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Tunisie: D’accord Essebsi ! Et après ?


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C’est Alexis de Tocqueville (1805-1859) qui disait que « l’histoire est une galerie de tableaux où il y’a peu d’originaux et beaucoup de copies. » la question est si la Tunisie, après le second tour des élections présidentielles, va se trouver dirigé par un vrai Président ‘d’origine’ ? Pour ce, il ne doit être ni un original, comme le précédent qui était aussi provisoire, ni éphémère, comme le prétendent les adversaires de Beji Caïd Essebsi. Il y’a eu même semble t-il un Bruthus qui a raté son coup parmi les trois conspirateurs selon la déclaration de Nida Tounes, pour dire combien l’arrivée d’un sosie de Bourguiba faisait peur aux ennemis du Bourguibisme. Car soyons sérieux, B.C.E n’est pas Bourguiba et il est le premier à le reconnaître. Tout au plus, il essaye d’être un bon disciple. Soit ! D’ailleurs comme l’affirmait le grand leader lui même, il n’y’ avait qu’un seul dirigeant providentiel après Jugurtha et qui a en plus réussi et c’était lui ! Oui les modernistes, démocrates ou pas, n’ont plus le choix que de soutenir B.C.E, mais de grâce, arrêtons de tromper le peuple en le présentant comme un sauveur ! N’attendons surtout pas de miracle avec son élection à la magistrature suprême tout simplement parce qu’il n’y’en aurait pas.

Dans l’œil du Cyclone

Et pour cause ! La nouvelle constitution n’offre au nouveau locataire de Carthage que des pouvoirs dérisoires et insignifiants en matière de politique intérieure. Et combien même B.C.E réussirait à nommer un président du gouvernement, qui soit à la hauteur des défis qui se posent à la Nation, la situation économique désastreuse, la crise sociale aigue, les dangers qui menacent nos frontières notamment avec l’afghanisation de la Libye, la crise économique qui secoue l’Europe et qui rend nos partenaires classiques très frileux quand il s’agit de mettre la main à la poche pour soutenir « notre transition vers la démocratie », font en sorte, que le prochain gouvernement ne peut aller que vers « le casse pipe ». Ce n’est pas du catastrophisme mais c’est du réalisme tout court. B.C.E est aussi un grand pragmatique et son parcours l’atteste mais la plus belle des femmes ne peut donner que ce qu’elle a. Il est certains que le pire de la situation économique et sociale reste devant nous.

C’est vrai que « l’évacuation » d’Ennahdha et de ses satellites du pouvoir, par la rue d’abord et par les urnes ensuite, est un grand pas vers l’instauration d’une démocratie prospère et moderniste, mais les risques d’instabilités, politique, économique et sociale demeurent entiers. Croire que la stabilité politique sera la conséquence des élections libres et transparentes (pour cinq ans renchérissent certains) c’est se tromper carrément de pays. L’alternance au pouvoir n’est un garant de stabilité que pour les pays ou les adversaires politiques partagent les mêmes valeurs et surtout le même projet de société, une société régie économiquement par la loi du marché, socialement par les conventions sociales et les lois du travail et politiquement par la constitution qui garantit la séparation des pouvoirs, mais surtout la séparation entre politique et religion.

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Théoriquement, la Tunisie a tout ça, concrètement tous les indices prouvent qu’elle en est encore loin. Tout le monde sait dans quelles conditions fût imposée la Constitution et que le pays a échappé de justesse à une vulgate moyenâgeuse. Les auteurs de cette version n’ont pas pour autant désarmé et ils reviendront à la charge dés qu’un nouvel rapport de forces pointera à l’horizon. En attendant, ils tenteront d’imposer une interprétation qui correspond à leur idéologie, eux qui sont passés maîtres dans l’art de l’éclectisme. C’est d’ailleurs leur terrain favori. Ne croyons surtout pas qu’ils ont étés acquis aux valeurs modernistes, car croire que les islamistes tunisiens ont fini par faire leur mutation c’est comme croire au père Noel. De même que croire que les mouvements de l’extrême gauche ont renoncé à « la lutte des classe » parce qu’ils ont étés contraints intégrer la « démocratie bourgeoise et parlementaire », c’est oublier qu’ils n’y a pas trois ans ils appelaient à la constitution des « soviets » sous la forme de « comités de protection de la Révolution » qui furent récupérés par Ennahdha et le CPR.

L’ennemi par devant et par derrière

Cette expression malheureuse qu’on peut emprunter à l’ex-ministre de l’intérieur poour décrire l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis par les phalanges salafistes, ses ex-amis et ex-compagnons de lutte , s’applique à la situation où se trouve notre pays, coincé entre l’ogre terroriste et la banqueroute économique, situation aggravée par une crise sociale aigue qu’elle n’a jamais connu depuis la deuxième moitié du 19ème siècle.

Il est certain que la flambée des grèves qui a embrasé tout les pays en 2013 et 2014 et dont les conséquences ont été catastrophiques pour les entreprises privées et publiques, n’est pas étrangère au discours pseudo-révolutionnaires de l’extrême gauche dont l’une des conséquences est aussi la disparition quasi-totale de la gauche modérée lors du scrutin de 2014. Rien ne garantit que cette nouvelle gauche toujours jusqu’auboutiste ne tente de céder à ses vieux démons dés que la crise politique et sociale ne pointe à l’horizon. Le populisme est aussi dangereux à gauche qu’à droite. Un de signes précurseurs de cette attitude est le nombre des grèves qui secouent tous les secteurs. S’il est vrai que la dégradation contenue du pouvoir d’achat des salariés, la baisse vertigineuse de l’investissement depuis la révolution, l’inflation qui bat des records, le déficit budgétaire qui augmente de jour en jour, l’endettement du pays qui monte en flèche, le nombre de chômeurs qui dépasse le 1 million, soit une grande partie de la population active et surtout la possibilité que le futur gouvernement soit incapable de verser les salaires, justifient la colère ainsi que les luttes sociales, il n’en est pas moins vrai, qu’en démocratie, le rôle des élites politiques est d’éteindre l’incendie et non de souffler sur le feu quelque soit le pyromane qui l’avait déclenché. Ce n’est pas le cas de la gauche en ce moment. Elle est loin d’avoir fait sa mutation idéologique et politique en évoluant vers la social-démocratie.

Quant à la situation sécuritaire, on n’a point besoin de diagnostic. Le Ministère de l’Intérieur nous en fournit chaque jour en livrant aux médias un état des lieux qui donne des sueurs froides aux dos des plus optimistes. Le terrorisme est semble t-il là pour très longtemps. Ce n’est ni l’armée ni les forces de sécurité qui diront le contraire, car leurs portes paroles n’arrêtent pas de tirer la sonnette d’alarme. Vivre dans la terreur d’être attaqué, tué ou voire sa progéniture envoyée se faire « martyriser » en Syrie, au Mali ou en Irak est devenu une situation banale. Plus que ça, il y’a parmi les élus de l’Assemblée des Représentants du peuple qui auront le culot des défendre les terroristes et autres égorgeurs sous couvert de défense de la liberté de conscience, ce fameux article que les laïcs se sont entêté à faire passer. Une question d’interprétation diront certains. La guerre contre le terrorisme s’avère des fois impossible tant que les institutions politiques, sécuritaires et de la société civile restent phagocytés par les amis des « jihadistes ». Ces chevaux de Troie, bloquent et ralentissent l’extirpation du mal et font gagner un temps précieux aux adeptes de Ousama Ben Laden. Il se trouve, jusqu’à la tête des institutions de l’Etat qui, sous un prétexte ou un autre qui leur sert de couverture, religieuse, politique, juridique ou même sécuritaire . Le futur gouvernement aura du pain sur la planche pour « nettoyer » ces plaies infectées.

Les « Tatares » à nos portes

Pour ceux qui connaissent le film « Le désert des Tatares » la tentation est grande de comparer la Tunisie à cette forteresse ou le Capitaine, pendant des années prépare ses soldats à affronter un ennemi fictif, qui leurs tomberaient dessus à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, en surgissant soudainement du désert. Sauf que pour nous, cette ennemi est réel, et se prépare depuis de longs mois dans les profondeurs du désert Libyen pour nous attaquer et installer son « Etat islamique » connu sous le triste nom de Daech. Ses assassins ont déjà commis leurs forfaits chez nous en égorgeant nos soldats ou en assassinant nos leaders. Ses réseaux dormants et ses dépôts d’armes quadrillent nôtre territoire et ses agents de propagande sont dans nos mosquées, nos écoles, nos faubourgs et mêmes nos cités balnéaires. Ils attendent le jour J selon certains experts et ils se réorganisent, selon d’autres après les coups durs qui leurs furent portées par nos vaillants soldats et policiers.

Mais ils sont toujours là et menacent de mettre la Tunisie à feu et à sang. Leur chef, Abu Iyadh ainsi que ses disciples écumaient il y a seulement quelques mois les plateaux des TV tunisiennes et autres médias avant d’aller écumer les monts de la dorsale tunisienne et les dunes du désert libyen. Déjà des milliers parmi eux livrent bataille aux forces du gouvernement syrien, irakien et libyen. Ils attendent le signal de retour pour revenir « islamiser » la Tunisie. Que fera un gouvernement qui n’a pas les mains libres pour prendre toutes les mesures nécessaires pour éradiquer le mal terroriste et qui ne dispose plus des ressources financières nécessaires pour équiper notre armée et notre police ? Emprunter encore pour acheter des armes ? Certainement et pour rembourser avec intérêts et en devise, il doit faire des coupes sombres dans les budgets du social et de l’éducation. Mais jusqu’à quand ? Car le terrorisme est désormais là pour longtemps. Ni BCE ni le gouvernement qu’il va mettre en place même si c’est en coalition avec Ennahdha , ne pourra résister longtemps. L’instabilité est donc inscrite dans le système que les Tunisiens ont mis quatre ans à mettre sur place. Et on rentrera dans le cycle infernal, des démissions, des dissolutions et réélections. On s’apercevra alors qu’on s’est trompé de système mais ça serait trop tard.

Certains vont objecter que c’est mieux que de retrouver Ennahdha au pouvoir et Marzougui à Carthage et ils ont raison ! Mais est-ce une réponse pour ceux qui prétendent avoir fait une Révolution ?

Un commentaire sur “Tunisie: D’accord Essebsi ! Et après ?

  1. Merci pour cet article, extrêmement lucide. Malheureusement, le paysage médiatique et virtuel s’est mué en deux camps : ceux qui vénèrent BCE et qui voient en lui une figure paternelle , les nostalgiques de Bourguiba ( et de zaba ). Et les partisans de MM, la racaille et les bandits qui n’ont pas assez de couilles pour partir à daech et qui voient en MM le dernier espoir d’une république bananière comme ils le souhaitent. Et donc rares sont ceux qui expriment leur refus de MM et en même temps leur scepticisme quant à l’élection de BCE.
    Mais le paysage est loin d’être bipolaire, parce qu’il ne faut pas oublier ceux qui refusent les deux et qui vont donc boycotter ce deuxième tour : Les déçus du premier, et les exigeants. Et ceux qui vont voter blanc.
    Il y a aussi une « chance » que MM remporte ces élections, jusque là je n’ai lu aucun papier qui parle de ce scénario catastrophe.. À mon humble avis, ça sonnera la fin de la république.

    Pour terminer, quand vous dites « Sauf que pour nous, cette ennemi est réel, et se prépare depuis de longs mois dans les profondeurs du désert Libyen pour nous attaquer et installer son « Etat islamique » connu sous le triste nom de Daech. Ses assassins ont déjà commis leurs forfaits chez nous en égorgeant nos soldats ou en assassinant nos leaders.  »
    Vous voulez insinuer que l’État islamique est derrière l’assasinat de feus Belaid et Brahmi, ou que Daech n’est que l’autre facette de la même monnaie, Ennahdha, donc ?
    Malheureuement, les deux enquêtes trainent et le gouvernement ne donne aucun signe d’avancement.
    La vérité éclatera t-elle un jour ? Ennahdha payera-t-elle de ses crimes ? J’en doutes fort..

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