1 commentaire

Décès du cheikh Harith al-Dari, chef spirituel de la résistance irakienne


ob_be9fd7_harith-al-dari

Le cheikh Harith al-Dari, secrétaire général de l’Association des oulémas musulmans en Irak (AMSI), considéré comme le chef spirituel de la résistance irakienne, est mort dans un hôpital d’Istanbul le 12 mars 2015, à l’âge de 73 ans. C’était le petit fils d’un chef de la révolution irakienne de 1920 contre l’occupant Anglais.
En hommage au patriote et grand résistant nous reproduisons ici l’interview qu’il avait accordée à QudsPress le 6 mai 2006.

A.M


Interview de Cheikh Hareth Al Dhari, secrétaire général de l’Association des oulémas musulmans
par Yad Dlimi, Service Quds Press, Bagdad, 6 mai 2006

Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï,

tunisitri.net

Le Cheikh Hareth Al Dhari, Secrétaire Général de l’Association des oulémas musulmans d’Iraq (sunnite), déclare que son association ne compte nullement sur le processus politique actuel pour faire sortir le pays de sa crise. Cette opération se passant sous l’occupation, elle est sans effet comme en témoignent les résultats des trois dernières années.

A propos du chiffre exact des pertes usaméricaines, le S.G. de l’association des oulémas déclare qu’il est plusieurs fois supérieur au chiffre officiel. Quant aux victimes iraquiennes depuis le début de l’occupation, leur nombre est de 200 000, selon lui, et non pas 35 000 comme le prétendent les usaméricains. Selon lui le nombre des prisonniers et de détenus dans les prisons et les divers centres de détention serait de 70 000.

Le Cheikh Al Dhari déclare d’autre part, que son association a une vocation purement religieuse de conseil, d’éducation et d’orientation, qu’elle ne dispose d’aucune ramification politique et qu’elle s’interdit de ce fait d’intervenir dans le jeu politique, que ce soit sous l’occupation ou après.

Il ajoute qu’il n’y a actuellement d’autre salut pour l’Iraq que de construire une armée nationale disposant du soutien populaire, ne dépendant d’aucune milice partisane et n’ayant d’autre allégeance qu’à l’Iraq. Il refuse par la même occasion toute intervention de troupes arabes pour remplacer les troupes d’occupation, affirmant que la résistance iraquienne est en progression constante depuis 3 ans d’occupation et que sa légitimité découle en droite ligne de la présence de l’occupant.

Voici le texte de l’interview :

Quds press : Au bout de trois ans d’occupation usaméricaine de l’Iraq, comment voyez-vous la situation du pays et vers quoi croyez-vous que les choses s’orientent ?

Al Dhari : Au cours des trois dernières années d’occupation usaméricaine, l’Iraq a atteint le sommet d’une véritable tragédie. Si cela devrait continuer ainsi, nous allons vers un destin plus sombre : l’inconnu. Ce que confirment par ailleurs toutes les données sur le terrain. Rien de ce qui se fait n’est en mesure de donner le moindre espoir pour un règlement dans un proche avenir : l’action politique est irresponsable et ses retombées sont hésitantes, ce qui renforce l’idée que l’Iraq va vers un l’inconnu !

Quds press : Certains politiques estiment que votre organisation se contente de critiquer et ne prend pas la peine de proposer des solutions alternatives. Avez-vous des solutions alternatives pour sauver l’Iraq de la crise dont vous parlez ?

Al Dhari : Nous ne critiquons pas dans l’absolu mais nous critiquons ceux qui le méritent pour leurs faits et gestes, ceux qui ont soutenu l’occupation et qui ont servi ses plans d’administration du pays sous les appellations les plus diverses : à commencer par le conseil du gouvernement, puis le gouvernement intérimaire et le gouvernement provisoire élu. Tous ceux qui ont le sens de la justice et un minimum de conscience politique se rendent compte des effets désastreux des politiques de ces diverses instances. L’occupation a la haute main sur le pays et n’a d’autre souci que le problème de la sécurité qu’elle traite avec la seule force armée. Les citoyens iraquiens sont l’objet d’agressions permanentes d’une rare brutalité, planifiées et improvisées qui font des dizaines sinon des centaines de morts tous les jours. Cette situation dure depuis trois ans et se trouve actuellement en progression constante. Le problème économique est totalement ignoré, balayé par tous les vents, ballotté entre les mains des occupants et de leurs semblables. Ainsi le pétrole iraquien est l’objet d’un pillage systématique et ses royalties détournées, ce que confirme un responsable usaméricain qui déclare que « la corruption gangrène le pétrole et l’ensemble de l’économie iraquienne ». Témoignage tardif certes ! Au plan social, le peuple est écrasé par la misère, manque des moyens les plus rudimentaires de la vie. Les frontières de l’Iraq sont largement ouvertes à tous les vents, violées par les mafias du crime, de la drogue et autres.
La première préoccupation des gouvernements successifs est la gestion du dossier de la sécurité que leur ont confié les occupants puis celui des intérêts personnels de leurs membres, de leurs partis respectifs et des clans dont ils sont issus, sans autre considération pour les besoins des gens et de leurs conditions humaines. Bien plus grave, certains clans dans ces gouvernements pratiquent la politique du « après moi le déluge », une politique sectaire, d’exclusion et même de liquidation physique, de purification confessionnelle et de bannissement individuel et collectif. Ce qui se passe au quotidien en Iraq aujourd’hui en est la meilleure preuve.

Quds press : Quel est exactement votre position face à ces nombreuses crises ?

Al Dhari : Face à ce qui se passe sur la scène iraquienne, face à la peur, à la terreur, aux assassinats ciblés, aux liquidations physiques, aux arrestations perpétrées par l’occupant et ses sbires locaux, l’association des oulémas, ne peut, de par son statut d’organisme de conseil et d’orientation, que dénoncer ces crimes, ces atteintes graves aux droits les plus élémentaires de l’homme -qui sont le droit à la vie, à la sécurité et à une existence digne- ces dérapages et ces dérives. Nous le faisons avec la sérénité requise en appelant toutes les parties concernées à se réveiller, à reprendre leurs esprits et à mettre fin à leurs agissements criminels.

Quds press : Comment réagissent-ils et avez-vous fait des propositions pratiques ?

Al Dhari : Nos conseils et nos appels sont malheureusement mal reçus, souvent considérés comme irréalistes et nous-mêmes taxés parfois de terroristes. Nous avons présenté pourtant dès la première année de l’occupation un plan de sortie de crise, consistant à transférer la responsabilité de l’administration de l’Iraq à l’ONU et au retrait des troupes d’occupation, à charge pour l’organisation internationale de constituer un gouvernement national iraquien indépendant, composé de compétences nationales. Puis au bout d’une certaine période, l’organisation d’élections libres et transparentes sous contrôle des Nations Unies et d’autres partenaires indépendants, devant déboucher sur une assemblée nationale qui se charge de doter le pays d’une constitution. De cette assemblée ou même en dehors d’elle, selon les dispositions de la constitution il se constituerait un gouvernement national, représentant tous les Iraquiens, fondé sur la citoyenneté et non pas sur l’ethnisme et le confessionnalisme qui caractérisent les gouvernements nés sous l’occupation.

Quds press : C’est ce que vous aviez proposé auparavant, mais quelles sont vos propositions actuelles ?

Al Dhari : Nous étions les premiers à faire ces propositions que nous avions transmises au secrétaire général adjoint de l’ONU, Lakhdar Ibrahimi. Les choses ont changé actuellement et en fonction de la nouvelle donne, nous avons proposé un plan qui pourrait faire baisser les tensions et ouvrir la voie à une accalmie et plus tard à une normalisation. Notre plan consiste tout simplement à constituer une armée nationale iraquienne, représentative de toutes les composantes de la société iraquienne et qui n’a d’autre allégeance que pour l’Iraq, et non pas comme c’est le cas aujourd’hui, de simples ramifications armées des partis et clans qui le démolissent à vue d’¦il.

Quds press : Ne croyez-vous pas que les négociations politiques actuelles pour constituer le nouveau gouvernement, sont de nature à faire baisser la tension dans le pays ?

Al Dhari : Ce processus n’aide pas à faire baisser la tension, loin de là. Les choses continuent dans la même voie et pour preuve, la croissance des arrestations, des enlèvements et des assassinats. Nous ne constatons aucun souci pour les intérêts nationaux et les souffrances des citoyens dans ces marchandages politiques. Les intérêts des groupes et des individus sont par contre dominants. En plus toutes les figures politiques marquantes au niveau de l’Etat et du gouvernement ont fait partie des trois premiers gouvernements qui ont fait tant de mal à l’Iraq et à son peuple, sans oublier que la plupart de ces hommes politiques manquent d’envergure et de personnalité et se trouvent en deçà des niveaux requis pour ces hautes responsabilités.

Quds press : Le président iraquien, Jalel Talabani a parlé il y a quelques jours de rencontres fructueuses avec certains groupes armés en Iraq. Ceci peut-il contribuer à faire baisser les tensions ?

Al Dhari : Nous avons entendu les déclarations du président de la République parlant de rencontres avec les représentants de nombreux groupes de résistance, mais nous ignorons s’ils représentent des groupes de résistance influents ou non, s’ils sont les véritables représentants de ces groupes comme ils disent et disposent ainsi du pouvoir de signer des accords permettant de faire baisser les tensions. Ceci dit, de nombreux groupes de résistance et parmi les plus influents, ont déclaré ne pas avoir participé à ces rencontres.

Quds press : Il y a actuellement de nombreuses forces politiques sunnites dans le nouveau gouvernement. Laquelle soutenez-vous ?

Al Dhari : Nous ne soutenons aucune force dans ce processus politique parce que nous ne croyons pas à son utilité pour sortir l’Iraq de la situation actuelle.

Quds press : Combien de temps allez-vous encore demeurer en dehors du processus politique ?
Al Dhari : Nous le resterons indéfiniment, tant que durera l’occupation et après. Mais cela ne signifie pas que nous ne suivons pas tout. Nous continuons cependant à dispenser à ceux qui veulent nous entendre, les conseils que nous jugeons dans l’intérêt de notre peuple et de notre nation.
Quds press : Des statistiques usaméricaines ont révélé récemment qu’il y a eu 35 000 Iraquiens et près de 2 400 soldats usaméricains morts depuis le début de l’occupation. Avez-vous un commentaire ?

Al Dhari : Ces statistiques ne sont pas précises. Nos propres informations indiquent qu’il y a eu 200 000 morts iraquiens depuis l’occupation usaméricaine. Le journal médical britannique The Lancet, avait annoncé le chiffre de près de 100 000 morts iraquiens, il y a tout juste 8 mois. Les pertes réelles usaméricaines sont beaucoup plus importantes que ne le disent les chiffres officiels. Le chiffre indiqué représente à peine le quart des soldats usaméricains tués.

Quds press : De nombreuses sources politiques arabes et autres ont émis l’idée de faire remplacer les troupes usaméricaines par des forces arabes. Croyez-vous que l’idée soit acceptable pour une solution raisonnable de la crise iraquienne ?

Al Dhari : L’idée n’est pas viable. Elle ne sert ni l’Iraq ni les troupes en question parce que la situation a beaucoup évolué et a rendu cette proposition caduque. Le meilleur moyen de traiter le problème iraquien aujourd’hui, est comme je l’ai dit, de constituer rapidement une armée nationale iraquienne, soutenue par le peuple et n’ayant d’autre allégeance qu’à l’Iraq et non pas aux milices partisanes.

Quds press : Certains estiment que l’Iraq subit actuellement plus une occupation iranienne que usaméricaine. Comment voyez-vous la position de l’Iran en Iraq ?

Al Dhari : Il y a actuellement en Iraq une occupation, celle des USA, de la Grande-Bretagne et de leurs alliés. L’intervention n’est pas le fait d’un seul pays mais de plusieurs, certains intervenant plus que d’autres, d’une manière trop flagrante avec des services et des forces de sécurité, ce qui en fait un acteur important sur la scène iraquienne. Cette situation est connue de tous ceux qui s’intéressent au fait iraquien. L’occupation comme l’intervention, d’un commun accord ou non, participent à la destruction de l’Iraq et à porter préjudice à son peuple.

Quds press : A combien vous estimez le nombre de détenus iraquiens dans les prisons usaméricaines et iraquiennes ?

Al Dhari : Il y a près de 70 000 détenus iraquiens, répartis dans les prisons des forces usaméricaines et iraquiennes. Ainsi, il y en a près de 37 000 dans les prisons du gouvernement, 16 000 dans les prisons usaméricaines et près de 16 000 dans les prisons d’Irbil, Dohouk, Sousa, Suleymania et autres dans le nord de l’Iraq. Tous ces détenus subissent les pires tortures et survivent dans des conditions inhumaines. La majeure partie d’entre eux sont des innocents, arrêtés sur dénonciation calomnieuse ou sur des bases confessionnelles.

Quds press : Après trois ans d’occupation, comment voyez-vous la résistance iraquienne ?

Al Dhari : Nous constatons que la résistance continue, que son rendement est en croissance et que ses effectifs sont en nette progression si l’on tient compte des nouveaux noms de groupes qui apparaissent. Pour toutes ces raisons, je crois que la résistance continuera tant que durera l’occupation, les deux étant intimement liées.
Quds press : Auriez-vous des informations sur l’appartenance identitaire et culturelle des combattants et comment les classer idéologiquement ?

Al Dhari : Toute la résistance en Iraq et avant tout une résistance nationale. Elle comprend des islamistes qui sont les plus nombreux, des nationalistes, des indépendants et Grâce à Dieu, il y en a, à ce que l’on dit, de plus en plus de chrétiens.

Quds press : Quels sont les rapports de l’association des oulémas avec les groupes de résistance ?

Al Dhari : Nos rapports sont des rapports de bienveillance et d’appui de principe sans autre implication.

Quds press : Vous avez visité de nombreux pays arabes et rencontré leurs dirigeants. Comptez-vous sur un rôle arabe pour régler le problème iraquien ?

Al Dhari : Nous ne comptons sur aucun rôle politique arabe et nous estimons que les tentatives d’organiser des conférences pour les Iraquiens sont insuffisantes pour régler le problème. Il est indispensable que les Arabes cherchent d’autres moyens pour agir sur la situation en Irak, s’ils veulent vraiment avoir une présence réelle et une influence déterminante sur l’équation iraquienne.

___________________________________________________________________________
Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï, tunisitri.net

Un commentaire sur “Décès du cheikh Harith al-Dari, chef spirituel de la résistance irakienne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :