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Oumma.com: François Burgat et Oumma.com


francois_burgat

LA TRISTE DERIVE “BACHARISTE” DU SITE OUMMA.COM (SUITE)

Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai décidé de porter sur la place publique le trouble profond qui est devenu le mien, mois après mois, après celui de nombreux amis, à la lecture d’Oumma.com, un site dont je fus un fervent lecteur mais également un actif contributeur, à une époque pionnière où un tel engagement, j’en sais quelque chose, pouvait coûter très cher.
Le texte exprimant ce désarroi est collectif. Mais l’ami Vincent G n’en finissant pas de rentrer du Maroc, j’en ai assumé seul, dans un premier temps, la paternité. Je me félicite de savoir qu’il m’a rejoint, et beaucoup d’autres avec lui.
« Stupeur teintée de consternation” aurait ressentit la rédaction d’Oumma à la lecture de mes interrogations ! Voilà bien le premier d’une longue série de très gros mensonges, par action autant que par omission. Car j’avais bien évidemment attiré plus confidentiellement et plus fraternellement l’attention de la direction d’Oumma – comme elle le reconnaît elle-même d’ailleurs – sur l’inquiétante direction qu’elle prenait en relayant la plus pernicieuse des propagandes confessionnalistes du gouvernement syrien. C’est bien la Syrie, où je viens de vivre quatre ans, et l’Algérie où, après avoir vécu sept années, je me suis personnellement beaucoup impliqué pour combattre les plus grosses manipulations de la violence, qui m’ont poussé à sortir d’un confortable silence. Soulignons que les dossiers concernés ne relèvent pas de la seule politique intérieure de ces deux pays. Ils touchent très directement – celui de l’assassinat des moines n’est qu’un exemple – les équilibres de la société française. Même pour ceux qui, comme Oumma, voudraient piteusement (oh la vilaine pente !!!) établir des barrières nationalistes à l’action des intellectuels, je suis ainsi parfaitement légitime à prendre position.
« Nous sommes un site pluraliste » m’a répondu, très agacée, la direction du site. « Pourquoi alors », leur ai-je demandé, « au nom de ce pluralisme, ne publiez-vous pas Sifaoui et Fourest, qui jouent sur le même registre que Tahan ? » Je n’ai bien sûr pas reçu de réponse et j’ai pu constater, mois après mois, comment la volonté opportuniste du site de « plaire à tout le monde » le privait irrésistiblement de toute colonne vertébrale analytique et éthique. Pluralisme en effet, il y a, chez Oumma, face à la crise syrienne comme dans le décodage de la stratégie tordue des officines algériennes. Oumma publie un peu de tout. Mais sur les cendres de son engagement et de son courage passés, il publie également beaucoup de l’inverse et parfois un peu de son contraire. Les proportions, toutefois, demeurent constantes. On appelle cela “la recette du pâté d’alouette” : celle où l’on met – à part égale, pour être “équilibré”, une alouette et un cheval, oubliant que l’une pèse 100 grammes et le second 300 kilos. Celle où l’on accorde ainsi, “pour être équilibré”, cinq minutes aux victimes de l’artillerie lourde de Bachar et cinq minutes à ceux qui leur tirent dessus ! Oumma a publié effectivement une (toute petite) dose de Filiu et de Addi, ou d’un représentant de la majorité tunisienne au pouvoir, mais… 30 de leurs contradicteurs, René Naba (que j’ai pourtant admiré lorsque nous défendions ensemble le Hezbollah dans le combat qui a fait de lui fugitivement le héros d’une large partie de l’humanité, toutes appartenances confondues) ou son pitoyable acolyte qui a suggéré que c’est le Qatar qui a fait assassiner Chokri Belaïd. Ou encore cinquante pages signées des petites plumes qui, au nom d’un nationalisme palestinien et arabe totalement dévoyé, soutiennent l’écrasement de l’opposition syrienne et le dénigrement de ceux qui la soutiennent. Pour la majorité des chroniqueurs d’Oumma, le peuple de Syrie, de Dera’a à Homs en passant par Hama et Alep, est à la solde… de Bernard-Henri Lévy, de François Hollande et de l’émir du Qatar. Et, pour faire bonne mesure, de Benjamin Netanyahu ! Merci pour leurs morts !
Faut-il répéter encore et encore ce que j’ai écrit dès le début de la crise (y compris, à cette époque heureuse, dans les colonnes d’Oumma, avant qu’il ne perde ses repères) en rentrant de Hama où j’avais, au cours des plus longues heures de ma vie, visionné les horribles vidéos de torture et de massacres que brandissaient les habitants de toute confession devant le visiteur étranger ? Ce n’est pas parce que des forces politiques illégitimes (dont BHL serait ici le symbole) tentent – fort peu efficacement d’ailleurs – de tirer parti d’une mobilisation populaire telle que la magnifique révolte syrienne que celle-ci devient ipso facto réactionnaire et illégitime !
Terrible erreur historique d’appréciation que celle que commet des pans entiers des gauches européennes et arabes lorsqu’ils se montrent incapables de faire cette distinction absolument essentielle.
“Archi faux”, poursuit le site, lorsque je souligne qu’il a observé un terrifiant silence quand le DRS algérien a tenté de discréditer l’enquête de Jean-Baptiste Rivoire sur l’assassinat des moines de Tibhirine en faisant danser devant les caméras de ses communicateurs deux coupables sortis de nulle part et dont aucun juge ni algérien ni français n’a jamais entendu parler ! “Nous avons publié Rivoire” (en 2011), a cru pouvoir triompher Oumma ! Ai-je jamais dit le contraire ? C’est bien là précisément que se trouve la circonstance aggravante ! Pour avoir publié Rivoire en 2011, Oumma n’ignorait rien de la réalité de cette nième manipulation des sbires du DRS pour laver les soupçons si graves pesant sur eux dans le contexte d’une difficile succession présidentielle ! Cela donne au contraire tout le relief au silence approbateur parfaitement assourdissant que le site a observé face à la contre-offensive des assassins !
Le pire des “archi faux” devait venir à la fin. Il nous dévoile les vraies raisons du prurit anti Qatar qui a soudain saisi la direction d’Oumma. Cette vérité là n’est pas la moins parlante. Sur la foi de sources qui ne peuvent pas être mieux informées, il se révèle que la relation de la direction d’Oumma au Qatar n’a pas été précisément fondée sur des exigences éthiques. En janvier 2009, quelques mois après que le directeur du site soit allé se faire photographier à Doha aux côtés du Cheikh Qardawi, (dont il n’avait pas encore découvert qu’il était ce terrible intégriste qu’Oumma allait bientôt dénoncer passionnément !) le directeur financier du site et l’un des membres éminents de la rédaction avaient eux aussi pris le chemin du “vilain petit Qatar”. En marge d’un colloque, les futurs pourfendeurs de l’Emirat étaient venus soumettre aux autorités une demande de financement. Las, après examen attentif du dossier, l’Emirat, qui ne souhaitait pas que son plan à venir de soutien à l’économie des banlieues françaises passe par le canal d’un site perçu comme communautaire, avait fini par leur opposer une fin de non recevoir ! Voilà donc une réalité bien indicible, très éloignée de la ligne de défense moralisatrice de la direction d’Oumma qui a sans étant d’âme rejoint les rangs de tout ceux qui, à côté d’une poignée de militants démocratiques de bonne foi, font aujourd’hui le jeu des partisans des dictateurs qui rêvent de faire payer au sponsor d’Al- Jazeera la perte de leur privilèges.
“Archi faux”, oserez-vous dire, sur l’honneur, monsieur Oumma ?
Même si enfin je demeure sans illusion sur le poids de ma présence au sein du Conseil Européen sur les Relations Extérieures, je suis très honoré d’être associé à ses travaux et d’y côtoyer de…Réponse aux mensonges éhontés de François Burgat

Comment un chercheur émérite du CNRS a-t-il pu céder à ce point à la calomnie fielleuse, qui ne repose sur rien d’autre que sur une « impression trompeuse » selon ses propres termes, trahissant ainsi la confusion de ses sentiments mais aussi la volonté manifeste de discréditer le premier site de l’islam francophone ?

Il existe un prodigieux remède pour surmonter l’angoisse de la page blanche, mais il faut une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle pour y recourir : tremper sa plume dans le vitriol et la laisser courir sur la page vierge, en la noircissant de mensonges éhontés qui déshonorent son auteur.

Ce coup bas était jusqu’à présent la marque des habituels détracteurs de notre site, toujours en embuscade, des islamophobes de tous poils, des extrémistes de droite furibonds, parmi lesquels figure en bonne place un cercle de « clercs » peu vertueux mais ultra-médiatiques, maîtres incontestés de la manipulation des esprits, qui n’ont cessé de nous diaboliser.

Aussi, quelle ne fut pas notre stupeur teintée de consternation à la lecture de la violente diatribe à notre encontre signée François Burgat, un politologue de renom, spécialiste de l’islamisme dans le monde arabe, par ailleurs familier de notre site, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle manque cruellement de la rationalité digne d’un universitaire de son rang.

Comment un chercheur émérite du CNRS a-t-il pu céder à ce point à la calomnie fielleuse, qui ne repose sur rien d’autre que sur une « impression trompeuse » selon ses propres termes, trahissant ainsi la confusion de ses sentiments mais aussi la volonté manifeste de discréditer le premier site de l’islam francophone ?

La pluralité est notre parti pris et notre totale indépendance est le meilleur gage de notre objectivité, n’en déplaise au paternalisme confondant de François Burgat, qui semble dénier à tout citoyen français de confession musulmane, quand bien même né et socialisé en France, toute autonomie personnelle, ne pouvant qu’être rattaché à une officine étrangère, et en l’occurrence « algérienne » ! Cette vision tristement néo-coloniale porte un terrible coup à celui qui affiche une islamophilie sincère (en est-il même conscient ?), et plus grave encore, accrédite la thèse de la « cinquième colonne verte », largement répandue dans les milieux islamophobes.

François Burgat a lancé les hostilités contre Oumma.com, sa nouvelle bête noire, et cherche à disqualifier notre ligne éditoriale après avoir tenté, en vain, de l’influencer fortement sur le conflit syrien, afin qu’elle se calque sur la politique étrangère de Laurent Fabius et sur celle des Etats-Unis. Etonnant, non ?

Voici point par point, notre réponse étayée aux allégations mensongères de François Burgat :

« sur le site Oumma.com, depuis plusieurs, mois s’explique une évolution éditoriale troublante…. une ligne d’analyse qui est très précisément celle des autorités algériennes » : Faux, archi-faux !

Nous mettons au défi François Burgat de trouver un article corroborant ses dires, tant nous n’avons eu de cesse d’épingler le pays de cocagne qu’est l’Algérie pour mieux en dénoncer la tyrannie du pouvoir en place, les injustices et les disparités criantes, sa jeunesse sacrifiée, et la désespérance ambiante qui conduit notamment à de terribles immolations par le feu.

A cet égard, la récente interview d’Akram Belkaïd diffusée dans le cadre de l’émission d’OummaTV « l’Esprit d’Actu » apporte un cinglant démenti aux allégations fallacieuses de François Burgat.

« la prise d’otages du site gazier d’In Amenas… » dont nous aurions « exonérer les services algériens de toute implication » Faux, archi-faux !

François Burgat devait être aux abonnés absents le 18 janvier, jour où nous avons publié l’interview de Lahouari Addi, l’un des meilleurs spécialistes de l’Algérie, qui a décrypté les rapports de force qui ont précipité l’assaut algérien contre les preneurs d’otages du complexe gazier. Celui-ci a clairement incriminé le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), soit le service de renseignement algérien, au point de s’attirer les foudres du quotidien « Le Jour d’Algérie » et d’être contraint de se défendre via un droit de réponse diffusé sur notre site, le 20 janvier.

Enfin, dernier mensonge au sujet de l’Algérie, et pas des moindres, François Burgat affirme, en citant  « l’enquête rigoureuse de Jean-Baptiste Rivoire » sur les moines de Tibhirine, que nous « avons observé un silence » sur cette affaire. Faux, archi-faux !

Ce dernier fait décidément une lecture très sélective de notre site, à moins qu’il ne soit atteint de troubles amnésiques, car nous avons bel et bien diffusé le reportage de Jean-Baptiste Rivoire en mettant en exergue la qualité de son investigation qui a soulevé nombre de zones d’ombre.

Pour couronner le tout, François Burgat nous fait grief d’avoir « opté pour un désaveu quasi indiscriminé des vainqueurs des urnes tunisiennes et égyptiennes ainsi, plus largement, que l’entier courant des Frères Musulmans ».  Là encore, faux, archi-faux !

Notre position à l’égard de l’Islamisme et des Frères Musulmans en particulier est la même qu’à l’égard de tout autre courant qui a sa propre légitimité, dès lors qu’il se conforme à l’esprit démocratique. La meilleure preuve en est l’interview d’un représentant d’Ennahdha Ameur Larayedh, qui n’est autre que le frère de l’actuel Premier ministre tunisien, que nous avons été l’un des premiers sites à réaliser. Oumma.com n’est ni pro-islamiste, ni anti-islamiste ! Nous estimons que cette mouvance politico-religieuse est tout autant critiquable que n’importe quelle autre mouvance. Telle est la philosophie de notre site, le respect de la pluralité étant un devoir et une exigence.

Depuis les révoltes tunisienne et égyptienne, ces mouvements ont accédé au pouvoir, et la saine critique fait partie du jeu démocratique. François Burgat instille là encore le doute sur notre probité intellectuelle, en soutenant que les critiquer confine à les désavouer. C’est totalement faux, sauf à penser que François Burgat considère que ces mouvements sont au-dessus de toute critique…

François Burgat, un chercheur sous influence

Notre site Oumma.com peut se targuer d’avoir toujours condamné toutes les dictatures, toutes les autocraties, sans la moindre complaisance, et ce bien avant que le vent insurrectionnel du « Printemps Arabe » ne souffle en Tunisie et en Egypte, notamment.

Comble de l’ironie, François Burgat, nous reproche les « Qatar et Al-Jazira bashings les plus virulents » ! Stupéfiant ! L’homme de gauche, qui hurle avec les loups, s’indigne donc que l’on s’en prenne à la théocratie esclavagiste par excellence, là où l’argent coule à flots, un critère qui, il est vrai, ferait trouver du charme à n’importe quelle monarchie absolue…

Le politologue condescendant, qui a voulu orienter notre traitement du cauchemar syrien, nous taxe d’une posture pro-Assad et « d’un vibrant plaidoyer cautionnant l’engagement du hezbollah dans la sanguinaire machine répressive du clan Assad ». Faux et archi-faux !

En reprenant ainsi à son compte la rhétorique spécieuse et délétère qui alimente tous les fantasmes à notre sujet, dont celui de « site islamiste », François Burgat donne sciemment du grain à moudre à nos plus fervents calomniateurs. Soucieux d’éclairer la tragédie syrienne, ô combien complexe et moins manichéenne qu’il n’y paraît, à la lumière de l’impartialité, nous avons souhaité offrir un espace d’expression à des opinions contradictoires, sans exclusive, de Bassam Tahhan, porte-parole du collectif pour la Syrie, à l’historien Jean-Pierre Filiu, à juste titre farouchement anti-Assad, à l’occasion de la parution de son livre « Le nouveau Moyen-Orient ».

François Burgat, le chercheur épris de justice, se gardera bien de révéler ses propres contradictions pour le moins saisissantes, lorsqu’il était en poste en Syrie, au sein de l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO). Ne frayait-il pas alors avec des officiels syriens, proches du clan Assad, dans les eaux troubles d’un despotisme qu’il dénonce aujourd’hui avec force ?

Celui qui joue les directeurs de conscience de notre site ne criera pas non plus sur les toits qu’il siège dans un think tank aux côtés de la fine fleur française foncièrement hostile à la souveraineté palestinienne, au premier rang de laquelle se trouvent Bernard Kouchner et son épouse, la reine Christine, Ockrent cela va sans dire, Pierre Moscovici, actuel ministre de l’Economie et des Finances, et Jean-Daniel Levitte, ex-hyperconseiller de l’ex-hyperprésident Sarkozy, et véritable gourou de la diplomatie française sous le mandat de la « guerre humanitaire » en Libye…

Dans son texte, seul notre ami et auteur régulier, Bruno Guigue, trouve grâce à ses yeux. Or, si d’aventure vous cherchiez la signature de François Burgat sur la pétition de soutien à Bruno Guigue en 2008, alors sous-préfet de Saintes limogé par l’Elysée suite à un article paru sur notre site où il critiquait la politique israélienne, renoncez-y, car elle n’y est pas ! Il n’y a pas pire donneur de leçons que celui qui a brillé par sa désaffection publique, préférant soutenir Bruno Guigue en privé, au moment où se jouait sa nomination au sein de l’IFPO qui dépendait du bon vouloir du Quai d’Orsay. Comme il lui fut facile de sacrifier ses nobles idéaux sur l’autel du carriérisme !

Truffé d’accusations insidieuses, d’amalgames pernicieux et de raccourcis indignes, le brûlot de François Burgat déconsidère avant tout son auteur, mais pire encore fait injure à tous les contributeurs de premier plan de notre site, politologues, historiens, sociologues, islamologues, essayistes, journalistes, de toutes sensibilités et confessions, ainsi qu’à tous les Oummanautes, toujours plus nombreux à nous faire confiance et à venir sur Oumma.com et OummaTV pour en suivre les grands rendez-vous.

Si seulement François Burgat, ce chercheur que nous tenions en grande estime, savait combien cela nous coûte de répondre à son réquisitoire, mais la virulence de sa charge à notre encontre, de surcroît dénuée de tout fondement, nous y a hélas contraints.

Un commentaire sur “Oumma.com: François Burgat et Oumma.com

  1. [19/06/2013 12:56:42] addala djamila: LA TRISTE DERIVE “BACHARISTE” DU SITE OUMMA.COM (SUITE)

    Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai décidé de porter sur la place publique le trouble profond qui est devenu le mien, mois après mois, après celui de nombreux amis, à la lecture d’Oumma.com, un site dont je fus un fervent lecteur mais également un actif contributeur, à une époque pionnière où un tel engagement, j’en sais quelque chose, pouvait coûter très cher.
    Le texte exprimant ce désarroi est collectif. Mais l’ami Vincent G n’en finissant pas de rentrer du Maroc, j’en ai assumé seul, dans un premier temps, la paternité. Je me félicite de savoir qu’il m’a rejoint, et beaucoup d’autres avec lui.
    « Stupeur teintée de consternation” aurait ressentit la rédaction d’Oumma à la lecture de mes interrogations ! Voilà bien le premier d’une longue série de très gros mensonges, par action autant que par omission. Car j’avais bien évidemment attiré plus confidentiellement et plus fraternellement l’attention de la direction d’Oumma – comme elle le reconnaît elle-même d’ailleurs – sur l’inquiétante direction qu’elle prenait en relayant la plus pernicieuse des propagandes confessionnalistes du gouvernement syrien. C’est bien la Syrie, où je viens de vivre quatre ans, et l’Algérie où, après avoir vécu sept années, je me suis personnellement beaucoup impliqué pour combattre les plus grosses manipulations de la violence, qui m’ont poussé à sortir d’un confortable silence. Soulignons que les dossiers concernés ne relèvent pas de la seule politique intérieure de ces deux pays. Ils touchent très directement – celui de l’assassinat des moines n’est qu’un exemple – les équilibres de la société française. Même pour ceux qui, comme Oumma, voudraient piteusement (oh la vilaine pente !!!) établir des barrières nationalistes à l’action des intellectuels, je suis ainsi parfaitement légitime à prendre position.
    « Nous sommes un site pluraliste » m’a répondu, très agacée, la direction du site. « Pourquoi alors », leur ai-je demandé, « au nom de ce pluralisme, ne publiez-vous pas Sifaoui et Fourest, qui jouent sur le même registre que Tahan ? » Je n’ai bien sûr pas reçu de réponse et j’ai pu constater, mois après mois, comment la volonté opportuniste du site de « plaire à tout le monde » le privait irrésistiblement de toute colonne vertébrale analytique et éthique. Pluralisme en effet, il y a, chez Oumma, face à la crise syrienne comme dans le décodage de la stratégie tordue des officines algériennes. Oumma publie un peu de tout. Mais sur les cendres de son engagement et de son courage passés, il publie également beaucoup de l’inverse et parfois un peu de son contraire. Les proportions, toutefois, demeurent constantes. On appelle cela “la recette du pâté d’alouette” : celle où l’on met – à part égale, pour être “équilibré”, une alouette et un cheval, oubliant que l’une pèse 100 grammes et le second 300 kilos. Celle où l’on accorde ainsi, “pour être équilibré”, cinq minutes aux victimes de l’artillerie lourde de Bachar et cinq minutes à ceux qui leur tirent dessus ! Oumma a publié effectivement une (toute petite) dose de Filiu et de Addi, ou d’un représentant de la majorité tunisienne au pouvoir, mais… 30 de leurs contradicteurs, René Naba (que j’ai pourtant admiré lorsque nous défendions ensemble le Hezbollah dans le combat qui a fait de lui fugitivement le héros d’une large partie de l’humanité, toutes appartenances confondues) ou son pitoyable acolyte qui a suggéré que c’est le Qatar qui a fait assassiner Chokri Belaïd. Ou encore cinquante pages signées des petites plumes qui, au nom d’un nationalisme palestinien et arabe totalement dévoyé, soutiennent l’écrasement de l’opposition syrienne et le dénigrement de ceux qui la soutiennent. Pour la majorité des chroniqueurs d’Oumma, le peuple de Syrie, de Dera’a à Homs en passant par Hama et Alep, est à la solde… de Bernard-Henri Lévy, de François Hollande et de l’émir du Qatar. Et, pour faire bonne mesure, de Benjamin Netanyahu ! Merci pour leurs morts !
    Faut-il répéter encore et encore ce que j’ai écrit dès le début de la crise (y compris, à cette époque heureuse, dans les colonnes d’Oumma, avant qu’il ne perde ses repères) en rentrant de Hama où j’avais, au cours des plus longues heures de ma vie, visionné les horribles vidéos de torture et de massacres que brandissaient les habitants de toute confession devant le visiteur étranger ? Ce n’est pas parce que des forces politiques illégitimes (dont BHL serait ici le symbole) tentent – fort peu efficacement d’ailleurs – de tirer parti d’une mobilisation populaire telle que la magnifique révolte syrienne que celle-ci devient ipso facto réactionnaire et illégitime !
    Terrible erreur historique d’appréciation que celle que commet des pans entiers des gauches européennes et arabes lorsqu’ils se montrent incapables de faire cette distinction absolument essentielle.
    “Archi faux”, poursuit le site, lorsque je souligne qu’il a observé un terrifiant silence quand le DRS algérien a tenté de discréditer l’enquête de Jean-Baptiste Rivoire sur l’assassinat des moines de Tibhirine en faisant danser devant les caméras de ses communicateurs deux coupables sortis de nulle part et dont aucun juge ni algérien ni français n’a jamais entendu parler ! “Nous avons publié Rivoire” (en 2011), a cru pouvoir triompher Oumma ! Ai-je jamais dit le contraire ? C’est bien là précisément que se trouve la circonstance aggravante ! Pour avoir publié Rivoire en 2011, Oumma n’ignorait rien de la réalité de cette nième manipulation des sbires du DRS pour laver les soupçons si graves pesant sur eux dans le contexte d’une difficile succession présidentielle ! Cela donne au contraire tout le relief au silence approbateur parfaitement assourdissant que le site a observé face à la contre-offensive des assassins !
    Le pire des “archi faux” devait venir à la fin. Il nous dévoile les vraies raisons du prurit anti Qatar qui a soudain saisi la direction d’Oumma. Cette vérité là n’est pas la moins parlante. Sur la foi de sources qui ne peuvent pas être mieux informées, il se révèle que la relation de la direction d’Oumma au Qatar n’a pas été précisément fondée sur des exigences éthiques. En janvier 2009, quelques mois après que le directeur du site soit allé se faire photographier à Doha aux côtés du Cheikh Qardawi, (dont il n’avait pas encore découvert qu’il était ce terrible intégriste qu’Oumma allait bientôt dénoncer passionnément !) le directeur financier du site et l’un des membres éminents de la rédaction avaient eux aussi pris le chemin du “vilain petit Qatar”. En marge d’un colloque, les futurs pourfendeurs de l’Emirat étaient venus soumettre aux autorités une demande de financement. Las, après examen attentif du dossier, l’Emirat, qui ne souhaitait pas que son plan à venir de soutien à l’économie des banlieues françaises passe par le canal d’un site perçu comme communautaire, avait fini par leur opposer une fin de non recevoir ! Voilà donc une réalité bien indicible, très éloignée de la ligne de défense moralisatrice de la direction d’Oumma qui a sans étant d’âme rejoint les rangs de tout ceux qui, à côté d’une poignée de militants démocratiques de bonne foi, font aujourd’hui le jeu des partisans des dictateurs qui rêvent de faire payer au sponsor d’Al- Jazeera la perte de leur privilèges.
    “Archi faux”, oserez-vous dire, sur l’honneur, monsieur Oumma ?
    Même si enfin je demeure sans illusion sur le poids de ma présence au sein du Conseil Européen sur les Relations Extérieures, je suis très honoré d’être associé à ses travaux et d’y côtoyer de…

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