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Des prisons de la STASI à celle du M.I.tunisien!


Dr Hubertus Knabe

« Je me suis rendu en avril 2011 à Tunis pour conseiller le gouvernement provisoire en matière de travail de mémoire. J’ai alors appris que des personnes étaient détenues et torturées dans l’enceinte du Ministère de l’intérieur. En juillet dernier, j’ai fait visiter le mémorial (de l’ancienne prison de la Stasi) de Berlin au ministre tunisien de l’intérieur. Sur mon insistance et après quelques hésitations, j’ai obtenu l’autorisation de visiter les prisons de la police politique tunisienne. En tant que directeur du mémorial de la Stasi, ce qui m’a le plus touché, c’est qu’il   s’agit…..

par Hubertus Knabe, traduit de l’Allemand  par Nouara Boettcher,

Hubertus Knabe, historien et directeur du mémorial des victimes de la Stasi, a visité une ancienne prison secrète située au sous-sol du Ministère de l’Intérieur tunisien et où la pratique de la torture était monnaie courante.

 

par Hubertus Knabe, traduit de l’Allemand  par Nouara Boettcher,

Pour/ tunisitri.wordpress.com/

 « Je me suis rendu en avril 2011 à Tunis pour conseiller le gouvernement provisoire en matière de travail de mémoire. J’ai alors appris que des personnes étaient détenues et torturées dans l’enceinte du Ministère de l’intérieur. En juillet dernier, j’ai fait visiter le mémorial (de l’ancienne prison de la Stasi) de Berlin au ministre tunisien de l’intérieur. Sur mon insistance et après quelques hésitations, j’ai obtenu l’autorisation de visiter les prisons de la police politique tunisienne. En tant que directeur du mémorial de la Stasi, ce qui m’a le plus touché, c’est qu’il s’agit d’une petite prison « anodine », composée de 11 cellules prévues pour accueillir 25 personnes ; mais j’avais lu des témoignages effroyables au sujet des méthodes de torture, comme celle du « poulet rôti » qui consistait à suspendre les détenus à des bâtons et les faire pivoter en les frappant jusqu’à ce qu’ils perdent connaissance. Dans d’autres cas, des bouteilles ou bâtons étaient introduits dans l’anus. Des crochets  fixés au plafond à cet effet étaient encore visibles. La prison avait fait l’objet d’un grand toilettage, mais l’insalubrité des toilettes permettait de se faire une idée des lieux. Sur les murs, on pouvait encore distinguer des inscriptions faites par les détenus et représentant le nombre de jours de détention, des noms et des appels à l’aide. En sortant de là, j’aperçus des montagnes d’ordures qui indiquaient que les bureaux avaient été vidés de leur contenu. De l’aveu même du ministre de l’intérieur, les archives de la police secrète avaient disparu vers une destination inconnue,  contrairement à ce qui s’était passé dans l’ex-RDA, où des manifestants avaient occupé les locaux de la Stasi.

La situation en Tunisie présente certains parallèles avec la situation après l’effondrement du communisme : révolte imprévisible du peuple et incertitudes liées à la phase de transition.  Les mêmes questions se posent également en ce qui concerne l’avenir : comment juger les coupables, comment réhabiliter les victimes. L’avantage de la Tunisie est d’avoir immédiatement  interdit  l’ex-Parti unique, ce qui a permis d’empêcher la destruction de ses archives (contrairement au PDS, parti héritier de l’ancien parti communiste est-allemand). Toutefois, et contrairement à l’ex-RDA qui bénéficia, grâce à la réunification, de juges et responsables politiques ouest-allemands intègres, la situation de la Tunisie est davantage comparable à celle de la Roumanie et de la Pologne après la chute du rideau de fer. Elle doit faire avec les cadres de l’ancien régime, d’autant plus que la justice n’est pas indépendante et suscite la méfiance de la population. De ce fait, une commission a été mise en place pour établir les responsabilités de la police en rapport avec la répression féroce déployée pendant la révolution. Cette commission dispose de nombreuses preuves, mais seulement pour les cas de violences policières connus depuis la révolution (cas d’un manifestant ayant reçu une balle en plein visage ou un autre brûlé vif pour avoir filmé une scène de répression avec son portable).

Le prochain gouvernement devrait avoir pour priorité de limoger les juges suprêmes, indemniser les victimes, élaborer une loi garantissant l’accès aux archives et réécrire les manuels scolaires. Tout cela dépendra de la politique des islamistes, qui ont enduré une dure répression de la part de l’ancien régime. Eu égard à l’ouverture d’esprit des élites tunisiennes, je suis plutôt optimiste, bien que les atteintes violentes à la liberté d’expression, telles qu’exprimées par certains islamistes radicaux lors de la sortie en salle du film « Ni Allah, ni maître », sont source d’inquiétude. J’espère que le prochain gouvernement est conscient de la nécessité d’étouffer dans l’œuf ce terrorisme de la pensée.

Concernant les élections du 23 octobre, il s’agit des premières élections libres et démocratiques, comparables à celles tenues dans l’ex-RDA le 18 mars 1990. Les islamistes, qui ont gagné les élections,  sont souvent présentés comme un danger, mais leur victoire doit être vue comme une réaction à la répression des libertés religieuses sous la dictature. Aujourd’hui, on peut voir de nombreuses femmes voilées dans les rues, et nous pouvons et devrions interpréter cela comme  un signe de libération. Et ce à l’instar des pays anciennement communistes, où l’on a assisté à une renaissance de l’Eglise ; un phénomène qui a eu tendance à s’estomper par la suite.  Quant aux femmes tunisiennes, elles jouissent d’un statut sans équivalent dans le reste du monde arabo-musulman. Pour conclure, je souhaite que l’ancienne prison secrète du Ministère de l’intérieur puisse se transformer en mémorial, une proposition que le Ministère de l’intérieur n’a pas complètement rejetée.

http://www.zeit.de/politik/ausland/2011-10/Demokratisierung-Tunesien/seite-1/

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