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Témoignage: Amina Kadi témoigne de son séjour en Arabie


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Rencontre avec Amina Kadi*, auteur de «Mon séjour en Arabie»
Par Flora
Le 11 Mars 2015

Présentez-nous votre ouvrage en quelques mots ?
Je me suis expatriée en Arabie Saoudite en septembre 2004. J’ai rejoint une université à Riyad pour occuper le poste de professeur associé en mathématiques. Et ce n’était pas n’importe quelle université : c’était une université «islamique».

Rencontre avec Amina Kadi*, auteur de «Mon séjour en Arabie»
Par Flora
Le 11 Mars 2015

Présentez-nous votre ouvrage en quelques mots ?
Je me suis expatriée en Arabie Saoudite en septembre 2004. J’ai rejoint une université à Riyad pour occuper le poste de professeur associé en mathématiques. Et ce n’était pas n’importe quelle université : c’était une université «islamique».

On peut se dire que ce dernier qualificatif ne serait pas singulier dans un pays comme l’Arabie. Et j’avoue ne pas avoir fait très attention à cette particularité de l’université, victime de mes propres clichés sur le pays. J’avais tort ! Cette singularité faisait la différence concernant le mode de traitement des femmes que personnellement je n’ai pas supporté. J’y suis restée une année.
Puis j’ai tenté un second séjour, mais cette fois-ci dans une faculté à Djedda. Dans cette dernière institution dédiée «aux princesses», j’ai vécu une expérience inédite tout le long de ma carrière d’universitaire ! J’ai été mise en un équivalent de résidence surveillée : les décideuses ont inventé pour moi ou peut-être copié le concept de teaching surveillé. Mon crime était d’avoir voulu bien former des «princesses» et de ne pas distribuer les bonnes notes.
C’est ce parcours un peu chaotique que je raconte dans le livre.
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Il y a plusieurs raisons et je ne vais pas toutes les citer ; ce serait fastidieux. A Riyad, j’ai voulu témoigner du quotidien pour une femme d’y vivre sans mahram, des insurmontables difficultés dues à l’interdiction faite aux femmes de ne pas conduire. J’ai vécu maints désagréments et aventures suite à cette absurdité. Je veux dénoncer aussi les différents niveaux de discriminations contre les travailleurs selon leur origine et selon leur nationalité. C’est un pays qui ne pratique pas «à travail égal, salaire égal», mais à «origine égale, salaire égal». Et ce sera fi de votre nationalité : c’est votre origine qui déterminera votre salaire !
Le déclic pour ce témoignage a été cette espèce de mise en résidence surveillée à Djedda. Le process visait à me mettre à genoux. Mais heureusement que j’ai toujours été une femme sûre de mes compétences professionnelles, et qu’à ce moment et depuis déjà un temps, je n’avais plus à faire mes preuves.
À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Il s’adresse à un public très large aussi bien les femmes que les hommes. Comme je raconte aussi la vie à l’intérieur des institutions universitaires, il intéressera aussi les enseignants et les étudiants.
Je témoigne aussi de la difficulté de nos jours d’enseigner les mathématiques, sur la question de l’évaluation des enseignants par les étudiants et de sa pertinence. On trouvera en filigrane des questionnements existentiels en tant que mathématicienne. A force d’avoir des questions du genre «à quoi cela me sert telle ou telle notion», j’ai fini par me poser des questions sur le sens de ma profession en tant que mathématicienne.
Pensez-vous que la place de la femme évoluera en Arabie Saoudite ?
Sans aucun doute. Quand j’y étais déjà, cela bougeait pas mal au niveau de la société, même si cela ne se voyait pas. Il y avait des séminaires tenus par des femmes à Riyad, et dans d’autres villes du pays. Des thèmes très audacieux étaient discutés et débattus par les participantes. J’ai eu la chance de connaître quelques femmes engagées ; ce qui m’a valu d’être invitée et d’assister à des séminaires de très haut niveau intellectuel avec des demandes spécifiques et concrètes aux pouvoirs publics.
Depuis, les réseaux sociaux amplifient ces fourmillements et permettent la diffusion des idées, des débats et des contestations. Des sujets tabous hier ne le sont plus aujourd’hui.
Je vous donne un exemple simple. Quand j’y étais, la possibilité pour les femmes de conduire semblait lointaine et il nous était difficile d’en parler au travail. Je connaissais des femmes saoudiennes qui s’y opposaient. Aujourd’hui, même si cette question n’est pas totalement résolue, elle est ouvertement revendiquée par les femmes et on en voit même qui se postent sur le web en train de conduire. Je peux vous dire, moi qui avais vécu dans ce pays, que je trouve cela très audacieux, ou carrément téméraire, et même hallucinant.
Quelles sont les principales qualités de votre livre ?
Je laisse aux lecteurs le soin de lui trouver des qualités. Mais je peux les assurer d’une chose : c’est l’honnêteté dans le témoignage, la probité, le refus de la surenchère pour vendre ou pour trouver un éditeur. C’est pourquoi j’ai préféré choisir un titre qui soit neutre, alors que des relations m’en conseillaient des plus vendeurs. Et ce titre, à tonalité neutre, reflète mieux mon vécu en Arabie, à juste titre. Tout n’est pas noir et tout n’est pas rose.
Quel message avez-vous voulu transmettre à travers votre ouvrage ?
Plusieurs. Mais je préfère laisser chaque lecteur extraire les messages qu’il subodore.
Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Si j’avais le temps ou l’argent, j’écrirais des romans qui sont en projets depuis un certain temps.
Où puisez-vous votre inspiration ?
Dans la vie de tous les jours, dans mes propres expériences et dans celles des autres.
Un dernier mot pour les lecteurs ?
J’attends avec plaisir leur ressenti à la lecture du livre.
http://www.edilivre.com/communaute/2015/03/11/rencontre-avec-amina-kadi-auteur-de-mon-sejour-en-arabie/#.VRmgVCyW7Ls/

*Amina Kadi est Docteur en mathématiques, diplômée de l’université Paris-Sud. Elle a principalement enseigné à l’université de Constantine, à l’IUT de Paris V, puis à l’université de Versailles. Depuis 2000, elle enseigne dans les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs en région parisienne.
Parallèlement à sa carrière professionnelle, elle s’est engagée dans la défense des droits de l’homme dans les années 90, suite au déferlement de la violence en Algérie après l’arrêt du premier et unique scrutin libre de ce pays.

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