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Syrie: Une opposition en perte de vitesse


La multiplication des vidéos attestant d’exactions des forces rebelles pèse lourdement sur l’opposition syrienne, dont les appels à une intervention armée internationale de protection des civils ou au minimum à des livraisons d’armes– sont de moins en moins entendus. A l’évidence, la Coalition nationale syrienne (CNS), mise sur pied à Doha en novembre 2012, n’est pas parvenue à fédérer les groupes armés sous la tutelle de l’Armée syrienne libre (ASL) et de son chef d’état-major, Salim Idriss. Au contraire, la moitié des groupes actifs sur le terrain est hors de l’ASL.

Il s’agit essentiellement du Front Al-Nosra, qui a prêté dernièrement allégeance à Al-Qaida, au grand dam des autres forces rebelles, du Front islamique syrien (Ahrar Al-Cham). Quant au Front islamique de libération de la Syrie, qui regroupe une vingtaine de grandes factions (dont les brigades Al-Farouk, Liwa Al-Tawhid, Liwa Al-Islam), il ne reconnaît que formellement l’autorité de l’ASL. La Coalition n’est pas plus parvenue à concentrer toute l’aide humanitaire entre ses mains, ni à instituer une administration efficiente dans des zones libérées. « La Coalition a raté le test de Raqqa », déplore un diplomate en parlant du premier chef-lieu de province libéré par la rébellion.

Raté est un euphémisme: le Front Al-Nosra a organisé, le 14 mai, l’exécution publique de trois officiers alaouites en représailles aux massacres de Baniyas, à 300 km de là. Un acte de barbarie qui a révolté une partie de la population de la ville. Tout comme l’affaire récente du rebelle se livrant à un acte de cannibalisme sur le cadavre d’un soldat gouvernemental dans la région d’Homs a gravement entaché l’image de la rébellion. Peu importe si l’incident est isolé et n’a rien à envier à la cruauté quotidienne du pouvoir depuis plus de deux ans. Au plan politique, la Coalition, à nouveau dominée par les Frères musulmans depuis la démission de son président Moaz Al-Khatib, reste paralysée, minée parles rivalités et les divergences de stratégie.

La nomination d’un « premier ministre », Ghassan Hitto, ne s’est pas traduite par une plus grande efficacité, ni une meilleure visibilité à l’intérieur de la Syrie. Pression diplomatique en baisse La France et le Royaume-Uni, qui plaidaient en mars pour une levée accélérée de l’embargo sur les armes, semblent avoir renoncé à obtenir un consensus sur la question, à l’échéance du conseil européen des 27 et 28 mai. Et Paris ne menace plus de faire cavalier seul sur l’armement des rebelles, préférant se placer dans le sillage américain, nettement plus prudent.

L’annonce d’une conférence internationale, depuis Moscou,par le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le secrétaire d’État américain, John Kerry, consacre une certaine marginalisation de la France, qui avait fait du départ de Bachar Al-Assad une priorité et un préalable à toute solution politique. Même si l’on explique aujourd’hui à Paris avoir été à l’origine de cette initiative née de la rencontre entre MM. Poutine et Hollande, le 28 février à Moscou. Il faut se rendre à l’évidence: il n’y a pas de solution militaire, le régime syrien ne s’est pas effrité et ses alliés défendent ses intérêts pied à pied.

L’isolement de Damas semble même reculer: la dernière résolution – non contraignante – de l’Assemblée générale de l’ONU condamnant le régime a été adoptée avec nettement moins de voix que celle en 2012. La dynamique n’est plus du côté des rebelles. Au contraire, Damas teste régulièrement, par des provocations calculées – sur les armes chimiques mais aussi par des attentats en Turquie –, sa marge de manœuvre. Après près de 100000morts, Bachar Al-Assad peut aujourd’hui se permettre de déclarer, comme il l’a fait samedi au journal argentin Clarin: « Démissionner, c’est fuir », renvoyant la question de son avenir à l’élection présidentielle prévue en 2014.

Christophe Ayad

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Un commentaire sur “Syrie: Une opposition en perte de vitesse

  1. Armer les rebelles c’est de la pure folie. L’erreur a été déjà commise par sarko en armant les rebelles Libyens et, regrettable de le dire, ces même armes ont été transférées ailleurs , au Mali, pour tuer nos forces du contingent Français.
    N’oublions pas que la Syrie c’est le pays d’à-côté et , ces mêmes armes , dans le cas de livraison aux rebelles, risquent de se retrouver utilisées contre les pays d’Europe. Le terrorisme n’a pas de frontières et nous aurions donné aux cannibales Syriens , le bâton pour nous faire bâttre.

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