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Walid Hasni: La Tunisie n’est pas en faillite Messieurs Joudi, Nabli and Co !


walidLa Tunisie n’est pas en faillite Messieurs Joudi, Nabli and Co !

Walid Hasni

Économiste, vice président de l’Institut Tunisie des relations internationales (ITRI)

Paris le 11 septembre 2013

J’ai attendu et hésité longtemps avant d’écrire ces lignes. Je me suis dit qu’au vu du nombre de conneries que débite Monsieur Moez Joudi, ils vont finir par le lâcher. Et bien non, il est toujours là annonçant catastrophe sur catastrophe, faillite, risque de faillite, inflation à deux chiffres… Un discours alarmiste, ponctué par des doses insupportables d’arrogance et de prétention.

 

La Tunisie n’est pas en faillite Messieurs Joudi, Nabli and Co !

Walid Hasni

Économiste, vice président de l’Institut Tunisie des relations internationales (ITRI)

Paris le 11 septembre 2013

J’ai attendu et hésité longtemps avant d’écrire ces lignes. Je me suis dit qu’au vu du nombre de conneries que débite Monsieur Moez Joudi, ils vont finir par le lâcher. Et bien non, il est toujours là annonçant catastrophe sur catastrophe, faillite, risque de faillite, inflation à deux chiffres… Un discours alarmiste, ponctué par des doses insupportables d’arrogance et de prétention.

Je ne reviendrais pas ici sur le parcours universitaire de M.Moez joudi. Je ne suis pas de ceux qui jugent les gens en fonction de leur grade universitaire. Je voudrais juste préciser qu’il n’a jamais obtenu le titre d’enseignant chercheur comme il le prétend sur son CV. Il est ancien vacataire et par moment ATER (Attaché temporaire d’enseignement et de recherche). Et, accrochez-vous, il n’est pas économiste, il est gestionnaire. Parenthèses fermées. Ceci dit en tant que défenseur absolu de la liberté d’expression, il est libre de livrer ses analyses comme bon lui semble.

moez joudi

J’ai hésité aussi à écrire ce papier, car j’attendais la faillite de la Tunisie annoncée par le trio d’experts, à la présence médiatique envahissante et au crédit très entamé, j’ai nommé Messieurs. NABLI, DIMASSI et Moez JOUDI …

Comme je savais que l’attente allait être très longue, et qu’à très long terme on est tous morts (dixit le Grand Keynes), je me suis résigné à écrire. Car à force d’annoncer, sans vergogne, la faillite d’une nation, on risque de la provoquer. Cela dit, peut être que cette faillite a déjà eu lieu et que ne je m’en suis pas rendu compte. Car il est quand même débile, qu’un trio aussi respectable-du moins en apparence- nous abreuve de tant de contre-vérités. Trêve d’introduction

La complexité de l’économie en général et de l’économie tunisienne dans cette période postrévolutionnaire est telle qu’il faudrait être totalement illuminé pour prétendre cerner tout ce qui se passe. Pour ne pas être long et afin de ne pas rendre la lecture de ces lignes aussi indigeste que le monologue de M Joudi, je me contenterai ici de rétablir quelques vérités

• Le problème fondamental qu’on n’évoque jamais : Le partage

Sous l’ancien régime, la croissance moyenne était de 5%. Ce taux de croissance n’a pas permis d’absorber le flux de nouveaux diplômés qui arrivaient chaque année sur le marché de travail. En d’autres termes, le nombre d’emplois créés par une croissance de 5% n’a pas permis d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché de travail, d’où l’aggravation continue du taux de chômage, la décadence sociale qui ont fait vaciller l’ancien système et causer sa perte.

La question qu’on pourrait se poser légitimement est la suivante : pourquoi avec un taux de croissance de 5%, le taux de chômage n’a pas reculé (dans les pays développés, à partir de 1,5% de croissance, on commence à créer des emplois).

La réponse est évidente : cette croissance est accaparée par 5% de la population ; la population la plus aisée, la bourgeoisie tunisienne (les amis de Messieurs Joudi, Nabli et Dimmassi et accessoirement des généreux contributeurs de leur parti politique). Le fruit de la croissance n’est pas équitablement réparti.

La deuxième question légitime est la suivante : est-ce que le gouvernement actuel a changé de politiques économiques ?

La réponse est évidente : NON. Pourquoi ? Car il n’a pas fait la réforme fiscale qui instaurerait une imposition progressive sur le revenu et le patrimoine. Pour dire vrai, il a présenté un texte audacieux sur les paiements en liquide et sur le secret bancaire qu’il a retiré, sous la menace de la bourgeoisie.

Le nerf de la guerre c’est la répartition qui pose au moins trois problèmes.

Une crise de croissance : Une société où les inégalités de revenus augmentent, est mécaniquement, une société générant une épargne importante. Car, les hauts revenus épargnent plus que les bas revenus. Ceci pose un problème de sous-consommation, ou, si l’on préfère, de surproduction, les revenus distribués lors de la production ne rachetant pas tout ce qui est produit, d’où une demande effective insuffisante et donc moins de croissance et plus de chômage

Une crise financière et immobilière : Cette épargne des « hauts revenus » ne fait que « tourner » sur elle-même, sur des marchés financiers secondaires, « Bourse », ou sur des investissements immobiliers (c’est le cas en Tunisie), alimentant ainsi une bulle immobilière qui ne devrait pas tarder à exploser (A ce propos tous ceux qui ont des projets immobiliers feraient mieux d’attendre, ils précipiteront ainsi l’explosion inéluctable de la bulle . Comparativement à l’Allemagne, en PPA (parité pouvoir d’achat) l’immobilier est 2,1 fois plus cher en Tunisie qu’en Allemagne). Les « bulles » finissent toujours par éclater, forcément, un jour ou l’autre. Et l’éclatement d’une bulle s’appelle une «crise » dont les conséquences sont le ralentissement de l’économie et l’augmentation du chômage.

Une crise de surendettement : Pour compenser la faiblesse des revenus et afin d’éviter la crise de « sous-consommation »- le système met en place le surendettement. Pour que le système perdure, il faudra sans cesse et toujours plus « endetter les pauvres ». Ce qui débouche toujours à moyen long terme par une crise financière dont les conséquences sociales sont catastrophiques.

• La baisse du Dinar présentée comme une catastrophe !

Tout d’abord la baisse d’une monnaie n’est pas forcément une chose négative, elle est parfois salutaire !

Imaginons qu’en Tunisie on ne produit qu’un seul bien. La quantité disponible de ce bien est de 1 000 unités. La quantité de monnaie en circulation (la « masse monétaire ») dans l’économie est de 2 000 dinars. Quel sera le prix du bien ?

Réponse évidente : 2 dinars. Il est clair qu’avec une somme de 2000 dinars, si le prix du bien est de 2 dinars, on peut en acheter 1000 unités.

Autrement dit, le prix du bien permet d’ajuster la quantité de monnaie disponible avec la quantité de biens. Admettons que la quantité de monnaie passe de 2000 dinars à 4000 dinars (suite à une augmentation des salaires des fonctionnaires et une embauche massive dans la fonction publique) avec une quantité de biens échangeables maintenue à 1000 unités (c’est le cas en Tunisie avec une croissance quasi-nulle en 2011) le prix du bien va devoir changer, car 4000 dinars ne pourront acheter 1000 unités du bien que si le prix du bien passe de 2 dinars à 4 dinars. La hausse du prix du bien a permis d’ajuster la quantité de monnaie en circulation dans l’économie avec la quantité de biens disponibles. Ce qui a augmenté, c’est la quantité de monnaie (la « masse monétaire ») en circulation dans l’économie. Et comme elle est en « excès » relativement à la quantité de biens disponible, le prix du bien s’élève.

La masse salariale de l’Etat est passée de 6000 millions à 9000 millions en deux ans (embauches+ hausse des salaires). Les quantités de biens et services est pratiquement stable ou croit à un rythme moins soutenu que la productivité et les salaires => Le financement s’est fait par simple création monétaire => augmentation de la masse monétaire => hausse des prix.

Face à la crise économique actuelle on est face à deux choix : privilégier un choc nominal (baisse de la monnaie) dont la classe bourgeoise et les banques paieront le tribu le plus lourd ou adopter des politiques de rigueur et faire supporter aux salariés du privé et du public ainsi que les retraités le tribu de la crise. Le gouvernement sur ce point, et pour la première fois a choisi de dire non au doxa dominant de ce pays et tant mieux. Il fallait juste accompagner tout cela d’une réforme fiscale digne d’un gouvernement révolutionnaire ! Mais sur ce point il ne faut pas trop rêver !

La baisse du dinar devrait aussi permettre la relance du tourisme –que malheureusement l’instabilité politique freine. Elle permettra aussi de promouvoir nos exportations qui deviennent moins chères et limiter nos importations qui deviennent trop chère.

En guise de conclusion !

Nous avons une réalité statistique qui montre une déformation du partage des richesses au profit des plus riches. Nous avons une réalité sociale qui montre une érosion abyssale du pouvoir d’achat de la classe moyenne. Nous avons une autre réalité plus choquante, qui montre que la majorité de la classe bourgeoise échappe à l’effort de solidarité nationale, et ne paye pas ses impôts. Le rééquilibrage des partages des richesses et des mesures coercitives pour lutter contre la fraude fiscale sont le nerf de la guerre.

Ceux qui vous annoncent la faillite de l’Etat et l’apocalypse pour demain, obéissent à des sales agendas politiques…. Si la faillite économique touche un jour la Tunisie, ça sera sûrement à cause de l’instabilité et de l’anarchie politique. Avec la classe politique qu’on a aujourd’hui, et je vise ici en premier lieu l’opposition, le risque de l’anarchie est de plus en plus réel… M. Joudi et M. Nabli auront alors raison!

Lire du même auteur entre autres sur tunisitri :

https://tunisitri.wordpress.com/2011/11/04/walid-hasni-lettre-ouverte-a-monsieur-rached-ghannouchi/

https://tunisitri.wordpress.com/2013/03/03/walid-hasni-eloge-de-linnovation-et-du-partage/

https://tunisitri.wordpress.com/tag/walid-hasni/

https://tunisitri.wordpress.com/2013/01/13/walid-hasni-politisation-%D8%AA%D8%B3%D9%8A%D9%8A%D8%B3-%D8%A7%D9%84%D8%AE%D8%B7%D8%A7%D8%A8-%D8%A7%D9%84%D8%A5%D9%82%D8%AA%D8%B5%D8%A7%D8%AF%D9%8Adu-discours-economique/

Houcine-Dimassi

nabli

9 commentaires sur “Walid Hasni: La Tunisie n’est pas en faillite Messieurs Joudi, Nabli and Co !

  1. La sortie de Chadly Ayari : une fausse alerte …

    La crise des finances publiques est une fausse crise. Nous avons deux ou trois pistes sérieuses pour éviter la cessation des paiements :

    (i) l’Algérie pourrait nous avancer 3 milliards de $. La visite de BCE à Alger rentre probablement ans ce cadre – un chantage bien ficelé à la SEBSI : Moi, président, je pourrais résoudre le pb du GAP financier.

    (ii) imprimer deux Milliards de dinars et le tour est joué donnant 2,5 d’inflation de plus – pas trop grave : 6 ou 9% où est la différence ?

    (iii) renégocier le remboursement de la dette voire exiger l’annulation d’une grande partie de celle-ci, c’est jouable. C’est vraiment possible si on travaille sur dossier un ou deux semaines, on trouvera bcp de failles nous permettant de repousser le paiement des échéances du dernier trimestre 2013 et le 1er trimestre 2014.

    La fausse alerte de Ayari n’est que stratagème pour mettre sous pression l’opposition et faire sortir les islamistes du guet apen sans trop de dégât.

    Mustapha STAMBOULI

  2. le gouverneur de la BCT a déclaré le 11/09/2013 que la situation économique est très critique et la Tunisie risque de ne pas répondre a ses obligations envers les bailleurs.
    la cessation de paiement ne conduira pas a la faillite?

  3. Heureusement que je vous donne du boulot et un peu d’occupation Si Walid Hasni! Continuez, c’est bien, mais ça aurait été plus utile pour vous et pour la communauté, de critiquer et d’évaluer les politiques défectueuses et les décisions hasardeuses du gouvernement, c’est eux qui décident, c’est eux qui gèrent et c’est à eux de rendre des comptes, ce n’est pas à moi ou mes collègues! Dernier point: on ne se réjouit pas des difficultés économiques de la Tunisie, au contraire on souffre! Et la photo d’illustration que vous avez mis, est un signe de plus de votre mauvaise foi et de vos appartenances politiques! Cette photo privée est tirée de mon mariage ou j’ai invité entre autres, un nombre d’amis du monde politique de différents partis et pas BCE uniquement! Donc voilà pour l’éclairage de votre lanterne! Et si on vous permet de construire une notoriété sur nos dos, tant mieux Si Walid, défoulez vous!

    Cordialement,

    Dr Moez Joudi

    • Monsieur Moez Joudi
      Le choix de la photo d’illustration n’est pas le fait de Monsieur Walid Hasni, c’est le site qui en est responsable. Une photo sur Google n’est plus privée et nous l’avons choisie parce qu’elle est la plus récente. Si vous voulez qu’on la change aucun problème!!!
      Merci

  4. Et pour ma bio que vous vous permettez de commenter, il faut que je vous corrige: Ma carrière est loin d’être purement académique! J’ai fait un doctorat mais j’ai toujours préféré évoluer dans le monde des entreprises et des affaires! Donc les concours et autres grades académiques ne me concernent et ne m’intéressent pas! Je suis administrateur de sociétés, directeur général de mon propre cabinet de Consulting et de formation, et en parallèle on me sollicite pour des cours à Paris et à Tunis que j’assure depuis 10 ans! C’est tout, je ne cherche pas plus et je ne valorise pas plus! Pour le fait d’être économiste ou pas économiste, quelle découverte!! Je suis Docteur en sciences de gestion, et pendant plus de 10 ans d’activité en France, je me suis spécialisé dans la gouvernance économique et financière! Et est ce qu’il est permit uniquement aux économistes pures et dures, de pouvoir commenter ou analyser une situation économique d’un pays?! D’où apportez vous ça?!! 60 % de notre cursus en sciences de gestion est composé de matières économiques, le reste c’est de la finance, de la RH, de la Compta et l’entreprise en particulier qui est elle même un acteur économique!! Donc en termes de conneries, vous en faites des montagnes! Allez y suivez moi, scrutez mes apparitions et mes dires pour que vous puissiez continuer à exister!

    • M. Joudi,

      les lecteurs apprécieront la profondeur de vos réponses et l’ouverture de votre esprit. Vous n’avez formulé aucune réponse sur le fond du sujet !

      Par ailleurs, votre personne m’importe peu. C’est votre discours alarmiste et irresponsable qui m’a poussé à écrire ces quelques lignes. Je vous rappelle, au demeurant, que j’exerce, en l’occurrence, ma liberté d’expression.

      Je n’ai pas beaucoup de temps pour polémiquer. Si vous aviez un papier argumenté qui fait la démonstration de vos déclarations alarmistes, j’y répondrai volontiers .

      Enfin, rassurez-vous, je demeure à mille lieues des factions et des partis politiques.

      En attendant de vous lire.
      Cordialement
      Walid HASNI

      PS : votre posture victimaire est pitoyable !

  5. Walid Hasni: Bravo, mais je tiens a signaler que le mal est fait, ils ont cultivé la peur et réussi a l’installer, la machine médiatique leur a servi de belle tribune (ils y ont accès libre vue leur indépendance et impartialité!!).
    Concernant l’exploitation politique demande a Mr Joudi qui était le porte parole de la jeunesse du parti « El Watan » ?? qui par ses clins d’œil cherche a se positionner politiquement???
    La malhonnêteté intellectuelle pue!!!

  6. jour apres jour je découvre le niveau bas de ce Mr Moez JOUDI

  7. L’économie Tunisienne a besoin d’une bonne équipe pour la gouverner. Je ne vois pas de compétences dans les plateaux télévisés et heureusement une majorité des téléspectateurs se sont rendus compte de cette situation. On peut facilement trouver des compétences aurpès des universitaires Tunisiens ou ceux qui travaillent dans les institutions internationales. je veux juste remarquer la contradiction de Mr Joudi sur les plateaux télévisés. Une fois invité chez Elyes Gharbi début 2012 et en parlant des stratégies de croissance il a annoncé « J’ai recommandé le « Go and Stop » » actuellement il remet en cause cette stratégie ( et non pas son mode d’application) en approuvant qu' »elle est suicidaire »!

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