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Tunisie : un nouveau premier ministre nommé sous la pression occidentale


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En bout de course, les Occidentaux ont pesé de tout leur poids dans le choix du nouveau premier ministre tunisien, Mehdi Jomâa, désigné samedi soir 14 décembre pour succéder à l’islamiste Ali Larayedh, au terme de sept semaines de laborieuses tractations. Inquiets des négociations sans fin menées dans le cadre d’un dialogue national commencé le 25 octobre sous la médiation de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la puissante centrale syndicale, pour trouver une issue à la crise politique tunisienne, les principaux ambassadeurs de l’Union européenne et celui des Etats-Unis se sont réunis début décembre à Tunis.

Ensemble, ils se sont mis d’accord pour promouvoir la candidature de M. Jomâa, ministre de l’industrie dans le gouvernement Larayedh, dont le nom n’était jusqu’ici jamais apparu dans la valse des prétendants. Comme un signal, quelques jours plus tard, le 11 décembre, prenant prétexte d’un déplacement commun dans la région de Béja, l’ambassadeur allemand Jens Plötner publiait sur le compte Facebook de la chancellerie, une photo le montrant en train de déjeuner avec M. Jomâa, sous le titre « diplomatie du Méchoui ».

« ESPRIT DE RESPONSABILITÉ »

Le 5 décembre, le ministère français des affaires étrangères avait manifesté son impatience quant à l’issue du processus engagé en Tunisie. « La France forme le vœu, soulignait un communiqué du Quai d’Orsay, qu’un accord permettant la constitution du nouveau gouvernement soit trouvé et que l’ensemble des parties fassent preuve d’esprit de responsabilité afin d’y parvenir ». Le 12, Bernardino Leon, représentant spécial de l’Union européenne pour les pays du sud de la Méditerranée, mettait pied à terre à Tunis, deux jours avant la fin de la date limite fixée pour la fin du dialogue national.

Lancée le 25 octobre, l’initiative faisait suite à la promesse du parti islamiste Ennhada, d’abandonner à des technocrates la gestion du gouvernement conquis par les urnes deux ans plus tôt, après le choc de l’assassinat politique, le 25 juillet, du député de l’opposition Mohamed Brahmi, tué par balles à Tunis, comme l’avait été avant lui l’opposant de gauche Chokri Belaïd, mort le 6 février. Sous la pression d’une opposition remontée, le parti islamiste avait signé le 5 octobre une « feuille de route », avalisant son départ moyennant quelques garanties, comme la tenue, dans un avenir proche, de nouvelles élections.

CRISE FINANCIÈRE

Depuis, les négociations ont été de mal en pis, chaque camp refusant le candidat proposé par l’autre pour conduire un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes. Ce fut, au fil des semaines, un véritable défilé de rumeurs, de claquements de porte, et de démentis, avant que le nom de Mehdi Jomâa, véritable « outsider » de la course, ne soit imposé. Sa désignation, par vote, s’est faite à la majorité, et non à l’unanimité, et il aura fallu encore huit heures de pourparlers, après l’heure limite fixée par l’UGTT et ses partenaires réunis dans un « quartette », pour que le chronomètre s’arrête enfin, au grand soulagement des Occidentaux qui voyaient d’un mauvais œil la Tunisie s’enfoncer dans une crise financière de plus en plus aigüe. Le versement des aides européennes, en particulier, nécessaires au pays pour éviter une crise financière menaçante, était en effet conditionné au respect de la « feuille de route » signée par tous les partis.

Dans ce contexte, le choix de M. Jomâa correspond à plusieurs critères. Sans étiquette partisane connue, il permet en premier lieu de sauver la face au parti Ennahda. Au grand dam d’une partie de l’opposition, qui a refusé de voter pour, la nomination d’un membre du gouvernement dominé par les islamistes devrait éviter les règlements de compte violents, voire les poursuites judiciaires envisagées par certains contre le premier ministre sortant. C’est en mars, après la démission du premier gouvernement dirigé par un islamiste, Hamadi Jebali, que M. Larayedh avait en effet fait appel à cet indépendant pour diriger l’industrie. Un domaine dont M. Jomâa ne s’est jamais départi, évitant de se lancer dans des joutes politiques.

Son profil rassure. Carrure robuste, formé à l’Ecole nationale d’ingénieurs de Tunis, cet homme de 51 ans a mené une carrière dans le privé, à la direction notamment d’Hutchinson, une filiale du groupe français Total spécialisée dans l’aérospatiale dont, parmi les principaux clients, figuraient des groupes comme EADS, Airbus et Eurocopter.

ÉVITER UN SCÉNARIO À L’ALGÉRIENNE

La nomination de M. Jomâa évite enfin le scénario à l’algérienne brandi par Béji Caïd Essebsi, le chef de file du premier parti d’opposition Nidaa Tounès, qui avait lancé, il y a quelques jours à peine, sur la chaîne de télévision Nesma TV, l’idée d’un « Conseil supérieur d’Etat » placé au-dessus de tout. Cette hypothèse, rejetée par une bonne partie de la classe politique tunisienne, avait été aussitôt comparée au Haut Comité d’Etat algérien mis en place provisoirement en Algérie après l’interruption du processus électoral de 1991, et dont le premier président, Mohamed Boudiaf, sera assassiné l’année suivante, le 29 juin 1992.

Quatrième premier ministre de la transition tunisienne, si l’on exclut le bref passage de Mohamed Ghannouchi après la chute de l’ancien dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, M. Jomâa doit être encore adoubé par l’Assemblée nationale constituante. Il devra ensuite former un gouvernement resserré dans un climat tendu, alors que Sidi Bouzid, foyer de l’insurrection tunisienne, s’apprête à célébrer le troisième anniversaire de la mort par immolation, le 17 décembre 2010, de Mohamed Bouazizi, à l’origine de la chute de l’ancien régime.

Par Isabelle Mandraud, LE MONDE du 16.12.2013

4 commentaires sur “Tunisie : un nouveau premier ministre nommé sous la pression occidentale

  1. le marquage politique menez par la France en des cadres politique se acheminer vers la diffusion des classe politique non recyclable ni venger et la solution c est pas une baye qui subit l exportation et le importation on a besoin vraiment d un accord entre la France et la Tunisie qui mène a l échange dans tous les domaine et surtout pas que la politique micronisée.car pour la science l expérience une déjà résultat mais la politique ne sagette jamais des expérience ni a long terme ni proche.Au delà je déteste pas l intervention de la France car c est notre marché d intégration des demandeur de l emploi ou le droit c est un statut privilège

  2. La Tunisie perd peu à peu de sa Souveraineté, Ennahdha nous brade au Qatar et à l’Arabie, l’Europe choisie son premier Ministre et notre dette abyssale jette le Peuple aux dures Lois du marché. Quelle sera notre avenir?

  3. De toute façon les prochaines élections, seront décisives, qant au devenir de la tunisie qui restera tributaire surtout de l’organisation des élections et le climat de leur clarté la neutralité des intervenants dans cette phase du processus est capitale et engagerait d’une façon définitive l’avenir de la tunisie, puisse dieu benir mon pays

  4. […] A été publié en intégralité l’article du journal Le Monde sur une ingérence occidentale dans la nomination de Mehdi Jemaa comme […]

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