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Le Prix Unesco-Sharjah pour le penseur algérien Mustapha Chérif


Eldjazair62_023_30-4-2013-12-45-28Le Prix Unesco-Sharjah pour le penseur algérien Mustapha Chérif

Quoique tardives, mes félicitations les plus sincères à l’ami Mustapha!
A.M.

Lors d’une cérémonie présidée, le 25 avril 2013 à Paris par la directrice générale de l’Unesco, devant un parterre composé essentiellement de personnalités diplomatiques, d’intellectuels et de représentants de médias arabes et occidentaux, un vibrant hommage lui a été rendu pour avoir « toujours œuvré où la culture d’ouverture se faisant ressentir », dira Mme Irina Bokova.

Le Prix Unesco-Sharjah pour le penseur algérien Mustapha Chérif

Quoique tardives, mes félicitations les plus sincères à l’ami Mustapha!
A.M.

Lors d’une cérémonie présidée, le 25 avril 2013 à Paris par la directrice générale de l’Unesco, devant un parterre composé essentiellement de personnalités diplomatiques, d’intellectuels et de représentants de médias arabes et occidentaux, un vibrant hommage lui a été rendu pour avoir « toujours œuvré où la culture d’ouverture se faisant ressentir », dira Mme Irina Bokova.
Le président du jury international du Prix Unesco-Sharjah, Stephen Humphreys, s’est dit, de son côté, « frappé par le travail extrêmement impressionnant » du lauréat algérien. Précisant que dans son choix, le jury a arrêté deux critères fondamentaux : « l’excellence et l’inattendu ». « En toute impartialité, nous avions cherché, dans les candidatures reçues, les personnes ayant des contributions dans la diffusion de la culture arabe, mais aussi celles qui seront à même de continuer à véhiculer cette culture », a-t-il affirmé.
Interview
Le professeur Mustapha Cherif à El-Djazaïr.com
Visiblement ému, Mustapha Chérif a affirmé, pour sa part, que cette distinction l’honorait et, à travers sa personne, honore son pays l’Algérie. « Cette distinction marque une étape essentielle et décisive dans mon inlassable chemin pour le vivre ensemble, la coexistence et la recherche d’une civilisation commune », dira-t-il.
Le récipiendaire algérien est présentement professeur à l’université d’Alger et directeur de Master en civilisation musulmane à l’université de Catalogne, en Espagne. Il est aussi l’auteur d’ouvrages sur les thèmes de la culture, de l’éducation et du dialogue interculturel dont L’islam à l’épreuve du temps, Islam tolérant ou intolérant et rencontre avec le pape.

La Rédaction

El-Djazaïr.com : Comment ressentez-vous cette prestigieuse distinction internationale du dialogue des cultures qui vous est attribuée cette année par l’Unesco ?

Mustapha Cherif : En tant qu’intellectuel algérien, c’est un honneur et une fierté, qui concerne toute l’Algérie. Cette distinction signifie que la détermination, la patience et le travail des enfants de ce pays finissent toujours par être récompensés. C’est la preuve que les voix justes sont parfois écoutées, et notre pays mérite que ses enfants, notamment les intellectuels, présentent de lui le meilleur visage. Terre d’hospitalité et de dialogue des cultures, l’Algérie carrefour des civilisations est notre passion.

El-Djazaïr.com : Quelle est votre vision du dialogue des cultures ?

Mustapha Cherif : Ma vision est celle de notre patrimoine ancestral. Tout Algérien éclairé sait que apprendre à vivre ensemble c’est accepter le dialogue. Il n’y a pas d’alternative au dialogue respectueux du droit à la différence. L’interconnaissance est la condition de la coexistence. Le dialogue interculturel est une méthode recommandée par le Coran et le modèle mohammédien, nos hautes valeurs éthiques et spirituelles. Depuis la nuit des temps et l’ère contemporaine, de l’Emir Abdelkader au Message de Novembre, l’Algérie, jusqu’ a nos jours, reste attachée à la culture de la paix, qui est enracinée. Elle est celle du sens responsable du dialogue : ouvert sur le monde et attaché à la culture de la dignité. La paix et la justice sont inséparables. La vision est claire : par l’échange et le partage dans le respect réciproque et juste s’établit un enrichissement mutuel.

El-Djazaïr.com : La pratique du dialogue culturel est-elle une solution pour prévenir les conflits dans le monde ?

Mustapha Cherif : Le dialogue culturel contribue à la compréhension des problèmes et de leurs solutions. Il est nécessaire mais pas suffisant, car les problèmes sont souvent politiques, économiques et sociaux. Comme l’énoncent les principes de la politique nationale, il faut que le dialogue précède et accompagne toutes les formes de mesures pour faire prévaloir le droit, la loi et le respect des institutions et des personnes. Le concept de diplomatie religieuse et le rôle de la société civile pour la prévention et le règlement des conflits sont non négligeables. Reste à ne pas faire endosser à la religion ce qui relève de dérives injustifiables. En tout état de cause, les défis de la mondialisation et du désordre mondial obligent à dialoguer pour éviter des confrontations nuisibles pour tous.

El-Djazaïr.com : Le monde est en crise, comment y faire face culturellement ?

Mustapha Cherif: En effet, le monde est en crise permanente. Dans notre pays, en prenant exemple sur leurs ainés qui ont libéré le pays, les nouvelles générations ne peuvent que se ressourcer dans leur patrimoine. Depuis des siècles, l’Algérie représente la culture de la résistance et la communauté du juste milieu : fière de ses racines arabo-berbères ; méditerranéennes, africaines et universelles. Garder vivante la mémoire c’est saisir la marche du monde et espérer l’infléchir dans le sens du bien commun. Notre pays a toujours su faire face aux défis.

El-Djazaïr.com : Quelle est votre analyse face aux défis culturels ?

Mustapha Cherif : Il nous faut donner priorité à la culture, en encourageant les créateurs et les intellectuels. La mondialisation impose un modèle qui repose sur trois dimensions, la technoscience, le capitalisme et le sécularisme, cela a engendré des ruptures entre la raison et la foi, entre la culture et la nature, le privé et le public, l’individu et la communauté. Ce processus est ambivalent. Il produit de l’émancipation, des progrès fascinants et prodigieux, mais en même temps suscite des crises sans fin et des déséquilibres, aggravés par le Marché-monde et l’ambition d’hégémonie. Le monde traditionnel, de son côté, a oublié l’exercice de la pensée et la circulation des savoirs qui ont fait sa grandeur. Il se limite à des héritages anciens, sans efforts de renouveau. L’absence de vrai dialogue entre ces deux mondes, aux trajectoires entremêlés, est un des signes de la crise de civilisation. En effet, par-delà le fait qu’il y a des occidents et des orients, la crise est multiforme. Notre époque est porteuse des plus grandes réussites, comme des plus grandes crises. Occident comme Orient, nous devons accepter d’être confrontés à nos propres contradictions. Le monde est dans une crise triple : crise du sens, de la démocratie et de l’économie. Les peuples se plaignent à la fois de la désignification du monde, de l’injustice et des inégalités excessives. La possibilité d’exister en tant que peuples et citoyens libres et responsables, participant à la recherche commune et publique du juste, est hypothéquée. La difficulté contemporaine à envisager le futur, qui n’est pas donnée d’avance, est flagrante. Que faire ? S’engager dans la démarche du dialogue, qui a fait ses preuves, notre pays a toujours donné l’exemple.

El-Djazaïr.com : La démarche est donc celle du dialogue des civilisations ?

Mustapha Cherif : Tout à fait. Le maître mot est le dialogue. Cela signifie, l’acceptation du droit à la différence, la confrontation des idées et la pratique de la négociation, démarche au cœur de tout processus de progrès, car nul n’a le monopole de la vérité. En ce XXIe siècle, les questions centrales de la pluralité des cultures, du bien-être moral, du capital humain, des finalités de l’existence, en somme de la civilisation, se posent plus que jamais. Notre pays sait que personne ne peut relever seul les défis et nul n’a le droit d’imposer de manière uniforme une seule vision. Par le débat, le but est de mettre fin aux points d’aveuglement de chacun, à commencer par ceux d’un mode de connaissance qui compartimente les savoirs et occulte les problèmes fondamentaux, alors que ceux-ci déterminent le tout et nécessitent un regard croisé, une approche transdisciplinaire, de la synergie.

El-Djazaïr.com : Que faire, face à la supériorité technique et scientifique des pays avancés ?

Mustapha Cherif : Le fossé technoscientifique entre le nord et le sud de la planète est certes une source de préoccupation, mais il est possible de progresser ; notre pays en particulier investit en masse dans ce domaine. En outre, la supériorité technique et scientifique n’implique pas la supériorité d’une culture sur les autres. Aucune société ne peut se comprendre sans faire référence à des héritages multiples. Lier nos cultures est porteur d’avenir, d’autant que par le passé la civilisation en Méditerranée a été judéo-islamo-chrétienne et gréco-arabo-berbère. Il s’agit d’articuler authenticité et progrès. Le progrès sera total ou ne sera pas. En tant qu’Algériens, nous pouvons contribuer à forger la communauté fraternelle de destin planétaire entre les peuples. L’Algérie, carrefour de civilisations, terre de la communauté médiane, qui a mené la plus prestigieuse lutte de libération nationale du XXe siècle, qui a été une polarité mondiale en symbolisant la liberté et la dignité des hommes, peut relever les défis de notre temps, à commencer par celui décisif de la société du savoir, fière de ses racines et ouverte sur le monde.

La Rédaction

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