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Ahmed Manai: périple canadien


Janvier 1999

Péripe canadien de Ahmed Manaï

Interview parue dans l’Audace- N°48- Janvier 1999.

L’audace : Vous revenez d’un voyage d’information au Canada. Voulez-vous en parler à nos lecteurs ?

Ahmed Manaï : En effet, j’étais au Canada pendant les deux premières semaines de novembre 98, en tant que représentant de l’Institut Tunisien des Relations Internationales et à l’invitation de l’Association des droits de la personne au Maghreb et du Département d’information et de communication de l’Université Laval au Québec. M. Khemaïs Chammari était aussi invité, mais d’autres engagements l’ont empêché de faire le déplacement, au grand regret de ses amis.
Quant à la mission, elle fut organisée à l’avance par mes hôtes. Ce sont eux qui ont établi l’agenda des rencontres et ainsi largement facilité l’accomplissement de ma mission. Je dois avouer que jamais mission n’a jamais été plus facile à accomplir, tant le terrain a été bien défriché par les militants tunisiens dont je citerai Jamel Jani, Tayeb Boubaker, Elie Jelassi et de nombreux autres, ainsi que tous les amis qu’ils ont gagnés à leur cause : Aziz Fall et surtout Lise Garon. Celle- ci occupe les avants- postes par le travail fantastique qu’elle accomplit par se écrits, ses déclarations, ses contacts, mais aussi par le courage avec lequel elle fait face aux attaques des autorités diplomatiques et consulaires tunisiennes.
Pour revenir à la mission, elle a comporté des rencontres avec des ONG, des parlementaires, de hauts fonctionnaires canadiens et d’organismes internationaux, des universitaires, des hommes politiques et bien sûr les médias, journalistes de la presse écrite, des radios et de la télévision.

L’Audace : En quoi consistait justement cette mission ?

A.M. : C’est la mission toute simple que nombre de tunisiens à l’étranger accomplissent au quotidien. Il s’agit d’informer et de sensibiliser les démocrates et les militants des droits de l’homme à la situation dramatique que vivent les tunisiens dans leur propre pays, de contrer la propagande de la dictature et bien sûr de prendre contact avec nos compatriotes immigrés et réfugiés politiques au Canada, afin d’aider à organiser un peu mieux la résistance et à restructurer l’opposition.

L’Audace : Quels furent vos activités publiques ?

A.M. : Il y a eu trois colloques sur le thème de la société civile en Tunisie, au cours desquels, Lise Garon et moi-même, avions intervenu respectivement, au département de science politique de l’Université de Montréal, au département d’information et de communication de l’Université de Laval et au Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne à l’Université d’Ottawa. Je dois noter à propos de ces colloques qu’ils n’avaient pas mobilisé des foules, ce qui est un peu dans la tradition des universités nord- américaines et aussi parce que les agents du pouvoir tunisien avaient pris soin, la veille de chaque colloque, d’arracher les affiches d’information. C’est ce qui a fait dire à l’ambassadeur tunisien « qu’ils étaient clandestins », confondant sans doute les colloques, parfaitement publics et ses arracheurs d’affiches.

L’Audace : Et vos contacts officiels ?

A.M. : Je ne crois pas qu’il soit très utile d’en parler. Le plus important à souligner, c’est le climat dans lequel se sont tenues toutes ces rencontres, le temps d’écoute qui nous a été réservé, l’extrême attention et la parfaite compréhension que nous avons trouvées auprès de nos interlocuteurs. Ce que mes amis et moi-même avons bien constaté, c’est que les responsables canadiens et québécois sont très bien informés de la situation en Tunisie. Ils sont conscients aussi que les tunisiens qui résident au Canada sont tous sous la loupe des autorités policières tunisiennes et se montrent très agacés par le harcèlement de l’ambassadeur- ami du président tunisien. Il faut d’ailleurs reconnaître à leurs diplomates à Tunis et notamment à leur ancien ambassadeur, M.Michel Roy, un courage que n’ont pas montré d’autres diplomates de pays partenaires de la Tunisie. Mais les Canadiens ont, comme tous les autres peuples des intérêts et parfois des craintes. Ils commencent à s’intéresser de plus en plus au Maghreb et à y investir, notamment en Algérie. A nous de faire en sorte que l’on s’intéresse plus au Canada et au Québec et de donner à cette grande nation la place qu’elle mérite dans nos relations de coopération, aujourd’hui et demain.

L’Audace : Et les réactions des autorités tunisiennes ?

A.M. : En dehors des arrachages d’affiches, elles n’eurent pas de réaction sur le champ. Mais c’est par la suite, surtout à la publication d’un article sur La Presse de Montréal, qu’elles ont commencé à réagir. L’ambassadeur et le consul général ont écrit des lettres de protestation au journal. Curieusement et contrairement à leur habitude, ils m’ont complètement ignoré. C’est Lise Garon par contre qui a subi les foudres de son excellence, sous la forme d’une campagne de dénigrement de son travail universitaire, au point de prétendre que l’auteur de « Silence tunisien » qu’elle est, n’a jamais visité la Tunisie. Ce qui est totalement faux puisque son dernier voyage en Tunisie date d’à peine 3 ans. Mais à trop essayer de justifier l’injustifiable, l’on finit par faire de faux pas. Ainsi, son excellence l’ambassadeur reconnaît que les 130.000 policiers dont il fut question au cours du colloque de Montréal, sont justifiés, puisque « certains pays appartenant aux plus vieilles démocraties occidentales, ont autant de policiers que la Tunisie, pour une population moitié moindre ». Mais son excellence s’est bien gardée de nous en citer un seul !

http://www.tunisitri.net/

 

 

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