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Ahmed MANAÏ: LETTRE OUVERTE A RADHIA NASRAOUI


LETTRE OUVERTE A RADHIA NASRAOUI
Ahmed MANAÏ: 20 juillet 2002

 

Le 26 juin, journée internationale des Nations Unies en soutien aux victimes de la torture, vous avez entamé une grève de la faim pour protester contre le sort inique qu’un pouvoir sans foi ni loi, réserve depuis des années, au militant Hamma Hammami, votre époux, ainsi qu’à vos enfants et à vous-même.

LETTRE OUVERTE A RADHIA NASRAOUI
Par Ahmed MANAÏ: 20 juillet 2002

Le 26 juin, journée internationale des Nations Unies en soutien aux victimes de la torture, vous avez entamé une grève de la faim pour protester contre le sort inique qu’un pouvoir sans foi ni loi, réserve depuis des années, au militant Hamma Hammami, votre époux, ainsi qu’à vos enfants et à vous-même.
Vous êtes aujourd’hui au 25ème jour de cette grève et vous déclarez que «quoique affaiblie, vous irez jusqu’au bout ».
Tous ceux qui vous connaissent de près et même de très loin, pour avoir simplement suivi votre combat quotidien d’avocate, défendant le droit de tes clients à une justice simplement correcte, respectueuse des formes, des procédures et des textes, savent pertinemment que vous êtes capable, comme vous le dites, d’aller jusqu’au bout. Non seulement parce que vous êtes une femme de conviction, prête à payer au prix fort son engagement moral, mais aussi parce que le client que vous défendez aujourd’hui n’est pas n’importe quel client. Il est votre mari, votre ami, votre camarade, le père de vos enfants et à ces divers titres et d’autres, l’être qui vous est le plus cher et dont le calvaire et la longue absence assombrissent votre existence.
Il est tout à fait légitime et c’est tout à votre honneur de choisir de vous faire violence et même de traumatiser les vôtres en le faisant, en lançant ce cri du cœur et du corps à la face du monde, pour attirer son attention et réclamer justice.
Cet objectif, Radhia (permettez-moi de vous appeler par votre prénom), de secouer les consciences et d’éveiller les esprits à votre drame familial, est déjà largement atteint depuis les premiers jours de votre grève et sans que vous ayez besoin d’aller jusqu’au bout. Certes, il faudrait davantage et même autre chose qu’une grève de la faim, pour réveiller la conscience, sans doute embryonnaire, du monstre congelé qui encage votre mari et tout un peuple, mais, en ce moment et à ce stade, vous devez croire avec le sage Socrate, que « ceux qui subissent les injustices sont moins à plaindre que ceux qui les leur infligent ».
Radhia
Quelque soit l’issue de votre grève sur le sort de votre mari, vous avez largement accompli votre mission et, paraphrasant Selima Ghazali, une autre grande dame de ce Maghreb Résistant, vous avez poussé vos compatriotes « à s’en remettre à leurs consciences pour chercher et trouver, la manière dont ils devront s’organiser pour résister, malgré tout ». C’est pour cela qu’il faudrait arrêter votre grève et cesser, en optant pour une stratégie de combat personnel, d’adopter des conduites de survie individuelle (dans votre cas, c’est plutôt le suicide, que Dieu vous en préserve). Il est illusoire de croire à une solution individuelle dans un drame collectif !
Vous pouvez me rétorquer bien sûr, que, entouré de ma famille et n’étant, ni dans une cellule de la prison du 9 Avril, ni même dans la grande prison qu’est devenue la Tunisie, il m’est facile de donner des conseils. Mais croyez- moi, après bientôt douze ans d’exil, la sentence d’Euripide « qu’il n’y a pas de plus grande douleur au monde que la perte de la patrie » relève pour moi, d’une justice immanente.
Radhia,
Des milliers de femmes et d’hommes en Tunisie et ailleurs, des époux et des épouses, des sœurs, des fils et des filles sont dans votre cas et celui de vos enfants. Séparés depuis longtemps qui du père, du frère, de la mère ou de la sœur, ils sont prêts à payer chèrement le prix de la liberté de leurs proches. Déjà et de partout, des messages arrivent, à moi et à d’autres, pour demander que faire pour la grande dame que vous êtes et comment relayer votre combat, autrement que par les communiqués de presse et de soutien.
La réponse, claire et nette, est inscrite en droite ligne de votre action depuis près d’un mois. Elle est dans la poursuite de cette grève de la faim, mais par d’autres, en Tunisie et ailleurs. Violette Daguerre, Haytham Manna, Moncef Merzouki et moi-même, sommes prêts à prendre immédiatement la relève. Dans de nombreux pays, nos amis à Justicia Universalis, dont vous avez connu certains et d’autres plus nombreux dans d’autres organisations, se mobilisent eux aussi, pour continuer ce que vous avez commencé et prendre le flambeau à leur tour.
Mais pour que cela s’organise et se fasse, il faudrait que vous arrêtiez votre grève. Faites-nous confiance. Votre combat est le nôtre. Il est celui de chacun de nous.

Amicalement

20 juillet 2002
Ahmed MANAÏ

http://www.tunisitri.net/

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