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Tunisie: un nouveau vivier de djihadistes


De plus en plus de jeunes Tunisiens rejoignent les rangs des combattants fondamentalistes en Syrie ou au Mali. Le gouvernement craint leur retour au pays…

Sur la principale avenue de la capitale tunisienne, deux jeunes vendent à la criée des tee-shirts portant l’inscription “Le djihad n’est pas un crime”. Aux abords des traditionnels défilés de la Journée des martyrs [le 9 avril], on aperçoit de jeunes enfants équipés comme des combattants religieux intégristes : le front ceint d’un bandeau sur lequel sont inscrits des slogans islamiques et une arme automatique – en plastique – à la main. “Dans l’islam, le djihad est un devoir”, commente Marwan, 15 ans, l’un des deux vendeurs.

“Le Prophète a dit que si l’on touchait la moindre parcelle de la terre des musulmans, il faudrait ouvrir les portes du djihad.” Ce matin là, le garçon a déjà vendu 20 tee-shirts à 20 dinars [9,50 euros] la pièce. L’actuel gouvernement, issu des urnes [scrutin du 23 octobre 2011] et dirigé par des islamistes, cherche à endiguer le flux de jeunes religieux allant combattre en Syrie et rejoindre des réseaux extrémistes d’Afrique du Nord.

Mais il doit lutter contre le sentiment populaire que le djihad, défini comme une “guerre juste”, est une action héroïque et sacrée lorsqu’il est mené dans des pays comme la Syrie et le Mali. “Mon ami Wejdi, qui vivait près d’ici, est allé en Syrie il y a quatre mois. Il a 18 ans, raconte Marwan. Je pense que c’est vraiment une chance pour lui car c’est un grand privilège de mourir en martyr.” Ceux qui meurent dans une guerre sainte sont bénis et leur corps ne pourrit pas, explique-t-il.

Depuis que l’ancien président, autoritaire mais partisan de la laïcité, a été renversé par un soulèvement populaire, il y a deux ans, on entend couramment ce genre d’opinion. La loi anti-terroriste de 2003, qui, selon l’association Human Rights Watch, a donné lieu à plus d’un millier de poursuites judiciaires à cause de sa définition “trop large” du terrorisme, n’a pas été appliquée aussi rigoureusement et beaucoup de personnes arrêtées ont été remises en liberté. Cependant, en dehors des islamistes modérés, le nouveau gouvernement a relâché des religieux intégristes et d’anciens combattants radicaux.

Le plus connu d’entre eux, Seifallah ben Hassine, alias Abou Iyad Al-Tounsi, a combattu en Afghanistan et participé à la fondation du Groupe combattant tunisien, inscrit en 2002 sur la liste des organisations terroristes de l’ONU. Aujourd’hui à la tête du groupe extrémiste Ansar Al-Charia [Les défenseurs de la charia], il n’a toujours pas été arrêté bien qu’il soit recherché pour son rôle dans l’attaque contre l’ambassade des Etats-Unis à Tunis, le 14 septembre 2012. Un martyre glorieux. Depuis que ces extrémistes peuvent agir plus librement, le discours tenu par les imams et les enseignants dans les mosquées a pris un ton plus radical. Un imam qui souhaite conserver l’anonymat nous a expliqué que, même si le concept du djihad peut revêtir différentes formes, la plus prestigieuse est la lutte menée dans le cadre d’une guerre.

“C’est le niveau le plus élevé du djihad, nous a-t-il dit, et tous les prophètes l’ont atteint.” En Syrie, les forces du président Bachar El-Assad, dont le noyau est constitué par les alaouites [branche du chiisme], ont combattu pendant près de deux ans une rébellion majoritairement sunnite et de plus en plus fondamentaliste. Ce régime, a souligné l’imam, “est bien connu pour ne pas avoir de religion : le président tient lieu de Dieu et son régime n’est pas pacifique ; c’est un régime qui combat et tue son propre peuple et ses crimes se déroulent sous nos yeux.” Selon lui, les Syriens sont contraints de lutter contre les forces du président Assad et “c’est une obligation pour la communauté islamique de combattre ce régime et de ne pas abandonner ses frères”.

Comme il est toujours illégal de prôner la violence en Tunisie, l’imam a cessé d’instruire les jeunes qui lui demandaient des conseils pour aller se battre en Syrie, mais il ne va pas jusqu’à les décourager. Selon les informations fournies par le leader de l’opposition syrien Moaz Al-Khatib au président tunisien Moncef Marzouki en mars dernier, lors d’une rencontre au Qatar, à ce jour, plusieurs centaines de Tunisiens ont pris le chemin de la Syrie pour participer aux combats.

Des Tunisiens sont également impliqués dans des attentats islamistes commis dans des pays d’Afrique du Nord. Ainsi, ils représentaient plus du tiers des assaillants qui ont pris le site gazier d’In Amenas, en Algérie, au début de l’année, opération au cours de laquelle 39 otages ont été exécutés. Un rapport publié récemment par l’ONU détaille les livraisons d’armes qui passent de Libye en Algérie via le sud de la Tunisie. Et, selon des habitants interviewés au Mali, les groupes islamistes qui ont pris le contrôle du nord du pays en 2012 incluaient des Tunisiens. Le gouvernement tunisien a pris un certain nombre de mesures pour empêcher ces jeunes d’aller combattre à l’étranger.

Ainsi, l’agence de presse officielle a indiqué début avril que le poste de Ras Jedir, à la frontière avec la Libye, avait été fermé aux hommes de moins de 35 ans qui n’avaient pas de relations commerciales ou autres avec ce pays. Cependant, en mars dernier, le Premier ministre, Ali Larayedh, a déclaré qu’il n’y avait guère de moyens d’empêcher les jeunes d’aller se battre à l’étranger. Etant donné que des gens se rendent en Turquie, en Libye et dans d’autres pays en usant de prétextes, “il est impossible de les empêcher de quitter le pays, comme dans toute démocratie”, sans avoir de renseignements précis sur leurs déplacements.

Selon lui, la situation présente “des dangers”, en particulier en raison de “l’impact qu’elle aura sur l’avenir une fois que la crise et les souffrances que subissent nos frères syriens auront pris fin”. Certains analystes craignent que des Tunisiens ayant combattu en Syrie ou ailleurs reviennent au pays et, forts de leur nouvelle influence, appellent à la violence. C’est précisément dans ce but que certains jeunes partent, observe Saïd El-Djaziri, enseignant religieux et leader du parti islamiste Al-Rahma.

“Beaucoup de gens d’ici ont perdu espoir mais ils continuent à croire à la guerre”, dit-il. Selon lui, des centaines de milliers de jeunes, ayant peu de qualifications ou de perspectives, sont confrontés à un avenir sombre et peuvent être attirés par l’idée d’un martyre glorieux ou d’une survie honorable. “Ils ont le sentiment de n’avoir aucune valeur, explique-t-il. Ils pensent que, s’ils vont en Syrie, ils pourront peut-être devenir des chefs une fois de retour au pays.” —  Alice Fordham (The National Abou Dhabi)

Un commentaire sur “Tunisie: un nouveau vivier de djihadistes

  1. Et c’est le danger ! La Tunisie va vivre ce que les Algériens ont vécu quand iul s’agissait d’aller combattre l’armée rouge en Afghanistan.Les volontaires Algériens de l’époque , un ramassis de bandits qui rêvaient de porter une tenue militaire avec une arme bien réelle, ceux là ont « ouvert leurs yeux » sur l’Islam Shiite qu’ils voulurent IMPOSER aux Algériens une fois de retour au pays. Il y va sans dire que le Shiisme est à l’opposé du Sunnite , chose que ne pouvait accepter quiconque en Algérie.
    Les Algériens , durant la decennie rouge ont vécu l’enfer , et le comble, ces brigands tuaient sans lésiner et sans sourciller leur propres frères et soeurs AU NOM DE L’ISLAM.
    La suite est connue puisque 200.000 morts seront comptabilisés suite à cette sauvagerie où Hitler comparé à eux , n’est qu’un enfant de Choeur !

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