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Election Présidentielle: De la candidature unique à ….la pelle


ahmadouDes horizons électoraux bouchés
Par Ahmed MANAI –
Horizon 94 : La Voix de la Tunisie Libre
N°1- Paris- Août 1993

« Ce n’est qu’une fois aboli le parrainage de la candidature à la présidence et consacrée sa pluralité, une fois levés, dans les faits, les multiples empêchements institutionnels et pratiques à la libre association, expression et information, une fois reconnues et légalisées toutes les formations politiques qui le désirent et une fois libérés et réhabilités dans tous leurs droits les milliers de prisonniers politiques, que l’on peut sérieusement envisager l’organisation d’élections générales ».

Des horizons électoraux bouchés
Par Ahmed MANAI –
Horizon 94 : La Voix de la Tunisie Libre
N°1- Paris- Août 1993
Dans dix mois, en avril 1994, les tunisiens seront appelés à voter pour “ élire ” un parlement et un président de la République. Cette échéance sera respectée…Une dictature en quête de respectabilité et soucieuse de son image de marque à l’étranger comme l’est celle qui sévit en Tunisie, respecte les

échéances électorales. Bourguiba n’y a jamais dérogé et Ben Ali se fera un point d’honneur à en faire autant.
Seront respectées aussi, avec un plus haut degré de sophistication, les rituelles magouilles qui ont caractérisé depuis 40 ans les élections en Tunisie, conduit le pays à végéter dans la médiocrité, livré les jeunes au désespoir et l’ensemble de la population à la démission et l’apathie.
Une candidature unique à la présidence et un parlement monocolore en seront les symboles fondamentaux.
Bourguiba “ le combattant suprême ” qui promettait le déluge après lui, n’a jamais admis que de son vivant, un autre tunisien puisse se porter candidat à la magistrature suprême. Aussi se fit-il élire à vie, au terme de son dernier mandat constitutionnel pour éviter “ la déchéance ” à sa Tunisie.
Ben Ali, son médiocre tombeur et successeur, sans autre légitimité que celle que lui attribuent ses laudateurs zélés, “ l’artisan du 7 novembre, le gardien de la patrie et de la religion, le rédempteur ” et affublé à l’occasion de multiples autres attributs divins, n’admettra jamais, lui non plus, qu’un seul de ses concitoyens, fusse-t-il le plus parfait anonyme, puisse se mesurer à lui dans des élections libres.
Déjà en 1989, toute “ la représentation nationale ”, députés et maires réunis, s’était portée dans un rare élan de lâcheté, pour parrainer à l’unisson sa candidature unique. De son côté, l’opposition toute entière, même l’islamiste, supposée la plus radicale, avait béni avec un égal opportunisme, ce flagrant délit de piraterie.
Depuis, la terreur aidant, aucune formation politique de l’opposition ni aucun homme politique, n’a osé toucher à ce tabou et réclamer enfin la réforme du code électoral sur ce point.
Un parlement monocolore:
Que le futur parlement comporte quinze ou trente(1) mais jamais plus de députés de l’opposition officielle, ne change rien au fait qu’il demeurera, quelques soient les subterfuges utilisés pour maquiller la vérité, une chambre monocolore et sans saveur. Les futurs députés issus du MDS, PUP, PCT et autres UDU, triés parmi les plus dociles dans leurs formations agonisantes, désignés vainqueurs par avance et forfait négocié, ne sauront changer quoique ce soit à cette triste réalité.
Ils ne pourront rien changer non plus au fait que, dans un régime despotique aux pouvoirs scandaleusement illimités, sans contre-pouvoir ni garde-fous, reposant sur une constitution taillée sur mesure et constamment violée dans ce qu’elle a de plus libéral, tout procède du président, c’est à dire d’un illustre sénile hier et d’un médiocre tyran aujourd’hui. Et c’est bien cela qu’il faudrait commencer par changer avant de procéder à une nouvelle “ consultation populaire ” qui risque, son scénario et son issue étant connus d’avance, de discréditer définitivement les élections, retarder indéfiniment la transition démocratique, consacrer le despotisme pour de longues années et ouvrir la voie aux périls de tous genres.
Ce n’est qu’une fois aboli le parrainage de la candidature à la présidence et consacrée sa pluralité, une fois levés dans les faits les multiples empêchements institutionnels et pratiques à la libre association, expression et information, une fois reconnues et légalisées toutes les formations politiques qui le désirent et une fois libérés et réhabilités dans tous leurs droits les milliers de prisonniers politiques, que l’on peut sérieusement envisager l’organisation d’élections générales. Encore et au risque d’effaroucher les apprentis patriotes qui n’ont pas hésité à aliéner la souveraineté du pays, faut-il les envisager sous le contrôle d’observateurs étrangers!
En dehors de cela, point de salut pour la Tunisie et les tunisiens et les élections qu’on leur prépare si fébrilement, donneront 100% de voix à celui qui, jurons-le, fera modifier la constitution en milieu de parcours, pour se faire élire à vie, à l’appel de “ son peuple reconnaissant ”.
1) Evitant tout risque de voir les 30 députés de “ l’opposition parrainer une autre candidature que la sienne, Ben Ali n’en nommera en définitive que 29.

 

 

2 commentaires sur “Election Présidentielle: De la candidature unique à ….la pelle

  1. et Monsieur A. Chebi – est-ce qu’il se présente ?

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