5 Commentaires

Oumeima Selma Krichen: Damas vue par une Tunisienne


dams ahm

Notre amie Oumeima Selma KRICHEN(sur la photo, 2ème à partir de la droite), membre de la délégation tunisienne de suivi des élections législatives Syriennes de Mai 2012 et auteure de cet article, vient de donner au monde une fille pour laquelle elle a choisi ce nom féerique de Sham. Bienvenue à Sham en ce moment précis où la Syrie résistante vole de victoire en victoire et toutes nos félicitations à la mère et à la grand-mère Neila Rhaiem(3ème à partir de la gauche).

Damas vue par une Tunisienne

Par Oumeima Selma KRICHEN

Une Tunisienne à Damas

Puisqu’on doit mourir un jour ou l’autre, autant mourir à Damas. C’est ce que j’ai pensé quand on m’a proposé de faire partie d’une délégation de journalistes et d’activistes tunisiens invités par le gouvernement syrien à l’occasion des élections législatives qui devaient avoir lieu le 7 mai dernier. Car, depuis quinze mois, quand on est syrien, on quitte les siens le matin sans être sûr de les revoir.

A peine arrivée à Damas, on me souhaite la bienvenue dans MON pays, la Syrie! Ce n’est que plus tard que j’ai compris que ce n’était pas que de simples mots.

Damas vue par une Tunisienne

Par Oumeima Selma KRICHEN

Une Tunisienne à Damas

Puisqu’on doit mourir un jour ou l’autre, autant mourir à Damas. C’est ce que j’ai pensé quand on m’a proposé de faire partie d’une délégation de journalistes et d’activistes tunisiens invités par le gouvernement syrien à l’occasion des élections législatives qui devaient avoir lieu le 7 mai dernier. Car, depuis quinze mois, quand on est syrien, on quitte les siens le matin sans être sûr de les revoir.

A peine arrivée à Damas, on me souhaite la bienvenue dans MON pays, la Syrie! Ce n’est que plus tard que j’ai compris que ce n’était pas que de simples mots.

Damas vue du Jebel Qassiûn

Damas

Damas est une ville où le climat est particulièrement agréable. C’est une mégapole aux avenues larges, aux places gigantesques et aux innombrables parcs et jardins. Mais Damas c’est aussi la plus ancienne ville continuellement habitée, c’est cet endroit du monde qui a vu la naissance des civilisations il y a quelques 10 000 ans. En somme, ce voyage a aussi été, pour nous tous, un retour aux sources.

La vieille ville arabe, qui se situe sur la rive sud du fleuve Barada, est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle regorge de monuments historiques, dont l’incomparable Grande mosquée des Omeyades.

Le dimanche, la mosquée des Omeyades accueille des familles entières. Les enfants gambadent à souhait dans sa vaste cour.

Un groupe de petites filles rencontrées à la mo

Un autre bienheureux.

Un peuple fier et généreux

Damas ce n’est pas qu’une histoire et une architecture exceptionnelles, c’est aussi une ville où il fait bon vivre. En effet, malgré la situation particulière en raison des attaques menées contre la Syrie, nous sommes frappés par la courtoisie, le calme et la discipline qui caractérisent le comportement des gens.

Ambiance festive dans la vieille ville jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Les Syriens sont naturellement accueillants et il n’est pas rare d’être invité ou de se voir offrir un thé par des commerçants ou des passants.
La culture de la résistance est bien ancrée dans la société syrienne : les Damascènes refusent de se laisser vaincre par la peur. La nuit, comme toujours, les endroits publics regorgent de familles.
Tout au long de notre séjour, nous avons eu l’occasion de parler avec des commerçants, des chauffeurs de taxi… et nous avons été étonnés par leur clairvoyance politique. En effet, ils ne sont pas dupes de la propagande occidentale.

A Damas, les inscriptions telles que « Al Jazeera », « Al Saoud » et « dar Al Arôour » ornent les poubelles publiques.

Malgré les difficultés engendrées par les différentes mesures économiques punitives imposées à la Syrie par l’Occident,  le drapeau palestinien continue de flotter un peu partout comme pour affirmer que la Syrie ne compte pas changer sa ligne politique et que la Palestine reste une priorité.

Les gens continuent à travailler et les commerces à ouvrir jusqu’à tard le soir.

Les marchés nocturnes de Damas.

Les élections
Le lundi 7 mai dernier, les Syriens ont voté pour élire leurs représentants au Parlement.
Les élections ont été supervisées par un comité de juristes indépendants et couvertes par plus de 200 médias arabes et étrangers, outre plus de 100 intellectuels et législateurs venus de pays étrangers.

Les bureaux de vote sont restés ouverts de 7h à 22h.

Soudain deux explosions !

Nous sommes le 10 mai et il est 7h45 du matin. Des terroristes font exploser deux voitures sur la voie rapide du sud, dans le secteur de Qazzaz. Les deux explosions frappent une zone peuplée et surviennent à une heure où les gens se rendent à leur travail et les élèves à l’école. Cette opération terroriste fait 55 morts et 372 blessés. Nous sommes à l’hôtel et tout le monde regarde les infos à la télé. Les images défilent en boucle montrant des corps carbonisés à bord de dizaines de carcasses de véhicules encore fumantes.

La fumée des deux explosions était visible à plusieurs kilomètres et après plusieurs heures.

Des attentats terroristes il y en avait déjà eu à Damas, mais nous étions loin et les Damascènes avec leur discrétion nous les avaient presque fait oublier.  Maintenant nous étions parmi eux et nous ressentions leur douleur et leur colère. A partir de ce jour, nous fûmes incapables de nous promener dans les rues avec insouciance. Cinq jeunes étudiants qui habitaient le quartier où nous résidions avaient péri durant le double attentat, alors qu’ils se rendaient à la faculté.

Immense drapeau Syrien flottant sur la ville.

Un peu de mon sang pour expier la faute de ceux qui ont fait couler le vôtre !

Après l’attentat, je décidai de faire don d’un peu de mon sang. Je savais que des Tunisiens étaient responsables de la mort de Syriens et que le gouvernement tunisien continuait à soutenir le camp des ennemis de la Syrie. Et donc mon sentiment de culpabilité envers la Syrie et les Syriens n’était pas étranger à cette décision. Quelle ne fut ma surprise quand j’appris que le don de sang était obligatoire en Syrie (ailleurs les gens vendent leur sang ou l’offrent en échange d’un repas).  Le centre de transfusion sanguine dans le quartier de Mezzah était donc plein de jeunes étudiants et je me sentis un peu inutile, malgré l’accueil chaleureux auquel j’eus droit, encore une fois, en révélant ma nationalité.

Nous quittons la Syrie
La veille de notre départ, deux jeunes conduisant une moto tirent deux balles sur l’imam chiite de la mosquée de Sayda Roqaya, le cheikh Abbas al-Laham et le tuent.

Le cortège funèbre du cheikh Abbas al-Laham.

Le lendemain, je quitte la Syrie avec le sentiment d’avoir reçu de la part des Syriens un  cadeau inestimable: la certitude que  eux et nous sommes  des   frères et que rien ni personne ne pourra jamais changer cela. Pas même les intégristes de tous bords ; pas même le pire ennemi de tous les peuples et en particulier du nôtre, l’empire états-unien ; pas même les « révolutionnaires » de l’Otan ; pas même l’entité sioniste, bourreau de notre peuple en Palestine.
Je quitte la Syrie avec la certitude d’avoir fait le bon choix : le camp de mon peuple, où qu’il se trouve,  et non celui de ses adversaires.
Je quitte la Syrie plus déterminée que jamais à me battre de toutes mes forces et à utiliser toutes mes ressources, aussi modestes soient-elles, pour faire entendre la voix de tous ses enfants.
Je suis tenaillée par la peur et l’inquiétude, mais je sais que le peuple syrien est fort. Il résistera comme à son habitude. Ce peuple qui a donné sans compter quand nous Irakiens, Libanais, Palestiniens et autres Arabes, avons eu besoin de lui, ne sera jamais seul. Nos sorts sont liés.

L’espoir : à Damas, même les enfants connaissent le sens du mot « résistance » (as’soumoud).

5 commentaires sur “Oumeima Selma Krichen: Damas vue par une Tunisienne

  1. Bonjour, je me suis permis de reproduire cet article sur http://www.transrealisme.org,
    par l’introduction suivante :
    Je pense utile de reproduire l’article ci-dessous, paru sur le site d’ITRI Institut Tunisien des Relations internationales, le premier juin.
    Pour se faire une idée de la réalité des choses, il est toujours bon d’écouter ceux qui ont des visions et avis contraires à la majorité ambiante, et cela, sans prendre parti.
    Nous sommes, à notre époque, fort influencés par les médias ; c’est pourquoi il ne faut surtout pas se limiter aux informations et opinions d’un seul.
    Lorsqu’une majorité grandissante commence à se livrer à la, ou à une, pensée unique, Il faut tirer le signal d’alarme.
    (Je retirerai l’article de mon réseau si les auteurs me le font savoir).
    Pierre Gouverneur

    • Bonjour et merci et d’avoir repris l’article qui est un témoignage vivant et honnête d’une jeune fille qui ne cherche point la gloire mais tout simplement d’apporter sa part de vérité. Vous n’avez pas à retirer l’article, l’auteur est membre de notre réseau et je crois qu’elle ne manquera pas de vous remercier personnellement pour l’avoir repris.
      Bien à vous
      Ahmed Manai

      • Merci pour votre autorisation. Témoignages et pensées sincères devraient pouvoir toujours être diffusés et partagés, sans exclusive, – et le plus largement possible, cela pour approfondir et développer la réflexion de chacun, afin de favoriser l’amélioration des relations.
        Bien à vous,
        Pierre Gouverneur
        http://www.transrealisme.org

  2. Bonjour Mr Gouverneur,
    Je suis l’auteur du petit article « Damas vue par une Tunisienne ». Je vous remercie de l’avoir publié sur votre site. Aucune raison de le retirer, bien au contraire!
    Cordialement
    Oumeima Selma Krichen

  3. qje n’ai aucun doute sur la véracité des propos de ces témoighages sincères et impartiales. C’est malheureux que la plupart des gens ne se rendent pas comptent qu’ils sont victimes d’intox de la part des occidentaux et de leurs alliés saoudiens, qararis, etc… même ici, en Tunisie. Je souhaite aux syriens de reussir à sortir de ce guêpier infâme.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :