Poster un commentaire

La France et les Frères Musulmans : aux origines d’une incompréhension


BANNALa France et les Frères Musulmans : aux origines d’une incompréhension

Les quinze dernières années ont vu fleurir des productions littéraires de tout genre autour du mouvement des Frères Musulmans. L’actualité récente, avec le Printemps Arabe, a une nouvelle fois permis de faire ressortir tout le lot d’amalgames, de confusions des genres et des mots, de déclarations loufoques émises par certains de nos politiciens et talentueux penseurs.

Mercredi 13 Février 2013

Nicolas Lalande

La France et les Frères Musulmans : aux origines d’une incompréhension

 

Les quinze dernières années ont vu fleurir des productions littéraires de tout genre autour du mouvement des Frères Musulmans. L’actualité récente, avec le Printemps Arabe, a une nouvelle fois permis de faire ressortir tout le lot d’amalgames, de confusions des genres et des mots, de déclarations loufoques émises par certains de nos politiciens et talentueux penseurs.

Cet essai basé, sur des sources historiques et archivistiques sûres, tente de revenir aux origines de cette incompréhension, et de comprendre comment cette fantasmagorie autour du mouvement des Frères Musulmans a pris naissance et s’est développée immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale.

 

Durant l’entre-deux guerres, la France est présente au Moyen-Orient par le truchement de ses mandats sur la Syrie et le Liban. Dans ces pays, les responsables français vont chercher à détenir les pouvoirs effectifs tout en maintenant une façade de gouvernements indigènes. Ils vont s’appuyer sur les minorités ethniques et religieuses pour contrer les tentations nationalistes dont ils redoutent la contagion à l’ensemble de leurs possessions. Cette stratégie a également pour objectif de contrer les ambitions hégémoniques britanniques avec qui ils sont engagés dans une lutte d’influence sur toute la région. La constitution des Etats irakiens et jordaniens sous l’impulsion des anglais, à la fin des années 20, ne fait que raviver la crainte d’une alliance entre les nationalistes arabes et la Grande-Bretagne pour évincer la France du Moyen-Orient.

 

L’Egypte est un autre grand théâtre de cette lutte politique entre les deux puissances européennes. Placé sous protectorat britannique en 1914, ce pays est depuis longtemps une terre d’influence pour la France. Les récents travaux réalisés par Samir Saul et Delphine Gérard-Plasmans montrent l’importance du facteur égyptien dans le dispositif géopolitique français. L’Entente Cordiale signée en 1904 entre la France et l’Angleterre met fin aux ambitions impérialistes des dirigeants français sur ce territoire. Toutefois, elle ne les fait pas renoncer à d’autres formes de présence. Dans le champ des forces économiques et financières tout d’abord, l’implantation française en Egypte est considérable. Les capitaux français sont majoritaires dans la dette égyptienne et dans le secteur privé. Cette influence économique se double d’une influence culturelle et intellectuelle qui s’appuie essentiellement sur les réseaux scolaires et les institutions charitables. Développer la pratique de la langue française à travers les écoles et la diffuser au sein de l’ensemble de la société égyptienne, est le meilleur moyen, selon les responsables diplomatiques français, de faire face aux deux défis majeurs de l’époque dans la région : tout d’abord, le maintien de cette forme de présence, dans ce pays qui, à partir de son indépendance en 1936, accède un véritable statut de puissance régionale, permettait à la France de faire bonne figure face à son rival britannique. Ensuite, l’émergence d’une Egypte devenant progressivement le poumon du nationalisme arabe, obligeait la France à utiliser tous les ressorts de son influence culturelle afin d’éviter une contamination possible de l’Afrique du Nord par ses nouveaux idéaux .

 

La création en 1928 de l’Association des Frères Musulmans, puis son rapide essor au cours des années 30-40 va introduire une nouvelle donne remettant en cause cette politique. En effet, considérée à ses débuts comme une simple confrérie soufie visant à réanimer une certaine spiritualité dans une société aux mœurs de plus en plus occidentalisée, l’organisation dévoile peu à peu ses véritables desseins : a travers une interprétation novatrice des textes scripturaires islamiques, son fondateur, Hassan El Banna, se donnait comme objectif de remobiliser l’individu, la société et l’ensemble du monde musulman autour des principes moraux fondateurs de l’Islam . A travers l’action de terrain, sociale et caritative, la prédication directe, les buts de l’organisation, à moyen et long terme, sont donc politiques : redonner vie à un Etat islamique et également au Califat. Les Frères Musulmans s’inscrivent donc dans la lignée des mouvements panislamiques faisant de l’Islam un programme politique ciment constructeur et défensif face aux puissances coloniales de l’époque . Ce qui les différencie toutefois de leurs prédécesseurs est bel et bien le succès que leurs idées remportent auprès de la population. En l’espace de quelques années, l’Association tisse sa toile de sections sur tout le territoire égyptien et construit un véritable modèle d’organisation pyramidale mettant à sa tête le mourchid, le Guide Suprême, en l’occurrence Hassan El Banna . La plupart des sources mettent en avant le chiffre de 1 million de membres vers 1945 en Egypte, et prequ’autant dans les pays avoisinants . Les raisons de ce succès tiennent essentiellement au contenu du discours en rupture avec le traditionalisme d’Al-Azhar et le laïcisme de plus en plus répandu des partis politiques ; un discours qui fait écho au sentiment d’exaspération de la population face à l’occidentalisation qui est à l’œuvre dans ce pays . Pour la première fois, il existe une organisation religieuse qui revendique la conquête du pouvoir, non au nom du nationalisme arabe, mais bel et bien dans le but de créer un Etat islamique . Ainsi, L’Egypte de l’entre-deux guerre, devient le laboratoire de l’islamisme en tant que doctrine et organisation .

 

Cet ouvrage, distribué sous format ebook sur Amazon apporte quelques éclairages nouveaux sur la façon dont le regard français sur ce mouvement s’est peu à peu façonné. Grâce à de nombreux documents d’archives, il retrace de quelle manière les remous suscités par les succès des Frères Musulmans en Egypte et dans les pays voisins, vont peu à peu atteindre la France au niveau de sa politique régionale mais surtout coloniale. Il revient ensuite sur le processus de construction d’un imaginaire autour de cette confrérie qui, à la fin des années 40, est en mesure de prendre les reines du pouvoir, et le confronte à la réalité des textes et des discours des dirigeants de cette dernière. Cet essai entend enfin, en se basant sur des sources peu utilisées, introduire des éléments nouveaux permettant d’affiner notre compréhension sur la genèse de l’islamisme mais également de ses rapports avec l’Occident qui, depuis ses origines jusqu’à nos jours a conservé bon nombre de ses traits. Les récentes déclarations de nos politiciens et illustres ministres au sujet des événements en Tunisie sont bien la preuve que bien de choses ont changé de ce point de vue depuis 60 ans.

Ce livre est disponible sur Amazon

 

Mercredi 13 Février 2013

Nicolas Lalande

http://www.elkalam.com/La-France-et-les-Freres-Musulmans-aux-origines-d-une-incomprehension_a124.html/

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :