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Ahmed Manaï: Les élections de 1989 ont été la plus grande tromperie électorale de notre histoire


Entretien avec Ahmed Manaï

« Les élections de 1989 ont été la plus grande tromperie électorale de notre histoire »

Interview réalisée par Slim Bagga
Paris le 5 avril 1999.

Il y a dix ans, le 2 avril 1989, étaient organisées en Tunisie des élections législatives et présidentielle. C’est à l’occasion de ce scrutin que le pouvoir avait montré sa véritable nature et ses lâches intentions. Depuis cette date, les Tunisiens ont commencé à subir une répression féroce sans précédent. Dix ans après cette occasion ratée et, à la veille de l’organisation d’une élection présidentielle en Algérie, nous avons interrogé Ahmed Manaï, ex-candidat indépendant à la députation en 1989.
Dans l’interview qui suit, l’auteur de « Supplice Tunisien : le jardin secret du Général Ben Ali » (Editions La Découverte- Paris 1995) analyse la situation politique dans les trois pays du Maghreb et évoque son expérience de 1989.
Interview…

L’Audace : Dans quelques jours, l’Algérie élira un nouveau Président. Que vous inspire, avant terme, ce scrutin ?
Ahmed Manaï : Avant le scrutin, la campagne électorale et les candidatures, il y a eu d’abord l’annonce de la démission du Président Zéroual. Voilà un président qui a été élu presque démocratiquement, avec quelques arrangements, qui se rend compte au bout de quelques années, qu’il ne dispose pas des pouvoirs constitutionnels que lui avait confiés son peuple, restait l’otage de l’armée et ne pouvait de ce fait s’acquitter convenablement de sa mission !
Il avait la possibilité d’aller jusqu’au bout de son mandat, mais choisit de démissionner et, prenant son peuple à témoin, il engage son pays dans un scrutin qu’il promet libre. Et tout indique qu’il le sera. En politique le courage est aussi d’avouer son échec et de partir tant qu’il est temps. Ma première pensée est à cet homme. Elle est aussi à toutes les victimes du drame vécu par les Algériens et à l’espoir qu’autorisent de nouveau leurs sacrifices. Il y a quelques années, le mot d’ordre officiel en Tunisie était « nous nous battrons jusqu’au dernier algérien ».
L’Audace : Les conditions dans lesquelles se prépare cette compétition semblent déconcertantes pour nous autres Tunisiens tant les débats sont francs et directs entre journalistes et candidats à la Présidence..
Ahmed Manaï : Franchement, je ne suis nullement surpris et encore moins déconcerté par l’ambiance, libre et démocratique de cette compétition. Je connais assez bien l’Algérie pour y avoir vécu longtemps et notamment dans les années 70. Je suis demeuré attentif à tout ce qu’y se passe. C’est l’Algérie de cette époque, de la chape de plomb, de la société aplatie et inerte, de la langue de bois et de l’embrigadement total de la population, qui m’avait déconcerté.

A la même époque, la petite et pacifique Tunisie voisine, bouillonnait d’idées, d’actions sociales et de revendications démocratiques, au point que le pouvoir algérien avait interdit à ses citoyens de s’y rendre.
Il faut expliquer l’ambiance de cette compétition :
Les événements d’octobre 1988 avaient consacré la faillite de l’Etat-FLN et l’explosion de toutes les énergies d’une société demeurée en hibernation depuis la fin de la guerre de libération. Depuis, rien ne pouvait demeurer comme avant. Il y a eu bien sûr un net arrêt de la démocratisation avec le coup d’Etat de 1992 et la mobilisation tous azimuts des éradicateurs pour une « Bénalisation » de l’Algérie. Mais c’était sans compter avec les capacités de résistance d’une société vigilante. Et ni la répression et la lutte armée qui s’en est suivie, ni leurs dérives mafieuses n’ont réussi à venir à bout de cette résistance. Bien au contraire, le mouvement des droits de l’homme et l’action politique ont retrouvé dans ces défis, l’élan qu’ils ont perdu un peu avec la montée en puissance du FIS et 1990- 1991. Depuis, ils ne se sont jamais résignés, malgré les pressions et les menaces qu’ils subissaient. Que l’on se souvienne un peu de la rencontre de San’Egidio, du combat de maître Yahia Abdennour et de nombre de ses confrères, de celui de Louisa Hannoune, de Hoceine Aït Ahmed et d’autres hommes politiques algériens, de Salima Ghazali et des nombreux journalistes qui ont défendu la liberté d’expression, parfois au prix de leur vie.
C’est tout cela qui a empêché qu’il n’y ait un seul candidat à la Présidence en 1995 et que celui de l’armée ne soit « élu » qu’avec le maigre score de 60%. C’est tout cela qui explique l’ambiance qui entoure la compétition électorale actuelle en Algérie.

L’Audace : La Tunisie a été pionnière en matière de démocratisation de la vie publique. Or, aujourd’hui, notre pays est, de l’avis de tous, à la remorque de ses voisins maghrébins…

A.M. : Les occasions pour une démocratisation de la vie politique tunisienne furent nombreuses. Celle qui nous fut donnée au début des années 80 fut la plus sérieuse. Notre échec à tous, tient à la fidélité au « père » de la plupart des leaders politiques des partis d’opposition, qui, pour la plupart, sont nés des scissions successives au sein du PSD ( MDS, MUP, PUP), à notre conception immuable de l’Etat, centralisateur et omnipotent, c’est-à-dire en fait, à la culture politique de toute une génération, fondée sur le parti unique.
Je crois que chaque parti entretient, en son sein et dans ses rapports avec les autres, cet esprit de l’unique et de l’irremplaçable. Les choses ne se sont pas améliorées avec la montée des mouvements islamistes. Si bien que nous nous trouvons devant une situation où, face o la demande forte et constante de démocratie dans la société, tout le monde s’affiche démocrate mais refuse d’accepter l’autre et de lui faire les concessions nécessaires.
La meilleure illustration de tout cela se trouve dans la position des anciens Staliniens, Albanais et autres Maoïstes qui, reconvertis dans les partis traditionnels, s’autoproclament, au mépris de la simple vérité historique, seuls démocrates et n’hésitent pas à prendre le parti de la dictature au prétexte que les islamistes menaçaient « la démocratie ».
Mais la politique ne tient pas qu’aux idées, aux programmes et aux partis. Elle tient aussi à la valeur des hommes qui les portent et les animent. Au niveau du personnel politique, j’avoue que la Tunisie a beaucoup de retard sur l’Algérie et le Maroc. Depuis 1981, date da légalisation de certains partis, aucun leader d’un parti d’opposition, légalisé ou non, n’a tenté de sortir du ghetto de sa formation, de fédérer autour de lui et de quelques idées simples et fortes, des gens venus d’horizons divers et d’accéder ainsi au statut de leader national. Je pense qu’au moins Ahmed Mestiri et Rached Ghannouchi avaient suffisamment de stature pour le faire.
Quand on connaît par ailleurs la grande misère du RCD à ce niveau, l’on peut aisément s’expliquer que la Tunisie, partie la première dans la course à la démocratie au Maghreb, se retrouve aujourd’hui au même niveau que la Libye, quelque part au-dessous de zéro.

L’Audace : Il y a dix ans, le 2 avril 1989, des élections législatives et présidentielle ont été organisées en Tunisie. Vous y avez participé en tant que candidat à la députation sur une liste indépendante. Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce scrutin ?

A.M. : Curieusement et en dehors des articles de presse de l’époque ou, plus tard, d’un article léger de A. Hermassi dans Confluences, je n’ai pas connaissance qu’il y ait eu beaucoup d’écrits sur le sujet. Ce furent pourtant les premières et dernières élections législatives (la présidentielle était hors compétition) réellement plurielles en Tunisie. J’aurai tant souhaité que d’autres- notamment Moncef Sliti, tête de liste de Ben Arous, présent en France, et dont la liste fut accréditée de plus de 35% des voix- nous apportent leurs témoignages et leurs éclairages sur ce qu’ils ont connu dans leurs régions respectives.
En gros, pour nous, les choses se sont passées ainsi/ la première mesure c’était de réunir les candidats de la liste. C’était le plus difficile, tant les gens avertis hésitaient à s’engager. Notre circonscription- Monastir- avait connu une année auparavant une élection partielle pour le renouvellement de deux sièges et seul un des nombreux candidats qui y avaient participé, a accepté de rejoindre notre liste. Ces candidats étaient terrorisés par la police politique et n’osaient pas l’avouer. Puis une fois la liste constituée, il noua fallu réunir les signatures nécessaires pour valider les candidatures. C’était relativement facile et nous avions réuni plus que n’exigeait la loi, en prévision des invalidations éventuelles sous les prétextes les plus divers.
Je me souviens à ce propos que la signature devrait être attestée conforme par la mairie et que c’était un agent municipal et un autre de la police politique qui réceptionnaient le document. Le fichage policier commençait à la source. Quand tout a été réuni, c’était l’épreuve de validation de la liste auprès du gouvernorat. L’attente fut longue, plus d’une semaine, au cours de laquelle il nous a fallu préparer le matériel de propagande et attendre de connaître la couleur officielle de notre liste. On nous avait attribué une couleur dorée, puis, jugeant sans doute que cette couleur risquait de trop attirer les femmes, sensibles à l’or selon les stratèges de Carthage, on nous la remplace par la couleur violette. Puis un volte- face et une nouvelle attente de quelques jours, car l’on s’est rendu compte, quelque part, que le violet était la couleur du président. Les listes indépendantes de gauche étaient grises et chacun des partis avait sa couleur estampillée..
La campagne, qui dura treize jours, s’était bien passée, du moins en apparence. L’essentiel, c’est qu’elle n’avait connu aucune forme de violence ni même d’agressivité. Il y avait par contre une peur latente que nourrissaient discrètement la police et les Rcédistes. Par certains côtés, cela donnait des situations amusantes. Nous avions pris l’habitude de rendre visite au M’outamed de la ville où se tenait notre meeting électoral. La plupart refusaient de nous recevoir et, les rares qui avaient accepté de le faire, ne l’avaient pas fait de gaieté de cœur. Toujours est-il que l’un d’eux nous reçut gentiment. Il était entouré des Omdahs de sa zone, qui eux refusèrent de nous adresser la parole. Et le M’outamed de les gronder en leur rappelant que c’est à nous qu’ils devaient l’augmentation substantielle de leur salaire, obtenue la veille.

L’Audace : Certains parlent depuis d’une deuxième occasion ratée pour la Tunisie d’accéder à une vie politique plurielle après celle de 1981…

A.M. : La Tunisie a eu plusieurs occasions, toutes plus sérieuses les unes que les autres, pour accéder à une vie politique normale. Nous avons eu la première, la plus sérieuse et qui aurait changé le cours de notre histoire, dans l’immédiate indépendance en 1956. Le pays sortait victorieux et enthousiaste d’un long combat de libération, mené presque exclusivement au plan politique. Il pratiquait depuis au moins vingt ans le pluralisme politique et syndical, avec ses deux partis destouriens, l’ancien et le nouveau, son Parti communiste et toutes les antennes tunisiennes des partis politiques français. Il disposait d’un personnel politique de valeur, d’une société civile riche et d’une presse libre. Pour mémoire, les élections municipales de 1957 avaient enregistré la percée de l’opposition à Monastir, Nabeul, Hammam-Lif, Zaghouan…On l’oublie toujours.
Le combat des chefs que s’étaient livrés les deux frères ennemis, Bourguiba et Ben Youssef, nous a fait rater l’occasion de continuer et de développer cette expérience.
La deuxième occasion est venue en 1969 avec la fin de l’expérience de collectivisation. L’Etat- parti était discrédité, sa légitimité ne tenait plus qu’aux restes de prestige de son chef, malade et absent et la société, profondément traumatisée, était livrée à elle-même durant plus d’un an. En l’absence d’idées et d’hommes nouveaux, il ne fut pas difficile au PSD, au prix de quelques promesses de réforme et d’une libéralisation économique, de se refaire une virginité.
La troisième occasion est venue en 1981 avec, pour la première fois, une participation de l’opposition, notamment le MDS et le PUP, aux législatives. Les gens voulaient le changement et l’avaient exprimé massivement. Nombre de responsables de l’époque reconnaissent que les résultats du scrutin furent largement truqués. Pourtant l’entrée de députés de l’opposition au parlement et même un parlement d’opposition n’aurait rien changé à la réalité du pouvoir. Ce dernier a toujours été à Carthage dans sa totalité et à perpétuité.
Venons-en maintenant aux élections de 1989. Après dix ans et avec toutes les informations et les analyses accumulées des événements, importants et anodins qui s’étaient passés de novembre 1987 à avril 1989, l’on se rend compte que cette élection fut la plus grande tromperie électorale de notre histoire. Ce fut le piège pour compter les poules dans le poulailler pour mieux les déplumer. Hitler n’avait pas fait autrement à son arrivée au pouvoir. Il ne révéla sa véritable nature qu’après l’incendie du Reichstag.

L’Audace : D’autres observateurs considèrent que l’organisation de ce scrutin entrait dans le cadre du plan diabolique de Ben Ali d’anéantir la société civile en commençant par les islamistes d’Ennahdha. Le régime semblait vouloir identifier à l’époque tous les fiefs islamistes avant d’entamer sa répression…
A.M. : La cible n’était pas seulement Ennahdha et les islamistes. Ces derniers, leur organigramme, leurs dirigeants à tous les niveaux ainsi que leurs militants étaient connus et fichés depuis longtemps, au cours des répressions précédentes (1981, 1984, 1987).
Il y avait autre chose qui s’était passé en 1987 et qui n’était pas suffisamment connu de la police. La répression était dure et avait touché des milliers de personnes dont nombre de femmes et d’adolescents. Un grand mouvement de solidarité, dépassant les clivages politiques, s’était organisé autour des prisonniers, dans les familles, les quartiers et les villages.
Je me souviens par exemple du procès de 42 jeunes suspects originaires de Ouardenine et des foules qu’il avait drainées durant trois mois. Je me souviens aussi que les frais d’avocat d’une dizaine d’entre eux furent réglés discrètement par un baron du Psd, sans aucune sympathie pour le mouvement dont ils étaient accusés d’appartenir. Nombre d’avocats proches du pouvoir avaient assuré gratuitement la défense de leurs clients. Puis quand ces jeunes furent libérés, quelques semaines avant le coup d’Etat, ils furent reçus par des foules en liesse et fêtés durant des semaines comme des héros.
Il s’est passé la même chose partout ailleurs, ce que la Tunisie n’avait pas connu depuis l’indépendance. Ces foules qui constituèrent par la suite la base électorale des listes violettes, n’étaient pas fichées par la police et l’élection allait lui en donner l’occasion.
Ces élections furent réellement un piège et le plus déconcertant c’est que tous les Tunisiens, simples citoyens, novices de la politique et vieux routiers, avaient cru aux promesses d’un scrutin libre et de l’avènement d’une ère nouvelle.
Ce fut en effet une ère nouvelle, mais d’un genre très spécial. Le plus important à rappeler dans ces élections c’est le score que l’administration a dû concéder à ces listes après tous les tripotages d’usage. Les listes violettes avaient obtenu officiellement plus de 20% des voix et non pas 14 ou 17%, comme l’avaient avancé certains calculs. Ceux-ci avaient tenu compte des listes grises, elles aussi indépendantes mais apparentées de gauche et qui avaient obtenu entre 1 et 2% des voix dans les rares circonscriptions où elles étaient présentes.
L’on doit se demander, dix ans après, pourquoi le pouvoir s’était engagé, dès le lendemain du verdict des urnes dans une répression générale, alors que ces scores ne bouleversaient nullement l’équilibre politique du pays ?
Certes le code électoral ne prévoyait pas de proportionnelle à l’époque, mais si tel fut le cas, l’opposition aurait obtenu haut la main en 1989, plus de sièges que ne lui promet le pouvoir en 1999, au prix de sa soumission.
L’Audace : L’année 1998 a vu le Maroc consacrer l’alternance au pouvoir. En 1999, on semble s’acheminer vers des élections transparentes en Algérie. La Tunisie est-elle condamnée à demeurer en queue de peloton ?
A.M. : Le Maroc est un peu à part au Maghreb. Sans être une démocratie, le Maroc a toujours connu un multipartisme réel. Le Roi est le chef religieux d’un pays profondément musulman et le chef d’une vieille dynastie. Sa double légitimité n’a jamais été sérieusement mise en cause ou contestée par son peuple. Ce qui le fut toujours par contre, c’est l’étendue de son pouvoir.
Les effets conjugués des revendications, fortes et constantes, de la société et le souci du Roi de léguer à son fils une monarchie stabilisée, feront que ce pouvoir sera moins étendu dans l’avenir. Il n’est pas étonnant que dans un avenir proche, la monarchie marocaine se transforme, à l’instar de sa voisine en Espagne, en monarchie constitutionnelle. L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche en 1998 n’en est que la première étape.
En Algérie, le pouvoir réel a toujours été tenu par l’armée, toujours unie envers et contre tous.
Depuis 1988, son pouvoir a évolué en dents de scie entre succès militaires relatifs et échecs politiques patents, risquant de menacer sérieusement l’unité de l’institution. D’où la décision de ses généraux major de la retirer du champ politique et de restituer ce dernier aux civils.
En Tunisie, c’est le pouvoir d’un homme, de plus en plus seul. Arrivé à la faveur d’un coup d’Etat, il chercha dans un premier temps à acquérir une légitimité à bas prix, en promettant tout et n’importe quoi à ses concitoyens. Il échoue et essaie de compenser son échec par une concentration entre ses mains de tous les pouvoirs de l’Etat et de la société réunis. Ce faisant, il ne s’est laissé aucune marge de manœuvre. C’est un peu le cas de la Libye sans le pétrole, mais avec une société plus combative. Si bien qu’on ne peut envisager valablement une solution à l’algérienne ou à la marocaine. La solution en Tunisie sera quelque chose de comparable à ce qui s’est passé en Indonésie, sans le filet de sauvetage qu’a représenté Habibi pour Suharto . Cela peut arriver n’importe quand et certains l’envisagent pour un proche avenir.

http://www.tunisitri.net/

 

 

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