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Habib CHAGHAL: L’alibi des droits de l’Homme


280px-Presse_TunisieOpinions – Intervention des grandes puissances
L’alibi des droits de l’Homme
Par Habib CHAGHAL
On ne peut pas parler des droits de l’Homme sans rappeler les droits des

Opinions – Intervention des grandes puissances
L’alibi des droits de l’Homme
Par Habib CHAGHAL

Tunis le 29 novembre 2013
On ne peut pas parler des droits de l’Homme sans rappeler les droits des peuples à l’autodétermination. Ce fut l’un des principes adoptés par la Charte de l’Organisation des Nations unies (ONU), lors de sa création en 1945. Grâce à ce principe, mondialement reconnu, les pays colonisés, à quelques exceptions près, ont pu recouvrer ou arracher leur indépendance, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
La suite, tout le monde la connaît : dès l’adoption par tous les pays occidentaux des lois qui ont rendu imprescriptibles les actes criminels dont furent victimes les juifs, les défenseurs des droits de l’Homme s’étaient organisés, avec le soutien du mouvement sioniste international, au sein d’associations, généralement des ligues, afin de surveiller le respect de ces lois par les Etats concernés. En 1948, par l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, l’ONU a ouvert une brèche pour des interventions dans les affaires intérieures des pays jugés peu respectueux de ces droits.
Depuis les années 1990, il ne se passe pas un jour où il n’y a pas dénonciation à l’atteinte des droits de l’Homme dans un pays du tiers-monde par des organisations de défense des droits de l’Homme qui sont devenues, au fil du temps, des alliés objectifs de certaines puissances occidentales dans le cadre de leurs interventions politiques — ou militaires — dans les pays qui refusent de se soumettre à leurs intérêts stratégiques.

Au nom de la démocratie

C’est notamment au nom de ces droits que fut déclenché le «printemps arabe», censé instaurer des régimes démocratiques à la place de régimes despotiques dans la région arabe. En Tunisie, comme ailleurs dans notre région, les associations des droits de l’Homme, relayées par les organismes internationaux, furent à la pointe du combat contre le régime en place, dès les premières protestations populaires du centre et du sud-ouest.
Tous les moyens médiatiques ont été mobilisés pour faire croire à la population révoltée que l’instauration d’un régime démocratique respectueux des droits et des libertés individuelles, multiplierait par deux la croissance économique du pays et engendrera, en conséquence, la prospérité et le bien-être pour tout le monde.
Pourtant l’élimination, au nom de la démocratie, de Saddam en Irak, celle de Berry en Somalie et récemment celle de Gueddafi en Libye n’ont apporté à leurs pays que l’anarchie, la misère et la dislocation de l’unité nationale.
Rappelons qu’en Chine, un pays doté d’un régime à parti unique, la croissance économique est, effectivement, à deux chiffres, alors que le régime démocratique du Bengladech est incapable de nourrir convenablement ses citoyens.
Est-ce à dire qu’il faut plaider pour un régime despotique non respectueux des droits humains ?
En fait, le respect de ces droits ne devrait souffrir d’aucune controverse. Ce qui est, par contre, sujet à discussion c’est la liaison entre ces droits, le progrès économique et la prospérité sociale. Le changement du pouvoir politique dans notre pays le montre clairement. En effet, les prédictions d’une croissance à deux chiffres, telles qu’avancées par nos experts au lendemain du 14 janvier, demeurent du domaine du rêve, puisque l’économie nationale a, au contraire, perdu en trois ans environ 9 points de croissance par rapport aux prévisions de 2010, soit près de 10 % de la richesse nationale.
Face à cette piètre performance de l’économie nationale de l’après-révolution, certains prétendent qu’elle est la conséquence du modèle économique hérité de l’ancien régime. D’autres (les experts) l’imputent aux bouleversements sociaux provoqués généralement par une situation révolutionnaire.
Nous sommes donc en droit d’interpeller ces hommes politiques et ces experts de nous éclairer sur le modèle économique alternatif et sur la durée de la transition pour porter le taux de la croissance à deux chiffres comme promis.
Et nous voudrions savoir aussi qui, parmi les responsables politiques actuels, sont compétents pour gagner ce pari.
Or, contrairement à ces spéculations, nous ne pensons pas qu’il existe un modèle économique alternatif, à moins de pousser l’économie nationale vers plus de libéralisme comme le souhaitent les institutions financières internationales, l’ancien régime avait refusé de le faire.
Cela ne semble pas, en tout cas, répondre aux aspirations de la population qui souhaite, au contraire, une meilleure intervention de l’Etat dans l’économie. L’intégration de milliers d’employés intérimaires dans la fonction publique en 2011 et, plus récemment, les protestations des chômeurs diplômés, suite à la publication de la loi de finances de 2014, le montrent très clairement.
Aussi ni l’élaboration d’une nouvelle Constitution, ni le changement de gouvernement, ni la libéralisation économique ne pourront engendrer plus de progrès et de prospérité que si l’unité nationale, la paix sociale et le stabilité politique sont restaurés. Ceci nécessite une adhésion de la population à un autre discours politique, différent de celui des droits de l’Homme et des libertés, malgré son importance.
Et quand bien même on inscrira dans la nouvelle Constitution tous ces droits, qui pourrait garantir leur respect par le pouvoir politique en place ?

La justice ?

Quand un pouvoir politique met la main sur la justice, comme cela semble être le cas aujourd’hui, il ne restera plus que les organisations internationales. Mais celles-ci ne se mêleront de nos affaires que dans le cadre de la préservation des intérêts stratégiques des grandes puissances dans notre région. La situation de notre voisin du sud, en proie à une guerre civile, devrait interpeller, incessamment, les grandes puissances qui n’interviendraient, cependant, qu’en cas de la formation d’un gouvernement fort en Tunisie.
Les amis de Rached Ghannouchi sont, en tout cas, avertis des conséquences de l’échec éventuel du dialogue national après la déclaration de Kerry qui a accusé les frères musulmans d’Egypte d’avoir volé la révolution égyptienne.
Serions-nous à la veille d’un remue-ménage qui mobiliserait les organisations internationales des droits de l’Homme, en cas de défaillance du dialogue national actuel ?
Moubarak, Ben Ali, Gueddafi et Al Assad prétendaient que l’Occident devrait choisir entre leurs régimes despotiques et le pouvoir islamiste. Les événements ont démontré que l’Occident a accepté de relever le défi.
Les ex-présidents tunisien et égyptien assument, cependant, une lourde responsabilité dans la situation actuelle de leurs pays, dans la mesure où ils avaient bloqué l’évolution naturelle de la société vers plus de démocratie et plus de libertés. En 2010, Ben Ali déclarait au journaliste français Malart que la société tunisienne n’était pas prête pour affronter les islamistes, accusés d’être antidémocratiques. Aussi Ghannouchi doit-il imposer toute son autorité sur le conseil de la Choura pour démentir l’ex-président et démontrer que son mouvement est disponible pour l’alternance, en dehors de toute pression extérieure.
Pour finir, je soumets à la méditation des défenseurs des droits de l’Homme l’exemple d’un terroriste tunisien qui avait provoqué, à la suite d’un attentat, la mort de plusieurs personnes. Il fut jugé et condamné à mort, puis gracié à la faveur d’une amnistie générale et, une fois libéré, il a décide de porter plainte, au nom de l’imprescriptibilité du crime de torture, à l’encontre d’un policier qui l’aurait maltraité lors de son arrestation. Ne devrait-on pas rendre imprescriptible aussi les crimes terroristes ?

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