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Tunisie: Comment sortir de la crise, selon Walid Hasni


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Il faudra plus d’État, plus de Coopératives, plus de Solidarité et moins de profit.
Ceux qui pensent que le système n’y est pour rien, que la misère fait partie de la vie et que le monde est ainsi fait, passez votre chemin ces lignes ne sont pas pour vous.

Walid Hasni- Paris le 29-11-2016

Il faudra plus d’Etat, plus de Coopératives, plus de Solidarité et moins de profit.
Ceux qui pensent que le système n’y est pour rien, que la misère fait partie de la vie et que le monde est ainsi fait, passez votre chemin ces lignes ne sont pas pour vous.
Il ne s’agit pas ici de faire de la morale de bas étage, ni de faire de l’emphase sentimentale, ces quelques lignes c’est pour réfléchir sur le destin d’une jeunesse dont le rêve a été brisé sur l’autel des malfrats du capital et leurs sbires.
• Le capitalisme et la morale
Le capitalisme est-il moral ? Non. Le capitalisme est amoral, immoral, individualiste, égoïste, intéressé… Ceci n’est ni mon avis, ni une pensée propre à certains économistes. Pour une fois les économistes de tous bords (libéraux, ultralibéraux, marxistes, keynésiens, post-keynesiens, hayekiens) sont tous d’accord sur l’immoralité du capitalisme, et Dieu sait qu’ils ne sont généralement d’accord sur quasiment rien.
On peut invoquer la nécessité de moraliser le capitalisme, se purger collectivement les consciences en se rappelant de temps à autre les 50 000 morts de faim par jour, la misère, les crises financières, les famines, mais, il ne faut jamais oublier que dans le capitalisme on butera toujours sur la limite que sa logique même nous impose : l’individualisme, l’intérêt personnel, le profit. Dans le système de production capitaliste, l’unique religion qui prédomine toutes les autres est celle du profit.
A cet égard une bonne partie de la doctrine économique, bougrement récompensée par le système, excelle dans l’art de purger les consciences. Leur mot d’ordre est le suivant : la société fait de son mieux et il fallait accepter que le résultat soit très déplaisant pour les chômeurs, les pauvres, les handicapés et les malades. Circuler, il n’y a rien à voir. Moraliser le capitalisme, cela reviendrait à demander à un système qui ne doit sa survie qu’à la recherche permanente du profit de se détourner de la raison même de son existence.

Une fois qu’on a admis les caractéristiques intrinsèques du capitalisme (immoralité, égoïsme, individualisme), que faut-il faire ?

• Le partage

Dans Le meilleur des cas, le gouvernement actuel retrouvera le niveau de croissance de la dictature de Ben Ali, où la croissance moyenne était de 5%. Cependant, ce taux de croissance n’a pas permis d’absorber le flux de nouveaux diplômés qui arrivaient chaque année sur le marché de travail. En d’autres termes, le nombre d’emplois créés par une croissance de 5% n’a pas permis d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché de travail, d’où l’aggravation continue du taux de chômage, la décadence sociale qui ont fait vaciller l’ancien système et causer sa perte.

La question qu’on pourrait se poser légitimement est la suivante : pourquoi avec un taux de croissance de 5%, le taux de chômage n’a pas reculé (dans les pays développés, à partir de 1,5% de croissance, on commence à créer des emplois).
La réponse est évidente : cette croissance est accaparée par 10% de la population ; la population la plus aisée. Le fruit de la croissance n’est pas équitablement réparti. Cette déformation du partage des richesses est au cœur du marasme économique de la Tunisie.
La deuxième question légitime est la suivante : est-ce que les différents gouvernements successifs ont changé de politiques économiques ?
La réponse est évidente : NON. Pis encore, nous avons les mêmes politiques économiques avec un taux de croissance beaucoup plus faible, du fait de l’instabilité régionale, du terrorisme et de l’instabilité politique. Aucune réforme de fond pour rééquilibrer le partage de richesses n’a été entamée.
• Changer radicalement de modèle
Tendre vers un capitalisme à visage humain. L’expression est certes abusive, mais les autres choix dans le monde impérial qui est le nôtre aujourd’hui seraient quasi-suicidaires pour un petit pays comme la Tunisie. Il faut plus d’Etat, plus de solidarité et moins de profits.

Il faudra développer et encourager tous les domaines d’activité sans la notion de profit, notamment les services publics, les coopératives agricoles ou industrielles, les associations. A cet égard l’exemple de Jemna est un exemple à consolider, avec des réglés précises et une législation pour les coopératives agricoles.
L’instauration d’un revenu minimum, et ce, quelque soit la situation de la personne (chômeurs, malades,). Le droit de chaque citoyen à la santé à l’éducation, à la protection contre tous les aléas de la vie, veuvage, handicap.
Nationalisation du système bancaire. Toutes les nations industrialisées ont bâti leur développement sur un système bancaire national solide. À travers ces structures bancaires nationales, l’État peut orienter les crédits vers les secteurs stratégiques. Il peut aussi amorcer des politiques monétaires et budgétaires volontaristes pour contrer le chômage et afin de réduire la fracture entre les régions en lançant des investissements massifs dans des structures publiques (hôpitaux, routes, institutions) faîtes par des entreprises publiques.

Réduire la fracture sociale en créant un impôt progressif sur le revenu.

L’instauration d’un impôt de solidarité qui taxera les patrimoines à partir d’un certain seuil. Ceci permettra de freiner la spéculation sur l’immobilier qui a atteint des prix vertigineux.

Par les temps qui courent, les mots Etat, services publics, Santé pour tous, Éducation pour tous sont synonymes de stalinisme et de Goulag. La mode est à la privatisation et le libre marché. Le monde défendu par la bourgeoisie c’est le Goulag pour 70% de l’humanité !

Hasta Victoria

Walid Hasni est économiste
Il est aussi vice-président de l’ITRI

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