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En Tunisie, la démocratie n’a plus la cote, mais c’est normal


MEHDI

 

En Tunisie, la démocratie n’a plus la cote, mais c’est normal
Repéré par Alphonse Corone
Monde
16.10.2014 – 18 h 26
mis à jour le 16.10.2014 à 18 h 40

 

Le Premier Ministre Tunisien Medhi Jomaa et son prédécesseur, Ali Larayedh, REUTERS/Anis Mill

En Tunisie, la démocratie n’a plus la cote, mais c’est normal
Repéré par Alphonse Corone
Monde
16.10.2014 – 18 h 26
mis à jour le 16.10.2014 à 18 h 40
Seuls 48% des Tunisiens pensent que la démocratie est préférable à tout autre gouvernement. Ils étaient 63% en 2012. Mais cette statistique n’est peut-être pas aussi déprimante qu’elle semble.
Près de quatre ans après l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, le 4 janvier 2011 à Ben Arous en Tunisie, le think tank américain Pew Research Global Attitudes Projet revient en chiffres sur la période de transition post-révolutionnaire.
Cette étude statistique offre un aperçu assez complet du positionnement de la population tunisienne vis-à-vis de ses institutions, de son personnel politique, du fait religieux, ou encore de sa perception de l’avenir. En outre, elle offre l’opportunité d’analyser techniquement quels sont les points de tensions consécutifs à un bouleversement politique aussi important que la révolution dite de Jasmin.
Les révolutions, par nature, impliquent un nouvel équilibre des pouvoirs; ce sont ces modifications qui font apparaître des similitudes dans les processus transitionnels propres aux bouleversements politiques majeurs.
L’étude pointe principalement une défiance croissante, sur les trois dernières années, vis-à-vis de la démocratie. La part de la population y étant attachée est passé de 63% à 48%; la statistique tombant encore plus bas si l’on se concentre exclusivement sur les jeunes de 18 ans à 29 ans avec simplement 43% d’opinions favorables. De manière plus général, c’est un peu plus d’un Tunisien sur deux qui est nostalgique du règne de l’ancien dictateur Zine el-Abidine Ben Ali (au pouvoir entre 1987 et 2011).
Ces chiffres globaux masquent plusieurs fractures au sein de la population, notamment entre ceux qui ont fait ou non des études supérieures, ces derniers témoignant d’un attachement plus important à la démocratie de la Tunisie post-révolutionnaire. Il en va de même pour les croyants pratiquants et les électeurs du parti religieux modéré Ennahdha, première force politique du pays avec 89 députés élus à l’Assemblée constituante, qui la soutiennent respectivement à hauteur 52% et 57%.
Cet éloignement progressif de la démocratie entre en corrélation avec le rejet de la plupart du personnel politique en place. Les trois principaux partis tunisiens; Ennahdha (islamiste modéré et conservateur), Congrès pour la République (parti de l’actuel président de la République Tunisienne, Moncef Marzouki, militant des droits de l’homme et la démocratie) et Ettakatol (Parti socialiste réformiste) ont vu leurs courbes de popularité fondre violemment depuis 2012.
Seules certaines institutions maintiennent leur popularité, notamment l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) qui revendique l’origine du soulèvement révolutionnaire et qui est en charge du dialogue social (57%), l’armée et la police (respectivement 95% et 82%) et le Premier ministre, Mehdi Jomaa (81%).
Pour autant, les acquis démocratiques sont encore très largement partagés, tout âges et classes sociales confondues.
Pour plus de 90% des Tunisiens, une justice équitable et l’organisation d’élections libres et régulières sont des priorités. Aussi, c’est plus de 60% de la population qui défend l’égalité juridique entre hommes et femmes, le droit de critiquer le gouvernement et la liberté médiatique.

Ces résultats, parfois contradictoires, témoignent d’une ambivalence qui ne doit pas tromper: la Tunisie fait face à de réelles difficultés économiques et n’aspire qu’au retour de la stabilité politique et sociale pour que le pays puisse avancer. La majorité de la population préfère une économie solide à une démocratie solide, et cette même majorité tend à opposer les deux. Le chômage, après la révolution, a largement augmenté, passant de 12,5% en 2010 à 18% en 2011. Bien qu’aujourd’hui revenu aux alentours de 15% pour l’ensemble des actifs, ce taux monte à 32,5% chez les 19- 25 ans et il est le même chez les plus diplômés, toutes générations confondues.

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