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Tunisie : un livre qui suscite la polémique


Tunisie : un livre qui suscite la polémique

BAUDOUIN LOOS
10 juillet 1995


La fâcheuse réputation de la Tunisie du président Zine El Abidine Ben Ali en matière de droits de l’homme ne date pas d’hier. Les rapports des organisations spécialisées dénoncent d’ailleurs régulièrement les méthodes coercitives tunisiennes, rapports que les autorités rejettent avec autant de force. Le livre publié par Ahmed Manaï au printemps de cette année se veut un témoignage du type de dépassement auquel le citoyen tunisien se trouve confronté s’il a le malheur de sortir de la « pensée unique » locale.
« Supplice tunisien, les jardins secrets du général Ben Ali »(1) porte bien son nom, à en lire le récit des deux semaines passées par l’auteur, à son retour au pays en 1991, torturé pour « complot »avant d’être relâché, « sur intervention du président », non sans avoir perdu sa dignité devant ses bourreaux.

« Clans mafieux »
Désormais exilé, M.Manaï, que nous avons rencontré cette semaine à Bruxelles, a gardé de son aventure beaucoup de ressentiment, singulièrement à l’égard du président Ben Ali, qu’il décrit comme un « dictateur sans envergure » et dont il nie la moindre réussite. Pour lui, la Tunisie est désormais aux mains de « clans mafieux »- au nombre de quatre, qu’il égrène d’ailleurs avec précision-, et ne survit que grâce à l’appui occidental. Le pouvoir tunisien arrange bien l’occident, qui n’a cure de la démocratie et des droits de l’homme dans le tiers monde ; ce qui l’intéresse, ce sont des régimes forts, stables, argumente-t-il. Je l’ai bien constaté en France, à droite comme à gauche : on dit éviter toute ingérence, mais on soutient les régimes, du point de vue économique et militaire. Le régime tunisien tient grâce à l’aide de la France, des Etats- Unis…et de plus en plus d’Israël (qui se félicite du rôle tunisien dans le processus de paix).
Les autorités tunisiennes, très soucieuses de l’image de marque de leur pays, n’apprécient guère la campagne d’Ahmed Manaï, qualifié de « chef du mouvement intégriste Ennahdha » (2). De son côté l’ancien expert international auprès de l’ONU écrit que sa candidature en tant qu’indépendant aux législatives de 1989-source de ses ennuis- avait été soutenue contre son gré par Ennahdha, à l’époque toléré. Mieux, il ajoute connaître et apprécier Rachid Ghannouchi, le maître à penser du mouvement islamiste tunisien. Un crime ? Ennahdha n’a jamais recouru aux méthodes terroristes chères à certains fanatiques islamistes sous d’autres cieux, parfois tout proches. Un parti est toujours un peu le reflet de la société dont il émane, observe M.Manaï. Il y a ainsi des différences entre l’ex-démocratie chrétienne italienne (corrompue) et allemande. Idem chez nous : Ennahdha est le produit d’une histoire peu marquée par la violence ; le FIS, au contraire, est le reflet d’une société traversée par des contradictions et qui connut longtemps le colonialisme, le despotisme.

« Calomnies et mensonges »
Pour Tunis, M.Manaï dissimule ses activités parisiennes dans les milieux d’extrême droite et des cercles de la revue d’histoire révisionniste. (…)Et, il tente d’orchestrer une campagne de dénigrement systématique pour jeter la confusion dans les esprits, usant de cynisme, d’impudence pour traîner à longueur de pages, ressentiments, calomnies et mensonges.

Dans le rapport annuel d’Amnesty International, publié mercredi dernier, le cas tunisien fait l’objet de remarques semblables aux autres années : « Des centaines de personnes soupçonnées de sympathie à l’égard de l’organisation interdite islamiste Ennahdha ou du parti communiste des ouvriers tunisiens, également interdit, ont été arrêtés au cours de l’année (94), en même temps qu’un certain nombre de détracteurs du gouvernement. (…) Des informations font état de traitements cruels, inhumains ou dégradants, infligés systématiquement aux prisonniers politiques. Quatre prisonniers politiques, au moins, sont morts en prison ».

1) Editions La Découverte (Préface de Gilles Perrault)
2) Aucune explication n’est toutefois fournie sur le traitement de faveur inhabituel- la liberté-
accordé à une personne présentée comme faisant partie de la direction d’Ennahdha, et qui était accusée de « complot contre la sûreté de l’Etat

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