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Tunisie: Réformes religieuses ou étatisation de la religion


islamaRéformes religieuses ou étatisation de la religion

Par Tahar CHEGROUCHE

12/03/2015

Si la cartographie religieuse de la Tunisie n’est aussi complexe que celle des pays moyen orientaux tels que l’Irak ou le Liban…

Réformes religieuses ou étatisation de la religion

Par Tahar CHEGROUCHE

12/03/2015

Si la cartographie religieuse de la Tunisie n’est aussi complexe que celle des pays moyen orientaux tels que l’Irak ou le Liban…Elle n’est moins ardue. Si l’islam sunnite malikite est la religion prédominante, d’autres rites sunnites existent aussi : le hanafisme ou le hanbalite wahhabite. Parallèlement à l’islam sunnite, l’on rencontre aussi les courants de l’ibadisme de formation ancienne et le chiisme d’apparition récente. Aussi, faut-il signaler l’existence d’autres religions que l’islam. Le judaïsme séfarade, le christianisme, et récemment le bahaïsme sont aussi pratiqués par des tunisiens. L’agnosticisme et l’athéisme ont aussi leurs adeptes.
Malgré cette diversité, la coexistence pacifique et tolérante entre ces différentes confessions est le trait dominant du champ religieux tunisien.
Historiquement, L’islam tunisien s’est manifesté selon deux variantes distinctes, mais fortement liées : L’islam savant ou scriptural représenté par les Oulémas qui prévalait au sein de la société citadine et ses notables et le maraboutisme –variante maghrébine du soufisme– qui dominait les compagnes et ses tribus.
Faute de frontière claire et incontestable entre la sphère profane et la sphère religieuse, le pouvoir politique et les institutions religieuses vivaient une tension permanente. L’émergence d’une opposition sur des fondements religieux est toujours à craindre. C’est pourquoi le pouvoir temporel a le plus souvent travaillé à construire une institution religieuse qu’il puisse contrôler.
Bien qu’ils ne constituent pas un clergé distinct, les religieux et en particulier les Oulémas ne jouaient pas moins un rôle primordiale dans la Tunisie d’avant 1956. Ils contrôlaient des institutions vitales : la direction du culte (prières et prêches à travers le réseau de mosquées), l’enseignement qui se dispensait le plus souvent au sein des mosquées et zaouïas, l’exercice de l’interprétation du texte sacré, enfin la justice charaïque (statut personnel..). Ils jouissent des exemptions fiscales et militaires et des privilèges.
Le développement d’un enseignement moderne, depuis la création du collège Sadiki en 1875, a favorisé l’émergence d’une nouvelle élite intellectuelle qui a promu une Reforme Culturelle et Intellectuelle et relayé les oulémas dans les fonctions intellectuelles qu’ils exerçaient.
Après l’Indépendance en 1956, les institutions religieuses sont laminées. Les Habous qui constituaient leurs sources de revenus les plus importants sont dissous et leurs biens sont transférés au domaine d’Etat… La justice tunisienne est unifiée par la disparition des tribunaux confessionnels (charaïques et rabbinique). L’enseignement religieux est liquidé suite à l’unification de l’enseignement. L’Université de la Zeitouna est fermée.
La plupart des membres et des fonctions des institutions religieuses sont transférés à la sphère étatique ou mis sous sa tutelle. L’institution du Mufti qui a survécu est rattachée comme l’administration de Culte (l’actuelle Ministère des Affaires religieuses) au Premier Ministère. Une faculté de Théologie voit le jour et un Conseil Islamique supérieur est institué bien plus tard.
Ces Réformes ont visé à asseoir la primauté de la sphère étatique sur la sphère religieuse et au moyen de son contrôle systématique. Ces choix sont lourds de conséquences pour l’avenir.
Ainsi, lorsque le processus d’étatisation de la société s’estampe à la fin des années soixante, L’Etat est contraint de desserrer son étau. Face à la contestation de gauche qui monte, l’Etat eut recours à la réislamisation de la société et à l’encouragement du mouvement islamiste naissant. Toutefois, quand celui-ci s’autonomise et prend de l’ampleur, le pouvoir politique ne trouve point d’institutions religieuses vigoureuses pour tempérer l’intransigeance de ce mouvement.
Il est, aussi, à signaler que la réislamisation poussée de la société du début des années quatre vingt dix, présentée comme un remède pour juguler la montée de l’islamisme, a tourné court et a débouché sur la fermeture de la sphère politique et une politique répressive systématique.
Ce qu’il faut souligner aussi, c’est que le desserrement de l’étau répressif après la révolte du 14 janvier 2011, s’est accompagné d’une recrudescence sans précédent de remises en question des acquis de la République et en particulier des droits de la femme. En témoignent les débats de l’Assemblée Constituante. Si les réactions de la Société Civile et en particulier sa composante féministe ont été promptes et souvent efficaces, les institutions religieuses ont par contre brillé par leur mutisme quand elles n’étaient pas complices des attaques. Toutefois, quand certains de ces institutions ont été attaquées à leur tour (destitution d’imams de mosquées, incendies des marabouts…), certains d’eux ont fini par s’organiser et développer un argumentaire percutant. Leur crédo: défendre l’islam zeitounien contre la vague de wahhabisme qui déferle sur le pays.
L’islamisme n’est pas né au sein des institutions religieuses, et le wahhabisme n’a jamais trouvé un terrain fertile parmi les zitouniens. Son terrain de prédilection était plutôt les Grandes Ecoles d’ingénieurs et les Facultés des Sciences et non la Faculté de Théologie. Trop de divergences doctrinales séparent les deux courants. Le wahhabisme est, schématiquement, dogmatique, fermé et passéiste, Alors que l’islam zeitounien est par contre capable d’adaptation et de renouveau. Le Cheikh Mohamed Fadhel ben Achour issu d’une lignée de d’oulémas n’est-il pas un corédacteur du Code du Statut Personnel.

Tahar CHEGROUCHE

Tunis 12/03/2015

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