2 Commentaires

Ahmed Amri: Il était une fois à Kojo la joie


Gilene Barjes Nayef

 

 

jeudi 4 septembre 2014
Il était une fois à Kojo la joie

 

 

 

Il faisait bon vivre à Kojo, petit village de Sinjar situé au nord de l’Irak.


Il était une fois à Kojo la joie

Ahmed Amri

jeudi 4 septembre 2014

Il faisait bon vivre à Kojo, petit village de Sinjar situé au nord de l’Irak.

L’air y était tellement pur, si imprégné de senteurs divines, arômes de thym sauvage et autres parfums capiteux, si incorruptible -dit-on, que la mort même rechignait à prendre les Kojois s’ils n’y étaient d’eux mêmes, par lassitude des ivresses terrestres et désir de repos éternel, consentants. On dit que Taous Malek (l’ange-paon) avait décrété dans ce lieu idyllique la joie comme un acte de foi, un pilier fondamental du yézidisme. Et cette joie sacrée qui invitait souvent ses élus à la célébrer dans l’allégresse commune, en chantant et dansant à la ronde, rayonnait sur tout le pays des Yézidis, s’irradiait jusque sur le sommet rocailleux du mont Sinjar et bien au-delà encore.

Des siècles durant, des millénaires sans fin, il faisait bon, fichtrement bon danser en rond et vivre à Kojo.

Jusqu’à ce jour fatidique. Ce 4 août 2014.

Des soudards en noir et hissant des bannières noires, tout aussi funestes que leurs desseins, sont venus de la nuit moyenâgeuse empester Kojo et empêcher les hommes libres de danser en rond.

Les ennemis jurés de la joie ont d’abord passé par les armes une bonne centaine de jeunes qui tentaient de résister, les uns égorgés comme des moutons, les autres à bout portant fusillés. Tous sous les yeux de leurs familles (mères, épouses, enfants…) forcées d’assister aux scènes macabres que les bourreaux ne manquaient pas d’en rehausser l’effet par telle ou telle humiliations.
Ensuite, les ennemis jurés de la joie et de la vie ont parqué séparément dans un camp les hommes et les femmes, sommant les uns et les autres de se convertir à l’islam, seule condition pour eux de réchapper à l’exécution. Un ultimatum d’une dizaine de jours leur a été fixé. Au jour « J » (le 15 août), à l’exception de sept personnes miraculées qui ont pu échapper au carnage, tous les hommes âgés de plus de 13 ans (quelque 600 d’après le témoignage des rescapés) ont été exécutés. Pas un n’aurait accepté de troquer sa confession et son honneur pour la vie sauve, les martyrs ayant convenu d’opposer à leurs bourreaux cet ultime acte de résistance, cette vaillance héroïque d’hommes libres et jusqu’au bout insoumis. Les femmes, quant à elles, et les enfants (700 en tout) ont été retenus à titre de prisonniers. On présume que les femmes, du moins celles qui ne sont pas âgées, ont été vendues, comme le rapportent plusieurs sources dont la députée yézidie Vian Dakhil. Il n’est pas exclu que certaines aient été forcées d’être des concubines, des auxiliaires malgré elles des jihadistes du niqah. En ce qui concerne les enfants, personne n’est en mesure de dire ce qu’ils sont devenus.

Plusieurs récits de cette tragédie évoquent, outre les atrocités commises par les hordes de la barbarie, des actes épiques, des attitudes admirables à l’honneur des victimes. Dont le suicide de Gilène Barjès Nayef, en l’occurrence un haut fait de résistance yézidie. Cette jeune fille ne vivait pas à Kojo, mais à Tell Aziz, patelin voisin dont plusieurs familles ont des liens de sang avec les Kojois. D’ailleurs, on croit l’avoir identifiée dans la ronde filmée, cette jeune fille (voir vidéo ci-dessous), mais il faut le dire avec prudence et circonspection, même si les similitudes des traits sur la photo et la vidéo (observer la danseuse qui porte un pantalon noir et une veste manteau grise) sont frappantes.

Gilène Barjès Nayef
Quoiqu’il en soit, depuis son suicide Gilène Barjès Nayef est devenue icône de la résistance yézidie en Irak. Son village Tell Aziz a subi l’invasion des barbares ce même 4 août funeste. Alors que les populations d’autre villages de Sinjar ont eu le temps de fuir vers les hauteurs du mont, celle de Tell Aziz, prise au dépourvu, a dû résister quelque temps, avec l’appui des Peshmerga. Mais les assaillants ont vite pris le dessus, et les combattants kurdes ont abandonné à leur triste sort la population. En représailles contre ceux qui ont été capturés portant des armes, beaucoup de familles dont celle de Gilène ont été massacrés sur le champ. C’est ainsi que les bourreaux daéshistes ont égorgé sous les yeux de Gilène son père septuagénaire, ses deux frères dont l’un terminait ses études en médecine et quatre de ses oncles. En plus de cette hécatombe familiale, une quinzaine de proches ont été kidnappés. Même si personne ne sait ce qu’ils sont devenus, il y a lieu de croire qu’ils ont été exécutés dans les carnages de Kojo.

Vraisemblablement les bourreaux n’auraient épargné la dernière survivante de la famille Nayef que parce qu’ils espéraient faire d’elle une odalisque. Une concubine à adjuger à l’un des leurs ou à vendre à quelque baron du califat. Mais c’était compter sans la noblesse d’âme de Gilène, sans la trempe héroïque de son caractère. La jeune fille s’est suicidée en honorant la devise millénaire des Yézidis: « plutôt la mort que le déshonneur ! »
nayef famille1

 

 

 

De gauche à droite, Rizan Barjès Nayef (frère de Gilène)
et les oncles Jamil et Kacem Nayef

 

 

Le mot de la fin, nous voudrions le « dédier » aux ennemis de la joie, ou plutôt à leurs amis dans les bases arrières du jihadisme daéshiste. Dont la Tunisie.
Selon des chiffres publiés sur les pages électroniques arabes de CNN TV, lesquelles citent le Pew Research Center, la Tunisie figure en tête des pays dont sont issus les jihadistes engagés en Syrie et en Irak, avec un effectif de 3000 personnes (dont des dizaines de femmes jihadistes du niqah). Ce n’est un secret pour personne que des personnalités politiques haut placées dans le mouvement Ennahdha et dans l’ancien gouvernement à majorité islamiste sont impliquées dans « l’exportation » du jihadisme vers ces deux pays.

Quiconque interpelle le génocide des Yézidis, quiconque dont la conscience ne peut que se rebiffer contre ces crimes parrainés par des partis, des organisations ou des Etats, quiconque s’estime lésé par cette barbarie impliquant des citoyens ou des organismes de son pays doit réagir fort et réclamer haut à qui de droit d’établir toute la vérité à ce propos. Et de traduire devant les instance de justice internationale tous ceux qui ont recruté, financé, aidé de quelque manière que ce soit les jihadistes à partir en Syrie ou en Irak. Seul un lâche, un complaisant, un allié objectif de la barbarie et ses hordes s’abstiendra d’honorer ce devoir.

J’en appelle à toutes les consciences vives dans le monde pour en prendre acte.

A. Amri
4 septembre 2014

amriahmed.blogspot.com/

2 commentaires sur “Ahmed Amri: Il était une fois à Kojo la joie

  1. http://www.redakcja.mpolska24.pl/6737/holokaust-chrzescijan

    à côté d’eux Hitler était un enfant de choeur !! et j’ai lu qu’ils vont essayer d’investir le Pakistan

  2. http://www.lamontagne.fr/limousin/actualite/departement/creuse/gueret/2014/01/09/les-yezidis-une-minorite-persecutee_1828686.html

    je suis étonnée que l’on parle des Yédisis dans un journal local français –

    Paix à son âme pauvre Gilène – sa famille doit être bien meutrie – il faut le faire savoir partout

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :