Poster un commentaire

Tunisie/ Union Européenne: visite de Ben Ali à Strasbourg


Tunisie/ Union Européenne : il y a douze ans, les premiers pas
Ahmed Manai
12 juin 2005

 


L’accord de partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne, signé en 1995, a assuré au pouvoir tunisien, soutien politique, caution morale et appui financier de l’Europe et de l’ensemble des pays de l’Union, y compris les pays du Nord, traditionnellement plus « humanistes » que les Latins ou les Germaniques.
Depuis, la Tunisie est devenue le partenaire privilégié, intouchable presque et contre lequel aucune critique n’est permise, pas même au chapitre du fameux second article de l’accord, ce qui a fait dire au député européen Daniel Cohn Bendit, à l’occasion du rejet d’une motion présentée par les Verts en 1996 pour protester contre les violations des D.H. en Tunisie « qu’il était aussi tabou de critiquer la Tunisie qu’Israël ».
La permanence et la gravité des violations des droits humains en Tunisie, l’exercice systématique de la torture, le caporalisme du général Ben Ali, son affairisme et celui des divers clans mafieux qui l’entourent, autant de facteurs qui auraient suffit normalement à frapper de caducité l’accord de partenariat, ne semblent pas avoir gêné les Européens qui ne sont pas à une contradiction près.
« Sans doute les Quinze pensent-ils jusqu’à ce jour que, traité ou pas, on ne saurait tout exiger des Tunisiens : le démantèlement des barrières douanières et le respect des droits de l’homme, le libéralisme pour les entreprises et la liberté pour les citoyens » remarquent les auteurs de « Notre ami Ben Ali ».
Dix ans après la signature de l’accord de partenariat, quel bilan et surtout quelles perspectives ? Nous attendons la réponse à ces questions des « représentants de la société civile tunisienne », réunis les 2 et 3 juin 2005 à Bruxelles, à l’invitation du ministère Belge de la Justice.
Mais deux ans avant la signature de ce nouveau « traité du Bardo », aux normes du libéralisme envahissant du vingt- unième siècle, des Tunisiens du Collectif Des Communautés Tunisiennes en Europe et du Comité d’Appel à la Démission de Ben Ali avaient bougé et entrepris d’informer les parlementaires européens et l’opinion publique sur la nature du régime Tunisien…sans grande illusion sur la portée de leur action.
Un grand merci à l’ami Michel Papayannakis, député Grec au parlement européen qui m’a expliqué à l’occasion de nos retrouvailles en 1993 et avec la franchise que je lui reconnais depuis le début des années 1970…ce que sera la politique Européenne vis-à-vis de la Tunisie et de son régime.
Les documents suivants résument l’action entreprise au cours de la semaine du 21 au 26 juin 1993.

Paris le 12 Juin 2005
Ahmed Manaï
________________________________________
Document N°1 : Texte d’une lettre circulaire envoyée par la poste aux députés européens à Bruxelles et qui leur a été distribuée le 21 juin 1993 à Strasbourg.
Collectif Des Communautés Tunisiennes en Europe
CCTE, 1 rue Cassini, 75014 Paris, France, Tél : 43 29 68 98
Paris le 7 juin 1993

Le Parlement européen 97/113, rue Belliard,
1047 Bruxelles,
Belgique
A l’Attention de Monsieur le Député
Monsieur le député,
Veuillez prendre connaissance de la lettre que nous adressons au parlement européen à l’occasion de la visite du Président tunisien Zine Al Abidine Ben Ali prévue pour le 22 Juin 1993.
Nous voudrions attirer votre attention sur la situation des droits de l’homme en Tunisie qui n’ont pas cessé d’empirer depuis l’accession de M. Ben Ali au pouvoir en 1987.
Les multiples rapports d’organisations humanitaires internationales continuent d’alerter l’opinion publique mondiale sur la gravité de cette situation.. Cependant le gouvernement tunisien continue de les ignorer et pour toute réponse, il ne fait que mener campagne sur campagne pour apparaître comme le meilleur défenseur des droits de l’homme. C’est dans cet esprit que M. Ben Ali tente aujourd’hui de séduire les parlementaires européens et de leur faire oublier les conclusions négatives et alarmantes des enquêtes sur la véritable situation en Tunisie.
Nous vous demandons, Monsieur le Député, de bien vouloir appuyer notre demande pour que le Parlement européen :
Exprime au Président tunisien sa préoccupation devant les graves atteintes aux droits de l’homme en Tunisie ;
Presse le gouvernement tunisien à mettre fin à ces violations des droits de l’homme et à punir ceux qui les ont perpétrées et commanditées.
Conditionne l’octroi de fonds communautaires à la Tunisie à la satisfaction de la demande 2.
Nomme d’urgence une commission d’enquête sur les cas de violations des droits de l’homme en Tunisie.
Reçoive le jour de la réception du Président Ben Ali, une délégation de notre Collectif et autres associations d’opposants tunisiens.
Nous vous remercions, Monsieur le député, de votre contribution à l’instauration de la démocratie en Tunisie et de faire échec à l’extrémisme.
Avec nos remerciements anticipés et nos salutations les plus distinguées.
P/ Le Collectif
ALI SAÏDI
Document N 2 : Texte d’un tract distribué à Strasbourg tout au long des 3 jours qui ont précédé la visite. De Ben Ali :
APPEL A MANIFESTER
Tous Devant le Parlement Européen à Strasbourg
Ce mardi 22 juin 1993 à 12h.
Ben Ali à Strasbourg et la torture en Tunisie continue !
Au moment où Amnesty International publie un rapport(1) accablant sur la persécution, la violence et le viol quotidiens dont sont victimes les femmes tunisiennes, s’ajoutant au sort non moins révoltant fait aux hommes tués, emprisonnés et bâillonnés par dizaines de milliers, toutes tendances politiques confondues, le Parlement Européen a pris la responsabilité morale de recevoir en qualité de « hôte de marque », un des dictateurs les plus sanglants et les plus cyniques d’Afrique et du monde arabe.
Nous lançons un appel pressant à tous les députés du Parlement Européen épris de justice et pour qui le respect de la personne humaine est une exigence morale sacrée, pour manifester leur solidarité avec le peuple Tunisien en boycottant la cérémonie du discours du dictateur, le Général Ben Ali.
Nous leur demandons, au nom de l’humanité, d’exiger que le régime tunisien cesse immédiatement la pratique et la menace de la torture, les emprisonnements et les procès arbitraires et la répression des libertés d’association, d’opinion et d’expression.
Enfin nous souhaitons que le Conseil de l’Europe gèle son octroi de fonds communautaires à la Tunisie, tant que ces exigences du respect effectif des droits de l’homme ne sont pas satisfaites.
1) Rapport du 3 juin 1993, intitulé « La tortue, l’intimidation, le viol et le harcèlement pratiqués contre des centaines de femmes en Tunisie ».
Plus jamais la dictature en Tunisie
Vive l’Authentique Amitié Euro- Tunisienne.
Collectif des Communautés Tunisiennes en Europe. 1, rue Cassini 75014 Paris

Document N 3 : Dépêche de l’AFP
P12
France- Tunisie
Une manifestation d’opposants au président Ben Ali interdite à Strasbourg
Strasbourg, 21 Juin (AFP)- La Préfecture du Bas- Rhin a décidé d’interdire une manifestation d’opposants tunisiens que le Collectif des Communautés tunisiennes en Europe souhaitait organiser mardi à Strasbourg à l’occasion de la venue du président de la République de Tunisie, le général Zine Al Abidine Ben Ali, a-t-on appris lundi auprès de la préfecture.
Dans un arrêté, le préfet considère notamment que la manifestation prévue »est de nature à troubler l’ordre public en raison du nombre élevé de participants ».
Le Collectif des Communautés tunisiennes en Europe a donc appelé « à l’annulation du rassemblement », tout en estimant que « la cinquantaine tout au plus de manifestants attendus ne serait guère de nature à troubler l’ordre public », a déclaré M. Mondher Sfar au nom du Collectif.
Le président de la République tunisienne doit s’adresser mardi au Parlement européen lors d’une séance solennelle dont il est l’invité.
Le Collectif des Communautés tunisiennes en Europe a écrit aux députés européens, leur demandant d’exprimer à M. Ben Ali leur « préoccupation devant les graves atteintes aux droits de l’homme en Tunisie ». Ih/pre
Document N 4 : Lettre circulaire de l’ambassade de Tunisie à Bruxelles, aux députés européens.
AMBASSADE DE LA
REPUBLIQUE TUNISIENNE
BRUXELLES
Bruxelles, le 21 Juin 1993
Monsieur le Député,
Objet/ : Visite de S. E. M. le Président de la République Tunisienne au Parlement Européen
(Strasbourg 22 Juin 1993)
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que S.E.M. Zine El Abidine Ben Ali, Président de la République Tunisienne, et Président en exercice de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), effectuera une visite officielle au Parlement Européen le Mardi 22 Juin 1993 à Strasbourg.
Monsieur le Président prononcera son discours devant la plénière le 22 Juin à 12h 30mn.
Je souhaiterais que cet événement, qui constitue une première dans les relations de la Tunisie et du Maghreb avec le P. E., bénéficiera de votre bienveillante attention.
Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de ma très haute considération.
Slaheddine Ben M’Barek
Ambassadeur de la République Tunisienne.

Document N 5 : Bref compte- rendu des actes d’un colloque tenu à Strasbourg les 24 et 25 Juin 1993.
Colloque du Centre Marocain pour la
Coopération et les Droits de l’Homme
Horizon 94, Août 1993, n°1, p. 26
Le Centre Marocain pour la Coopération et les Droits de l’Homme a tenu les 24 & 25 juin 1993 au Parlement européen à Strasbourg, un colloque sur « Femmes d’Europe, Femmes du Maghreb : Egalité, Démocratie, solidarité ».
Présidé par Abdel Aali Abou-Ouakil et Abdelghani Bousta, le colloque a connu un large succès en abordant des thèmes aussi importants que ceux des droits de la femme dans les pays du Maghreb, le relativisme culturel et droits de l’homme,. Islam et droits de la femme et les droits de la femme immigrée.
Mme Moufida Goucha, représentante de la Tunisie sept- novembriste, dont la présence était prévue, a brillé par son absence. L’on suppute que la présence de Ahmed Manai y aurait été pour quelque chose. Il est vrai que le rapport d’Armnesty International sur la répression de la Femme tunisienne tombe pour elle comme un cheveu sur la soupe de la nouvelle ère libératrice de la femme…
Nos amis Marocains ont pris d’autres initiatives. Ainsi, M. Ahmed Benani, représentant en Suisse des Comités de Lutte contre la Répression au Maroc, a lancé un projet de plateforme pour une action unitaire maghrébine contre la répression au Maghreb.
Pour tout renseignement sur cette initiative s’adresser à M. Ahmed Benani :
47, Chemin de Montelly, 1007 Lausanne, Suisse. : Tél. & Fax : (021) 25 29 55.

Document N 6 : Compte- rendu de la visite de Ben Ali au Parlement de Strasbourg.
Les Parlementaires européens boycottent massivement
Ben Ali à Strasbourg :
« Votre comédie anti-islamiste, on n’y croît plus ! »
Horizon 94, n° 1 – Août 1993, p. 3.
Au-delà des visées financières escomptées par sa visite du 22 juin au Parlement de Strasbourg, Ben Ali voulait avant tout se donner une crédibilité de bon démocrate fréquentable après avoir vu son image de marque gravement érodée non seulement lors du soutien officiel apporté à son frère lors de son procès à Paris pour trafic de drogue, mais aussi après la condamnation de son régime par la plupart des organisations internationales humanitaires pour atteintes graves aux droits de l’homme et pratique systématique de la torture.
C’est dire l’importance accordée à la visite de Ben Ali au Parlement européen, une visite longuement et coûteusement préparée depuis plus d’un an par l’appareil de l’Etat et par la puissante Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE), chargée de missions impossibles.
Tous ces efforts sont tombés hélas à l’eau en l’espace de quelques heures. Il a suffi au Collectif des Communautés Tunisiennes en Europe et au Comité d’Appel à la démission de Ben Ali, de faire leur devoir d’information auprès des parlementaires européens en les sensibilisant sur le recul de la démocratie et l’aggravation des atteintes aux droits de l’homme et les dangers qu’une telle politique fait encourir au pays en matière d’extrémisme religieux pour que toute l’entreprise tourne au désastre politique par un boycottage massif décidé par les groupes politiques parlementaires, toutes tendances confondues, pour dire à Ben Ali : « votre comédie anti-extrémiste, on n’y croit plus ! »
C’est en effet devant un hémicycle « plutôt clairsemé » – comme l’écrit J.-C. Kiefer dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 23 juin 1993 – que Ben Ali a prononcé son discours au Parlement européen. Dix à quinze pour cent des 518 députés européens ont assisté à la cérémonie, malgré le remplissage de la salle des agents de l’ATCE et des applaudisseurs professionnels du RCD. Un d’entre eux n’a pu s’empêcher de crier à la fin du discours présidentiel : « Yahya Ez-Zine! ». Beaucoup de journalistes suivant le discours à la télévision parlementaire, ont cru entendre : « Assassin ! » !! Une illusion que personne ne pourrait démentir !
L’échec de cette manoeuvre européenne se mesure aussi à travers le discours du président du Parlement européen, M. Egon Klepsch, qui dans le mot prononcé à l’issue du discours de Ben Ali n’a décerné aucun satisfecit au sujet des « réalisations démocratiques » dont l’illustre hôte s’est targué devant lui, se contentant, par politesse, de prendre acte au « vu » du discours, de la « foi » de son hôte dans « ce que les institutions démocratiques puissent influencer les événements et le développement ». On ne peut être plus poli !
Dans son communiqué du 23 juin, le Collectif des Communautés Tunisiennes en Europe, qui a appelé les parlementaires européens à boycotter le discours de Ben Ali, s’est félicité de leur courageuse et honorable geste vis-à-vis du dictateur tunisien :  » Notre collectif remercie vivement les députés européens d’avoir exprimé par leur boycottage massif du discours du dictateur Ben Ali devant le Parlement européen, leur désapprobation des violations des droits de l’homme et de l’étouffement dangereux des libertés publiques en Tunisie.
« Ce geste constitue une mise en garde ferme à l’encontre de tous les nouveaux dictateurs qui se drapent des principes des droits de l’homme et de la démocratie pour mieux les violer.
« Nous souhaiterions que le Parlement européen aille plus loin que ce geste symbolique afin de prendre des mesures concrètes de nature à contribuer efficacement à l’instauration d’une véritable démocratie en Tunisie, en tant que partenaire de l’Europe, et à lui éviter de connaître les affres de la dictature religieuse à laquelle travaille activement et efficacement l’actuelle dictature « laïque » de Ben Ali. »
Rappelons que cet « événement historique » annoncé par les serviteurs de Ben Ali à grands renforts de coûteuses brochures publicitaires sur le régime sept- novembriste, distribuées dans les salles de presse du parlement européen, n’a pas trouvé une seule ligne dans les journaux nationaux français, comme Le Monde, Libération ou Le Figaro, ou dans les journaux télévisés des chaînes nationales françaises et internationales… Une rebuffade historique

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :