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Walid Hasni: Eloge de l’innovation et du partage


walidEloge de l’innovation et du partage

Détruire l’existant pour le remplacer par du neuf. La notion de croissance est centrale dans le capitalisme, elle est indissociable de l’innovation. L’innovation est un bouleversement qui a une incidence directe sur la croissance économique. Les « innovations majeures » sont génératrices de Révolutions Industrielles, et au-delà, de transformations sociales profondes.

Walid Hasni: Economiste

Eloge de l’innovation et du partage

Walid HASNI

Paris le 03-03-2013

L’innovation

Détruire l’existant pour le remplacer par du neuf. La notion de croissance est centrale dans le capitalisme, elle est indissociable de l’innovation. L’innovation est un bouleversement qui a une incidence directe sur la croissance économique. Les « innovations majeures » sont génératrices de Révolutions Industrielles, et au-delà, de transformations sociales profondes.

Cependant, une innovation peut générer aussi un chômage. Ce chômage s’appelle « le chômage technologique »; ce sont les emplois perdus à cause de la révolution industrielle induite par l’innovation (les emplois détruits chez Nokia suite au lancement de l’IPhone). Créer tout en détruisant. Telle est la « logique » même de l’innovation.

Refuser l’innovation et le progrès technique c’est refuser la croissance et la richesse puisque sans innovation, pas de croissance. Et pour ainsi dire pas de croissance sans chômage !!!!! Oui absolument …. Dans un monde capitaliste il n’y a pas de croissance sans chômage !

Les chômeurs dont les emplois ont été détruits par l’innovation ne sont absolument pas responsables de ce qui leur arrive: « Mais c’est la faute à qui, ce chômage-là ? », la réponse est d’une simplicité biblique : le capitalisme et donc tout le monde est responsable. La croissance capitaliste est pour le moins génératrice de chômage technologique..

On est ici face à la froide « logique » économique (pas de morale en économie) qui nous impose cette conclusion effarante …. La société fait de son mieux et c’est bien dommage que le résultat soit très déplaisant pour certains ! Faut-il accepter cette logique !!!!! Bien sûr que non.

Il est dans la nature profonde des choses, que les gagnants viennent en aide aux « perdants », et Ce n’est pas une question de morale ou de bon sentiment, c’est une question de logique économique ….

Le chômage, c’est avant tout un drame pour des millions de personnes : prétendre l’éradiquer dans un monde capitaliste c’est un non-sens…. Mais accompagner les chômeurs, les former, leur verser un revenue digne, leurs permettre l’accès aux soins … est dans les cordes du capitalisme …. Un capitalisme à visage humain….. Un capitalisme régulé par l’Etat… un capitalisme où les gagnants assistent les perdants …..

Le partage

Sous l’ancien régime, la croissance moyenne était de 5%. Ce taux de croissance n’a pas permis d’absorber le flux de nouveaux diplômés qui arrivent chaque année sur le marché de travail. En d’autres termes, le nombre d’emplois créés par une croissance de 5% n’a pas permis d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché de travail, d’où l’aggravation continue du taux de chômage, la décadence sociale qui ont fait vaciller l’ancien système et causer sa perte.

La question qu’on pourrait se poser légitimement est la suivante : pourquoi avec un taux de croissance de 5%, le taux de chômage n’a pas reculé (dans les pays développés, à partir de 1,5% de croissance, on commence à créer des emplois).

La réponse est évidente : cette croissance est accaparée par 5% de la population ; la population la plus aisée, la bourgeoisie tunisienne. Le fruit de la croissance n’est pas équitablement réparti. Cette déformation du partage des richesses créées par la sueur des travailleurs a (i) enfoncé dans la misère la classe moyenne tunisienne, détruisant de fait le pilier de la consommation. (ii) Elle a aussi alimenté une bulle immobilière, dont l’explosion sonnera le glas de l’économie nationale.

La deuxième question légitime est la suivante : est-ce que le gouvernement actuel a changé de politiques économiques ? 

La réponse est évidente : NON. Pire encore, nous avons les mêmes politiques économiques avec un taux de croissance beaucoup plus bas (3,3% pour cette année, à en croire les institutions). Aucune taxe sur le patrimoine accumulé, aucune réforme fiscale qui instaurerait une imposition progressive sur le revenu. Aucune taxation supplémentaire du capital. Bref, aucune réforme de fonds. Il y a quand même une différence notable qu’il convient de noter. Sous l’ancien régime -que nous vomissons, ce rappel est utile- aucun ministre n’a osé proposer la cueillette des olives ou l’immigration vers la Libye comme panacée pour le chômage. Là, ça devient de la physiatrie lourde!

Le monde passe par une crise économique profonde, la Tunisie n’y échappera pas. Nous aurons du mal à retrouver un taux de croissance de 5%. Nous devrions instaurer une répartition des richesses plus équitables en instaurant des taxes sur les grandes fortunes, des taxes sur le patrimoine, et un impôt plus progressif. Par ailleurs, dans l’état actuel d’instabilité financière, le gouvernement doit consolider ses ressources et limiter son endettement.

Le plein emploi n’est pas pour demain. À ce propos les hommes politiques qui prétendront pouvoir éradiquer le chômage sont de deux choses l’une, soit des menteurs assoiffés de pouvoir soit, ils sont assis sur une ignorance crasse de la réalité économique de leur pays. Le taux de chômage cible de la Tunisie à moyen terme serait dans les hypothèses les plus optimistes –quasi-chimériques- serait de 10%.

En guise de conclusion

La complexité de la politique, de l’économique est telle qu’il faudrait être totalement illuminé pour prétendre être capable de cerner tout ce qui se passe et qu’il faudrait avoir l’âme d’un pour imaginer être capable de tout contrôler. Nous sommes dans l’obligation de raisonner par abstraction ne serait-ce que pour comprendre les causes des problèmes et, éventuellement, proposer des solutions.

Nous avons une réalité statistique qui montre une déformation du partage des richesses au profit des plus riches. Nous avons une réalité sociale qui montre une érosion abyssale du pouvoir d’achat de la classe moyenne. Nous avons une autre réalité plus choquante, qui montre que la majorité de la classe bourgeoise échappe à l’effort de solidarité nationale, et ne paye pas ses impôts. Je m’interroge à partir de ces observations sur la pertinence de notre modèle développement qui a montré ses limites. Je propose un rééquilibrage des partages des richesses afin d’agir sur le levier de consommation et des mesures coercitives pour lutter contre la fraude fiscale.

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