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Omar Mazri: Résolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie


bankimoonRésolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie
Omar MAZRI 28 septembre 2013

J’avais utilisé la symbolique du Roque du jeu d’échecs pour signifier le renversement du jeu et toutes ses implications stratégiques et tactiques : arsenal chimique contre la guerre avec un autre armement et d’autres acteurs dirigés contre l’entité sioniste, Poutine qui prend la relève d’Assad dans le conflit l’opposant à Obama, diplomatie des BRICS contre le bellicisme impérial, guerre totale mondiale (ou du moins régional) contre les frappes « ciblées » américaines… Le résultat a dépassé tous les

Résolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie
Omar MAZRI 28 septembre 2013

J’avais utilisé la symbolique du Roque du jeu d’échecs pour signifier le renversement du jeu et toutes ses implications stratégiques et tactiques : arsenal chimique contre la guerre avec un autre armement et d’autres acteurs dirigés contre l’entité sioniste, Poutine qui prend la relève d’Assad dans le conflit l’opposant à Obama, diplomatie des BRICS contre le bellicisme impérial, guerre totale mondiale (ou du moins régional) contre les frappes « ciblées » américaines… Le résultat a dépassé tous les

pronostics et laisse la porte ouverte encore à d’autres dramatiques historiques impensables il y a quelques années ou quelques mois. Pour l’instant, on assiste à un chamboulement tactique dans le jeu dont certains éléments ont déjà été abordés par nos analyses antérieures. Nous sommes à la partie 6 avant l’épilogue qui sera l’évaluation des pièces et de leur position après l’abandon totale de la partie, la mise en échec et mat, ou la situation du pat…
| Partie 1 | | Partie 2 | | Partie 3 | | Partie 4 | | Partie 5 |
1 – Echec cuisant du bloc impérial et sioniste
Absence d’évocation du recours à la force
Absence d’évocation de la responsabilité de l’usage des armes chimiques
Absence d’évocation du départ du président syrien et de son régime
Absence de considération pour la France
Absence d’arguments et d’ouverture pour la continuité du droit d’ingérence et du devoir d’expédition punitive contre ceux qui défient « la communauté internationale »
Aucun lien avec les discours d’Obama qui se retrouve de plus en plus confus dans ses propres contradictions et de plus en plus isolé dans sa communication tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis
Aucune autorité sur les groupes islamiques armées qui annoncent leur agenda autonome et qui se fédèrent autour de leurs propres objectifs
Internationalisation du conflit syrien aux dépens de la rhétorique et des intérêts de l’Empire qui ne réalise aucun de ses objectifs de guerre. Selon l’analyse de la guerre par Clausewitz, l’Empire avait déjà perdu, car sa perte était déjà inscrite dans sa politique perdante et confuse qui cherchait une guerre à n’importe quel prix et sans aucun gain militaire, politique et économique pour les États-Unis, et qui finit par se rétracter devant la possibilité d’une guerre totale qu’il redoute et qu’il n’avait pas envisagée.
Obama saisit la perche que lui a tendue Hassan Rohani et engage avec lui un entretien téléphonique laissant l’entité sioniste, la France et les monarchies arabes complètement désemparées. Le fameux « dans un jour, une semaine ou un mois » j’attaquerais la Syrie se transforme en salamalecs en perse et en anglais où l’hébreu, l’arabe et le latin vont mettre du temps avant de comprendre les causes et les conséquences de l’ouverture de l’Amérique à l’allié indéfectible de la Syrie visée pourtant dans le collimateur US !
2 – Echec humiliant pour les Bédouins
Toutes les cartes politico militaires ont été jouées et il ne reste aux bédouins que la haine et la nuisance qui ne peuvent constituer une politique et encore moins une stratégie dans une région en mutation avec le rôle de plus en plus grand de l’Iran qui garde ses chances de développement intactes et ses possibilités de manœuvre, entre les Russes et les Américains, plus pertinentes et plus efficaces
3 – Echec humiliant pour les Ottomans
Tout le travail réalisé par Erbakan qui a porté Erdogan au pouvoir et a facilité sa réussite politique et économique est en cours de remise en cause : la Turquie a perdu ses marchés et a perdu sa place dans le dispositif économique et géopolitique de l’Eurasie, sans pour autant gagner un rapprochement avec l’Europe.
4 – Réussite de la Russie :
Imposition de la voie diplomatique contre le bellicisme US
Imposition de la Russie comme acteur principal, voire majeur, dans la conduite des affaires mondiales
Imposition des BRICS et à leur tête le Brésil qui a fait de la tribune des Nations-Unis une voix d’accusation contre les Etats-Unis et leur Président Obama pour leur espionnage et leur comportement de voyous internationaux.
Imposition de la Russie non seulement comme partenaire stratégique de la Syrie, mais comme allié qui sera impliqué militairement en cas de guerre contre la Syrie qui devient sa principale base militaire dans le monde. L’hégémonie militaire américaine et sioniste est du passé : les armées russes sont présentes et actives en méditerranée et dans le monde arabe via la Syrie.
L’Église orthodoxe s’est réunifiée sur le cas de la Syrie et elle entre comme nouvelle force spirituelle, morale, sociale et politique dans la gouvernance du monde. Elle redonne sur le plan intérieur et extérieur de la force et de la vitalité à la Russie slave, orthodoxe et non occidentale de Poutine. Elle donne du contenu et un redéploiement à la vieille idéologie russe de l’eurasisme qui consiste à fédérer la Russie, la Chine, les Balkans et le monde musulman comme un bloc autonome du monde occidental.
2014 est l’année du retrait officiel de l’armée américaine de l’Afghanistan avec l’idée de laisser des bases forteresses US pour le contrôle de la région et un gouvernement afghan « hétérogène incluant les Talibans » favorables à des liens économiques, sécuritaires et géopolitiques avec les USA. Les Russes, les Chinois, les Pakistanais et les Iraniens ont sans doute donné des garanties aux Américains pour les aider dans leur retraite d’Afghanistan. Plus l’armée est massive et ses moyens colossaux plus sa retraite est périlleuse car les pertes en vie humaine et en matériel peuvent s’avérer catastrophique en valeurs et en incidence sur la politique intérieure. Le dialogue confidentiel a sans doute joué en faveur de la Syrie qui devient monnaie d’échange. Comment les Russes, les Chinois, les Iraniens et les Pakistanais (de plus en plus favorables aux Russes et aux Chinois) vont gérer l’Afghanistan à la lumière de l’expérience syrienne et à la lumière des expériences des BRICS et de l’alliance sino-russe de Shanghai est l’énigme attendue.
Cette énigme va-t-elle faire oublier la Syrie ou au contraire l’intensifier d’autant plus que le conflit syrien est aussi un conflit qui entre dans le cadre de la géopolitique du pétrole. À titre de rappel, la Syrie est non seulement un gisement nouveau exploitable, mais elle aussi est le passage choisi pour acheminer le gaz russe en Europe faisant concurrence au gaz américano-qatari devant transiter par la Turquie.
L’orthodoxie figée et le dogmatisme stérile des sunnites, dans leur forme de wahhabisme, de Frères musulmans ou de salafisme ont montré leurs limites. Ils sont un facteur déstructurant et anesthésiant devant l’expansion géopolitique et politique des chiites qui ont construit des instruments d’analyse et ne se sont pas confinés dans la compilation. Est-ce que les musulmans seront aptes à dépasser leurs faux clivages et à relire les cartes du monde pour y construire leur dignité et leur prospérité est la véritable question qui se pose lorsqu’on lit ce qui se dit sur la résolution de l’ONU et sur les entretiens dans ses coulisses. L’analyse simpliste et romantique qui réduit le conflit syrien à un régime laïc sans dieu allié aux chiites contre les Sunnites ne tient la route que parce que les jeunes ont été amenés par un discours euphorisant à prendre pour argent comptant ce que leurs idoles médiatiques disent au lieu d’examiner les faits.
5 – Réussite de Bachar al Assad
La résolution des Nations-Unis non seulement ne remet pas en cause sa légitimité, mais la renforce en lui confiant la responsabilité du démantèlement de son arsenal chimique, alors qu’Américains et Français réclamaient son départ comme préalable à toute discussion et à toute solution politique.
Bachar al Assad continue de communiquer sur l’armement dissuasif de la Syrie ainsi que sur sa popularité au sein de la population syrienne tout en exprimant sa victoire politique et sa détermination à mener le combat contre les groupes armés islamiques jusqu’à leur éradication. Rester au pouvoir jusqu’à 2014 et se présenter ou ne pas se présenter comme candidat aux présidentielles est une victoire politique, militaire et symbolique. Ses discours pour la galerie interne doivent devenir plus structurants et plus signifiant en termes de réformes, malgré la guerre, s’il veut sauver ce qui reste de la Syrie mise en ruines
6 – La question de la paix en Syrie :
La paix n’est pas gagnée, la guerre n’est pas écartée, car l’énergie déployée par l’entropie et la haine n’est ni épuisée ni compensée par une alternative de paix. En attendant les grands bouleversements au Pakistan et en Afghanistan, la question syrienne devra être suivie avec attention sur trois pistes qui ne sont pas des jeux de mots, mais des processus à imaginer, à deviner et sur lesquels les acteurs et les théoriciens doivent agir à court et moyen terme :
6-1 Guerre ou paix ?
Guerre ou paix entre la Syrie et les États-Unis sachant que cette guerre annoncée depuis plus de vingt ans et réactualisée à la lumière des « révolutions arabes » est une guerre qui dépasse la Syrie, pays, peuple et gouvernement.
Elle reflète la nature de prédation et d’entropie de l’impérialisme.
Elle s’inscrit dans la défense des intérêts stratégiques de l’entité sioniste dont l’objectif est de dominer politiquement, idéologiquement et économiquement le monde arabe une fois que celui-ci aura reconnu Israël et normalisé ses relations avec lui.
Elle vise la revanche sur le Hezbollah et l’axe de de la résistance qui a mis en échec la puissance militaire de l’Empire et du sionisme.
Elle vise à mettre fin à l’effort intellectuel, scientifique et technologique des Iraniens et à leur ambition d’exporter leur idéologie. Le romantisme et la lutte idéologique nous font croire qu’il s’agit de l’acquisition de la bombe atomique, mais en réalité il s’agit de l’acquisition d’une culture d’inventivité et d’indépendance.
Elle intimide les pays en déficit de légitimé à livrer leurs ressources, leurs marchés et leurs armées pour devenir des bases coloniales dans la lutte que l’Empire mène contre le terrorisme qu’il a créé comme acte de diversion et de subversion et qui lui échappe de plus en plus.
Elle phagocyte les pays dans des ensembles régionaux confiés à un super vassal qui joue le rôle de gendarme régional et de pourvoyeur de fonds pour le compte de l’Empire ressemblant davantage à une organisation maffieuse qu’à un État.
Elle vise à affronter en Syrie l’idée de l’Eurasie qui émerge comme nouveau centre de gravité du monde et comme alternative ou du moins comme pôle contestant la suprématie financière, politique, économique et militaire de l’Empire en décadence
Elle engage une bataille préventive contre l’éveil islamique en le vidant de sa substance civilisationnelle et en jouant de ses contradictions internes idéologiques et politiques.
Dans cette configuration complexe, chacun joue sa perte. L’empire est cependant celui qui a le plus à perdre, car il est dans une situation financière, morale, politique qui plaide en sa défaveur. Il peut décider à n’importe quel moment de partir en guerre. Ce qui pourrait l’en empêcher est la fermeté de ses opposants qui ne doivent ni baisser la garde ni se désister de leurs moyens de résistance qui doivent se révéler de plus en plus dissuasifs. Par contre, ce qui pourrait l’y conduire est soit la faiblesse ou les contradictions dans ses opposants ou des opérations de subversions et de provocations que lui et ses vassaux parviennent à réaliser pour leur donner les justifications et les brèches à des attaques-surprises.
La grande inconnue est le front intérieur américain. La tendance contre la guerre et les contradictions du Président Obama ont montré une crise d’autorité et de confiance au sein de l’Empire ainsi qu’une confusion dans les objectifs et les gains de guerre qui relèvent de la loi coranique de l’Istidraj de l’Empire vers sa propre perte selon des mécanismes qui dépasse son entendement. Sur le plan rationnel, plus la gestion de la crise intérieure est longue et complexe et plus les risques de guerre s’estompent, car l’Empire va entrer dans la formulation interne de ses propres contradictions et jamais une guerre ancienne ou contemporaine n’a été gagnée dans ces conditions. Sur le plan de l’Istidraj, nous connaissons les principes, mais les mécanismes réels, le temps et les conditions de l’implosion interne et de l’explosion externe nous échappent. Nous voyons la tendance se confirmer comme nous voyons quelques jalons se manifester ici et là.
6-2 Guerre et Paix ?
Guerre et paix entre les Syriens et les brigades islamiques internationales avec le risque de débordement régional et avec le risque plus grand d’une formalisation sectaire ou confessionnelle pour maintenir la région dans le chaos et les peuples tenus à l’écart de la pensée sur leur devenir. Les groupes armés se fédèrent et disposent de moyens de combats plus opérants : ils vont faire durer la guerre longtemps et lui donner un prix rédhibitoire. Clausewitz a montré que la guerre et le commerce cherchent à obtenir des gains et à soumettre l’adversaire à sa volonté dans les limites des sacrifices consentis. Il n’y a pas de gains lorsque les sacrifices consentis sont plus grands que les gains ou qu’ils sont plus étendus en termes d’étendue d’espace et de durée dans le temps. Il n’y a pas de gain lorsque les populations sacrifiées, les États et les commerçants réalisent que la guerre menée en leur nom et pour leur cause ne leur a rien apporté sauf ruines et sang.
Il n’y aura pas de paix durable lorsque la guerre totale ne permet pas de négocier la paix. La paix par la défaite, la victoire ou la trêve est toujours envisageable lorsque dans la culture des belligérants il y des limites à ne pas transgresser et la volonté rationnelle à évaluer objectivement les gains attendus et les pertes redoutées. La cause et la fin de la guerre, subie ou menée, sont toujours politiques. Quelles sont les fins politiques des groupes armés ? Quel est leur pouvoir de fédération qui leur donne une légitimité et une crédibilité pour construire une politique consensuelle et négocier ?
Pour l’instant, nous assistons à une réorganisation totale des combattants islamiques, à un changement de doctrine. Nous assistons aussi à la promotion, une nouvelle fois, de la lutte antiterroriste au niveau internationale qui veut s’émanciper de la lecture américaine. Nous assistons à la volonté française, américaine, arabe et turque de financer et de soutenir la rébellion armée alors qu’elle est en pleine mutation et qu’elle échappe de plus en plus au contrôle de ses parrains.
Dans ces conditions, la Syrie est engagée à faire de son armée, de sa population, de son territoire et de ses voisins des champs de bataille où s’affrontent des désirs de combats sans volonté politique, des haines régionales, des impostures, des politiques, des entropies provoquées par l’Empire, des exacerbations confessionnelles et ethniques. La géographie, l’histoire, les mentalités collectives et les économies font peser sur les populations syriennes des charges qui dépassent leurs capacités intrinsèques à vouloir et à imposer la paix. Les autorités religieuses qui ont appelé à la violence sans en évaluer toutes les conséquences portent une grave responsabilité et elles resteront comptables devant l’opinion, devant l’histoire et devant Dieu des préjudices et torts causés à l’humain et au territoire.
Aucun stratège de guerre, aucun homme de religion, aucun politique ne conduisent une guerre s’il n’a pas dans sa tête le plan de paix et les moyens de négocier la paix qu’il soit victorieux ou défait. Il n’y a que les insensés, les criminels et les infantiles qui peuvent envisager la guerre sans politique et sans moyen d’y mettre fin c’est-à-dire sans pouvoir de décision pour la conduire rapidement et efficacement à optimiser le rapport des gains et des pertes dans un cadre réaliste et global.
Je me rappelle la stupidité et l’entêtement de Abassi Madani et de Ali Belhadj à refuser de dénoncer la violence par principe politicien alors que dans la réalité ils n’avaient ni la culture politique ni la stature de chef d’État pour comprendre qu’il s’agissait du salut de l’Algérie. Le général Lamine Zéroual était une opportunité que le destin avait choisie pour sortir l’Algérie de la guerre civile, mais ni le FIS, ni les politiques, ni les militaires, ni les maquis islamistes n’avaient compris la situation ni fait l’effort d’envisager objectivement leur devoir. Il leur incombait d’aider un homme intègre, mais isolé, et incapable, tout seul, sans soutien populaire et politique, de faire sortir l’Algérie du gué du torrent de sang qui déferlait sur elle la déshumanisant et handicapant son devenir sur plusieurs générations à venir.
L’irresponsabilité non seulement continue puisqu’aucun acteur ne veut faire son bilan, mais elle devient crapuleuse lorsque nous voyons les uns et les autres instrumentaliser le flou et la terreur pour faire avancer leurs pions dans la conquête du pouvoir qui maudit celui qui le convoite.
Lorsqu’on garde en tête la création des monarchies arabes, la nature de leurs États, leur absence de vocation pour participer à une stratégie dans le monde arabe, le monde musulman ou la Palestine, la nuisance politique, économique et religieuse dans le monde arabe et musulman, on comprend alors l’inefficacité des savants musulmans qui résident chez eux. On comprend alors l’insenséisme de leurs Fatwas meurtrières et leur incompétence à penser ou à superviser le changement et la réforme dans le monde musulman. Non seulement ils vivent comme des rentiers experts en compilation des travaux anciens produits par la décadence du monde musulman, mais ils opèrent comme des facteurs de troubles à l’encontre de la voix prophétique.
Pour comprendre leur influence néfaste sur la Syrie et les risques de sa somalisation, il faut voir (puisque la résolution de l’ONU intervient une semaine après la prise d’otage au Kenya, remettant dans l’actualité la tragédie somalienne) comment ils ont mis du temps pour intervenir dans le conflit somalien lorsque celui-ci était davantage un conflit entre les Somaliens et les Occidentaux et puis comment ils se sont empressés à intervenir pour attiser les rivalités entre factions rivales ou dissidentes au moment où la résistance somalienne est parvenue à chasser l’occupant et ses alliés. Le même phénomène en Afghanistan, le même phénomène en Somalie, et ce sera le même phénomène prévu pour la Syrie si jamais les combattants islamiques parviennent à s’imposer sur tout ou partie du territoire syrien contre l’armée légale syrienne.
Pour toutes ces raisons, nos pronostics sur la paix restent pessimistes.
Pour toutes ces raisons, l’analyse des totalités et des contradictions qui les animent, selon la théorie de Clausewitz, nous demande de rester vigilants dans les rapports futurs que l’Empire va entretenir avec les oppositions armées syriennes. Si les monarchies n’ont pas autre dignité que celle du vassal inculte et inconscient de sa nuisance et de son insuffisance, l’Empire a une certaine image à défendre. Il va se trouver dans des paradoxes qui vont agir sur la paix et la sécurité de la région arabe.
Le premier paradoxe est d’amener la rébellion armée la plus présente et la plus efficace sur le terrain à se mettre sur une table de négociation face au régime syrien. S’il ne parvient pas il a perdu toute crédibilité et il étale sa faiblesse et son peu d’influence avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur la fin de la reconnaissance de sa domination mondiale. La fin des empires commence avec des séditions qui refusent de se soumettre à l’arbitrage de la Maison-Blanche de Pharaon ou de l’Amérique.
Le second paradoxe est de soutenir les « terroristes » qu’il a combattus depuis le 11 septembre avec en toile de fond la communication pour faire adhérer l’opinion mondiale à une guerre de plus en plus remplie d’incertitudes tant sur le plan militaire que sur le plan politique et pour laquelle elle est de plus en plus hostile.
Je laisse au lecteur le soin d’imaginer les autres scénarios et les autres paradoxes comme soutenir une partie de l’opposition armée contre une autre comme veulent le faire les Français de plus en plus mal inspirés et esseulés.
6-3 De la guerre vers la paix
De la guerre vers la paix qui va exiger dès maintenant la réflexion sur les mécanismes juridiques, politiques, sociaux, psychologiques pour préparer et instaurer la paix au sein d’une population terrorisée et exsangue. L’expérience algérienne de la « réconciliation nationale » sans justice ni vérité a montré comment un territoire et un peuple deviennent otage de la rente et du commerce informel sans possibilités de développement réelles. L’expérience sud-africaine qui n’a pas construit une émancipation de l’économie capitaliste a mis relativement fin à l’apartheid politique et ethnique, mais elle a laissé la majorité des populations dans l’exclusion et la marginalisation, alors qu’une faible minorité intégrée dans l’économie mondiale est en train de se constituer en ilots de privilèges et de collaboration avec les anciens dominateurs.
Seul en indépendant, mu par ma seule conscience, j’ai étudié les grandes tragédies de notre temps en Algérie, en Yougoslavie, en Irak, au Soudan, en Afghanistan et en Somalie avec la question de fond : comment et pourquoi, tant dans l’opposition que dans le pouvoir, il n’ y a ni de culture d’État, ni conscience citoyenne derrière la rhétorique abondante qui instrumentalise le religieux, l’histoire ou l’identité nationale. Je n’ai pas de réponse à apporter ici, mais force est de constater que les acteurs qui allument la mèche de la Fitna rendant licites l’effusion du sang et la mise en ruine du territoire ne sont pas intéressés à débattre sur les conséquences éthiques, sociales, religieuses et politiques de la guerre civile. Toute population soumise à un terrorisme aveugle, quels que soient son origine et ses acteurs, subit un changement de valeurs, une perversion de ses rapports et de ses pratiques symboliques à l’Etat, à la religion et à l’identité.
La violence est un phénomène déstructurant et destructeur dans les mentalités et le tissu social. La violence est une atteinte à la mémoire individuelle et collective qui devient confuse par l’absence d’explication, d’analyses des causes, et de démarches psychologiques, politiques et sociologiques thérapeutiques pour retrouver sens, équilibre et marche sereine vers le devenir. Sans le travail mémoriel, sans le devoir de vérité et sans l’intime conscience que justice équitable a été rendue la société et l’individu cultivent le sens de l’impunité, de l’absurde, de la bestialité primaire qui les poussent au fatalisme et à son corollaire l’inertie et paradoxalement à l’anarchie et à son corollaire des mouvements impulsifs et convulsifs auto destructeurs.
Lorsque je fais endosser la responsabilité de la situation actuelle de l’Algérie tant au pouvoir qu’à l’opposition islamiste et non islamiste c’est dans leur légèreté à analyser les conséquences de leurs discours et de leurs postures sur la vitalité d’un peuple tenu depuis toujours dans la situation de faire valoir à qui on impose le socialisme, l’islamisme et le libéralisme sans qu’il ne soit réellement impliqués. À chaque fois il ne fait que sédimenter ses frustrations et son ignorance.
Les Syriens et les élites arabes soucieuses d’apporter soutien et conseil au peuple syrien doivent dire l’impératif de chercher et de donner des explications crédibles et authentiques sans subjectivité ni préjugé à la crise syrienne comme ils doivent insister sur les réformes urgentes à mettre en œuvre pour que le Syrien construise sa citoyenneté et son devenir hors de toute tutelle et qu’il agisse en responsable de son pays. Le projet de reconstruction du pays passe par le projet de réhabilitation de l’humain. La déshumanisation par la violence ne devient réellement visible qu’après la fin de la guerre. C’est maintenant que ce projet doit se mettre en chantier avant que la reconstruction et la paix ne soient confisquées par les inévitables profiteurs des guerres et des révolutions qui partout ont montré leur cynisme dans leur prédation des proies vulnérables et leur absence de scrupules sur le plan religieux, politique, social, financier et économique pour se servir là où la morale commande de servir.
J’observe attentivement l’Algérie et mes craintes exprimées entre 1982 et 1988 au moment de la liquidation de l’industrie nationale et entre 1988 et 1992 au moment de la liquidation des aspirations patriotiques de se sont avérées justes : le pays a perdu tout sens de la mesure, tout esprit d’initiative et tout repère moral, religieux ou historique. Il est devenu une grande machine à consommer ce que les autres produisent, un grand comptoir commercial ou chacun vend et achète sans se préoccuper de la valeur, de la nature et de la portée de sa transaction. Il y a un effondrement que les singeries et les tartufferies intellectuelles, religieuses, sociales et politiques ne parviennent pas à masquer. L’Algérie est vide, sans âme, sans destin, sans projet. Elle entasse des choses et cultive la médiocrité du bien-vacant faute de produire de la pensée, de la dynamique et de l’ingénierie… Elle attend un colonisateur.
7 – Dialectique paix guerre.
Clausewitz nous a montré que la guerre est une affaire de politique. Dans le cas présent, l’Amérique et ses vassaux sont en faillite. Il nous a montré que la guerre et la politique doivent être pensées en termes de totalités les unes englobant les autres et au sein de chacune et les déterminant il y a des polarités c’est-à-dire des unités dialectiques qui sont rattachées par des liens donnant sens à la totalité et s’opposant les unes aux autres pour former des équilibres sans cesse changeant. Il n’y a pas de modèle mathématique ni de formalisme figé explicatif, mais des conditions sociales et historiques propres à chaque situation.
Dans notre cas la paix et la guerre sont en opposition dialectique dans des globalités nationales syriennes, américaines, régionales, internationales où les conditions historiques, politiques et sociales sont en mutation. S’il peut être admis, sur le plan théorique, que l’Empire a mené une politique guerrière conduisant nécessairement à sa défaite, il est impossible de dire que la guerre est éloignée et il est impossible de dire que si elle aura lieu elle ne sera pas totale.
L’empire peut donc déclencher la guerre à n’importe quel moment, mais l’issue de la guerre et la totalité de son exécution lui échappent complètement. La résolution de l’ONU signifie cependant qu’il sera seul à vouloir une guerre.
8 – Le peuple syrien
Clausewitz a montré que les meilleurs garants de la paix et de la réussite de la guerre sont la défensive et le peuple en armes. Est-ce que les Syriens vont se mobiliser autour de leur « tyran » et oublier leurs différents politiques et confessionnels pour affronter l’Empire ? C’est sans doute la question la plus embarrassante et la plus significative. Le président syrien y a répondu cette semaine. Est-ce un triomphalisme insensé ou une vision lucide et raisonnable ?
L’histoire récente nous montre comment les philosophes sionistes français de la haine et de la merde ont joué la carte de la division en Afghanistan en soutenant le commandant Messaoud et en torpillant les efforts de négociation de paix entre le défunt général russe Lebed et Qalb Eddine Hakmatiyar. La négociation devait mettre fin à la guerre et assurer une sortie honorable pour l’armée soviétique tout en faisant une économie de vies humaines pour les deux parties. La paix négociée aurait retardé l’effondrement de l’Union soviétique attaquée de l’intérieur par le Vatican et la CIA. Les mêmes philosophes ont conduit la guerre au Kosovo et à l’éclatement de la Yougoslavie en poussant Ali Izzet Begovitch le Bosniaque et Misolevic le Serbe à la radicalisation extrême pour favoriser l’intervention de l’OTAN contre Belgrade et mettre fin au renouveau islamique en Europe. Les savants musulmans et l’Arabie saoudite ont géré l’Afghanistan et les Balkans dans le sens voulu par l’Empire et le sionisme. Ces facteurs de subversion sont présents en Syrie et peuvent jouer un rôle néfaste contre la paix. Logiquement, la Russie, la Syrie et l’Iran ont tiré les leçons, mais la compétence de nuisance des Bédouins et des sionistes n’est pas à négliger lorsqu’on sait comment un peuple mis en exil, en perte de dignité, en insécurité peut devenir irrationnel par ses peurs et ses frustrations.
C’est dans ce moment difficile que je rappelle aux Arabes et aux Musulmans soucieux de l’intérêt du peuple syrien de l’assister et de ne pas le laisser proie de l’humanitaire occidental dont beaucoup d’organisations travaillent ouvertement pour l’humanitaire sioniste et pour l’humanitaire militaire de l’Empire. Les Arabes et les Musulmans intervenant en zone de guerre interviennent souvent en qualité d’auxiliaires des ONG mondiales ou en bénévoles ignorant les enjeux géopolitiques et financiers alors que les ONG occidentales interviennent avec une formation spécialisée et sous la supervision d’appareils spécialisés dont le métier est la diplomatie, le renseignement, la géopolitique, la logistique et la communication en zones de combat. Le médecin, l’infirmier, le médicament et la subsistance ne sont que des moyens logistiques et empathiques dans le dispositif géopolitique de l’humanitaire qui a adopté le droit d’ingérence et de guerre préventive comme éthique et comme mode opératoire de l’assistance occidentale aux peuples qui subissent le chaos de l’Empire par voie directe ou indirecte.
C’est dans cette optique de paix difficile que le gouvernement syrien doit se comporter avec rigueur pour maintenir l’Etat debout et avec humanité pour se comporter comme un Etat et comme des Commis de l’Etat qui rendent justice et qui ne se font pas vengeance. Le peuple syrien, comme tout autre peuple, ne comprendrait pas et ne pardonnerait pas le comportement arrogant et figé dans les postures anciennes de ses gouvernants qui affichent désir de vengeance au lieu de rendre justice et de réparer le mal que le peuple a subi. Sans espoir de réparation et sans ambition à une autre vie, meilleure, le peuple ne donnerait jamais sa confiance ni ne se soumettrait à l’autorité de l’Etat.
Mirna Velcic-Canivez dans ses études sur les populations yougoslaves après la guerre civile et la guerre de l’OTAN a mis l’accent sur l’impératif de mener des études sur les traumatismes collectifs et les détresses individuelles pour leur apporter une vérité, une éthique, une méthodologie afin qu’ils soient surmontées rapidement et que la vie reprend normalement ses droits et exerce ses devoirs. Elle montre les impératifs que doivent suivre les historiens, les sociologues, les juristes, les psychiatres, les politologues pour consigner la mémoire, faire que la mémoire ne se nourrisse pas d’un déni de mémoire, faire que la parole de témoignage ne soit pas dite pour être ignorée ou bafouée. Comment inscrire les acteurs de la guerre dans un processus explicatif objectif pour comprendre la guerre et pour s’en prémunir et se libérer des clichés accusateurs et subjectifs tel est le travail qui doit être mené avec le peuple pour qu’il s’approprie son histoire et bâtisse son avenir. Ceci n’est pas la vocation de l’ONU, ni celle des Russes, mais celle des Syriens et des hommes qui ont vécu la même expérience ailleurs.
9 – L’histoire en accélération et en confusion apparente
L’histoire en accélération va nous donner quelques réponses plus tôt que prévu. L’histoire en confusion va nous donner des réponses contradictoires et il faut beaucoup de distanciation, loin de tout esprit partisan, pour voir la tendance.
Il n’y a plus de place aux certitudes sauf peut-être celle sur le monde arabe qui se montre plus complexe et plus imprévisible que jamais. Qaradhawi avait annoncé qu’il allait présider la prière de l’Aïd à Damas en 2013 après la chute (ou l’assassinat du Président Assad) et c’est le Président Morsi qui a été jeté en prison, il avait appelé le secours de l’Amérique et c’est la Russie qui vient secourir l’Amérique, ce sont les Français qui demandent une résolution sous le chapitre 7 contre la Syrie et c’est le conseil de sécurité qui adopte une résolution contraire à l’esprit et aux termes du projet français, ce sont les Arabes qui font une pseudo révolution et c’est l’Amérique qui l’avale et s’étrangle dans sa hâte à confisquer ce qui a été improvisé par les autres.
Le destin se montre de plus en plus ironique…
{Ne dis jamais à propos d’une affaire que je ferais ceci demain, sauf si Allah le veut. Puis proclame (la grandeur) de ton Dieu si tu as oublié, et dis : « j’espère qu’Allah me guidera pour que je puisse me rapprocher de ceci (cette vérité énoncée, cette expérience vécue) avec davantage de sens ».}
Tout est possible la guerre comme la paix… Obama pourrait tomber avant Bachar Al Assad. Tsahal pourrait être reprise par ses vieux démons et relancer une guerre perdue et perdante contre le Hezbollah. Les sunnites et les Chiites ainsi que les Arabes et les non arabes pourraient dialoguer sur le thème du changement et de l’alternative à l’Empire… L’histoire n’est cependant pas aveugle et elle ne prête pas ses yeux et ses sens à ceux qui font de la cécité et de l’insouciance un mode d’existence. Elle s’exerce faisant fi des sentiments et des souhaits.
http://liberation-opprimes.net/resolution-lonu-digressions-guerre-paix-en-syrie/

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