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Ahmed Manai: Lettre ouverte à Donatella Rovera A.I.


 

A l’Attention de Madame Donatella Rovera
Amnesty International- Londres

 

Courcouronnes le 13 décembre 1998

Chère Madame Rovera,

J’ai pris connaissance du dernier rapport d’A.I. sur la Tunisie alors que je me trouvais au Canada, en tournée d’information. A mon retour en France, j’ai eu des échos du travail formidable que vous avez accompli, avec notamment notre compatriote K Chammari, auprès du Comité contre la torture à Genève.
Permettez-moi de vous en féliciter très sincèrement.
Je profite de cette occasion pour vous faire part de ces quelques observations.
J’étais au Canada à l’invitation de l’Association des droits de la personne au Maghreb et de l’Université de Laval au Québec. Ce fut aussi l’occasion de rencontrer de nombreuses Ong, des députés et des Officiels aux ministères de la justice et des affaires étrangères et d’intervenir à l’Université de Montréal et d’Ottawa. C’est la tournée que j’aurai dû faire l’année dernière à l’invitation de A.I. Canada et que Londres avait déconseillée.
En 1995 aussi, la section française d’A.I. avait déconseillé ma participation à une journée d’information sur la Tunisie organisée par A.I. Lausanne. La journée a eu lieu quand même avec ma participation et cela grâce à l’entêtement de monsieur Mayer, responsable de la section de Lausanne. Je pourrais énumérer d’autres cas où A.I. France a eu envers moi et mes amis la même attitude négative Ainsi, il m’a fallu récemment insister plus d’une semaine pour me faire envoyer une invitation à un séminaire organisé par la section française et qui s’est d’ailleurs révélé ouvert au public.
Mais ce n’est pas là l’objet essentiel de ma présente lettre.
Je voudrais vous dire toute ma surprise de constater que jamais A.I. n’a évoqué les agressions physiques dont furent victimes des tunisiens, opposants et défenseurs des droits humains en France.
Ainsi, le 29 février 1996, j’ai été moi-même victime d’une agression perpétrée par un commando de trois individus à l’entrée de mon immeuble. Mon ami Monder Sfar l’a été à son tour le 22 avril 1996 et de nouveau moi-même le 14 mars 1997 à Courcouronnes, à la suite de la publication d’un article sur laTunisie.
Cette dernière agression m’a valu une semaine d’hôpital et trois semaines d’interruption de travail. Elle fut jugée suffisamment grave par les autorités françaises pour que les ministres de la justice et de l’intérieur se concertent le 17 mars 1997 et décident de confier l’instruction à la brigade criminelle de Versailles. Une semaine plus tard, le gouvernement français chargeait le général Rondot de transmettre aux autorités tunisiennes les protestations du gouvernement et de l’Elysée.
Ces agressions ont failli être « dénoncées » par le parlement européen dans une résolution déposée par le groupe des Verts mais rejetée lors du vote, puis dans une lettre adressée aux autorités tunisiennes par la délégation pour les relations avec le Maghreb, fin 1997. Elles viennent d’être signalées par le rapport alternatif de la FIDH, qui, elle aussi, n’a jamais pris la peine de les dénoncer à temps.
Concernant les campagnes de dénigrement menées par des publications, anonymes ou non, les victimes que vous citez ont été les dernières à les subir, alors que vous omettez de citer de nombreuses autres, mises en pâture et menacées sur les colonnes de ces publications, depuis de nombreuses années .
Ceci dit, je n’oublie pas qu’à chacune de ces agressions vous m’aviez téléphoné, ce dont je vous ai remercié, ainsi que pour le soutien que vous aviez apporté à mon épouse en 1991, tant qu’elle était en Tunisie.. Mais il me semble qu’il y a une différence entre un geste personnel et un acte officiel.
Je vous prie de bien me comprendre. Je n’ai jamais aspiré à devenir un cas pour A.I., ni cherché de la publicité autour de ma personne. J’ai la certitude que mon ami Mondher Sfar partage mon avis. Dans le combat que nous menons ensemble depuis près de huit ans, nous n’avons jamais cherché à devenir des « défenseurs attitrés des droits de l’homme », ni compté sur le soutien de quiconque, mais nous n’avons jamais refusé non plus un soutien d’où qu’il vienne. En général nous nous défendons et défendons assez bien notre cause et nous estimons que ce qui nous est arrivé est presque normal.
En fait, si je vous écris à ce propos et je vous prie de me croire, c’est essentiellement pour ne pas voir A.I., qui a forcé le respect de tous pour sa défense de toutes les victimes de la répression en Tunisie et ailleurs, se faire reprocher un jour une quelconque sélectivité.
Pour terminer, je vous dirais que maître Abderrahmane El Hani, qui s’était déclaré candidat à l’élection présidentielle en 1994 et payé cher son audace, aurait dû être cité dans le dernier rapport d’A.I., d’autant qu’il se trouve actuellement incarcéré pour de nombreuses années et dans l’anonymat total.
Veuillez agréer madame Rovera, mes salutations distinguées.
Ahmed Manaï
I.T.R.I.

http://www.tunisitri.net
Cette lettre a été envoyée par Fax. Elle n’a jamais eu de réponse.

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