Poster un commentaire

Antoine Menuisier: La visite controversée du président tunisien en suisse


Le Nouveau Quotidien (Suisse)

 

La visite controversée du président tunisien en suisse

Antoine Menuisier: 7 juin 1995

Un ancien prisonnier politique dénonce la venue de Ben Ali à Genève.
Le chef d’Etat est invité par le Bureau international du travail.

Compte tenu des faits, très graves reprochés au régime tunisien et à son président, le général Ben Ali, on se demande pourquoi le secrétariat général de l’Organisation internationale du travail (OIT), à Genève, a invité le dirigeant de Tunis à venir inaugurer, demain à la Bibliothèque du Palais des Nations, une exposition intitulée : « De Kairouan à Carthage ; esprit des lois et tolérance ». Les adversaires de Zine Ben Ali, qui lui ont préparé un « comité d’accueil », avancent une explication. C’est la conférence internationale des syndicats libres qui aurait, en remerciement à la Tunisie pour sa contribution au dialogue proche- oriental, encouragé l’OIT à faire un geste ne direction du président Ben Ali. Par contre, ni la Confédération, ni le gouvernement genevois ne rencontrent ce dernier.
Hier à Genève, des opposants au régime tunisien, parmi lesquels Ahmed Manaï, ancien prisonnier politique torturé par ses geôliers, ont tenu à dénoncer la visite du président. La Tunisie nourrit encore chez certains l’image de la Suisse de l’Afrique du Nord, parallèle autrefois accolé au Liban pour le proche- Orient et, il n’y a pas si longtemps, au Rwanda pour l’Afrique noire ? Il faut briser cette image, ont dit ces opposants à Ben Ali. Et le témoignage d’Ahmed Manaï, rapporté dans un livre*, est accablant pour l’ancien ministre de l’intérieur de Bourguiba, devenu président à la faveur d’un « coup d’Etat médical », en 1987, contre le vieillard cacochyme, héros de l’indépendance tunisienne.
Agronome de formation, expert auprès de l’ONU, aujourd’hui exilé à Paris, Manaï a eu le tort, aux élections législatives de 1989 auxquelles il se présentait, de se réclamer d’un humanisme religieux. Or Ben Ali pourchasse tous ceux qui, de près ou de loin, fraient avec les islamistes. Interdits d’existence partisane, ceux-ci sont réduits au silence. Et comme toute contestation de son pouvoir ne peut servir, selon lui, que les intérêts du pôle islamiste, il en profite pour faire taire toute opposition réelle. Dans son rapport de 1994, Amnesty International recensait 2000 prisonniers politiques en Tunisie, en 1993. Le recours à la torture, ajoute l’organisation, est une pratique courante dans les locaux du ministère de l’Intérieur.
Visiblement apeuré à l’idée que ses propos puissent contrarier le président Ben Ali, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) et vice-président de la CISL, Ismaïl Sahbani, explique, en signifiant son approbation, que son pays agit envers les islamistes comme à l’époque, l’Italie vis-à-vis des terroristes, issus des brigades rouges. Mais l’Etat ne torture pas. Nous nous élèverions contre une telle pratique ».
« Supplice Tunisien », La Découverte, 1995.
Antoine Menuisier

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :