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Tunisie : Onze mois après, quel bilan?


Tunisie : Onze mois après, quel bilan?

Un premier point positif et qui n’est pas des moindres : une élection libre et transparente qui a porté une coalition de trois partis au pouvoir.

Cependant, il semble que cette Troïka portée au pouvoir par le peuple ne mesure pas le poids de ses attentes et de son impatience. Le peuple tunisien, qui ne connait pas l’hypocrisie des promesses électorales, a cru à la lettre les programmes fantaisistes de politiciens assoiffés de pouvoir : 150 000 emplois par an pour Ennahdha, 120 000 pour Ettakattol…

par Walid Hasni: Paris 02-12-2011

Tunisie : Onze mois après, quel bilan?

Par Walid Hasni*

Paris le 02-12-2011

Un premier point positif et qui n’est pas des moindres : une élection libre et transparente qui a porté une coalition de trois partis au pouvoir.

Cependant, il semble que cette Troïka portée au pouvoir par le peuple ne mesure pas le poids de ses attentes et de son impatience. Le peuple tunisien, qui ne connait pas l’hypocrisie des promesses électorales, a cru à la lettre les programmes fantaisistes de politiciens assoiffés de pouvoir : 150 000 emplois par an pour Ennahdha, 120 000 pour Ettakattol…

Acceptons l’évident : la situation économique de la Tunisie est catastrophique. Cette situation va s’aggraver encore plus par la crise de la zone euro qui absorbe près de 90% des exportations tunisiennes. Il faudra que nos politiques prennent complètement conscience de cette réalité.

Notre chère Troïka, qui nous a abreuvés de promesses, tergiverse depuis un mois pour former son gouvernement de coalition.

Moncef Marzouki montre de jour en jour qu’il n’a ni l’étoffe du pouvoir ni le sens de la responsabilité. Il continue de se comporter comme un gamin capricieux exigeant des prérogatives de plus en plus larges pour son poste de président. Coutumier des déclarations tonitruantes dans les émissions tape-à-l’œil d’Aljazeera, il semble que Moncef Marzouki se complaise plus dans l’opposition que dans le pouvoir.

Rached Ghannouchi a cherché le pouvoir par tous les moyens depuis trente ans. Quand le peuple l’a porté au pouvoir, il s’est défaussé en envoyant Hammadi Jbali pour être calife à la place du calife. Ennahdha est terrorisée par le pouvoir, Omar Ibn Elkhattab l’était aussi, mais pas pour les mêmes raisons. La principale crainte d’Ennahdha est que son futur bilan, qui sera certainement calamiteux, ne la renvoie, aux oubliettes pendant plusieurs décennies.

Mustapha Ben Jaafar, est quant à lui aux abonnés absents. Il semble qu’il va se contenter de son poste de président de la constituante. Son problème c’est qu’il n’a pas des dents qui rangent le plancher comme ses alliés.

Bref, revenons à l’essentiel, à savoir la situation économique du pays.

Le gouverneur de la Banque Centrale Tunisienne tire la sonnette d’alarme.

–          Baisse drastique des exportations et du tourisme, et donc un effondrement des réserves de devises.

–          Une croissance quasi-nulle qui se traduit par la destruction de dizaines de milliers d’emplois.

Que faut-il faire ?

Tout d’abord arrêter de pointer du doigt les grèves et les sit-in en les désignant comme les principaux responsables de cette situation. Statistiquement 99.9 % des salariés tunisiens sont à leur poste de travail et ce ne sont pas les 1000 grévistes qui sont responsables des maux de la Tunisie.

La Tunisie a souffert et souffre toujours d’un vide politique. On manque d’orientation claire, on manque de cap. Il faut dire la vérité au peuple :

Nous sommes dans une crise économique profonde aggravée par le contexte économique mondial… La sortie de la crise va être longue et douloureuse. Nous devrions mettre l’intérêt national au-dessus des intérêts privés. Un effort de solidarité sans précédent va être demandé aux hauts revenus et une partie de la diaspora résidante à l’étranger, pour assurer une cohésion et une stabilité sociale qui permettra de passer ce cap difficile. 

–          Le taux de chômage cible de la Tunisie à moyen terme (3-5 ans) serait dans les hypothèses les plus optimistes de 15%. Le taux de chômage dans un an sera supérieur à celui d’avant la révolution. A ce propos, les hommes politiques qui prétendront pouvoir éradiquer le chômage sont de deux choses l’une, soit des menteurs assoiffés de pouvoir, soit, ils sont assis sur une ignorance crasse de la réalité économique de leur pays. L’État doit se poser avec gravité la question de l’accompagnement des chômeurs et des laissés pour compte du système en créant un revenu citoyen : à savoir définir un socle social pour toute famille tunisienne afin qu’elle puisse vivre dans la dignité. Sans ce socle, nous vivrons toujours dans la crainte de troubles sociaux. 

–          Nationalisation d’une partie du système bancaire. Par les temps qui courent, le terme « nationalisation » est malheureusement synonyme d’inefficacité et de coûts pour les contribuables… L’idéologie dominante défend la privatisation à outrance qui est complètement inefficace. Et pourtant, toutes les nations industrialisées ont bâti leur développement sur un système bancaire national solide (France, Grande Bretagne, Etats-Unis, pays scandinaves).  À travers ces structures bancaires nationales, l’État peut orienter les crédits vers les secteurs stratégiques. Il peut aussi amorcer des politiques monétaires et budgétaires volontaristes (politiques keynésiennes) pour contrer le chômage, réduire la fracture entre les régions en lançant des investissements massifs dans des structures publiques (hôpitaux, routes, institutions). Ces projets qui préparent l’avenir ne sont rentables que sur le long terme, le secteur privé n’est pas intéressé par ce genre de projet. Ce pourquoi, la nation doit contrôler une grande partie du système bancaire pour assurer le financement de son développement.

Faire appel à un grand emprunt international (en devises), car le dinar tunisien n’est pas une devise, n’en déplaise à ceux qui veulent s’endetter avec des obligations libellées en dinar tunisien !!!! un emprunt en dinar ne sert à rien Monsieur Marzouki, d’ailleurs il suffit d’en demander à la banque centrale elle pourra vous en créer autant que vous voulez. Malheureusement, il ne sera même pas possible de pouvoir l’utiliser pour importer les machines outils et tout le matériel nécessaire à un programme de relance économique. De toutes les façons dans le contexte actuel, il devient quasi-impossible pour la Tunisie de lever des fonds.

                               

Dévaluation (temporaire) du dinar tunisien : ce qui permettra une relance de l’exportation et du tourisme. Ce choc nominal permettra de donner une bouffée d’oxygène à l’économie réelle. Cette dévaluation doit s’accompagner d’une politique de contrôle des prix pour limiter l’inflation importée. De toutes les façons on n’échappera pas à cette dévaluation. Elle devient même urgente.

Réduire la fracture sociale en créant un impôt progressif sur le revenu.

L’instauration d’un impôt de solidarité qui taxera les patrimoines à partir d’un certain seuil. La démocratie, c’est payer des impôts. La fiscalité progressive est un pilier du développement. Sans justice sociale il n’y aura pas de développement.

Voilà à notre humble avis les chantiers prioritaires de la nation

Que Dieu protège la Tunisie !

 

Enfin de grâce, arrêtez de vous moquer des gens en parlant de laïcité, de Niqab, des femmes célibataires, de califat et autres balivernes !!!!!

 

Walid Hasni* : Expert Économiste, PARIS

Du même auteur :

https://tunisitri.wordpress.com/2011/11/04/walid-hasni-lettre-ouverte-a-monsieur-rached-ghannouchi/#more-4108/

https://tunisitri.wordpress.com/2011/11/02/dinar-convertible-ce-n%E2%80%99est-ni-la-priorite-ni-le-moment//

https://tunisitri.wordpress.com/2011/06/27/tunisie-ebauche-d%E2%80%99un-programme-keynesien/

 

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