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Tunisie: Un rapport américain prône l’alliance Béji-Ghannouchi


tunisie-directinfo-BCE-beji-caid-essibsi-rached-ghannouchi-ennahdha-nidaa-TounesTunisie, un rapport américain prône l’alliance Béji-Ghannouchi
decryptages – Par La rédaction de « Mondafrique » – Publié le 22 Avr, 2015
Dans un rapport paru en avril, le think tank américain « Carnegie Endowment for International Peace » lié au département d’État, préconise la mise en place d’une alliance durable entre la coalition laïque Nidaa Tounes et les islamistes d’Ennahda. Une grille de lecture fondée sur le compromis qui rappelle la doctrine plébiscitée par Washington lors des prémisses du « printemps arabe »


Dans un rapport intitulé The reckonning. Tunisia’s perilous path to democratic stability daté d’avril 2015, le think tank américain « Carnegie Endowment for International Peace » dresse un état des lieux de la situation politique, économique et sociale en Tunisie après les élections de 2014 qui ont mené la coalition anti-islamiste Nidaa Tounes et son leader Béji Caïd Essebsi au pouvoir. Proche du département d’État américain, l’institut préconise en substance les mêmes recommandations formulées par la diplomatie américaine au début du « printemps arabe ». À savoir la recherche de compromis entre des forces politiques diamétralement opposées — au risque d’entrainer une paralysie de la vie institutionnelle – et la main tendue aux franges modérées de l’islam politique.
Le tout sécuritaire
Pays pionnier des « printemps arabes », la Tunisie est parvenue au terme d’une longue période de transition clôturée par la tenue réussie d’élections en octobre et décembre 2014. Remportés haut la main par Nidaa Tounes, une coalition hétérogène de partis anti-islamistes conduite par l’ancien Premier ministre âgé de 88 ans, Béji Caïd Essebsi, ces scrutins sanctionnent en grande partie le bilan calamiteux des islamistes d’Ennahda. À la tête de l’État de 2011 à 2014, ces derniers ne sont pas parvenus à gommer les clivages régionaux, économiques et sociaux qui minent en profondeur la société tunisienne. Or, selon le rapport, les nouveaux responsables n’ont pour l’instant apporté aucune solution durable pour répondre à ces défis.
Face à un contexte sécuritaire fragilisé, le rapport met par ailleurs en garde contre toute tentation de la part des nouveaux leaders politique de sacrifier les libertés acquises après la chute de Ben Ali sur l’autel de la lutte antiterroriste. Plusieurs signes ont en effet soulevé la crainte de possibles dérives autoritaires. « La nomination de Habib Essid, ancien ministre de l’Intérieur sous Ben Ali privilégiant une politique sécuritaire, au poste de Premier ministre fait craindre un retour à la répression. »
Dans l’ère post-Ben Ali, les autorités se sont heurtées à une économie en décrépitude et à la montée de l’insécurité qui ont entraîné des « frustrations et une vision cynique de la politique accompagnés d’une nostalgie amère pour l’ancien régime » note le rapport. Un sondage du Pew Center daté de 2014 et cité dans le texte souligne à quel point la quête d’un équilibre entre les « symboles du passé » et « l’aspiration à un avenir meilleur » est aujourd’hui au cœur des préoccupations des Tunisiens. Si 62% d’entre eux disent préférer la stabilité à la démocratie, un pourcentage similaire s’exprime en faveur des principaux piliers de la démocratie. Par exemple, 63% d’entre eux dénonce la censure des médias, 68% défendent la liberté de manifester et 66% l’égalité de genre.
C’est en capitalisant en grande partie sur ces attentes que Nidaa Tounes a pu s’imposer à l’issue des scrutins de 2014. Le rapport précise que la coalition a par ailleurs bénéficié de l’appui logistique et financier de l’Arabie saoudite et de l’Égypte, deux États frontalement opposés aux Frères musulmans. « Les medias ont par ailleurs alimenté les peurs en donnant l’impression que la Tunisie courait à sa perte. En fin de compte, ce discours catastrophiste a convaincu, non seulement la base électorale de Nidaa Tounes, mais aussi un grand nombre de Tunisiens de la nécessité d’un retour de la vieille garde, présentant Nidaa Tounes comme la seule option réaliste pour remporter les élections et remettre le pays sur les rails de la stabilité économique et sécuritaire ». « Le populisme » souligne le rapport, constitue donc le premier facteur expliquant la victoire de la coalition laïque.
La société divisée
Les élections ont par ailleurs mis en lumière la permanence d’un clivage profond entre un nord développé et un sud appauvri recoupant largement la cartographie électorale. « Les résultats de l’élection présidentielle qui ont montré un fort soutien pour Marzouki dans le sud et pour Essebsi dans le nord, donnent le sentiment que la Tunisie est constitué de deux nations. » Selon le rapport, ces divisions régionales et cette méfiance vis-à-vis de ceux qui contrôlent le pouvoir et bénéficient des largesses du gouvernement ont longtemps été masquées par des débats émotionnels sur les droits religieux et les libertés individuelles. Les élections de 2014 ont mis en lumière les inquiétudes de l’establishment du nord qui craint que le revirement électoral ne déstabilise ses intérêts économiques et que les provinces du sud gagnent un poids politique suffisant pour améliorer la situation de leur région. »
Également divisés, les principaux partis politiques tentent, poursuit le rapport, de ménager les différentes franges de leur électorat. Concernant Ennahda, le document souligne notamment l’existence de deux courants différents, l’un, représenté par le leader du parti, Rached Ghannouchi, attaché à l’intégration au système politique à travers une coalition gouvernementale ou parlementaire avec Nidaa Tounes et l’autre incarné par les branches régionales du parti qui « considèrent que les calculs de Ghannouchi dépendent trop du bon vouloir de Béji Caïd Essebsi ». Et pour cause, le leader de Nidaa Tounes, précise le rapport, est « soupçonné d’avoir garanti toute absence de poursuites judiciaires et de répression policière à ses adversaires ». Or, Ghannouchi, décrit dans le rapport comme « une voix forte contre le radicalisme religieux » et dont la formation politique Ennahda est qualifiée de « parti discipliné capable de tenir des positions centristes modérées », ne peut maintenir son autorité qu’à condition que sa stratégie « inclusive et de compromis » aboutisse à la distribution de postes politiques aux islamistes. Dans sa conclusion, le rapport préconise d’urgence la recherche, par les nouveaux responsables tunisiens, d’un équilibre entre « les multiples forces et aspirations opposées. »
La sainte alliance Béji-Ghannouchi
Cette grille de lecture, largement centrée sur la recherche de compromis, est également plébiscitée par Marc Pierini, ancien ambassadeur de l’Union européenne qui ne cachait pas récemment, dans une interview donnée au quotidien Le Monde, son engagement pour une alliance durable entre Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. À l’image de l’administration américaine et de la majorité des experts outre-Atlantique. « L’improbable alliance forgée par Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi, écrit Marc Pierini, fait figure de contrat d’assurance mutuelle, le premier acquérant la stabilité politique indispensable aux réformes à venir, le second conservant son label de parti de gouvernement et montrant son ouverture au dialogue et au compromis ». Une doctrine proche de celle que la diplomatie américaine avait endossée lors des prémisses du printemps arabe.
Pourtant, dans une Tunisie soumise à des divisions abyssales susceptibles d’entrainer d’importants blocages institutionnels, cette vision est vivement critiquée dans le milieu politique tunisien et chez certains pays voisins comme l’Algérie. À Tunis, de nombreux observateurs soulignent qu’entre 2011 et 2014, période pendant laquelle Ennahda a détenu le pouvoir, plusieurs imams extrémistes ont été encouragés à prendre le contrôle de mosquées. Par ailleurs, à cette époque, la police et ses principaux syndicats ont fait l’objet de nombreuses infiltrations par des affiliés du parti islamiste et sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir facilité les allers et venues de combattants de part et d’autre de la frontière libyenne.
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