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Amir Nour: Vers la réalisation de la «perspective bennabienne» de la finalité de l’Histoire ?


bennabi

 

 

Vers la réalisation de la «perspective bennabienne» de la finalité de l’Histoire ? Par Amir Nour
15/12/2016

 


« La crise dans laquelle se débat encore le monde tient au fait qu’on ne semble pas, en dehors de la voie qui conduit à une impasse, trouver d’autre voie que celle qui mène à une autre »
Cette brève description de l’état du monde est, nous en conviendrons tous me semble-t-il, on ne peut plus juste. Mais elle n’est pas d’aujourd’hui. Elle a été formulée, il y a soixante ans, le 6 novembre 1956 plus exactement, par le regretté Malek Bennabi dans son livre époustouflant de perspicacité et d’érudition: « L’Afro-asiatisme ».
Ce livre, tout autant que les autres contributions intellectuelles de Bennabi, n’ont pas pris une ride et n’ont rien perdu de leur validité dans le contexte géopolitique régional et international d’aujourd’hui. Et, selon toute vraisemblance, pourraient encore servir de boussole et de base solide pour une « feuille de route », aussi bien pour la région à laquelle appartient notre pays que pour le monde dans son ensemble, tous deux actuellement en perdition et en quête de nouveaux repères.
C’est une telle perspective que nous nous proposons d’examiner sommairement dans notre modeste contribution devant cette auguste assemblée.
Au plan régional d’abord. Pendant que sur l’échiquier international les grandes puissances s’affairent à façonner les contours du monde de demain, selon leurs intérêts bien compris et que l’occupant israélien continue à construire des colonies de peuplement en Palestine et de nouvelles alliances dans le monde et, notamment en Afrique subsaharienne (1), que se passe-t-il dans le monde arabo-musulman ?
Cette région immense, riche, géographiquement stratégique et dont les frontières dessinent en fait un véritable continent -«le continent intermédiaire» selon la formule de Napoléon Bonaparte- Malek Bennabi pensait qu’elle était désignée «pour être le pont entre les races et les cultures, un élément de cristallisation, un élément essentiel de catalyse dans la synthèse d’une civilisation afro-asiatique, aujourd’hui, d’une civilisation universelle demain». Depuis la fin de l’année 2010, cette région s’apparente à une «banquise (qui) cède sous le poids de bien des phénomènes» (2).
Parce que nombre des pays qui le composent, en particulier dans sa partie arabe, n’ont pas encore réussi à réunir les conditions susceptibles de le débarrasser de sa colonisabilité et de le faire sortir de son sous-développement, le monde arabo-musulman demeure mal relié à la mondialisation et subit toujours le diktat et la duplicité des véritables acteurs du réordonnancement du monde qui vient. Dans l’état de «guerre civile» (3) qui est le sien, aujourd’hui, il en est réduit à compter, au quotidien, ses dizaines de morts en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Yémen, en Libye et même -summum de la folie meurtrière- à quelques encablures du deuxième lieu saint de l’Islam, la Mosquée du Prophète Mohamed
à Médine en Arabie Saoudite (4) !
Malek Bennabi en avait pourtant prévenu les musulmans, il y a de cela plus de soixante ans, lorsqu’il écrivait : «Le monde musulman est à l’instant angoissant de la nébuleuse où les éléments ne sont pas encore intégrés à un ordre régi par des lois définies. La nébuleuse peut engendrer l’ordre islamique ou un immense chaos où sombreront toutes les valeurs que le Coran avait apportées au monde. Mais le Coran est encore appelé à répéter son miracle… s’il plaît à Dieu» (5). N’est-ce pas là une prémonition décrivant on ne peut mieux l’état actuel de la Oumma islamique ?
S’agissant de l’évolution de la situation internationale globale, depuis la Seconde Guerre mondiale, Bennabi – qui est sans doute le premier à avoir utilisé le concept de «mondialisme» dès le début des années 1950 – écrivait en 1952 : «Le tableau de l’hérédité du monde qui vient, nous a, en effet, montré le ‘mondialisme’ comme l’une des tendances fondamentales de notre époque (…) tout concourt à faire de cette tendance «un caractère achevé», un état d’équilibre naturel dans le monde qui vient. Or, ce mondialisme réclame surtout une unité morale qui s’identifie, précisément, avec la pensée coranique renforcée, expliquée par le cours même des évènements. Dans les évènements actuels, il y a, en effet, un impératif : la guerre est nécessaire historiquement et métaphysiquement pour réaliser la plus grande mutation de l’espèce humaine». Bennabi précise ensuite que « si l’humanité a, cette fois-ci, quelques chances d’échapper à la destruction totale, l’état de la technique est tel qu’il ne laisse aucune possibilité rationnelle pour une guerre qui suivrait la prochaine. Donc, les rescapés du prochain déluge n’auront plus qu’un seul choix : la paix ou la disparition. Donc la paix ne sera plus un idéal ou une politique, mais une norme essentielle de la conservation de l’espèce. Or, l’Islam représente la seule philosophie morale et sociale compatible avec les impératifs du monde qui vient. Celui-ci peut être capitaliste ou communiste, politiquement, mais son salut dépendra d’un statut moral qui s’identifie à ses fins, de l’Islam qui s’identifie, désormais, à la finalité du monde » (6).
Dès la fin de ces années 1950 – ayant probablement pris connaissance du contenu du Rapport secret dit «Rapport Khrouchtchev», examiné le 24 février 1956 par les délégués du XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique réunis à huis clos, il prophétisa qu’«à l’issue de la prochaine guerre, il n’y aura pas des alternatives : le nouveau monde sera grosso modo ou communiste ou capitaliste. L’un des deux régimes doit disparaître ». (7) Et 1972, il est plus affirmatif encore concernant le sort du régime communiste, à un moment où, paradoxalement, l’Union soviétique était au zénith de sa puissance militaire. Il dit en effet qu’: «il faut s’attendre au déclin de la société communiste moderne. Elle connaîtra le même sort que les sociétés communistes ont subi dans le passé à l’image des «Qarmates» (القرامطة) dont le système a volé en éclats en un court laps de temps après avoir menacé l’Etat abbasside, pourtant à l’apogée de sa grandeur, ou encore la société persane avant l’avènement de l’Islam ». (8)
Durant cette même année 1972, sentant sans doute proche la fin de sa vie et anticipant la survenance d’évènements capitaux au tournant du troisième millénaire, il prononça ces paroles sibyllines et lourdes de sens historique : «Nous voyons s’ouvrir à notre époque des événements considérables. Ces raisons nous poussent à assimiler ce dernier tiers du XXe siècle à un fleuve proche de son embouchure dans la mer, grossi par le rassemblement de tous ses affluents descendus des hautes montagnes des fins fonds du pays. C’est comme cela qu’apparaît le dernier tiers, une période de l’histoire où convergent tous les affluents de l’histoire, avec tout ce que cela implique comme conséquences psychologiques, sociales, politiques et scientifiques, ainsi que tous les changements induits par ces dernières ». (9)
Ce fleuve s’est bel est bien déversé et Bennabi a été témoin des tout débuts de son torrent impétueux. De fait, sur son lit de mort, lorsqu’on vint lui annoncer la nouvelle de la prise des fortifications israéliennes -prétendument infranchissables- de la ligne Bar-Lev par l’armée égyptienne, le 7 octobre 1973, Bennabi, sortant momentanément d’un état semi-comateux, balbutia : «Nous vaincrons». La Guerre d’Octobre signa ainsi la première «quasi-victoire» arabe sur Israël et inaugura le premier «choc pétrolier» induit par l’imposition par le Roi Fayçal d’Arabie saoudite -qui fut plus tard «mystérieusement» assassiné par son propre neveu- d’un embargo total sur les livraisons de pétrole destinées aux Etats qui soutiennent Israël. C’était la première -et l’une des rares- fois où les Etats arabes ont utilisé cette matière première stratégique comme «arme géopolitique». Et depuis son décès, le 31 octobre 1973, l’on a effectivement assisté à un enchaînement ininterrompu d’«évènements considérables» : il y eut la «révolution iranienne» en 1979 ; l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge la même année ; la «guerre Irak-Iran» en 1980-1988 ; la chute du «Mur de Berlin» en 1989 qui entraîna dans son sillage l’écroulement des régimes communistes d’Europe de l’Est ; la dislocation de l’Empire soviétique lui-même en 1991 ; la première «guerre d’Irak» en 1991 consécutivement à l’annexion du Koweït par l’armée irakienne en 1990 ; l’accélération étourdissante du processus de mondialisation, notamment dans son volet technologies de l’information et de la communication ; et l’ébranlement du monde engendré par les monumentaux évènements du 11 septembre 2001 qui n’en finissent pas de produire leurs effets multidimensionnels sur le monde entier.
Ne sommes-nous pas entrés, depuis lors, de plain-pied dans le «monde qui vient» décrit par Malek Bennabi ? Et n’assistons-nous pas aujourd’hui au début d’accomplissement du «testament» qu’il a laissé en 1972 -celui contenu dans les deux conférences qu’il donna à Damas, la même année, sur « le rôle et la mission du musulman dans le dernier tiers du XXe siècle» ; rôle et mission qui, souhaitait-il, permettraient de «sauver le musulman de sa stagnation et l’homme civilisé de son dédain» ? (10) Afin que tous deux contribuent ainsi à l’avènement salutaire d’une «civilisation universelle» unique. (11) Qu’est-ce à dire ? Pour Bennabi, l’unité de l’histoire humaine s’affirme de plus en plus et semble orientée vers son «salut collectif», un salut dans lequel l’Islam jouerait un rôle essentiel. Car l’Islam est désormais au centre d’un monde moderne où la civilisation, qui a imposé ses puissantes structures techniques, a anéanti les structures morales traditionnelles créant ainsi un immense vide spirituel qu’on commence à ressentir désespérément dans les pays civilisés. Ce processus d’unité qui semble devenir une réalité aidée par le phénomène de la globalisation, n’est toutefois pas un processus provoqué par les hommes, comme le pensent certains. Pour Bennabi, il s’agit plutôt de la signification finale de l’Histoire qui doit aboutir à «une civilisation qui se réalise comme un destin, en dépit de la volonté des hommes» (12). Car «la raison humaine serait vaine si elle ne coïncidait pas avec les processus des faits qui impriment la volonté de Dieu à l’histoire. Et elle serait sacrilège si elle voulait dévier le cours de l’histoire comme si elle voulait s’opposer aux desseins de Dieu » (13).
Dans une telle vision, la thèse du «choc des civilisations» ne trouve aucune place. Ce à quoi adhèrent de plus en plus de penseurs et d’auteurs contemporains (14), comme Nicole Morgan (15) pour qui «La civilisation universelle qui est en train de se mettre en place n’a pas de lieu (…) Pour la première fois de (leur) histoire, les habitants de la planète se sentent responsables de l’humanité (et non plus de leur clan ou de leur culture) et vont devoir négocier leur survie autour de critères à définir où, si l’on veut augmenter nos chances d’atteindre le quatrième millénaire, une charte des droits collectifs devra être rédigée». C’est aussi la conviction de Daryush Shayegan qui considère que l’opposition entre «l’Occident et les autres» n’a plus aucun sens, car les civilisations «ne sont plus des mondes à part entière (…), ne se suffisent plus en elles-mêmes et ne gravitent plus dans l’orbite de leur propre histoire. Elles sont devenues des zones de sensibilités différentes dans le nivellement mondial de la modernité triomphante. Lorsqu’on parle de nos jours des civilisations extra-occidentales, il faut nécessairement les inclure dans l’immense réseau de la modernité omniprésente qui, pour autant que je sache, n’a épargné aucun coin de la planète. Dès lors, nous vivons tous dans des zones de mélange, de métissage, voire dans une zone d’hybridation. Une civilisation intacte historiquement est une pure fiction ». (16) C’est également la conviction d’Achille Mbembe qui soutient qu’«il n’y a qu’un seul monde. C’est le seul que nous ayons, et nous en sommes tous les ayants droit. Pour construire ensemble ce monde, il nous faudra apprendre à le partager, à partager toutes ses mémoires. Mais faire de ses mémoires le bien commun de l’humanité, c’est aussi inévitablement assumer l’exigence de justice et de réparation qui en découle. C’est accepter de répondre à la clameur qui monte de la part des déshérités d’hier et de leur descendance aujourd’hui ». (17)
A l’heure où le monde entier cherche désespérément les meilleurs moyens à même de lui assurer sa survie, la contribution de tous est indispensable. A cet égard Pascal Bruckner avance l’idée pleine de jugement, selon laquelle «l’Occident fut capable de nombreuses abominations, mais lui seul a su se mettre à distance de sa propre barbarie. On aimerait que d’autres régimes, d’autres civilisations s’inspirent de son exemple. Le plus beau cadeau que l’Europe puisse faire au monde, c’est de lui offrir l’esprit d’examen qu’elle a conçu et qui l’a sauvée de tant de périls. C’est un cadeau vénéneux, mais indispensable à la survie de l’humanité ». (18) Ce même espoir de Pascal Bruckner, Malek Bennabi l’avait déjà formulé de fort belle manière au milieu du siècle dernier en affirmant que «la nouvelle civilisation ne doit être ni une civilisation d’un continent orgueilleux ni celle d’un peuple égoïste, mais d’une humanité mettant en commun toutes ses potentialités». (19) Il l’a réitéré plus tard et garde toute sa pertinence aujourd’hui en écrivant: «L’Europe a donc son bon et son mauvais génie. Quand c’est son complexe de «puissance» -l’impérialisme, le colonialisme, le racisme- qui se manifeste, c’est le mauvais génie qui parle. C’est encore lui qui parle quand, devant le miracle de la renaissance des peuples qui ont brisé les chaînes du colonialisme, certains Européens regrettent d’avoir joué l’ ‘apprenti-sorcier’. Mais sous le signe de la croix ou de la libre pensée, la puissance transformatrice du fait européen est considérable dans le monde actuel qui lui doit d’abord sa conscience mondiale. L’Europe doit maintenant s’intégrer à son œuvre, à cette conscience que sa civilisation a créée. Cette mutation qu’elle a réalisée dans le macrocosme où elle a réalisé son œuvre depuis deux siècles, elle doit l’achever dans son microcosme en accomplissant sa propre mutation. Cet achèvement de son œuvre est réservé à son bon génie qui lui permettra de retrouver au fond de sa conscience, avec la notion intégrale de l’homme, le sens d’un humanisme à la dimension de l’ère œcuménique. La tâche de l’Afro-Asiatisme, à cet égard, consistera à aider l’homme d’Occident à atteindre cette dimension à laquelle sa science a porté son «pouvoir», mais à laquelle sa conscience n’est pas encore parvenue». Bennabi estconvaincu que L’histoire continuera à se faire avec l’Europe qui, dit-il, «donnera encore le bon et le mauvais exemple, selon que ce sera son bon génie qui aura parlé ou le mauvais. Pour le bien comme pour le mal, son choix a encore une importance mondiale (…) L’homme afro-asiatique doit conquérir la citoyenneté du monde d’où il fut exilé par le colonialisme et la colonisabilité. Mais, en face de cette perspective on ne doit pas laisser l’Europe se replier sur son axe, se retirer du monde pour bouder l’humanité qu’elle ne peut plus dominer. Il faut lui montrer que sa sécurité ne dépend pas de la puissance, mais du développement de sa conscience dans la dimension d’autrui et de son génie en harmonie avec les tendances actuelles et un intérêt supérieur humain. On ne peut pas s’engager dans l’ère œcuménique avec les complexes légués par le colonialisme et la colonisabilité». (20)
S’adressant ensuite aux dirigeants de tous les pays, Bennabi estime qu’ «une grande pitié de soi-même et de tout ce qui est humain doit inspirer ceux qui gouvernent, en sachant que sous la plus grande perversion il y a toujours une possibilité de rédemption, et sous l’apparence de la force il y a toujours une grande faiblesse qui résume les faiblesses humaines. Le pouvoir requiert de plus en plus les plus hautes qualités morales. L’homme qui voudra gouverner des hommes devra, plus que jamais, avoir une âme d’apôtre et des entrailles de père… ». (21) Ne sommes-nous pas les témoins de l’époque de la «grande mutation humaine» qu’entrevoyait Malek Bennabi, celle «où l’humanité, qui avait franchi avec le néolithique le premier palier de son histoire en s’élevant au niveau des civilisations, doit franchir maintenant le second palier de son histoire qui l’élèvera au niveau de la civilisation de l’homme œcuménique. Bien entendu, en se plaçant dans cette perspective, on ne voit pas le chemin à parcourir pour atteindre le but, ni toutes les difficultés du chemin. Ceux qui auront à guider les peuples vers ces objectifs auront à résoudre pratiquement des problèmes difficiles certainement. Mais l’histoire les aidera à les résoudre, tant que leur politique concordera avec la logique historique»? (22)
Nous sommes, nous aussi, conscients que les réalités et les contingences du monde en ce début de XXIe siècle laissent difficilement augurer une perspective aussi heureuse que d’aucuns pourraient même considérer comme naïve. Mais l’alternative à cette nécessité n’est-elle pas grosse de tous les ferments de la discorde et du désordre dramatiques ?
C’est justement ce que soulignent avec force les conclusions d’un récent rapport (23) élaboré par une équipe pluridisciplinaire d’experts de haut niveau, issus d’Emerging Markets Forum et de l’Université britannique d’Oxford. Listant dix grandes tendances qui dessinent ce que pourrait être «le monde en 2050», les auteurs affirment en substance : «Les grandes tendances à l’œuvre, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, sont mondiales, communes à pratiquement tous les pays, les font converger vers un avenir commun et, surtout, s’influencent les unes les autres». Concernant le fléau destructeur qu’est aujourd’hui le terrorisme et qui fait partie des dix tendances analysées dans le rapport -ce qui signifie que le monde est malheureusement obligé de le subir encore longtemps-, ils préconisent «une approche fondée sur la prévention des conflits plutôt que l’interventionnisme débridé». Comment, en effet, espérer venir à bout de ce fléau autrement et, surtout, sans s’attaquer à ses causes profondes, à travers une approche et une stratégie holistiques englobant les aspects politique, institutionnel, économique, culturel, cultuel, éducationnel et social ? Plus que jamais, la «communauté internationale» est interpellée pour faire en sorte que le terrorisme cesse d’être le talon d’Achille des sociétés modernes et que le combat qui lui est livré devienne un étalon de mesure de la sincérité des discours politiques prônant le «vivre-ensemble».
Précédant de six décennies les rédacteurs de ce rapport, Malek Bennabi عليه الله رحمة, grâce notamment à sa foi et à sa prodigieuse lucidité, avait prédit cette évolution, tant dans les manifestations du « bon génie » de l’Humanité que dans celles de son « mauvais génie ».
Jusqu’ici, Bennabi n’a que très peu été écouté et c’est le mauvais génie qui a le plus parlé et sévi. Mais à présent que la roue de l’Histoire a conduit, à marche forcée, les humains à un stade avancé d’intégration multiforme, qu’aucune culture particulière ne peut incarner ou revendiquer de manière exclusive, l’ « Instant bennabien », celui où la voix du « bon génie » se doit de se faire entendre, est-il enfin venu ? l’Humanité, dans son ensemble, saura-t-elle se hisser au niveau élevé d’intelligence, de responsabilité et d’engagement qu’imposent des défis globaux colossaux aux générations actuelles et futures ?
Nous nous devons tous de l’espérer et de contribuer, de manière active, à cet avènement, plus que jamais nécessaire. A cette fin, et empruntant à notre chahid Larbi Ben M’Hidi l’idée de son célèbre appel -fort heureusement entendu et suivi-, nous voudrions conclure notre exposé en disant: mettons la pensée de Malek Bennabi dans la rue et le peuple, les peuples, la prendront en charge !
*Cet article reprend le texte intégral d’une communication faite lors du séminaire sur la pensée de Malek Bennabi, qui a eu lieu le 31 octobre passé à la bibliothèque d »El-Hamma à Alger.
*Amir Nour est un chercheur algérien en relations internationales. Il est l’auteur de L’Orient et l’Occident à l’heure d’un nouveau « Sykes-Picot » (2014, Alger : Editions Alem El Afkar). Cet ouvrage est disponible en langue arabe. Il a également traduit de l’anglais et préfacé le texte de la conférence de Lord Lothian Comment l’Occident a perdu le Moyen-Orient (chez le même éditeur)

Notes :
1 – B. Netanyahou a entrepris en juillet 2016 une visite qualifiée d’«historique», la première du genre d’un premier ministre israélien en Afrique subsaharienne «depuis des décennies», en Ouganda, Kenya, Rwanda et Ethiopie. Dans le discours prononcé à cette occasion par le Président ougandais Yoweri Museveni, les observateurs attentifs n’ont pas manqué de relever qu’il employait le nom de «Palestine» au lieu d’«Israël» et que certaines radios israéliennes avaient «coupé» ces références répétées dans leurs retransmissions.
2 – Philippe Moreau-Defarges, «Les nouveaux désordres mondiaux», revue Diplomatie, N°. 51, juillet-août 2011.
3 – L’expression est de Lord Lothian, citée dans le livre «Comment l’Occident a perdu le Moyen-Orient», édité chez «Alem El Afkar», Alger, en avril 2014, et préfacé par l’auteur de ces lignes.
4 – Le 4 juillet 2016, à l’avant-dernier jour du Ramadhan et à l’approche de la fête de l’Aïd, trois «kamikazes musulmans !» se sont fait exploser dans trois villes saoudiennes : Médine, Djeddah et Qatif.
5 – Malek Bennabi, «L’Afro-Asiatisme, conclusions sur la Conférence de Bandoeng», Le Caire, Imprimerie Misr S.A.E, 1956.
6 – Malek Bennabi مالك بن نبيّ , «2ج وجهة العالم الإسلامي» (Vocation de l’ Islam 2012 (, دمشق , دار الفكر للنشر و التوزيع
7 – Idid.
8 – Malek Bennabi, «Le musulman dans le monde de l’économie», 1972, réédité par «El Borhane» en 1996.
9 – Malek Bennabi مالك بن نبي, » دور المسلم ورسالته في الثلث الأخير من القرن العشرين »,دار الفكر للنشر و التوزيع ,دمشق , 1972.
10 – Ibid.
11 – Les pensées d’Oswald Spengler, d’Arnold Toynbee et de Malek Bennabi ont largement été influencées par l’œuvre d’Ibn Khaldoun dont Toynbee a dit qu’«Il a conçu et formulé une philosophie de l’histoire qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais été créé par aucun esprit, dans aucun temps et dans aucun lieu (…) Il est l’interprète le plus brillant de la morphologie de l’histoire que le monde ait connu jusqu’ici…». Les pensées de Toynbee et de Bennabi ont ensuite évolué en se démarquant du paradigme du cycle des civilisations et en adoptant l’idée d’aboutissement au stade ultime de «civilisation universelle» unique.
12 – Malek Bennabi, «L’Afro-Asiatisme» op. cit.
13 – Malek Bennabi, «A la veille d’une civilisation humaine (4)», la République Algérienne, N°270 du 29 juin 1951, éditions «Dar El Hadhara» – Alger – 2003.
14 – Tels que Jeremy Rifkin, dans son livre «Une nouvelle conscience pour un monde en crise : vers une civilisation de l’empathie», traduit de l’anglais, éditions «Les liens qui libèrent», avril 2011, et le sociologue Raphaël Liogier dans son récent ouvrage «La guerre des civilisations n’aura pas lieu : Cœxistence et violence au XXIe siècle», CNRS Editions, janvier 2016.
15 – Nicole Morgan, «Les civilisations sont-elles mortelles ?», in revue Futuribles N°359, janvier 2010. Il s’agit d’un article tiré d’une conférence donnée à l’UNESCO par ce professeur titulaire au Collège militaire royal du Canada où elle enseigne la philosophie politique
16 – Daryush Shayegan, «La modernité portée par l’Occident a libéré l’homme», in «L’histoire de l’Occident, déclin ou métamorphose ?», le Monde Hors-série, 2014
17 – Achille Mbembe, «L’Occident, éternel coupable ?», idem.
18 – Pascal Bruckner, «En prônant le désamour de soi, nous nous fermons aux autres», ibidem.
19 – Malek Bennabi, «Les conditions de la renaissance », éditions «En-Nahdha» – Alger – 1949.
20 – Malek Bennabi, «L’Afro-Asiatisme» op. cit.
21 – Idem.
22 – Ibidem.
23 – Harinder S. Kohli, sous la direction de, «The World in 2050: Striving for a more just, prosperous, and harmonious global community», publié le 19 mai 2016.
http://institutfrantzfanon.org/vers-la-realisation-de-la-perspective-bennabienne-de-la-finalite-de-lhistoire-par-amir-nour/

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