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Omar Khayyâm: Tunisie, l’attente…


Tunisie, l’attente…

Omar Khayyâm- Montréal le 13 novembre 2005

 


Un Tuniso-canadien qui a visité son pays d’origine il y a quelques mois, m’a dit que l’atmosphère générale en Tunisie lui rappelle la pièce de Samuel Beckett  » En attendant Godot ». C’est un climat d’attente insoutenable. Tout le monde a le sentiment que la fin du cauchemar est proche, mais personne ne sait de quelle manière Ben Ali et son régime vont tomber. « Ça ne peut pas continuer comme ça » ne cesse de répéter le commun des citoyens. Mais la majorité se sent désarmée. Elle est fataliste, résignée. Elle attend un coup du Destin. Mais ce coup n’arrive pas. Et le dictateur respire encore…
Cette attente a atteint les hautes sphères de l’État. Certains hauts responsables expriment leur ras le bol en privé, mais personne n’ose prendre l’initiative. Pourquoi? Il y a une notion qui revient sans cesse dans tous les livres qui racontent les histoires des dictatures:  » atomisation de la société ». Une société atomisée est une société où les citoyens sont écrasés par le poids du système Etat-Parti et ne peuvent s’associer dans des organisations autonomes les rendant solidaires les uns des autres. Le système totalitaire occupe et contrôle tous les espaces publics. Rien ne lui échappe. Une organisation pyramidale, où Parti et Police collaborent étroitement, assure le contrôle de la société à tous les niveaux.
Tous les dictateurs savent que rien ne vaut l’autocensure et la peur intériorisée. La peur est partout. Elle habite aussi bien le Premier ministre que le simple ouvrier de l’État. Il suffit de faire croire aux gens que le système est omnipotent pour qu’il devienne réellement omnipotent. En outre, l’enfer vécu par les ex-prisonniers politiques, les familles des islamistes et les militants des droits humains est le meilleur moyen de « convaincre » les citoyens de l’inutilité de toute
forme de résistance. S’il est interdit de critiquer le comportement d’un simple policier alors que dire de celui d’un responsable politique, d’un membre de « la famille » du Parrain?
La question n’est plus de démasquer le système. Le roi [Ben Ali] est nu depuis belle lurette. Mais de faire bouger les choses, de passer de la dénonciation à la planification de la chute de la dictature. Le dictateur tunisien sait qu’il est haï par son peuple. Il sait qu’il ne sera plus invité ni en Europe ni en Amérique du Nord. Il sait, enfin, qy’il ne pourra plus jamais s’acheter une nouvelle virginité. Mais il sait aussi que la moindre ouverture risque de le faire tomber. C’est l’impasse.
Le dictateur de Carthage continuera à naviguer à vue jusqu’au dernier jour de sa vie politique. Mais pour lui, le SMSI [Sommet Mondial sur la Société de l’Information] est le sommet de tous les dangers. Comme tous les dictateurs, il se méfie des projecteurs des médias comme de la peste. L’agression contre l’envoyé spécial de Libération est un avertissement à tous les journalistes qui seront très prochainement présents à Tunis. Le régime tunisien sait très bien que la présence de centaines de journalistes et des télés du monde entier est une chance unique pour le peuple tunisien de se soulever sans risquer d’être réduit au silence par le lugubre bruit des blindés et les funestes rafales de mitraillettes.
Qui chassera Ben Ali de Carthage? La maladie? Le peuple, en se soulevant? Ou un nouvel artisan d’un Changement bis, qui anticipera les événements? Si le futur était prévisible, tout le monde mourrait d’ennui…
http://www.tunisitri.net/

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