai, s’était alors présenté avec une liste indépendante à Monastir qui, « malgré la fraude massive », acquit officiellement 22 pour cent des voix. Cette liste avait l’appui du parti islamiste Ennahda, dont la participation aux élections était exclue.
Manai affirme ne pas avoir sollicité cet appui. Il reconnaît être un ami de Rached Ghanouchi, le leader du parti Ennahda qui se trouve actuellement exilé à Londres, mais affirme ne pas partager les idées politiques. Il précise que, après le coup d’Etat, il y avait un vide politique autour du Destour. « Le seul parti qui avait une assise populaire était alors Ennahda ».
Complot
Quoi qu’il en soit, sa participation aux élections ne connaîtra pas une issue heureuse pour Manai. En avril 1991, de retour d’une mission de l’ONU au Burundi, il sera arrêté puis torturé quatorze jours durant. Cette épreuve, il la relate dans un ouvrage qui vient d’être publié (*). Le gouvernement tunisien dément l’existence de la torture mais les rapports d’Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains prouvent le contraire. Manai révèle en annexe dans une vingtaine d’exemples les méthodes de torture auxquelles sont soumis les opposants présumés ou non.
Pour les services de sécurité, il s’agissait d’arracher à Manai des aveux pour pouvoir révéler l’existence d’un soit- disant complot « fomenté non seulement par Ennahda mais par l’ensemble de l’opposition » contre le régime. Ce « complot » sera suivi en 1992 de procès monstres, ouvrant ainsi la voie à une justification de la dictature, souligne Manai qui, après sa libération, partit en France.
Il n’est pas tendre avec le régime qui, selon lui, est dominé par des « clans maffieux » des proches de la famille Ben Ali. Sortir de cette situation ne paraît pas si simple. « L’opposition doit se restructurer, elle ne signifie plus rien, même Ennahda a perdu confiance » affirme Manai. Il déplore que l’Occident ne fasse rien pour la démocratie et les droits humains dans le tiers-monde. Le régime bénéficie de la protection de la France, des Etats-Unis et d’Israël.
Il précise également que Ben Ali entretenait déjà des relations avec le Mossad à l’époque où il dirigeait les services de sécurité et qu’il en sait beaucoup plus sur le bombardement du siège de l’OLP en 1985 et de l’assassinat du leader palestinien Abou Jihad en 1986. Dans son livre, Manai rapporte l’histoire de Marwan Ben Zineb, un féru d’informatique qui le 28 juillet 1989 fut victime d’un « accident » après qu’il eut accédé à l’ordinateur du président et découvert une liste des agents du Mossad accrédités à Tunis.

Paul VANDEN BAVIERE
Traduit du Néerlandais par Anouar Koutchoukali.

(*) Ahmed MANAI. Supplice tunisien. Le jardin secret du général Ben Ali. Ed. La découverte, Paris, 1995. ISBN 2-7071-2441-9

http://www.tunisitri.net/

 

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