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Haroun Mohamed: L’Irak arabe devient l’Irakistan


 

L’Irak arabe devient l’Irakistan
Haroun Mohamed
28 décembre 2005
Traduit de l’arabe par Ahmed Manai

Alhiwar.net
Original : http://www.alhiwar.net/sms.php?id=23607&db=l-s&srv=com&div=main

 

 

 

L’Irak arabe devient l’Irakistan

Par Haroun Mohamed: 28 décembre 2005
Il a fallu qu’un avocat arabe du Qatar se porte volontaire pour défendre l’ancien président Saddam Hussein pour que les chauvinistes de tout acabit, les partisans du confessionnalisme, les sectaires, les Azéris, les Persans, les Indiens et autres Afghans, – arrivés en Irak derrière les chars de l’occupation et devenus depuis président, gouverneurs, ministres et responsables de l’Irak – soient saisis d’une folie collective, au point que l’un des porte-parole de ce que l’on appelle une Haouza, du Nadjaf ou de Karbala (car elles se sont multipliées depuis pour servir le même dessein) monte au créneau pour stigmatiser l’arabité de l’Irak et réclamer le rattachement du pays à Téhéran, à Qom ou à Meched. Et de demander au passage l’arrestation de l’avocat Najib Al Nouaimy et son confrère américain, l’avocat Ramsay Clark, au motif qu’ils sont entrés en Irak sans visa, selon Sa Sainteté. Un député de l’Assemblée Nationale a emboîté le pas au Mollah, pour soutenir son appel et réclamer à son tour l’arrestation des deux avocats au motif qu’ils étaient entrés illégalement dans le pays. Et ce n’est que justice que des clandestins soient interpellés et jugés !
Puis tout d’un coup la campagne contre Al Nouaimy et Clark s’arrête et le rideau tombe sur cette affaire parce que l’on s’est rendu compte qu’ils étaient entrés en Irak avec des visas réglementaires délivrés par l’ambassade d’Irak à Amman, qu’ils avaient acquitté les redevances correspondantes et loué un avion privé pour venir à Bagdad. Bien plus, les autorités américaines leur avaient fait payer les frais de transport de l’aéroport à la zone verte. Ce qui veut dire que leur voyage et leur entrée dans le pays étaient ce qu’il y a de plus conforme aux règlements en vigueur.
Il n’en est pas ainsi par contre pour les foules d’Iraniens qui pénètrent en Irak à travers les frontières de Bassora, El Kout et El Amara sans passer par les postes frontaliers officiels, sans visas et même sans passeports. La situation est telle que les Iraniens introduisent dans le pays des camions remplis d’urnes et des tonnes de formulaires de vote, bien imprimés sur un papier de luxe, mille fois meilleur que celui qui sert aux formulaires officiels distribués en Irak. Le tout pris en main par des entrepreneurs bien organisés en plein accord avec des membres du gouvernement et des responsables de la commission des élections, selon la formule bien connue « à chacun son dû ». L’Irak est un pays ouvert à tous les vents et dont la souveraineté est bafouée et pas uniquement par les Américains. C’est un pays en butte au pillage de haut en bas et surtout, ne croyez pas qu’il y a une commission électorale indépendante, une autre pour l’honnêteté, une troisième pour l’éradication du Baas, une quatrième et une cinquième jusqu’à la trois centième. Nous devons ce nombre faramineux de commissions et d’organisations, à monsieur Bremer et à l’Agence Américaine de Développement, officine de la CIA, ainsi qu’à de nombreuses autres agences qui travaillent dans l’ombre.
Imaginez qu’un responsable de la commission électorale (indépendante) était jusqu’au mois de juin 2003, le meneur des manifestations des officiers et des soldats libérés par Bremer- pour réclamer leurs soldes- ce qui est fort juste- et le voilà brusquement à la tête d’une organisation de la société civile avec des bureaux au centre de Bagdad, des ordinateurs, des voitures et des gardes du corps et tout le tralala, puis directeur général de la dite commission, et sûrement le membre le plus influent de son conseil d’administration.
Il s’est révélé par la suite qu’il était sous-officier dans un tribunal militaire à Al Karakh et habitait une maison modeste dans le quartier Assaidia avant de déménager à la zone verte où il occupe la villa d’un ancien ministre. Il s’est révélé aussi qu’il a réussi à s’entendre avec une autorité américaine après l’avoir abusée en lui présentant des dossiers falsifiés sur le tribunal militaire où il avait travaillé en qualité de greffier. Dans sa stupidité, l’autorité en question l’a adopté, convaincue qu’elle est tombée sur un gibier rare et l’a nommé à la commission des élections, prétendument domaine de sa spécialisation.
C’est la même situation que nous rencontrons avec cette dame qui s’est transformée subitement de fonctionnaire subalterne à l’université de Babylone à EL HELLA, en responsable importante de la dite commission. Cela lui a permis de dépenser 56 millions de dollars au titre de salaires et de rétributions des agents travaillant dans les bureaux de vote à l’étranger, dont 3 millions de dollars payés à une société domiciliée en Jordanie et appartenant au frère d’un membre influent de la coalition et député à l’assemblée nationale, bien que le gérant de la société vive en permanence aux Emirats arabes.
Revenons maintenant au problème des entrées en Irak sans visa officiel et au scandale créé de toutes pièces par les apprentis sorciers de la souveraineté irakienne bafouée par la prétendue entrée des deux avocats en Irak sans visa. Mais pourquoi ces gens avaient-ils gardé le silence total quand le Vice-président américain Dick Cheney était arrivé à Bagdad et descendu au palais présidentiel (l’ambassade américaine actuellement) et que les Talabani et autres Jâafari y avaient accouru sur un simple appel téléphonique de l’ambassadeur Zelman, pour découvrir, à leur grande surprise, qu’ils étaient en présence du Vice-président américain ? D’ailleurs le chef du gouvernement n’avait pas hésité à exprimer publiquement sa grande surprise « de se retrouver en présence de Monsieur le Vice-président ». Les visites des responsables américains, nombreuses, toutes à l’improviste et sans le moindre respect des normes et usages diplomatiques, ont provoqué récemment la réaction d’un écrivain humoristique irakien écrivant sous le pseudonyme de Chelech, qui a dit que l’Irak est devenu KHAN JEGHAN, c’est à dire une cour des miracles, ouverte à tous les vents où n’importe qui peut y rentrer et en sortir sans aucune formalité et où le chef du gouvernement, Ibrahim El Jâafari, en principe premier responsable du pays, est tout simplement un cornu. A ce niveau, une question s’impose : pourquoi les responsables irakiens ne demandent-ils pas aux illustres visiteurs du pays de les prévenir de leur visite afin qu’ils puissent leur préparer la garde d’honneur, le tapis rouge, les dattes et le lait à leur arrivée à l’aéroport et tout ce qui relève des règles protocolaires ? D’ailleurs franchement, pourquoi toutes ces complications inutiles, alors que les Cheney, Rumsfeld, Rice et le général Abou Zeid, tout comme leurs collègues anglais, australiens, polonais et autres sont les maîtres des lieux selon notre vieille tradition qui dit que « Ô notre hôte ! Si vous nous faites l’honneur de venir chez nous, vous verrez que vous serez le maître et nous vos invités ». Et d’ailleurs qui, parmi tous ces gens qui gouvernent à Bagdad, peut oser demander à l’ambassadeur Zelman la date d’arrivée d’un général ou d’un ministre américain ? La réalité est que Zelman est le gouverneur effectif de l’Irak et que c’est lui qui décide de tout. Nous l’avions tous constaté au cours de la conférence de presse conjointe de Rumsfeld et Al Jâafari, quand, sur un signe du patron du Pentagone, il se saisit du microphone pour dire qu’il estime toujours que le ministre de l’Intérieur, Baker Soulaghi, était un sectaire qui dirigeait des milices et qu’il n’était pas digne de diriger le ministère de l’intérieur.
Le plus curieux est que Soulaghi était derrière Al Jâafari au cours de cette conférence de presse et qu’il s’était éclipsé en une seconde. C’est le grain de sel qui fond dans l’eau. Beaucoup ont remarqué aussi comment Rumsfield a fait appel au général Keisi pour répondre à la question d’un journaliste sur la libération d’un certain nombre d’anciens responsables Irakiens. Le général s’est avancé pour déclarer que cette libération a été décidée après que l’instruction eut conclu qu’ils n’étaient pas fautifs, et ce en coordination avec le cabinet de monsieur le Premier ministre et le Tribunal criminel Irakien. Ceux qui ont vu le visage de Jâafari, celui d’un sourd-muet devant un orchestre, à l’écran de télévision, se sont bien rendus compte qu’il venait d’apprendre la nouvelle avec tous les autres.
C’est la réalité des nouveaux dirigeants de l’Irak nouveau, l’Irak de la démocratie, du multipartisme et des élections honnêtes. Rappelons, à propos des dernières élections, emportées majoritairement par la coalition chiite à la force des gourdins et des bastonnades, qu’elles constituent le nouvel acte de la démocratie de Bush et le modèle appelé à être appliqué prochainement dans d’autres pays de la région.
Les Américains expérimentent en Irak les idées, les projets et les plans qu’ils désirent et selon la formule bien connue « nous sommes chez nous et nous sommes libres de nous amuser comme il nous plaît, qu’ont donc les autres à nous en vouloir ? ». Les chauvinistes, les sectaires et les scissionnistes sont leurs serviteurs qui exécutent leurs ordres et leurs consignes à la lettre et ce dans le dessein bien clair de mettre l’Irak en miettes et de démanteler l’Etat irakien par étapes successives. Les élections qui viennent de se dérouler, avec un trucage jamais égalé, ne sont qu’un préambule au démantèlement d’un vieux et fier pays arabe et à la naissance de mini-États, de principautés, de cantons et de Cheikhats selon les règles de la proportionnalité. Bravo- Mabrouk- aux Iraniens qui ont réalisé leur rêve et réussi à gouverner la moitié de l’Irak grâce à la démocratie américaine et aux élections sectaires ! Bravo- mabrouk- à Sharon, à Pérèz et Netanyahou : le rêve de Ben Gouriun, de Golda Meir et Moshé Dayan d’effacer de la carte l’Etat irakien centralisé est en voie de réalisation ! Enfin, toutes nos félicitations aux occupants américains et à leurs serviteurs
Haroun Mohamed est un écrivain et homme politique irakien vivant en Grande Bretagne.
Traduit de l’arabe par Ahmed Manai
http://www.tunisitri.net/

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