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Ahmed Manai: Lettre ouverte à Didier Daenincks.


A A A l’Attention de Monsieur Didier Daenincks. auteur et animateur culturel
Rédaction de: amnistia.net

Paris le 29/ 06/ 2002

Un article signé Adel Kastel, publié dans le journal londonien Al KUDS AL ARABI daté du 27/06/02 et relayé par TUNISNEWS le lendemain, m’a révélé (excusez mon impardonnable ignorance) votre existence et celle de votre site. Quelle fût ma surprise de découvrir, en le consultant, que c’est votre journal daté du 25/02/2000 qui a alimenté l’article d’Al KUDS, présenté pourtant comme une information d’une brûlante actualité.
J’ai bien compris, à la lecture des premières lignes de votre journal, que vous en voulez à mort à Gilles Perrault et que c’est à sa préface à mon livre que je dois ce rarissime privilège d’être épinglé par la « conscience universelle » que vous prétendez être.
Vous en voulez à mort à Gilles Perrault, disais-je. Vous avez sûrement vos raisons et je ne veux pas les connaître. Sachez néanmoins que, pour ma part, j’éprouve pour lui une profonde reconnaissance pour tout ce qu’il a fait et continue à faire pour la liberté et la démocratie dans nos pays. Je voue aussi une réelle admiration pour l’éminent homme de lettres que j’ai découvert bien longtemps avant « Notre ami le Roi » et ses préfaces et, ne pouvant rien vous cacher, j’ai pour lui une indéfectible amitié pour des raisons que seul le cœur en connait le secret. Je compte bientôt vous lire et je ne manquerai pas de vous exprimer mon admiration si, comme je l’espère, votre littérature m’apportera le plaisir que je n’ai pas trouvé dans vos investigations journalistiques. Le passé politique de Gilles Perrault, qui vous fait perdre le sens de la mesure et même l’esprit, m’importe peu, convaincu que seuls les idiots ne changent pas.
Venons-en maintenant à Abdelhamid Bdioui. Il fut mon premier colistier en 1989 comme je l’ai écrit et comme vous l’avez rapporté dans votre journal. Mais il s’était illustré, seize mois auparavant, par sa candidature à une élection partielle dans la même circonscription. C’était là, la principale raison de notre rencontre. Je l’avais bien écrit pourtant mais votre mauvaise foi vous a empêché de le signaler à vos lecteurs.
Et d’ailleurs, croyez-vous que les alliances politiques hors d’Europe occidentale, au Cambodge ou en Tunisie par exemple, se font et se défont en fonction des opinions des uns et des autres sur les événements de la seconde guerre mondiale. Aurai-je dû, avant de m’allier à Bdioui, sonder ses opinions, son conscient et son subconscient, sur les génocides des Juifs, des Tziganes et des homos, perpétrés durant la 2è guerre mondiale? Et pourquoi pas sur celui des Arméniens au début du 20è siècle, l’inquisition ou la traite des Noirs quelques siècles auparavant?
Vous êtes, monsieur, ou trop naïf, ou, et c’est ce je crois, trop prétentieux.
Je vais vous dire à ce propos le fond de ma pensée.
Pour moi et pour une bonne partie de l’humanité, la deuxième guerre mondiale (tout comme la première d’ailleurs) était à l’origine un événement strictement Européen. Elle n’a concerné le reste du monde que par ce que ses peuples étaient sous la domination des principaux belligérants et vous devez vous souvenir que sa jeunesse avait servi de chair à canon, dans une guerre qui n’était pas la leur. Ses dérives et notamment les génocides, intéressent tout particulièrement l’histoire européenne et n’engagent que la conscience des européens. C’est essentiellement pour cela que, quoique compatissant avec toutes les victimes, je ne me suis jamais senti concerné, à quelque niveau que ce soit, par ses faits et méfaits.
Vous voulez lui donner un caractère universel et en faire assumer la responsabilité morale à la conscience humaine? Soit! Personnellement, j’en serai ravi et je rêve du jour où les peuples et, les hommes et les femmes qui les composent se reconnaissent mutuellement les torts et se décident à sortir de leurs ghettos culturels, ethniques, religieux et autres, pour assumer entièrement leur humanité.
Mais alors, dans ces conditions, il faudrait reconnaître, aujourd’hui moralement et, demain, au plan du droit international, tous les génocides et tous les crimes contre l’humanité, à commencer par les croisades et en passant par les génocides des Amérindiens et des peuples aborigènes d’Océanie, la traite des Noirs, la colonisation, les génocides Cambodgien et Rawandais… et celui qui est perpétré aujourd’hui sous les yeux du monde, contre le Peuple Palestinien.
Il faudrait aussi cesser de croire qu’il y a un peuple élu et que les autres, blancs, noirs ou métis, constituent tout juste une infra humanité, corvéable à merci. C’est à ce prix que tous les hommes, sans distinction d’aucune sorte, peuvent assumer le douloureux passé de leur condition humaine, y compris la Shoah et espérer construire un jour un monde fraternel. C’est là le humble avis de celui que vous qualifiez arbitrairement d’ami des négationnistes.
Mais revenons un peu à votre texte, repris avec une incroyable inconscience par le journaliste d’AL KUDS. Contrairement à ce que vous avancez et quoique les offres ne m’ont pas manqué, je n’ai jamais assumé de hautes responsabilités, ni sous Bourguiba, ni sous Ben Ali. Mais là où vous dérivez complètement, c’est quand vous écrivez que « le mouvement fondé par Ahmed Manaï » a apporté son soutien à Roger Garaudy. Mensonge gratuit puisque je n’ai jamais constitué de mouvement politique et je vous mets au défi d’apporter la moindre preuve à vos allégations.
Un dernier mot concernant votre supplicié Abdel Hamid Bdioui. Je ne sais, treize ans après notre rencontre, ce qu’il pense vraiment des thèses que vous lui attribuez. Mais quelque soit ses convictions à ce sujet et, quoique je ne l’ai connu que le temps d’une campagne électorale et que je n’ai aucune nouvelle de lui, depuis treize ans, je fais de cet allié de circonstance un ami. Je défendrai son honneur (et sa mémoire s’il est décédé) contre toute forme de terrorisme intellectuel, conscient qu’il lui revient en propre d’assumer ses propres choix et qu’il est moralement indécent d’en faire porter la responsabilité à ses proches, ses amis, des alliés politiques de circonstance ou encore à … Gilles Perrault pour sa préface d’un livre où figure le nom de Bdioui.
J’espère que vous aurez le courage de publier ma réplique.
Salutations.

Ahmed MANAÏ

Paris le 29/ 06/ 2002

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