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Mezri Haddad : « Ghannouchi est un homme qui transpire la vengeance et honnit la démocratie »


Paris – Voici la suite en exclusivité l’interview de Mezri Haddad au jouranal Tunis Tribune, l’ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco qui avait démissionné le lendemain de son interview sur BFM TV. Il s’inquiète aujourd’hui de l’évolution que vit le pays au profit des islamistes d’Ennahda et des courants extrémistes salafistes.

Vous qui connaissez si bien les 2 présidents Moncef Marzouki et Moustapha Ben Jaafar, comment expliquez-vous cette compromission ou alliance avec le parti Ennahda ? Est-ce la soif du pouvoir ?

Non, c’est plutôt l’obsession pathologique du pouvoir. Vous devez d’abord savoir que l’alliance avec les islamistes remonte déjà à quelques années. Il n’y a d’ailleurs pas que Marzouki et Ben Jaafar à avoir signé un pacte d’alliance avec la secte ghannouchienne. Il y a aussi Hamma Hammami, Ahmed-Néjib Chebbi et bien d’autres figures emblématiques de l’opposition « progressiste ». Entre 1998 et 2010, beaucoup ont choisi ce genre d’alliance contre le régime. C’est pour cette raison d’ailleurs que j’ai quitté l’opposition pour me rallier à l’Etat tunisien, sans regret. Ce que beaucoup ignorent par contre, c’est que dans cette bousculade au guichet d’Ennahda, Moncef Marzouki devait se distinguer par un acte d’allégeance à Ghannouchi. J’affirme, en effet, que le CPR est une création ex-nihilo d’Ennahda et que Marzouki est un membre secret de la secte ghannouchienne. C‘est pour cette raison que des islamistes lui ont donné leurs voix au moment de la mascarade électorale du 23 octobre et que Ghannouchi l’a choisi comme président.

Ne pensez-vous pas qu’ils risquent de se faire avaler par les islamistes ?

Ils sont déjà dans le ventre du boa qui est entrain de les digérer progressivement. Ils font semblant de conserver leurs spécificités idéologiques et leurs indépendances, mais tout le monde sait qu’ils sont aux ordres des islamistes, lesquels sont aux ordres du Qatar, qui est lui-même l’agent traitant des Etats-Unis d’Amérique dont les stratèges travaillent au morcellement du monde arabe. J’avais parlé dans mon dernier livre de Sykes-Picot et j’ai été ravi de lire il y a quelques jours Mohamed Hassanine Heykel employer exactement le même terme pour qualifier le « printemps arabe » auquel il avait cru tout au début. Ce « printemps arabe » n’a pas commencé en Tunisie, mais en Irak dès 2003.

La troïka au pouvoir serait-elle capable de dérailler et de basculer vers une nouvelle dictature ?

C’est déjà fait. Ceux qui croient encore que l’islamisme dit «modéré » travaille à la consécration de la démocratie en Tunisie se trompent lourdement. Ghannouchi, dont je connais bien le fond de la pensée pour l’avoir bien connu, est un homme qui transpire la vengeance et honnit la démocratie. Les idiots utiles qui ont choisi l’alliance avec Ennahda en seront les premières victimes, comme autrefois le Toudeh et les Moujahidines en Iran.

Paris : 1994 Mezri Haddad (à gauche) avec Moncef Marzouki, qui venait de se présenter aux élections présidentielles, contre Ben Ali

Paris : 1994 Mezri Haddad (à gauche) avec Moncef Marzouki, qui venait de se présenter aux élections présidentielles, contre Ben Ali

Comment voyez-vous l’avenir de la Tunisie dans les années qui viennent ?

Je le vois sombre et probablement sanglant. Dans tous les cas de figures, la Tunisie ne ressemblera plus jamais à ce qu’elle fut jadis et naguère. Le plus dur à reconstruire, ce n’est pas une économie aujourd’hui sinistrée, ou une sécurité dont les honnêtes gens payent depuis le 14 janvier l’absence. Les islamistes sont des capitalistes qui admirent le Veau d’or et qui savent rétablir l’ordre par la force des armes s’il le faut. Le plus dur à rétablir, c’est cette sociabilité et civilité qui caractérisaient la société tunisienne. Avec tous les bandits, les terroristes et les malades mentaux libérés de prison ou rentrés d’exil, le risque d’une libanisation en Tunisie est bien réel. Election ou pas, les islamistes ne lâcheront plus jamais le pouvoir. Verra qui vivra !

Kamel Eltaief, ce parvenu fréquentait l’ambassade des États-Unis à Tunis et faisait parvenir aux services américains des secrets d’État

Le poste d’ambassadeur de Tunisie en France a toujours été attribué sans réelle étude. Pour vous, quel est pour vous le meilleur profil pour bien servir les intérêts du pays ?

Ce que vous dites n’est pas tout à fait exact. A l’époque de Bourguiba, la Tunisie a eu en France de très grands ambassadeurs, comme Mohamed Masmoudi ou Hédi Mabrouk, que les nouvelles générations ne connaissent pas. Idem à l’époque de Ben Ali ; il y a eu Moncer Rouissi, un universitaire, Faïza Kéfi, une haute compétence de l’Administration tunisienne, ainsi que Raouf Najar, un brillant avocat. C’était une autre époque et une autre génération. Pour l’époque accablante que nous vivons, le meilleur profil du prochain ambassadeur serait celui d’une femme voilée ou d’un homme barbu, à l’image de la nouvelle Tunisie !

Votre avis sur le rôle de Béji Caïd Essebsi dans la période de transition. Pensez-vous qu’il a bien rempli sa mission ?

Je le pensais et j’ai même tenu à son sujet des propos très élogieux dans mon dernier livre. A l’aune des informations que j’ai pu obtenir après son départ du premier ministère, je peux vous dire qu’il a joué un rôle pernicieux, pas seulement dans le jeu politique tunisien mais aussi dans la destruction de la Libye. L’Histoire sera impitoyable avec cet ancien apparatchik du pouvoir, sous Bourguiba et sous Ben Ali.

Beji Caïed Essebsi avec Kamel Jendoubi, ont fermé les yeux sur le financement occulte des partis politiques, donnant ainsi à Ennahda un avantage considérable sur les autres partis en compétition électorale. Le moins qu’ils pouvaient faire était la réactivation de la loi sur le financement des partis.

S’il a commis des erreurs, lesquelles selon vous ?

La faute morale et politique majeure est selon moi sa synergie totale avec les islamistes, jusqu’à ce qu’il comprenne que le poste de président, les islamiste l’ont promis à l’un des leurs, Moncef Marzouki. Béji Caïd Essebsi a fait toutes les concessions aux islamistes pour mériter la résidence intérimaire. En complicité avec Kamel Jendoubi, il a fermé les yeux sur le financement occulte des partis politiques, donnant ainsi à Ennahda un avantage considérable sur les autres partis en compétition électorale. Le moins qu’il pouvait faire était la réactivation de la loi sur le financement des partis. Il ne l’a pas fait en sachant pertinemment que le robinet qatari coulait à flot sur Ennahda. Il se positionne aujourd’hui comme un rassembleur et un sauveur. Je pense qu’il devrait tirer sa révérence et laisser les véritables patriotes mener la bataille du modernisme contre l’obscurantisme, celle des nationalistes contre les collabos.

Je sais que Bourguiba ne tenait pas en grande estime Beji Caïd Essebsi, contrairement au récit légendaire que ce dernier a fait dans son livre de mémoire. Il ne doit sa carrière et sa longévité politique qu’à Wassila Ben Ammar, sa protectrice au nom de la solidarité tunisoise. D’où d’ailleurs ses relations intimes avec l’un de ses sponsors et fidèle zélote, Tarek Ben Ammar

Il est très actif ces derniers temps, on l’a vu à Paris et surtout à Doha au Qatar. Certain le compare au leader Bourguiba et pensent qu’il est le seul capable à rivaliser avec les islamistes. Qu’en pensez-vous ?

Lire suite de l’interview

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3 commentaires sur “Mezri Haddad : « Ghannouchi est un homme qui transpire la vengeance et honnit la démocratie »

  1. ce que je souhaite du fond du coeur , c’est que les esprits se refroidissent dans l’esprit Arabo-Musulman qui nous anime et , surtout ( mille fois surtout !!!) de vous éloigner le plus loin possible des Qataris qui sont devenus la peste du monde Arabe.
    Ils sont à l’origine de cette désintégration du monde Arabe c’est à dire qu’ils sont entrain de défaire ce qui a été minutieusement tissé par les ténors qui nous ont fait vivre des moments de dignité .
    La dignité Arabe est partie avec eux…j’espère – du fond du coeur – m’être trompé.
    Dites le moi ou corrigez moi , je vous prie.

    • quels « tenors » nous ont fait vivre des moments de dignités ? Il faut se reveiler !!! Les masses arabes se sont levées une nouvelle fois justement car elles ne se sentaient plus digne ! Bourguiba a nié notre culture.

      Le seul qui a fait quelque chose pour son pays et pour « la dignité arabe » comme tu dis est : Nasser. Il s’est réapproprié les richesses de l’Egypte pour les Egyptiens.

      Personne d’autre, tous des vendus, des voleurs et des pas fiers.

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