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Ines Oueslati: Entretien avec Werner Ruf


werner ruf oeslati20/03/2014 17:05

En 1967, Werner Ruf*, historien et spécialiste du Maghreb, a écrit une thèse intitulée « Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie ». L’Institut tunisien des Relations internationales (ITRI) a traduit l’ouvrage en arabe par le Professeur Sahbi Thabet. Il est présenté le 20 mars 2014, une date ô combien symbolique car désignant celle de la libération de la Tunisie du joug du colonisateur, grâce, notamment, à Habib Bourguiba.

Présent en cette Tunisie à laquelle il s’est intéressé il y a de cela plus de trois décennies, Werner Ruf a accordé cette interview à Business News.

Ines Oueslati

En 1967, Werner Ruf*, historien et spécialiste du Maghreb, a écrit une thèse intitulée « Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie ». L’Institut tunisien des Relations internationales (ITRI) a traduit l’ouvrage en arabe par le Professeur Sahbi Thabet. Il est présenté le 20 mars 2014, une date ô combien symbolique car désignant celle de la libération de la Tunisie du joug du colonisateur, grâce, notamment, à Habib Bourguiba.

Présent en cette Tunisie à laquelle il s’est intéressé il y a de cela plus de trois décennies, Werner Ruf a accordé cette interview à Business News.

Ines Oueslati

– Votre visite en Tunisie intervient un 20 mars, jour de la commémoration de l’indépendance tunisienne. Votre livre a été écrit dans les années 1960. Que pensez-vous des différentes phases « d’occupations » et « d’indépendances » qu’a connues la Tunisie depuis ?

La Tunisie était un protectorat. En tant qu’Etat, elle n’a jamais disparu ; contrairement à l’Algérie devenue, à l’époque et par l’occupation, partie de la France à laquelle on a tenté de gommer l’identité. La base de l’Etat en Tunisie était différente et il fallait la reconstruire avec des particularités différentes. Le mot « dostour » (Constitution) est mythique en Tunisie : les mouvements ayant réclamé l’indépendance s’appellent, d’ailleurs, « dostour » ou « néo dostour ». Quand, récemment, la nouvelle Constitution tunisienne a été votée, c’était la fête dans la salle. Il n’y avait alors ni des drapeaux verts, ni noirs. Il n’y avait que le drapeau tunisien. L’identité nationale est donc ici une tradition.

-Pourquoi la Tunisie en 1967 et pourquoi de nouveau la Tunisie en 2014 ?

A l’époque, le choix de la Tunisie était un hasard. Je présentais, lors d’un séminaire, un article sur le livre « Philosophie de la révolution » de Jamal Abdel Nasser. A la fin, un de mes professeurs m’a dit : « c’est bien ce que vous avez présenté, mais il y a un autre type qui m’intéresse beaucoup. C’est ce Bourguiba en Tunisie ». Mon choix était fait. Je suis venu en Tunisie faire ma thèse et l’affinité est venue au fur et à mesure de mes recherches dans la bibliothèque nationale, de mes lectures et de mes rencontres.
Je suis de retour en Tunisie, grâce à l’effort de Ahmed Mannaï et de l’équipe de l’ITRI qui a contribué à la réédition du livre. Et puis avec la révolution, la Tunisie est le seul pays qui a une chance de s’en sortir. Elle fait office d’exemple. Il faut dire que la Tunisie a de la chance : elle n’a pas de frontière avec Israël, pas de pétrole, pas de canal de Suez. On la laisse donc plutôt tranquille… enfin, j’espère.

– Vous avez écrit un livre intitulé « La Tragédie Algérienne. De la cassure de l’Etat d’une société déchirée». Avec l’annonce de l’intention de Bouteflika de se représenter aux élections présidentielles et les querelles entre les différentes composantes de l’Algérie (Chaouis, Kabyles et Arabes), voyez-vous un drame se redessiner chez nos voisins de l’ouest ?

En Algérie, depuis bien longtemps, ce sont les militaires qui ont gouverné. Actuellement, y sévissent les clans des différents camps de ceux qui sont au pouvoir et qu’on appelle « la nébuleuse ». L’Algérie a du mal à trouver dans tout cela un gouvernant, tant la lutte des clans est virulente. Bouteflika a été mis sur la sellette, alors qu’il ne peut pas suivre ses fonctions, ni agir politiquement. Il n’arrivera probablement pas à la fin de son mandat. C’est une catastrophe et cette situation est la conséquence d’une politique de dilapidation des biens de l’Etat. Certains clans se mettent plein les poches pendant que le peuple s’appauvrit. L’Algérie vit au rythme des clashs entre les différentes ethnies et les différents groupes. Il n’y a plus une identité nationale, ce sont les identités claniques et tribales qui priment.

– La Tunisie et suite à une décision présidentielle, a coupé toute relation diplomatique avec la Syrie. Comme pour punir Bachar Al Assad, Moncef Marzouki avait décidé de rompre les liens unissant les deux pays. Cependant un lien fort est maintenu, il est fait de sang et de sexe et il s’appelle Jihad. Que pensez-vous de ce phénomène et du phénomène qui l’a vu naître sans s’en alarmer ?

On ne peut pas lui demander cela puisqu’il est mort, mais Bourguiba ne l’aurait pas fait. Une politique étrangère doit avoir une continuité et doit jouer sur toutes les facettes et dans toutes les circonstances. Couper donc un élément, c’est idiot. J’ignore pour quelles raisons cette décision a été prise et je ne m’aventurerais pas là dedans.
Ce qui se passe en Syrie est très grave. Selon ma thèse, les Etats-Unis ne veulent plus et ne peuvent plus être la puissance mondiale qu’ils ont toujours été, avec l’émergence de la Chine. Ils ont placé dans la zone un pouvoir de substitution délégué aux pays du Golfe. C’est un mauvais choix de se dire une démocratie et de s’allier avec des pays où la démocratie n’existe pas. Ces pays-là se querellent entre eux et n’ont pas de base commune. C’est le peuple syrien qui paye cela. Avec toutes les milices financées par différentes parties, c’est grave mais on laisse faire, parce que, d’un point de vue macrostructure géo-stratégique, il y a des intérêts de grandes puissances dans ce pays. La Syrie est l’alliée de l’Iran. En détruisant la Syrie, on croit affaiblir l’Iran. La Turquie a aussi des intérêts en Syrie et la Turquie a aussi ses problèmes avec la question kurde (en relation indirecte avec les kurdes syriens qui s’imposent). Les russes, quant à eux, ont des intérêts à préserver, puisqu’ils ont le dernier pont marin en Syrie (la mer noire). Cela explique pourquoi ce conflit ne trouve pas sa fin.

-Votre ouvrage le plus récent s’intitule « L’Islam – Horreur de l’Occident. Comment l’Ouest se construit son image de l’ennemi ». Quelle image a de nous l’ouest et pourquoi nous positionnez-vous en tant qu’ennemis ?

Samuel Huntington a écrit « La lutte des civilisations », un article paru, en 1993, dans la revue Foreign Affairs. Cet article qui disait que « l’islam est la grande menace pour le monde entier » avait créé une vive polémique. L’idée a alors été développée dans le livre « Le Choc des civilisations ». En 1994, le secrétaire général de l’Otan reprend ce discours et déclare, dans une interview, que « l’islam est une menace, plus que le communisme ne l’a jamais été ». On retrouvera cette même idée dans « Le livre blanc » que le France publiera par la suite. C’est l’aspect politique étrangère de la question, mais il y a aussi l’aspect politique intérieure. Nous avons, dans les différents pays d’Europe, connu des vagues d’immigration et le racisme est une réalité. Les clichés en relation avec l’antisémitisme ont été retournés contre les musulmans et l’islam. Le racisme antimusulman puise ses racines dans l’antisémitisme. Des mouvements d’extrême droite en Hollande, en France, en Autriche et en Allemagne font le pèlerinage à Jérusalem et sont reçus par les ministres des cabinets d’extrême droite israéliens. Les clichés antisémites sont utilisés contre les musulmans grâce à cette alliance « fascinantes ».

-Alors que notre chef du gouvernement revient d’une visite dans les pays du Golfe dont vous avez précédemment parlé, en tant qu’expert du Maghreb, quel regard stratégique portez-vous sur les relations étrangères tunisiennes ?

La Tunisie s’est enlisée dans une économie défaillante. L’essentiel est devenu de recevoir de l’argent pour financer l’Etat. Je pense que la Tunisie devrait essayer de sortir de cette logique. Beaucoup exploitent la main d’oeuvre tunisienne bon marché et les profits s’en vont à l’étranger. Cette politique néo-libérale commencée par Ben Ali a été poursuivie par Ennahdha : on ouvre les marchés, mais on ne reçoit rien. L’Union Européenne tient un double langage : la Tunisie doit s’ouvrir, mais elle est mise en concurrence avec des pays favorisés par d’autres facteurs et dans un système de quota et de calendriers. Ce sont ces petites contradictions qu’on pourrait utiliser pour gagner un peu plus en autonomie. Ceux qui prêchent le libéralisme ne le pratiquent pas. Je vois d’ici le vieux Bourguiba sortir son miroir et dire « Vous, la France qui parlez des droits de l’Homme ? Qu’avez-vous fait en Tunisie ? ».

-Nous célébrons, en ce 20 mars, l’indépendance, quel message adressez-vous à cette Tunisie d’après-Bourguiba ?

Loin de tout protocole, Mohamed Masmoudi m’a dit un jour: « Il y a deux grands acteurs, dans le monde : De Gaulle qui jouait une tragédie ; et le nôtre, un vrai comédien ! ». J’ai vu Bourguiba deux fois. Il avait beaucoup de finesse, il avait une intelligence extraordinaire et savait très vite comment réagir. C’est là que réside la différence la plus importante entre Ben Ali et Bourguiba : Ben Ali avait très peur de toute personne qui pensait, parce que lui même n’était pas très fort en pensée. Il y a en Tunisie, après Bourguiba, une tradition intellectuelle énorme. C’est cette tradition qui peut donner au pays une identité et la chance de trouver des solutions innovantes.

*Werner Ruf est spécialiste en Sciences politique, en Sociologie, en Histoire en en Littérature française. Il a fréquenté l’Université de Fribourg en Suisse, La Sorbonne en France et l’université de Sarrebruck en Allemagne. Enseignant à New York, à Aix En Provence, à Essen (en Allemagne) puis à la Castle University (Boston), Werner Ruf est un spécialiste du Maghreb, de sa politique et de ses spécificités sociales. Il est l’auteur de :
– Habib Bourguiba et l’idée de l’unification maghrébine, Fribourg, 1964.
– Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie indépendante, Gütersloh 1969.
– Le rôle des images dans la politique internationale, Sarrebruck 1974.
– Nouvel Ordre ou Désordre dans le système des Nations Unies. Comment le Conseil de Sécurité traite la souveraineté des Etats du « Tiers Monde », Münster 1994.
– La Tragédie Algérienne. De la cassure de l’Etat d’une société déchirée. Münster 1997.
– L’Islam – Horreur de l’Occident. Comment l’Ouest se construit son image de l’ennemi, Cologne 2012
http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?a=45080&t=519&lang=fr&temp=3&utm_source=dlvr.it&utm_medium=facebook/

Mon entretien avec Werner Ruf. Merci à Ahmed Manai grâce à qui cela a pu se faire. Bonne lecture!

Un commentaire sur “Ines Oueslati: Entretien avec Werner Ruf

  1. La politique étrangère Tunisienne version Qatarie Professeur émérite en relations internationales à l’université de Kassel en Allemagne, Werner Ruf, 70 ans. Auteur de nombreuses publications concernant les systèmes politiques et les relations internationales du Maghreb, le système des Nations unies, l’Islam politique, la politique de sécurité, la politique méditerranéenne de l’UE et l’économie politique de la violence. Werner Ruf n’est pas étranger à la Tunisie, il est l’auteur du livre : « La crise de Bizerte : la tentative Bourguibiste pour résoudre les problèmes des frontières tunisiennes. » Il va jusqu’à voir dans la bataille de Bizerte un prétexte pris pour obtenir de la France les avantages territoriaux que la Tunisie réclamait en vain dans le sud Tunisien. Cf. Werner K. Ruf, “The Bizerta crisis: a Bourguibiste attempt to resolve Tunisian’s border problems,” The Middle East Journal, Spring 1971, 201-211. La thèse ne manque pas d’arguments bien qu’elle soit récusée par les autorités de Tunis, Cf. Yaroslav BILINSKI, Tunisia and France, 1956-1970, Relations between the ex-protectorate and the metropolis, University of Delaware, décembre 1971. multigr, Bibliogr, pp. 105-109 [ad#pub-04] Werner Ruf, nous livre son analyse sur, la diplomatie tunisienne du gouvernement islamiste de Hamadi Jebali, celle de Bourguiba et de l’ex-président déchu Ben Ali. Tunis Tribune : La politique étrangère de Bourguiba, c’est quoi ? Werner Ruf Werner Ruf : Il faut distinguer deux phases : La première qui dura de 1956 à 1961 et la deuxième de 1962 jusqu’au putsch de Ben Ali. Au moment de la signature du protocole de l’indépendance le 20 mars 1962 la Tunisie n’était nullement indépendante : La France voulait se réserver la politique étrangère du pays, les troupes françaises restaient stationnées sur le territoire tunisien. En poursuivant sa stratégie « Bouguibiste, » Habib Bourguiba mettait constamment la France devant des faits accomplis, par exemple en nommant les ambassadeurs à l’étranger. Cette stratégie réussissait notamment pendant la IV République Française, quand Bourguiba réussit à mobiliser une partie de la classe politique française pour ses buts en mettant la France devant les paradoxes de sa propre politique et en exerçant aussi une pression morale qui misait sur les contradictions entre les actes et les paroles du gouvernement français. Ainsi la crise qui suivit le bombardement de la ville de « Sakiet Sidi Youssef  » par l’aviation française était habilement utilisée pour parvenir – avec le soutien massif des Etats-Unis – à l’évacuation du territoire tunisien par l’armée française, sauf la base de Bizerte. La crise de Bizerte – et plus tard la nationalisation des terres de colonisation – mettait en relief les limites du Bourguibisme: Les affrontements sanglants de la ville de Bizerte, provoqués par le gouvernement tunisien, avaient pour but l’occupation des puits de pétrole d’Edjeleh avant l’indépendance de l’Algérie. Donc l’argumentation morale concentrée sur les combats de Bizerte ne touchait pas le fonds du problème. En plus, la V République de Charles de Gaulle s’avérait résistante à l’argumentation moralisante Bourguibiste. Duel entre Rafik Abdessalem Bouchlaka et Beji Caied Essebsi, Caricature Adenov La deuxième phase était celle d’un Etat « normal » qui avait réussi à conquérir ses attributs de souveraineté. Elle excellait par deux faits : La politique bourguibienne restait fondamentalement pro-occidentale en essayant de tirer profit économiquement de cette fidélité et de jouir du prestige que le petit pays avait acquis durant la première phase, une politique qui se manifesta par exemple dans l’élection de Mongi Slim à la présidence de l’assemblée générale de l’ONU. Comment évaluez-vous la diplomatie tunisienne sous l’ère de Ben Ali ? L’ex-président Ben Ali continua grosso modo la même politique pro-occidentale de Bourguiba. Il ouvrit grandement le pays aux investisseurs économiques étrangers et se faisait présenter comme l’élève docile du néo-libéralisme – bien plus que Bourguiba ne l’aurait probablement pas fait. Mais surtout : La politique étrangère fut sujette aux pouvoir personnel de Ben Ali en personne et à son caractère vaniteux : Les ouvertures économiques étaient accompagnées d’une corruption à grande échelle, érigée en système et de la chasse aux prix de toute sorte pour faire rayonner les compétences d’un président qui n’existaient nullement. Cette dimension de la politique étrangère tournait même au ridicule quand Ben Ali réussit à s’acheter un prix des droits de l’homme. Quelle est votre analyse de la diplomatie tunisienne de l’après Ben Ali ? Il y a des indices clairs que la politique étrangère actuelle sous l’égide du parti islamiste Ennahda s’oriente davantage sur le Conseil de Coopération du Golfe sous le leadership de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Tout en continuant la politique néo-libérale de l’ancien régime vers l’Union Européenne, le nouveau gouvernement tunisien ouvre la porte grandement aux investissements des pays du petrodollars, notamment le Qatar, Mais aussi politiquement, il semble suivre inconditionnellement les buts de ces pays comme le démontre son attitude face au conflit syrien ou l’extradition de l’ex-premier ministre libyen Al Baghdadi Mahmoudi. Le ministre des Affaires étrangères est devenu la risée de la toile et des réseaux sociaux. Beaucoup de critique et d’ironie dû à ses sorties chaotiques sur des sujets divers. Il est épinglé pour l’exemple à sa méconnaissance des dossiers diplomatiques et la légèreté de ses analyses. Quel est votre avis à ce sujet ? (Le ministre a récemment pris Istanbul pour la capitale de la Turquie au lieu d’Ankara ou l’histoire des 500 km des côtes tunisiennes) Je pense qu’il s’agit là d’un débat intérieur tunisien dans lequel je ne voudrais pas m’immiscer. Encore est-il que le choix de ministres devrait aussi dépendre de certaines compétences, concernant son ressort – ne serait-ce que pour affirmer son autorité à l’étranger, autant que vers son propre corps diplomatique. Certains néoconservateurs prétendent aujourd’hui que l’intervention américaine en Irak a préparé le terrain pour les révolutions arabes. Qu’en pensez-vous ? Marzouki et l’Émir du Qatar En effet, le président américain George W. Bush, fer de lance ces néo-conservateurs, avait déclaré tout haut que sa politique vers le Proche-Orient visait à démocratiser la région (« Democratising the Middle East »). Il faut savoir cependant qu’au moins dans la tradition américaine, le terme de démocratie est intimement lié à la notion d’économie de marché. Ainsi démocratisation, implique toujours le modèle économique libéral et, surtout, l’ouverture des marchés. C’était d’ailleurs le but principal de la guerre contre l’Iraq. Au-delà du contrôle des ressources pétrolières, c’est le contrôle des routes de transports du pétrole et du gaz, c’est-à-dire des réseaux gigantesques de pipelines qui déterminent les géostratégies actuelles : Là réside l’importance de l’Afghanistan. Au-delà de ses ressources, il s’agit de l’accès aux richesses du bassin caspien dont les richesses pétrolières et gaziers sont évacués jusqu’à présent, presque exclusivement à travers le territoire russe dans des pipelines gigantesques qui rejoignent l’Europe. Et qui dit contrôle géostratégique veut dire aussi, non seulement, sécuriser les ressource mais aussi contrôler les routes d’accès et de transport des autres, en ce cas notamment de la Chine. Derrière le concept de la « démocratisation du Moyen Orient » se cache clairement un projet impérialiste de domination américaine, aussi envers ses alliés. C’est justement, ce qui explique la participation massive des pays occidentaux dans la guerre d’Afghanistan : Seule la participation à la guerre leur permet de participer aussi au partage du butin, c’est-à-dire à faire valoir leurs intérêts dans les négociations sur le stat futur de la région. Le bilan de cette politique à courte vue qui parle de démocratie et ne vise que des intérêts économiques est désastreux : Partout où il y a eu depuis 2001 une intervention militaire occidentale le résultat est la destruction des Etats qui sont devenus des « Etats en délitement »: L’Afghanistan, l’Iraq, la Libye que je compte dans cette catégorie et bientôt probablement la Syrie. Quelle est actuellement la meilleure politique arabe à votre avis ? Permettez-moi de répondre par une contre-question : Y a-t-il, actuellement, une politique arabe – ou plutôt une politique d’islamisation au profit des pays arabes les plus réactionnaires ? A votre avis, va-t-on vers la guerre en Syrie à court terme ? A mon avis nous sommes déjà en pleine guerre : A part l’Algérie, la Syrie (et le Liban) sont les derniers régimes séculiers qui restent dans la région. C’est un fait, que depuis le printemps 2011, l’Arabie Saoudite et le Qatar soutiennent des rebelles, qu’ils organisent la contrebande d’armes et l’entrée de groupes armées généralement d’obédience islamiste militante. D’après un journal conservateur (!) allemand, il y a actuellement au moins trois mille Afghans libyens (formé en Afghanistan) en Syrie – sans parler de ces combattants islamistes infiltrés à partir d’Iraq et probablement, avec l’aide de la CIA, à partir de la Turquie. C’est une vraie guerre à laquelle participent, pour le moins, indirectement de nombreux pays de la région et, à travers la Turquie pour le moins, l’OTAN. Et, ce conflit est en train de provoquer une guerre civile non seulement en Syrie mais aussi au Liban. [ad#pub-03] Je pense qu’il y a un mélange d’intérêts stratégiques occidentaux et arabes à la fois : La chute de la dictature des Assad serait un affaiblissement substantiel de l’Iran, mais aussi de la position de la Russie dans le Proche Orient. L’Occident soutient les despotes du Golfe qui de leur côté instrumentalisent les Sunnites afin d’assurer leur domination tout en islamisant les pays du Maroc jusqu’au Croissant Fertile. Le but majeur de cette stratégie est de forger une alliance régionale contre l’Iran sur la base d’un nouvel axe Riad – Tel-Aviv. En même temps cette nouvelle puissance qui se forme autour des pays du Conseil de Coopération du Golfe est garante de l’approvisionnement en pétrole de l’Occident. La chute du système de Téhéran couronnerait cette étrange « démocratisation » sur fonds islamiste wahabite – et assurerait un « ordre » régional qui permettrait de réduire la présence militaire américaine en temps de crise économique et de nouveaux défis dans l’Océan Pacifique. – See more at: http://news.tunistribune.com/?q=la-politique-etrangere-tunisienne-dictee-par-le-qatar/23467.html#sthash.imYXs5er.dpuf Livre: ‘‘Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie’’ Mars 2014 Cet ouvrage écrit en 1967 par Werner Ruf, traduit et publié en arabe 36 ans après, a été présenté, en présence de l’auteur, le jeudi 20 mars, jour du 58e anniversaire de la l’indépendance, à Monastir, ville natale de Bourguiba. Le politologue a fréquenté les universités de Fribourg en Suisse, la Sorbonne en France et Sarrebruck en Allemagne. Enseignant à New York, Aix-en-Provence, Essen (en Allemagne), puis à la Castle University (Boston), Werner Ruf est, surtout, spécialiste du Maghreb, de sa politique et de ses spécificités sociales. Au début des années 60, alors jeune étudiant, Werner Ruf passe un an et demi en Tunisie postcoloniale, pour les besoin de sa recherche. Il y rencontre de nombreuses personnalités, dont Mohamed Sayah qui était, à l’époque, à la tête de l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget). Son ouvrage, écrit à la base en allemand, est un mélange de recherche scientifique et de témoignages d’une période de l’histoire contemporaine de la Tunisie. Il a fallu attendre 36 ans, pour qu’il soit traduit en arabe littéraire par l’Institut tunisien des relations internationales (Tunistri). Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour voir cet ouvrage publié en Tunisie? A cela, le professeur Werner Ruf répond: «Il y a eu des tentatives de traduction à l’époque de Ben Ali, mais il était toujours question de supprimer telle ou telle partie. L’ouvrage ne pouvait être publié – surtout en arabe – sans passer par la censure. Un livre sur Bourguiba ne dérange pas quand il est écrit en allemand. Le traduire, c’est une autre affaire». L’auteur ajoute: «J’ai toujours refusé qu’on touche à mes idées. C’est pour cela que j’ai reporté l’initiative de traduction, en attendant des jours meilleurs. La possibilité s’est présentée après la révolution. Et là, je n’ai pas hésité quand l’Institut tunisien des relations internationales m’a proposé de le faire.» L’ouvrage de 400 pages traite de la vision et la politique du premier président tunisien, de la lutte pour l’indépendance, du processus de décolonisation après la signature du protocole de l’indépendance. Yassine Yousfi Werner Ruf parle de Bourguibisme et de la politique étrangère tunisienne 20/03/2014 17:05 En 1967, Werner Ruf*, historien et spécialiste du Maghreb, a écrit une thèse intitulée « Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie ». L’Institut tunisien des Relations internationales (ITRI) a traduit l’ouvrage en arabe par le Professeur Sahbi Thabet. Il est présenté le 20 mars 2014, une date ô combien symbolique car désignant celle de la libération de la Tunisie du joug du colonisateur, grâce, notamment, à Habib Bourguiba. Présent en cette Tunisie à laquelle il s’est intéressé il y a de cela plus de trois décennies, Werner Ruf a accordé cette interview à Business News. – Votre visite en Tunisie intervient un 20 mars, jour de la commémoration de l’indépendance tunisienne. Votre livre a été écrit dans les années 1960. Que pensez-vous des différentes phases « d’occupations » et « d’indépendances » qu’a connues la Tunisie depuis ? La Tunisie était un protectorat. En tant qu’Etat, elle n’a jamais disparu ; contrairement à l’Algérie devenue, à l’époque et par l’occupation, partie de la France à laquelle on a tenté de gommer l’identité. La base de l’Etat en Tunisie était différente et il fallait la reconstruire avec des particularités différentes. Le mot « dostour » (Constitution) est mythique en Tunisie : les mouvements ayant réclamé l’indépendance s’appellent, d’ailleurs, « dostour » ou « néo dostour ». Quand, récemment, la nouvelle Constitution tunisienne a été votée, c’était la fête dans la salle. Il n’y avait alors ni des drapeaux verts, ni noirs. Il n’y avait que le drapeau tunisien. L’identité nationale est donc ici une tradition. -Pourquoi la Tunisie en 1967 et pourquoi de nouveau la Tunisie en 2014 ? A l’époque, le choix de la Tunisie était un hasard. Je présentais, lors d’un séminaire, un article sur le livre « Philosophie de la révolution » de Jamal Abdel Nasser. A la fin, un de mes professeurs m’a dit : « c’est bien ce que vous avez présenté, mais il y a un autre type qui m’intéresse beaucoup. C’est ce Bourguiba en Tunisie ». Mon choix était fait. Je suis venu en Tunisie faire ma thèse et l’affinité est venue au fur et à mesure de mes recherches dans la bibliothèque nationale, de mes lectures et de mes rencontres. Je suis de retour en Tunisie, grâce à l’effort de Ahmed Mannaï et de l’équipe de l’ITRI qui a contribué à la réédition du livre. Et puis avec la révolution, la Tunisie est le seul pays qui a une chance de s’en sortir. Elle fait office d’exemple. Il faut dire que la Tunisie a de la chance : elle n’a pas de frontière avec Israël, pas de pétrole, pas de canal de Suez. On la laisse donc plutôt tranquille… enfin, j’espère. – Vous avez écrit un livre intitulé « La Tragédie Algérienne. De la cassure de l’Etat d’une société déchirée». Avec l’annonce de l’intention de Bouteflika de se représenter aux élections présidentielles et les querelles entre les différentes composantes de l’Algérie (Chaouis, Kabyles et Arabes), voyez-vous un drame se redessiner chez nos voisins de l’ouest ? En Algérie, depuis bien longtemps, ce sont les militaires qui ont gouverné. Actuellement, y sévissent les clans des différents camps de ceux qui sont au pouvoir et qu’on appelle « la nébuleuse ». L’Algérie a du mal à trouver dans tout cela un gouvernant, tant la lutte des clans est virulente. Bouteflika a été mis sur la sellette, alors qu’il ne peut pas suivre ses fonctions, ni agir politiquement. Il n’arrivera probablement pas à la fin de son mandat. C’est une catastrophe et cette situation est la conséquence d’une politique de dilapidation des biens de l’Etat. Certains clans se mettent plein les poches pendant que le peuple s’appauvrit. L’Algérie vit au rythme des clashs entre les différentes ethnies et les différents groupes. Il n’y a plus une identité nationale, ce sont les identités claniques et tribales qui priment. – La Tunisie et suite à une décision présidentielle, a coupé toute relation diplomatique avec la Syrie. Comme pour punir Bachar Al Assad, Moncef Marzouki avait décidé de rompre les liens unissant les deux pays. Cependant un lien fort est maintenu, il est fait de sang et de sexe et il s’appelle Jihad. Que pensez-vous de ce phénomène et du phénomène qui l’a vu naître sans s’en alarmer ? On ne peut pas lui demander cela puisqu’il est mort, mais Bourguiba ne l’aurait pas fait. Une politique étrangère doit avoir une continuité et doit jouer sur toutes les facettes et dans toutes les circonstances. Couper donc un élément, c’est idiot. J’ignore pour quelles raisons cette décision a été prise et je ne m’aventurerais pas là dedans. Ce qui se passe en Syrie est très grave. Selon ma thèse, les Etats-Unis ne veulent plus et ne peuvent plus être la puissance mondiale qu’ils ont toujours été, avec l’émergence de la Chine. Ils ont placé dans la zone un pouvoir de substitution délégué aux pays du Golfe. C’est un mauvais choix de se dire une démocratie et de s’allier avec des pays où la démocratie n’existe pas. Ces pays-là se querellent entre eux et n’ont pas de base commune. C’est le peuple syrien qui paye cela. Avec toutes les milices financées par différentes parties, c’est grave mais on laisse faire, parce que, d’un point de vue macrostructure géo-stratégique, il y a des intérêts de grandes puissances dans ce pays. La Syrie est l’alliée de l’Iran. En détruisant la Syrie, on croit affaiblir l’Iran. La Turquie a aussi des intérêts en Syrie et la Turquie a aussi ses problèmes avec la question kurde (en relation indirecte avec les kurdes syriens qui s’imposent). Les russes, quant à eux, ont des intérêts à préserver, puisqu’ils ont le dernier pont marin en Syrie (la mer noire). Cela explique pourquoi ce conflit ne trouve pas sa fin. -Votre ouvrage le plus récent s’intitule « L’Islam – Horreur de l’Occident. Comment l’Ouest se construit son image de l’ennemi ». Quelle image a de nous l’ouest et pourquoi nous positionnez-vous en tant qu’ennemis ? Samuel Huntington a écrit « La lutte des civilisations », un article paru, en 1993, dans la revue Foreign Affairs. Cet article qui disait que « l’islam est la grande menace pour le monde entier » avait créé une vive polémique. L’idée a alors été développée dans le livre « Le Choc des civilisations ». En 1994, le secrétaire général de l’Otan reprend ce discours et déclare, dans une interview, que « l’islam est une menace, plus que le communisme ne l’a jamais été ». On retrouvera cette même idée dans « Le livre blanc » que le France publiera par la suite. C’est l’aspect politique étrangère de la question, mais il y a aussi l’aspect politique intérieure. Nous avons, dans les différents pays d’Europe, connu des vagues d’immigration et le racisme est une réalité. Les clichés en relation avec l’antisémitisme ont été retournés contre les musulmans et l’islam. Le racisme antimusulman puise ses racines dans l’antisémitisme. Des mouvements d’extrême droite en Hollande, en France, en Autriche et en Allemagne font le pèlerinage à Jérusalem et sont reçus par les ministres des cabinets d’extrême droite israéliens. Les clichés antisémites sont utilisés contre les musulmans grâce à cette alliance « fascinantes ». -Alors que notre chef du gouvernement revient d’une visite dans les pays du Golfe dont vous avez précédemment parlé, en tant qu’expert du Maghreb, quel regard stratégique portez-vous sur les relations étrangères tunisiennes ? La Tunisie s’est enlisée dans une économie défaillante. L’essentiel est devenu de recevoir de l’argent pour financer l’Etat. Je pense que la Tunisie devrait essayer de sortir de cette logique. Beaucoup exploitent la main d’oeuvre tunisienne bon marché et les profits s’en vont à l’étranger. Cette politique néo-libérale commencée par Ben Ali a été poursuivie par Ennahdha : on ouvre les marchés, mais on ne reçoit rien. L’Union Européenne tient un double langage : la Tunisie doit s’ouvrir, mais elle est mise en concurrence avec des pays favorisés par d’autres facteurs et dans un système de quota et de calendriers. Ce sont ces petites contradictions qu’on pourrait utiliser pour gagner un peu plus en autonomie. Ceux qui prêchent le libéralisme ne le pratiquent pas. Je vois d’ici le vieux Bourguiba sortir son miroir et dire « Vous, la France qui parlez des droits de l’Homme ? Qu’avez-vous fait en Tunisie ? ». -Nous célébrons, en ce 20 mars, l’indépendance, quel message adressez-vous à cette Tunisie d’après-Bourguiba ? Loin de tout protocole, Mohamed Masmoudi m’a dit un jour: « Il y a deux grands acteurs, dans le monde : De Gaulle qui jouait une tragédie ; et le nôtre, un vrai comédien ! ». J’ai vu Bourguiba deux fois. Il avait beaucoup de finesse, il avait une intelligence extraordinaire et savait très vite comment réagir. C’est là que réside la différence la plus importante entre Ben Ali et Bourguiba : Ben Ali avait très peur de toute personne qui pensait, parce que lui même n’était pas très fort en pensée. Il y a en Tunisie, après Bourguiba, une tradition intellectuelle énorme. C’est cette tradition qui peut donner au pays une identité et la chance de trouver des solutions innovantes. *Werner Ruf est spécialiste en Sciences politique, en Sociologie, en Histoire en en Littérature française. Il a fréquenté l’Université de Fribourg en Suisse, La Sorbonne en France et l’université de Sarrebruck en Allemagne. Enseignant à New York, à Aix En Provence, à Essen (en Allemagne) puis à la Castle University (Boston), Werner Ruf est un spécialiste du Maghreb, de sa politique et de ses spécificités sociales. Il est l’auteur de : – Habib Bourguiba et l’idée de l’unification maghrébine, Fribourg, 1964. – Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie indépendante, Gütersloh 1969. – Le rôle des images dans la politique internationale, Sarrebruck 1974. – Nouvel Ordre ou Désordre dans le système des Nations Unies. Comment le Conseil de Sécurité traite la souveraineté des Etats du « Tiers Monde », Münster 1994. – La Tragédie Algérienne. De la cassure de l’Etat d’une société déchirée. Münster 1997. – L’Islam – Horreur de l’Occident. Comment l’Ouest se construit son image de l’ennemi, Cologne 2012 Inès Oueslati Werner Ruf: « Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie ». La version arabe bientôt en librairie: »البورقيبيّة و السّياسة الخارجيّة لتونس المستقلّة » Le 6 Février 2012, la mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie venait d’être suspendue depuis une semaine. Libéré de mon obligation de réserve, je pouvais répondre aux questions de mon ami Issam Hannachi de Tunistribune et notamment à sa question relative à la décision de la Tunisie de rompre ses relations diplomatiques avec la Syrie…. La version arabe »البورقيبيّة و السّياسة الخارجيّة لتونس المستقلّة » bientôt en librairie Le 6 Février 2012, la mission des observateurs de la Ligue arabe en Syrie venait d’être suspendue depuis une semaine. Libéré de mon obligation de réserve, je pouvais répondre aux questions de mon ami Issam Hannachi de Tunistribune et notamment à sa question relative à la décision de la Tunisie de rompre ses relations diplomatiques avec la Syrie…. J’y ai répondu ainsi : « l’objectif de toute diplomatie digne de ce nom est d’avoir le maximum d’amis et le minimum d’ennemis. Je renvoie vos lecteurs à la thèse de l’ami et universitaire Allemand, Werner Ruf, ayant pour titre « La politique étrangère d’un pays faible : l’exemple de la Tunisie » soutenue à la fin des années Soixante. Nos diplomates pourront y trouver ce qui manque à nos gouvernants actuels. Alors qu’est ce que j’en pense? C’est une décision irréfléchie, prise par des amateurs de la diplomatie et des relations internationales, inconscients du tort qu’ils font aux intérêts et à l’image d’un pays qui s’est longtemps distingué par sa diplomatie sage et équilibrée, ou alors, une décision dictée par plus forts qu’eux »! https://tunisitri.wordpress.com/2012/02/06/tunis-tribune-interview-exclusive-de-m-ahmed-manai/ Quelques jours après mon ami Werner Ruf, m’envoie un email me félicitant de mon interview et me corrigeant sur le titre de sa thèse : ce n’était pas ce que j’avais avancé mais plutôt « Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie ». C’est ainsi qu’est née l’idée de traduire cette thèse, vieille de près d’un demi siècle, mais toujours d’actualité et qui mérite de faire partie du patrimoine tunisien et dans la langue du pays. Au bout de deux années et d’immenses efforts de la part de toute l’équipe de l’ITRI, de nombreux amis, proches et donateurs qui ont crû à ce projet et nous ont aidé généreusement, et grâce notamment à notre ami le Professeur Sahbi Thabet, qui a traduit le texte en arabe, en un temps record, ce projet vient d’aboutir. La version arabe du livre « Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie » « البورقيبيّة و السّياسة الخارجيّة لتونس المستقلّة »est actuellement à l’imprimerie et nous comptons fêter le 20 mars, jour anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, ignoré par le nouveau locataire de Carthage et ses associés, en le présentant au public… L’auteur Werner Ruf, grand historien, spécialiste du Maghreb et plus spécialement de la Tunisie, sera parmi nous du 19 au 26 mars. De plus amples détails seront fournis à temps sur le séjour du Professeur Werner Ruf en Tunisie et sur les activités que nous comptons organiser à cette occasion. Institut tunisien des relations internationales (I.T.R.I) ________ Monographies Werner Ruf – Habib Bourguiba et l’idée de l’unification maghrébine, Fribourg, 1964. Der Burgibismus und die Außenpolitik des unabhängigen Tunesien, Gütersloh 1969. – Le Bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie indépendante, Gütersloh 1969. Bilder in der Internationalen Politik, Saarbrücken 1974. – Le rôle des images dans la politique internationale, Sarrebruck 1974. Die neue Welt-Un-Ordnung. Vom Umgang des Sicherheitsrats mit der Souveränität der « Dritten Welt », Münster 1994. – Nouvel Ordre ou Désordre dans le système des Nations Unies. Comment le Conseil de Sécurité traite la souveraineté des Etats du « Tiers Monde », Münster 1994. Die algerische Tragödie. Vom Zerbrechen des Staates einer zerrissenen Hesellschaft, Münster 1997. – La Tragédie Algérienne. De la cassure de l’Etat d’une société déchirée. Münster 1997. Der Islam – Schrecken des Abendlandes. Wie sich der Westen sein Feindbild konstruiert, Köln 2012. – L’Islam – Horreur de l’Occident. Comment l’Ouest se construit son image de l’ennemi, Cologne 2012 «La politique étrangère est indissociable de l’indépendance économique» De passage en Tunisie pour la présentation de la traduction arabe de son livre «Le bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie indépendante» (*), l’historien allemand Werner Ruf, qui est un spécialiste de la diplomatie tunisienne, nous aide ici à comprendre l’insoutenable légèreté des relations internationales au temps des révolutions arabes. Werner Klauss Ruf «La politique étrangère est indissociable de l’indépendance économique» De passage en Tunisie pour la présentation de la traduction arabe de son livre «Le bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie indépendante» (*), l’historien allemand Werner Ruf, qui est un spécialiste de la diplomatie tunisienne, nous aide ici à comprendre l’insoutenable légèreté des relations internationales au temps des révolutions arabes. Vous allez présenter la version arabe de votre livre sur la politique étrangère de Bourguiba dans un contexte où la diplomatie tunisienne traverse peut-être sa plus rude épreuve. Que peut-on apprendre aujourd’hui du bourguibisme en politique étrangère ? Ce qu’on peut apprendre d’un homme d’Etat d’une lucidité extraordinaire, d’un grand tacticien… C’est pourquoi le bourguibisme ne peut pas être réduit à une idéologie. C’est une stratégie, parfois une tactique, qui consiste à faire des concessions et des concessions, mais de ne jamais perdre le but, de relier chaque concession à une nouvelle étape pour aller de l’avant et pour élargir les compétences de souveraineté de la Tunisie. Il faut rappeler que la politique étrangère de la Tunisie a commencé bien avant l’indépendance formelle. Bourguiba a su réunir les meilleures conditions possibles pour arriver au but principal : l’indépendance. Il y avait en juin 1955 les accords sur l’autonomie interne conclus au prix de la scission au sein de son parti. Huit mois après, il a réussi à faire signer le protocole de l’indépendance alors que la Tunisie était encore occupée par l’armée française, alors que la France réclamait encore la politique étrangère de la Tunisie. Mais, par un jeu extrêmement habile, il a réussi à accaparer ses compétences de souveraineté et à jouer un rôle important sur le plan international. Il a habilement instrumentalisé le bombardement de Sakiet Sidi Youssef, ainsi que les évènements de Bizerte pour faire partir les troupes françaises du sol tunisien. Ce sont de grandes réussites. Il y en aura d’autres qui font que Bourguiba a réussi à faire d’un petit pays un acteur important sur la scène internationale. Cela se vérifie notamment dans sa position vis-à-vis de la guerre en Algérie : médiatiser, aller vers le compromis, arrêter l’effusion de sang… Votre livre se ferme sur les possibilités et les limites de la mise en pratique du bourguibisme. Est-ce qu’un petit pays comme la Tunisie a actuellement les moyens de sa politique internationale ? C’est devenu extrêmement difficile. La politique internationale est de plus en plus imposée. En Tunisie, elle est indissociable de l’indépendance économique. Néanmoins, je pense qu’avec une certaine intelligence, une certaine lucidité et en se posant des buts, il y a quand même des marges de manœuvre que la Tunisie peut exploiter. La réalité est que, depuis la révolution, la politique étrangère a été nettement négligée par les gouvernements de transition. Je ne parlerai même pas d’erreurs, comme le disent les médias. S’il n’y a pas de politique étrangère ou presque pas, il ne peut même pas y avoir d’erreurs. Et je pense qu’il n’y a pas eu de vision ni de buts stratégiques toutes ces années de transition. Il y a certes les problèmes économiques et sociaux intérieurs qui sont eux-mêmes liés au contexte extérieur, vu la situation de dépendance de la Tunisie vis-à-vis des marchés internationaux. Mais tout cela n’empêche pas d’adopter une politique stratégique qui se fixe un but pour changer les choses. La Tunisie peut notamment mettre en valeur son degré de modernité héritée de Bourguiba pour se fixer de nouvelles stratégies. Le nouveau chef du gouvernement tunisien rentre d’une tournée dans la région du Golfe où il a dû approuver la décision de l’Arabie Saoudite de classer les Frères musulmans organisation terroriste. Y voyez-vous une condition préalable au soutien financier que M. Jomâa aurait cherché auprès des riches monarchies ? Le problème est que si la Tunisie est essentiellement en quête d’argent, elle va devoir accepter les conditions qu’on lui impose. Donc, il faudrait qu’elle compte plus sur ses propres forces, essaye de sortir de cette dépendance économique qui consiste à combler au jour le jour des trous budgétaires. Pour cela, seule une vision politique et stratégique avec des buts précis peut l’aider à se dégager d’une situation qui ne fait que se reproduire. Quelle lecture faites-vous du rôle prépondérant de ces nouveaux acteurs internationaux que sont devenus les pays du Golfe lors des révolutions arabes et que pensez-vous de leur revirement actuel vis-à-vis des mouvements islamistes qu’ils ont soutenus au départ ? Les pays du Conseil de coopération du Golfe ont essayé, après les révolutions arabes, de mener une politique internationale très active en soutenant les mouvements islamistes. Leur but était d’avoir des remparts devant leurs propres frontières ; des remparts islamistes pour empêcher une déstabilisation de la situation chez eux. Cela n’a pas réussi. Aujourd’hui, le Qatar est isolé, l’Arabie Saoudite soutient le régime militaire en Egypte, les deux pays forts du Conseil de coopération du Golfe s’affrontent en Syrie… Et rien n’est encore joué. Cela vient du fait que les Etats-Unis ne jouent plus le rôle prépondérant qu’ils ont joué jusqu’ici dans la région et qu’ils laissent faire leurs valets. Encore que les choses sont contradictoires. Le putsch contre les Frères musulmans en Egypte n’a pas plu aux Etats-Unis qui ont choisi d’avoir les Frères musulmans comme nouveaux partenaires. Le revirement vient aussi de la très forte rivalité entre le Qatar, qui soutient les Frères musulmans, et l’Arabie Saoudite qui, après avoir essayé de les contrôler par l’argent, se rend compte qu’ils sont incontrôlables et les considère, désormais comme un facteur de déstabilisation contre son propre régime. Guerre froide, guerre contre le terrorisme, guerre pour la démocratie… Qu’est-ce qui déterminera désormais les relations internationales ? Je vais avancer une thèse qui est que les Etats-Unis sont en train de commencer leur propre déclin. Dans la pratique des relations internationales autant que dans les recherches, beaucoup d’indices traduisent ce déclin. Les Etats-Unis ont au début soutenu les révolutions arabes. Bien avant le départ de Ben Ali, Obama répétait : «Nous soutenons le changement, nous voulons le changement !». C’est pourquoi l’Occident, qui ne pouvait plus continuer à se tenir aux côtés des dictatures, a soutenu les Frères musulmans qui ne posent pas de problèmes à ses intérêts principaux, étant donné qu’ils sont pour l’économie de marché. Ce ne sont plus des ennemis même s’ils sont devenus non fréquentables. C’est le grand enjeu maintenant : Que se passera-t-il si les Etats-Unis, qui viennent de découvrir un nouvel « ennemi » : la Chine, vont décider de se retirer de plus en plus de l’échiquier arabe et de déplacer leurs forces militaires vers le Pacifique ? Est-ce que l’Union européenne, qui est, elle aussi en train de se militariser, va remplacer les Etats-Unis ? Ce sont des jeux ouverts et nous vivons des temps mouvants. Ce qui est déjà clair c’est que le monde évolue vers un système multipolaire avec l’Europe, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil… Un système multipolaire est un système moins stable et moins calculable que le système de la guerre froide. Dans cette mouvance, quel serait, selon vous, l’avenir des révolutions arabes ? Je fais abstraction de la situation en Syrie où tous les intérêts s’affrontent : les Etats-Unis, la Russie, la Turquie, l’Europe, l’Arabie Saoudite, le Qatar… Je fais abstraction de tout cela. Pour le reste, l’islamisme commence à prouver qu’il n’est pas la solution. Ce sont les Tunisiens qui l’ont compris les premiers. S’il y a une chance pour les printemps arabes, c’est de la Tunisie qu’elle viendrait, je le dis en me référant à la nouvelle Constitution. (*) Sujet d’une thèse, l’ouvrage « Le bourguibisme et la politique étrangère de la Tunisie indépendante », publié en 1969, analyse la façon dont Bourguiba a mené la politique étrangère tunisienne avant et après l’indépendance, la stratégie bourguibiste et la fonction de l’image de soi dans la politique de Bourguiba. Au retour des décennies de censure, le livre vient d’être traduit en langue arabe à l’Institut tunisien des relations internationales. Auteur : Entretien conduit par H.B. Ajouté le : 25-03-2014 http://www.lapresse.tn/25032014/80744/la-politique-etrangere-est-indissociable-de-lindependance-economique.html/ المؤرخ الألماني فيرنر روف مؤلف كتاب  » البورقيبية والسياسة الخارجية لتونس المستقلة » يتحدث للتونسية *محمد بوغلاب قدّم الدكتور أحمد المناعي رئيس المعهد التونسي للعلاقات الدولية صباح الإثنين 24مارس الترجمة العربية لكتاب المؤرخ الألماني »فيرنر روف » بعنوان » البورقيبية والسياسة الخارجية لتونس المستقلة » بإمضاء الأستاذ الصحبي ثابت، وبحضور عدة وجوه سياسية وفكرية من بينها السفير السابق محمد كربول ﴿والد آمال كربول وزيرة السياحة﴾ والحبيب الجنحاني والدكتور الصحبي العمري… وعلى هامش حفل تقديم الكتاب إلتقينا المؤرخ الألماني »فيرنر روف » المتخصص في العلوم السياسية وعلم الإجتماع والتاريخ ، وقد شغل الأستاذ « روف » خطة مدير قسم البحوث في مركز البحوث والدراسات الخاصة بمجتمعات البحر المتوسط في جامعة أكس أن بروفنس، وله دراسات ومؤلفات حول النزاع في الصحراء الغربية والصراع العربي الإسرائيلي والإسلام السياسي … ويمثل كتاب » البورقيبية والسياسة الخارجية لتونس المستقلة » أطروحة الدكتورا التي قدمها فيرنر روف سنة 1967 . وقد زار فيرنر روف تونس لأول مرة في 18مارس 1962 وخلالها تعرف على كل من المنجي سليم ومحمد المصمودي ومحمد الصياح ، وهاهو المعهد التونسي للعلاقات الدولية بمجهود ذاتي دون أي دعم رسمي لا تونسي ولا أجنبي يقدم كتاب « البورقيبية والسياسة الخارجية لتونس المستقلة » في ترجمة عربية بعد قرابة الخمسين عاما من صدوره بالألمانية • ما الذي يمكن أن يضيفه إصدار كتاب بعد خمسين عاما من نشره لأول مرة؟ شكرا جزيلا على هذا السؤال، فكرة ترجمة الكتاب إلى العربية لم تكن فكرتي بل هي بادرة صديقنا التونسي الدكتور أحمد المناعي مدير المعهد التونسي للعلاقات الدولية الذي يرى أن تحليل السياسة البورقيبية التي هي من أهم العناصر المؤسسة لتونس العصرية يمكن أن يساهم في تنشيط الذاكرة الوطنية بعد سنوات من الديكتاتورية لم يكن خلالها متاحا الحديث عن بورقيبة ولا عن سياسته *يتضمن عنوان الكتاب مصطلح »البورقيبية » فماذا تعني بها؟ البورقيبية بالنسبة إلي هي ما وصفه بورقيبة نفسه، هي إستراتيجية قبل كل شيء فالبورقيبية ليست إيديولوجيا ولا برنامجا، هي إستراتيجية في السياسة الخارجية لتحقيق أهداف سياسية بأقل التكاليف تقوم على تفاهمات متبادلة وسياسة المراحل كما نجحت البورقيبية دائما في إستعمال براهين أخلاقية لغايات سياسية فالأخلاق عند بورقيبة هي أداة سياسية في المقام الأول *هل يصح هذا الوصف على كل مراحل العهد البورقيبي أو ينسحب فقط على مرحلة بناء الدولة الوطنية غداة الاستقلال؟ هذا صحيح بالنسبة إلى سنوات ما قبل الإستقلال وما بعده، كانت ذلك أسلوب بورقيبة للحصول على استقلال تونس ثم في مرحلة تأكيد استقلال تونس خلال الستينات والسبعينات ودعم سيادتها كدولة مستقلة *هل إلتقيت الزعيم بورقيبة؟ نعم لاقيته مرتين، واذكر جيدا لقائي به في مؤتمر الحزب الحر الدستوري الجديد في بنزرت سنة 1964 *كيف وجدت بورقيبة؟ كان رائعا ومثيرا للإعجاب ، كان مهذبا جدا وشغوفا بالإطلاع، كنت محظوظا بالتعرف على عدد من رجالات الدولة وخاصة ومحمد الصياح كاتب عام الإتحاد العام لطلبة تونس آنذاك الذي إستقبلني و مكنني من الإقامة بالحي الجامعي براس الطابية وقدمني للمنجي سليم الذي قضيت معه ليال رمضانية بباب سويقة وكذلك محمد المصمودي *هل مازالت البورقيبية حية في تونس؟ لا أعرف *هل يمكن ان تكون صالحة لهذه المرحلة؟ نعم أظن ذلك، لأن البورقيبية كانت سياسة خارجية فاعلة وكانت تونس تقدم نفسها فاعلا في السياسة الخارجية الدولية، وأظن ان العودة إلى البورقيبية من خلال الاستلهام منها لتحقيق أهداف وطنية مسألة ضرورية بالنسبة إلى تونس هل تعرف ان بورقيبة حدد بنفسه مدة إمكانية تطبيق البورقيبية قائلا »هذه الإستراتيجية الذكية التي سمحت لنا بتسجيل نجاح تلو الآخر وستظل صالحة طالما إستمر الكفاح »-خطاب بورقيبة في 2ماي 1959- *تحدثت عن البورقيبية، ألا يمكن قياسا على ذلك الحديث عن « المرزوقية » نسبة إلى الرئيس المؤقت المرزوقي؟ هذه قضية داخلية لا أريد التعليق عليها *الرئيس المرزوقي كثير السفر بين الدول ولا يكاد يغيب عن قمة إقليمية أو دولية؟ كثرة السفر لا تعني وجود سياسة خارجية، المهم ان تتحقق أهداف معينة بعد تلك الجولات، السفر في حد ذاته لا يشكل سياسة خارجية لأي دولة *أنت متخصص في الشؤون المغاربية وتعرف تونس جيدا، ما الذي يمكن ان يتحقق من جولة مهدي جمعة الخليجية؟ لم أكن عضوا في الوفد ولكني من خلال نظرة خارجية أقول هي خطوة في اتجاه سياسة خارجية فاعلة قد تثمر لاحقا مساعدات مالية ودعما اقتصاديا لتونس *ما الذي يمكن ان تمنحه دول الخليج لتونس؟ لا شيء، المسألة تتعلق أكثر بالمصالح المتبادلة والسؤال هو ما الذي ستقدمه تونس في المقابل *ألفت كتابا بعنوان »التراجيديا الجزائرية » هل مازالت هذه التراجيديا مستمرة؟ نعم، هي مستمرة *هي اقرب إلى النزيف إذن؟ نعم هي أقرب إلى ذلك ، الفرق بين تونس والجزائر ان تونس كانت دائما دولة حتى وهي تحت الحماية الفرنسية اما الجزائر فكانت تسمى الجزائر الفرنسية ، لا ننسى أن الجزائر تعرضت لإحتلال قاس واعتقد أن الجزائر لم تعرف ما عرفته تونس من مكونات إجتماعية مثل الطبقة الوسطى ، في الجزائر هناك قاعدة « الكل او لا شيء » عكس ما أرساه بورقيبة ولا اعتقد ان ولاية رابعة لبوتفليقة يمكن أن تكون حلا للوضع في الجزائر *بوتفليقة عند كثيرين هو الضامن لوحدة الجزائر؟ هذا إن كان على قيد الحياة، والسؤال هل بوتفليقة اليوم على قيد الحياة ؟ بمعنى هل هو قادر على ممارسة دوره كرئيس للجمهورية بدنيا وذهنيا ؟ *يرى أنصاره ان حضوره الرمزي كاف ؟ يجب ان لا ننسى ان الواجهة السياسية في الجزائر طالما اخفت قوى و تحالفات سياسية في الكواليس وخاصة دور قيادات الجيش في تحديد سياسة الدولة وأخشى ان يكون البترول والغاز لعنة على الجزائر التي تستورد جل حاجياتها في غياب أي نهضة اقتصادية وطنية عدا التعويل على الثروات الطبيعية *تحدثت عن أهمية الدستور في حياة التونسيين منذ بدايات القرن العشرين فما الذي يؤيد هذا الرأي؟ يؤيده أن تونس عرفت دستورا عشرين سنة قبل إحتلالها من طرف فرنسا وأن الحزب الذي أسسه عبد العزيز الثعالبي سنة 1920 تضمن عبارة الدستور وكذلك بالنسبة إلى حزب بورقيبة الذي ولد في مؤتمر قصر هلال سنة 1934 ويؤيده مطالبات المتظاهرين ببرلمان ودستور تونسي في مظاهرات أفريل 1938 وهذه خصوصية تونسية لا وجود لها في كل العالم العربي، في بلدكم هناك وعي شعبي بأهمية الدستور ولا يتعلق الأمر بالنخبة فقط واعترف لكم بأني تأثرت كثيرا عندما شاهدت نواب حركة النهضة يرددون النشيد الوطني عند المصادقة على الدستور و يلوحون بالعلم التونسي لا بعلم حركة النهضة، كان مشهدا مؤثرا لم أتوقعه وهذا يؤكد الهوية الوطنية المنغرسة في التونسيين *وهل الدستور كاف لنهضة تونس؟ بالطبع لا، لا بد من التنمية والخروج من الارتباط الزائد بالإتحاد الأوروبي ، اعرف ان هذا صعب ولكن هذه خطوة ضرورية لأن الاستقلال لا تحققه النصوص فقط بل الواقع الاقتصادي *ما الذي يجب أن تقدمه دول الإتحاد الأوروبي لشريكتها تونس التي أعلنت جمهوريتها الثانية غير النصائح المتعلقة بحقوق الإنسان والديمقراطية ومقاومة الهجرة السرية؟ عذرا سأكون ناقدا بعض الشيء لأوروبا ، أعتقد أن دول الإتحاد الأوروبي عليها أن تسمح للاقتصاد التونسي بأن ينمو كاقتصاد مستقل لا أن يكون امتدادا للاقتصاديات الأوروبية وخادما لها Naoufel Slama:البورقيبيّة والسياسة الخارجية لتونس المستقلة Assarih البورقيبيّة والسياسة الخارجية لتونس المستقلة ببادرة من المعهد التونسي للعلاقات الدولية الذي يرأسه المناضل السيد أحمد المناعي احتضن نزل المشتل بالعاصمة صبيحة يوم الاثنين 24 مارس الجاري ندوة فكرية خصصت لتقديم النسخة العربية من كتاب  » البورقيبيّة والسياسة الخارجية لتونس المستقلة  » للكاتب الألماني  » فيرنز روف  » وهو مؤلف كتب في الستينات من القرن الماضي في السنوات الأولى الاستقلال وهو عبارة عن رسالة دكتوراه انجزها الكاتب باللغة الألمانية سنة 1962 خصصها للفكر البورقيبي في علاقته بالسياسة الخارجية قبل وبعد الاستقلال وقد حضر هذه الندوة إلى جانب صاحب الكتاب ومترجمه الدكتور الصحبي الثابت عدد من الشخصيات الوفية للزعيم الحبيب بورقيبة الأستاذ الصافي سعيد والأستاذ الحبيب الجنحاني والمحامي جمال الدين بوغلاب. يقول السيد أحمد المناعي لقد جاءت الفكرة أن نعود إلى كتاب  » البوقيبيّة والسياسة الخارجية لتونس المستقلة  » والقيام بترجمته من الألمانية إلى العربية بعد أن وقف الكثير من الناس على الأخطاء الكبيرة التي وقعت فيها الدبلوماسية التونسية في ضل الحكومات التي تشكلت بعد انتخابات 23 أكتوبر 2011 وعلى القرارات غير الصائبة لرئيس الجمهورية السيد محمد المنصف المرزوقي في القضايا التي لها علاقة بالسياسة الخارجية وخاصة القرارات المتعلقة بالوضع السوري فكان لزاما أن نعود إلى هذا الكتاب لنبرز القيمة الكبيرة للديبلوماسية الخارجية التونسية في فترة حكم بورقيبة ونعرّف بالفكر البورقيبي في القضايا الدولية لتونس قبل وبعد الاستقلال وقد تكفّل المعهد بعملية الترجمة بالتعاون مع الدكتور الصحبي الثابت المتخصص في الأدب الناطق بالألمانية فجاءت النسخة العربية في 484 صفحة صادرة عن المطبعة العصرية سنة 2013. في بداية حديثه ذكر الأستاذ فيرنز روف أن البورقيبيّة ليست ايديولوجية وهي لست فكرا أو نظرية وإنما هي مصطلح حاول الزعيم بورقيبة صياغته بنفسه وروج له بمفرده وهي ليست ايديولوجية بالمعنى المتداول مثل الناصرية مثلا وإنما البورقيبية هي استراتيجية وخطة تكتيكية ذكية تمكن من أن يتحقق بفضلها النجاح تلو النجاح وقد اتقن بورقيبة استخدامها بامتياز من أجل تحقيق أهداف سياسية رسمها وهي استراتيجية تقوم على وضع المنافس في وضع محرج وخطة تعتمد على استثمار اخطاء الخصم واللعب على تناقضاته وفي موضوع الحال فقد لعب بورقيبة في تحقيق الأهداف السياسية المتمثلة في تحقيق الاستقلال وكسب التأييد الخارجي للقضية التونسية على توظيف أخطاء المستعمر الفرنسي وإجباره على ارتكاب الأخطاء والتناقضات لصالح المصلحة الوطنية فاستقلال البلاد قد سبقه تطبيق استراتيجية وخطة ارباك سياسية جعلت فرنسا ترتكب الكثير من الأخطاء أفضت في النهاية إلى الاعتراف باستقلال البلاد وهذه الخطة وهذه الاستراتيجية وهذا التفكير هو من سيحكم ويحرك فكر بورقيبة في كل القضايا الدولية وفي كل ما له علاقة بالسياسة الخارجية لتونس قبل وبعد الاستقلال. يذكر الكاتب السيد فيرنز روف ثلاثة قضايا كبرى تبرز الاستراتيجية التي كان يتبعها الزعيم الحبيب بورقيبة في السياسة الخارجية قبل وبعد الاستقلال وهي استراتيجية ضلت هي نفسها تحكم وتحرك بورقيبة على المستوى الخارجي في علاقة بكل القضايا التي لها ارتباط بالدولة التونسية وأول هذه القضايا الموقف من دول المحور ألمانيا النازية وإيطاليا الفاشية في الحرب العالمية الثانية وخاصة الاحتلال الألماني فقد وقف بورقيبة مع الحلفاء وإلى جانب فرنسا وحلفائها في حربها مع النازية والفاشية وهو موقف استغرب له وقتها الكثير من السياسيين إذا كيف يقف بورقيبة مع المحتل الفرنسي ولا يقف مع الألمان أعداء فرنسا ؟ غير أن استراتيجية بورقيبة كانت تقوم إلى جانب كونه كان يستشرف هزيمة دول المحور فإنه كان يرمي بموقفه إحراج فرنسا وإيقاعها في الخطأ من أجل القضية التونسية فالوقوف إلى جانب الحلفاء كان الغاية منه احراج فرنسا وإظهار تناقضاتها بخصوص مبادئ حقوق الإنسان وحق الشعوب في تقرير مصيرها والموقف من الاستعمار والاحتلال فإذا كانت فرنسا ترفض الاحتلال الألماني فكيف يمكن لها أن تقبل بالاحتلال لتونس ؟ وعلى المستوى الخارجي والدولي فإن بورقيبة قد كسب بموقفه هذا تأييد الرأي العام الأوروبي وضمن نصرة الدول الغربية من أجل الاستقلال . غير أن هذا الموقف من بورقيبة من دول المحور ومن الاحتلال الألماني والذي كان عكس مواقف الكثير من الزعماء السياسيين التونسيين الذين وقفوا إلى جانب المحور نكاية في فرنسا وبغاية طلب النصرة من ألمانيا من أجل أن تحصل تونس على استقلالها يطرح سؤالا كبيرا له علاقة بالطريقة التي أخذ بها بورقيبة هذا الموقف بمعنى آخر هل احتكم بورقيبة إلى مؤسسات الحزب وهل رجع إلى قادته يستشيرهم حول الموقف الرسمي من الحرب العالمية الثانية خاصة وأن الزعيم صالح بن يوسف قد اتخذ موقفا مناقضا لبورقيبة ووقف مع دول المحور وساند ألمانيا ؟ يقول الكاتب إن قرار الوقوف مع الحلفاء عوضا عن المحور كان قرارا اتخذه بورقيبة بمفرده ولم يقع تشريك اعضاء الحزب الدستوري فيه بما يفيد أن التفكير الإستراتيجي لبورقيبة هو قرار انفرادي ورؤية سياسية ينفرد بها بورقيبة وهي من القضايا التي سوف تجلب له الكثير من النقد وتمثل أحد أهم نقاط الخلاف مع الكثير من القادة الوطنيين من بينهم صالح بن يوسف. القضية الثانية التي تبرز أن بورقيبة كان يحتكم إلى استراتيجية ذكية هي قضية الاستقلال الداخلي وقبوله أن تعترف فرنسا بالاستقلال الشكلي مع بقاء سيادتها على السياسة الخارجية والمالية والعسكرية وهي خطة كان الهدف منها كسب الرأي العام الفرنسي والعالمي وإظهار قدر كبير من المرونة في التعامل مع موازين القوى وكذلك من أجل توريط فرنسا في هذه الخطوة المنقوصة من الاستقلال وجعلها تقع في تناقضات تجبرها في الأخير على الاعتراف بالاستقلال التام على عكس خصمه صالح بن يوسف الذي رفض منذ البداية الاستقلال الداخلي وطالب بالاستقلال التام . لقد كانت خطة وإستراتيجية بورقيبة هي القبول بالاستقلال الداخلي خطوة نحو الاستقلال التام ودفع فرنسا إلى ارتكاب المزيد من الأخطاء والوقوع في التناقضات وإظهارها للرأي العام العالمي الذي كسبه بورقيبة من أجل القضية الوطنية في مظهر الضعيف وهم الأمر الذي حصل سنوات قليلة بعد الإمضاء على بروتوكول الاستقلال الداخلي حيث دفع الاحتلال الفرنسي إلى ارتكاب اخطاء يدينها القانون الدولي وتنكرها مبادئ حقوق الإنسان من خلال افتعال حرب بنزرت التي دفع إليها الشعب لمحاربة المستعمر في حرب غير متكافئة نتيجتها الحتمية حصول مجزرة بحق الشعب الأعزل لتوريط المحتل وكسب التعاطف الدولي وجعل فرنسا تقع في أخطاء قاتلة. لقد كانت حرب بنزرت من وجهة نظر بورقيبة الذي حشر الشعب الأعزل في هذه المعركة ودفع بالكثير من الشباب في حرب غير متكافئة من أجل تحقيق أهدافه السياسية استراتيجية ناجحة حققت المطلوب ودفعت المستعمر إلى مغادرة البلاد وخروج آخر جندي من التراب التونسي ولكن هذا التصرف من وجهة نظر الكثير من السياسيين والمؤرخين هو خطأ سياسي فادح حتى وإن افضى إلى الاستقلال من خلال التضحية بالشعب من أجل ارضاء الطموح الشخصي. القضية الثالثة في الاستراتيجية البورقيبية في السياسة الخارجية هي القضية الفلسطينية والموقف الذي أبداه في أريحة سنة 1965 من الصراع العربي الاسرائيلي وهي المناسبة التي انتقد فيها بورقيبة موقف الدول العربية وسياساتها العرجاء وطالب في هذا اللقاء من الفلسطينيين بقبول حل الدولتين والقبول بما منح لهم من أرض وهو موقف أبدى فيه بورقيبة الكثير من المرونة والتفهم ورغب من خلاله كسب تأييد الغرب وخاصة الولايات المتحدة الأمريكية التي كانت مؤيدة لهذا الحل فكان يبحث عن التأييد الدولي الذي لم يكن مستعدا لقبول حل آخر غير هذا الحل وكان بورقيبة ينبه العرب إلى ضرورة التعرف بعمق على عقلية العدو قبل الدخول في مغامرة عسكرية والتعرف على موازين القوى وحشد الرأي العام العربي والغربي كانت استراتيجيته وقتها بعناصرها المعروفة هي تقديم عرض للاسرائليين يحرجهم ويربكهم ويجعلهم يقعون في أخطاء تستفيد منها القضية الفلسطينية فقد كان يرمي اللعب على تناقضات الإسرائليين المدافعين على الحقوق وخاصة على حقهم في أن يكون لهم وطن وبعرضه مقترحه كان يرمي إلى وضع الإسرائليين أمام مبادئهم وقناعاتهم وهي أنهم اذا كانوا يدافعون عن وطن لهم فكيف يرفضون لغيرهم أن يكون له وطن ؟ كانت هذه بعض الأفكار التي جاءت في كلمة الأستاذ  » فيرنر روف  » عن البورقيبية بوصفها استراتيجية وتكتيك استعملهما بورقيبة في كل مواقفه من السياسة الخارجية لتونس المستقلة وفي الكتاب الكثير من الأفكار والقضايا المهمة التي بذل فيها الكاتب جهدا كبيرا لتوثيقها بالاعتماد على الكثير من المراجع المهمة ما يجعل من العودة إلى الكتاب عودة ضرورية للتعرف أكثر على فكر وعقل بورقيبة على أن الكاتب قد خلص في نهاية عرضه إلى القول إذا كان الزعيم بورقيبة متسامحا كثيرا ومتفهما وديمقراطيا في المسائل الخارجية و قضايا السياسة الدولية فإنه لم يكن كذلك في الداخل حيث غاب التسامح والتفهّم والديمقراطية مع خصوم الداخل مما جعله يؤسس للحكم الديكتاتوري . إننا ننصح بقراءة هذا الكتاب فهو كتاب مضمونه شيق ويحتوي على تحاليل مهمة ومفيدة تقدم إضافة نوعية الى المكتبة البورقيبية . نوفل سلامة

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