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Samira Karkar : « Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop » !


Dix huit ans après notre « Appel pour le retour de Salah Karkar dans sa famille », nous lançons un nouvel appel pour le rétablissement de Salah Karkar, dans ses droits les plus élémentaires, de citoyen tunisien, hier réfugié politique et aujourd’hui résidant régulièrement en France !

Rappelons le contexte politique de l’époque :

Salah Karkar, activiste islamiste notoire dans les années 70 et cofondateur du mouvement de la tendance islamique (MTI) en 1981, président de ce mouvement en 1987, fuit la Tunisie la même année pour se réfugier en France où il obtînt l’asile politique en 1988. Entre temps il est condamné à mort par contumace dans son pays.

Le coup d’Etat du 7 novembre 1987 du Général Ben Ali, à l’époque premier ministre, permit à de nombreux réfugiés politiques islamistes, dont Hamadi Jebali, l’actuel secrétaire général du Nahdha, de rentrer au pays. Salah Karkar et certains de ses camarades cofondateurs du MTI, comme Habib Mokni, ou des dirigeants en vue tels que Lazhar Abab, Fouad Mansour Kacem, Abdel Majid Mili et d’autres demeurèrent en exil, le premier parce qu’il a été rattrapé par une autre affaire de coup d’Etat, fomenté par le MTI, et dont l’exécution était prévue pour le 8 novembre 1987, le second, par méfiance du nouveau locataire de Carthage et les autres pour convenance personnelle.

Cette affaire, dite « Groupe Sécuritaire », dans laquelle 156 militaires, policiers, douaniers et civils furent impliqués, n’eut pas de suite judiciaire et connut un dénouement politique heureux. Entre 1988 et 1989 tous les membres du groupe sécuritaire et les derniers prisonniers du MTI, à leur tête Rached Ghannouchi, sont libérés et par la suite amnistiés.

Le nouveau pouvoir prit de nombreuses mesures pour décontracter le climat politique dans le pays, y compris vis-à-vis du MTI- Nahdha(1988), mais n’alla pas jusqu’à sa légalisation. Après les élections législatives d’avril 1989, auxquelles Nahdha participa indirectement en soutenant des listes indépendantes, Rached Ghannouchi, en désaccord avec ses camarades, choisit de s’exiler et se retrouve, au bout de deux années, dans une double confrontation, avec Salah Karkar, d’un côté …et le pouvoir tunisien de l’autre.

C’est qu’entre-temps, ce dernier révéla avoir découvert, au mois de mai 1991, une deuxième tentative de coup d’Etat du mouvement islamiste et se lança dans une politique de répression féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. Des centaines d’islamistes durent fuir le pays et se retrouvèrent l’objet de surenchères entre les diverses factions rivales de leur mouvement, dans les pays d’accueil.

En 1993, un accord entre Ben Ali et Charles Pasqua, le ministre français de l’intérieur, conduisit ce dernier à prendre, en date du 11 octobre 1993, deux mesures contre Salah Karkar. La première, « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ;

Et la seconde : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ». En même temps, la direction d’Ennahdha, reprise en main par Rached Ghannouchi, préparait une exclusion de salah karkar du mouvement dont il était cofondateur, mesure qu’elle dut sursoir à son exécution et qu’elle ne rendit officielle qu’en 2002.

Depuis octobre 1993, Salah Karkar vit un exil dans l’exil, sans carte de résidence, ni couverture sociale, et ne doit son retour dans sa famille qu’à l’attaque cérébrale dont il fut victime en 2005.La famille Karkar a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Les autorités françaises campent sur leur position et considèrent toujours Salah Karkar comme un homme dangereux pour la sécurité de la France.

Or les choses ont changé en Tunisie depuis le 14 janvier2011. Le mouvement Ennahdha, longtemps pourchassé, est légalisé et ambitionne de prendre le pouvoir par les urnes, après avoir longtemps cherché à le prendre par la force. L’accord entre les Etats Tunisien et Français, concernant Salah Karkar, devrait être caduc et ce dernier devrait récupérer son statut de résidant tunisien en France. Son vœu le plus cher ainsi que celui de sa famille, exprimé par Samira, son épouse, est qu’il puisse rentrer dans son pays, juste pour une semaine et revenir en France pour y passer le restant de sa vie! Il est de notre devoir de l’y aider .

Ahmed Manai

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Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie (CDLT)

25, rue des Rossays. 91 600 Savigny/ Orge

Tél : 69 05 75 76- Fax : 69 44 06 – Savigny/ Orge le 31 octobre 1993.

Appel au Retour de Salah Karkar dans sa famille

Le 11 octobre 1993, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire français a signé à l’encontre de Salah Karkar deux arrêtés :

Le premier : « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ; Le second : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ». Le 30 octobre 1993 à 9 heures du matin, la police française arrête Salah Karkar à son domicile et le conduit dans l’île d’Ouessant, au large de Brest. Salah Karkar est un citoyen tunisien, dirigeant du mouvement Ennahdha, qui réside paisiblement en France depuis 1987 et y jouit de l’asile politique. Durant cette période, il n’a jamais eu de démêlés avec la justice de son pays d’accueil. Il a été, par contre, constamment pourchassé, comme nombre d’opposants tunisiens réfugiés à l’étranger, par les autorités de son pays dont l’un des objectifs avoués de leur politique étrangère est de neutraliser l’action des opposants qui militent en faveur de la démocratie et des libertés. Cet objectif est confirmé par les déclarations publiques des plus hauts responsables tunisiens.

Salah Karkar figure sur une liste d’une cinquantaine de tunisiens dont l’extradition est demandée par les autorités tunisiennes à la France. Au cours de l’été 1992, Ahmed Kedidi, ancien député et membre du parti au pouvoir du temps de Bourguiba, a ainsi failli être livré au gouvernement tunisien.

Les signataires :

Condamnent le fait qu’un réfugié politique soit inquiété sans justification et sur la base de simples allégations d’un régime autoritaire. Exigent qu’il soit mis un terme à l’assignation à résidence de Salah Karkar, afin qu’il puisse retourner dans sa famille, en attendant que la justice se prononce sur le fond de l’affaire.

Considèrent, en tout état de cause, que l’exécution de l’arrêté d’expulsion, vers n’importe quelle destination, mettrait la vie de Salah Karkar en danger, tant est grande la hargne avec laquelle le poursuivent les autorités de son pays d’origine.

Savigny/ Orge le 31 octobre 1993.

Premiers signataires :

Fausto Giudice : journaliste- écrivain ; Gilles Perrault : écrivain ; Mgr Jacques Gaillot : Evêque d’Evreux ; Alain Krivine : Ligue communiste révolutionnaire ( LCR); Djaïz Samir ; Mondher Sfar : Collectif des Communautés Tunisiennes en Europe ; Ali Saïdi : Comité de lutte contre la Répression en Tunisie(Evreux) ; Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples( MRAP) ; Younès Othman : Tunisie : Démocratie Maintenant ; Ali Gâalich ; Mohamed Gzara ; Mohamed Nouri ; Malika Manaï ; Bilel Manaï : étudiant ; Abraham Serfaty ; James Tanneau ; Kenneth Brown(Revue des Peuples Méditerranéens) ; Djaïz Sami : conseiller municipal ; Driss Ridha ; Abdel Majid Mili ; Mohamed Ben Salem ; Sassi ;Nasri ; Salem Boulati ; Khaled Ben M’barek ; Nabi Driss ; Ben Tahar ; Chaabane ; Ahmed Ben Amor ; Tarik Ramadhan ( Suisse) ; Dembolla Martin ; Ginette Skandrani ; Alain Lecœur ; Taleb Mohamed : journaliste ; Alice Bserini ; André Wosak ; Ahmed Manaï : Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie( CDLT).

Signatures de soutien à envoyer à Ahmed Manaï :

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Collectif de la Communauté Tunisienne en France, Paris, le 2 novembre 1993

Communiqué

Ce samedi 30 octobre, Salah Karker, membre du parti religieux tunisien Ennahda et réfugié politique en France, vient d’être assigné à résidence surveillée dans l’Ile d’Ouessan dans l’attente de l’exécution d’un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français en date du 11 octobre. Cet arrêté reproche au dirigeant islamiste son « soutien à organisation terroriste ».

Notre collectif émet les plus grandes réserves quant au bien-fondé de ces allégations. Rappelons que les autorités tunisiennes viennent de lancer l’été dernier une campagne publique visant à faire taire la voix des démocrates tunisiens réfugiés en France et en Europe, et ce sous prétexte de s’attaquer au terrorisme. C’est ce même procédé qui a été utilisé jusqu’ici pour sévir contre les démocrates sur le territoire tunisien.

Dans un premier temps, les autorités tunisiennes ont arrêté deux émigrés tunisiens : Radhouane Erguez et Soufiane Mansouri. On les aurait accusés d’appartenance à une organisation illégale, voire même de s’apprêter à commettre des actes terroristes. Ces accusations s’étant avérées sans fondement, on leur a prêté des dénonciations contre Salah Karker. Ces dernières allégations de dénonciation se sont avérées à leur tour, aussi fallacieuses que les premières, même aux yeux des autorités françaises. C’est pourquoi nous considérons que les mesures prises à l’encontre de Salah Karker comme n’ayant aucune justification. Nous invitons les autorités françaises à la vigilance quant à la campagne menée par le régime tunisien contre la démocratie sous prétexte de lutter contre le terrorisme, et ce au risque de précipiter la Tunisie dans la guerre civile. Car nous considérons que le meilleur remède contre l’extrémisme quel qu’il soit, c’est le dialogue et le respect mutuel. Notre collectif lance un appel solennel à tous les démocrates et amis de la Tunisie les invitant à réclamer instamment auprès des autorités françaises l’abrogation de l’arrêté d’expulsion contre Salah Karker. Nous exigeons des autorités tunisiennes la libération immédiate de Radhouane Erguez et Soufiane Mansouri qui attendent encore la fixation de la date de leur procès en Tunisie. Nous aurons exprimé ainsi notre foi dans une Tunisie libre, démocratique et pacifique, loin du terrorisme d’Etat, qu’il soit laïc ou religieux.

Le Bureau

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Le Canard Enchaîné :

10 novembre 1993

Notre ami de Tunis veut récupérer des immigrés

Le gouvernement français vient de faire un petit plaisir au président Ben Ali. Depuis deux semaines, Salah Karkar , un responsable islamiste qui a connu les geôles tunisiennes avant de venir en France, est, dans l’attente d’une mesure d’expulsion, assigné à résidence dans l’île d’Ouessant. Vers un pays de son choix, bien sûr. Cela fait des années que Ben Ali fait demander par ses ministres, ou par son ambassadeur à Paris, l’arrestation et l’extradition vers Tunis de plusieurs dizaines d’islamistes ou d’opposants divers : une cinquantaine au total en 1991 et 1992.

Demandes d’extradition. M. Chaabane m’a annoncé une quarantaine de demandes d’extradition consécutives aux procès de l’été dernier. Ces demandes étaient « en cours d’élaboration » et nous seraient présentées le moment venu. Il m’a rappelé qu’une dizaine de requêtes du même type étaient en souffrance à Paris. Elles concernaient notamment MM. KARKAR et MOKNI (depuis 1987 pour ces derniers.)

Extrait du télégramme adressé, au Quai d’Orsay, le 20 octobre 1992, par l’ambassadeur de France à Tunis et faisant état des « revendications » du ministre tunisien de la justice, Sadok Chaabane. On y voit mentionné le nom de Salah Karkar, qui vient d’être assigné à résidence. Récidive au début de 1993 : le 19 janvier, l’ambassadeur de Tunisie à Paris réclame onze extraditions, dont celles de sept opposants bénéficiant déjà du statut de réfugié politique.

Dans une note interne du Quai d’Orsay, la direction du département Afrique du Nord- Moyen-Orient explique cette hargne par « la volonté des autorités tunisiennes de neutraliser l’opposition en exil  ». Enfin une autre note du Quai d’Orsay, datée du 15 avril dernier, rappelle que le frère du président tunisien est un trafiquant de drogue :

Cependant, il convient de prendre en considération le contexte politique actuel des relations franco-tunisiennes, y compris sa composante judiciaire : réactions tunisiennes à la condamnation par défaut à 10 ans de prison du frère du président Ben Ali en décembre dernier. Mais Paris ne va tout de même pas demander à notre ami Ben Ali d’extrader son frère. Horizon 94 : La voix de la Tunisie libre N° 2 : janvier 1994 Les dirigeants Nahdhaouis se terrent :

L’assignation à résidence de Salah Karkar, la perquisition de sa maison et la menace de son expulsion ont fini de terroriser les dirigeants Nahdhaouis en France. Craignant sans doute pour leur propre sécurité et voulant éviter d’effaroucher les autorités françaises, ils se sont terrés. Aucun geste de solidarité avec leur ami, en dehors de quelques timides et discrets coups de téléphone. Le comble est que le communiqué de R. Ghannouchi à cette occasion, daté du 4 novembre 1993, a été diffusé sous le manteau, avec trois semaines de retard. Cela a valu à certains d’entre eux une savonnade du cheikh depuis Londres. Démission ? Non, seulement trop préoccupés par la situation au Tadjikistan, en Afghanistan et pour certains au Merrikhstan. Mais sûr que les affaires n’ont pas chômé !

Certains d’entre eux préparent actuellement et en toute fraternité une exclusion en bonne et due forme des instances du mouvement Ennahdha, à l’encontre de leur ex-frère de combat. Il semblerait que la lettre que Salah Karkar leur a fait parvenir ( largement diffusée au Bourget) les a un peu dérangés : qui accepterait de se faire taxer de poule mouillée, même Halal ? Pourtant, il faudrait s’attendre à de nouvelles commissions rogatoires contre de nouvelles victimes, même celles qui n’ont pas été condamnées jusqu’ici à Tunis, parce qu’il y a une nouvelle loi, qui fait de tout opposant résidant à l’étranger, un terroriste en puissance. Sûr que ceux qui sont incapables de se défendre dans un Etat de droit, le seraient encore plus, dans un Etat despotique.

Ahmed Manaï

PETITION

Nous, militants tunisiens pour la démocratie et les libertés en Tunisie, Constatant que:

1) Le militant et opposant tunisien M. Salah Karker, réfugié politique en France depuis 1988, se trouve depuis le 11 octobre 1993, sous le coup d’une mesure d’as­signation à résidence et d’expulsion « en urgence absolue ».

2) Aucune procédure judiciaire n’a jamais été engagée contre M. Karker et que les accusations de terrorisme portées contre le mouvement incriminé qui se révèle être Ennahdha, dont il est co-fondateur – n’ont reçu aucun début de preuve devant le Tribunal administratif et le Conseil d’Etat. Considérant que:

3) Les accusations portées contre M. Karker reproduisent celles que le pouvoir tunisien n’a cessé, depuis de nombreuses années, de porter contre tous ses détracteurs, hommes politiques et militants des droits de l’homme de tous bords et dont le dernier est M. Mouadda, président du MDS, accusé le 20 décembre 1997 de « tentative de coup d’Etat et d’organisation d’actions terroristes ». Estimant que:

4) M. Karker a droit, dans un pays de droit qui lui a accordé le statut de réfugié poli­tique, à un procès en bonne et due forme, ou, dans le cas où cela n’est pas justi­fié, à recouvrer sa liberté et une vie normale/ En conséquence:

5) Nous demandons instamment à M. le ministre de l’Intérieur de considérer avec bienveillance la possibilité de lever les mesures administratives prises par ses pré­décesseurs à  l’encontre de M. Karker.

6) Nous réitérons à  M. Salah Karker notre soutien collectif dans son combat pour le recouvrement de sa liberté et de son droit à une vie familiale et professionnelle normale.

COLLECTIF DE LA COMMUNAUTE TUNISIENNE EN EUROPE
1, rue Cassini, 75014 Paris ; Tel. : 01 43 29 68 98

Communiqué

M.  Karker, en résidence surveillée à Digne-les-bains, entame une grève de la faim après qu’une surveillance rapprochée lui a été imposée à nouveau.

Paris, le 9 octobre 1997

Nous apprenons que M. Salah Karker,. un des dirigeants du mouvement Ennahda, assigné à résidence à Digne-les-bains, a tait l’objet hier d’une mesure de surveillance rapprochée par les services français. On lui a interdit aussi de quitter sa résidence à partir de 22 h.

M. Karker a écrit à M. le Ministre de l’Intérieur pour protester contre celte mesure, en lui rappelant que cette mesure d’assignation à résidence dure depuis quatre années et qu’elle lui est devenue insupportable. 11 lui a demandé de le relâcher ou de le déférer devant les juridictions françaises au cas où il lui serait reproché un quelconque délit. 11 a informe M. le Ministre de l’Intérieur qu’il entame une grève de la faim jusqu’à ce qu’il soit mis fin à son assignation. Notre Collectif exprime sa solidarité avec M. Karker, et demande aux autorités françaises de satisfaire les demandes légitimes de notre concitoyen M. Karker. Nous lançons un appel pressant aux organisations humanitaires et aux amis de la Tunisie à exprimer leur soutien aux demandes de M, Karker en écrivant à M. le Ministre de l’Intérieur.

Contact de M. Salah Karker ; Hôtel Saint Michel, Chemin des Alpilles, 04000 Digne-les-bains

Tel. : 04 92 31 45 66 ; lfax : 04 92 32 16 49.

Le Président Mondher Sfar

Ces quelques actions entreprises en faveur de Salah Karkar au cours des premiers mois qui ont suivi son arrestation et son assignation à résidence, à l’Ile d’Ouessant dans un premier temps puis à Brest. Le groupe composé de Abdel Majid Mili, Ali Gâalich, Mohamed Gzara et Ahmed Manai, lui a rendu une visite de solidarité et de soutien, à l’île d’Ouessant, la première semaine de son assignation à résidence dans cette île française au large de l’océan Atlantique.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

Médiapart, le 19 septembre 2011

Depuis le salon des Karker, au 7e étage d’une HLM d’Eaubonne (Val-d’Oise), la vue sur le quartier populaire des Dures Terres est imprenable. Ce paysage, Salah Karker le connaît par cœur. L’homme ne sort plus de chez lui. Ou sinon pour de petites balades devant l’immeuble, «quelques minutes seulement, après il a des vertiges» , dit sa femme, Samira, qui lui consacre tout son temps. Salah Karker a 63 ans, mais il fait bien plus. Un accident vasculaire cérébral en 2005 l’a gravement handicapé. Selon son médecin, il est hémiplégique du côté droit, ne peut plus «verbaliser les pensées et les émotions» , souffre d’ «hypotonie» , une intense fragilité musculaire.

Karker fut dans les années 1980 une tête pensante du mouvement islamiste tunisien. Un des fondateurs en 1981 de ce qui allait devenir «Ennahda» (Renaissance), parti interdit sous Ben Ali, à nouveau autorisé depuis la révolution. Mais aujourd’hui, il ne peut plus lire ni écrire, parle avec d’immenses difficultés. Cherche ses mots pendant de longues secondes. Les trouve rarement, tant son vocabulaire est limité. Samira l’encourage. «Que veux-tu dire, Salah?» Il lève les bras, dans un geste d’impuissance, rictus gêné.

Pour les autorités françaises, Salah Karker reste pourtant un dangereux islamiste. Malgré la révolution de janvier 2011 en Tunisie, l’Etat français n’a toujours pas abrogé l’assignation à résidence décidée en 1993 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Les anciens chefs politiques d’Ennahda sont revenus d’exil après la révolution, ils sont même candidats aux élections de l’Assemblée constituante, prévues le 23 octobre. Mais la France continue d’avoir peur de Salah Karker. Assigné à résidence à son propre domicile, il ne peut quitter le territoire communal. Son avocat, Jean-Daniel Dechezelles, a déposé un nouveau recours en février auprès du ministère de l’intérieur. Pas de nouvelles, depuis, des autorités, sauf pour demander des pièces complémentaires.

Contacté, le service de presse du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, indique que «la demande d’abrogation de l’arrêté d’expulsion et par voie de conséquence de l’assignation à résidence est instruite par les services» , sans faire davantage de commentaires. «Il faut arrêter de m’embêter, de m’accuser, articule péniblement Karker. Il faut me laisser vivre ma vie, maintenant.»«Vivre ta vie, mais quelle vie, Salah? Tu ne peux même plus sortir…» , lui répond Samira.

Depuis 1993, Salah Karker n’est plus libre de ses mouvements. Guerre civile en Algérie, attentats… La France vit alors dans la hantise de l’islamisme. Le ministre de l’intérieur, Charles Pasqua, se fait fort de traquer les réseaux islamistes en France. En octobre 1993, le ministre signe de sa main un arrêté d’expulsion en «urgence absolue». «Salah Karker (…) apporte un soutien actif à un mouvement terroriste présent en France et dans d’autres pays européens. En raison de l’ensemble de son comportement, l’expulsion de cet étranger constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique.»

Pourtant – et Pasqua le sait bien –, Karker est inexpulsable: condamné à mort en Tunisie en 1987, il a fui et obtenu l’asile politique en France l’année suivante. Le ministre de l’intérieur signe donc un second arrêté qui l’assigne à résidence dans le Finistère. Charge au préfet de lui trouver un point de chute. A l’époque, la France et la Tunisie de Ben Ali travaillent main dans la main pour lutter contre les islamistes – en Tunisie, la répression est féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. « Ben Ali était un bon supplétif des Occidentaux notamment dans la lutte contre les islamistes» , rappelle Jean-Daniel Dechezelles. Selon lui, l’ordre de neutraliser Karker est venu directement du Palais de Carthage. «C’était un accord tacite entre les deux Etats», dénonce Salah Karker. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire Pour le chef islamiste, c’est le début d’une longue succession de résidences surveillées en France. Le préfet du Finistère, Christian Frémont (aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée), l’envoie d’abord au large, sur l’île d’Ouessant. Puis le rapatrie sur le continent, dans un hôtel de Brest, avec plusieurs agents des renseignements généraux pour le surveiller en permanence – la facture est alors estimée à un million de francs par an, selon un syndicat de police.

Karker est ensuite expédie à l’autre bout de la France: Saint-Julien-de-Chapteuil et Cayres (Haute-Loire), puis Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), où il restera près de dix ans. «Ils choisissaient les endroits les plus éloignés pour qu’ils soient difficiles d’accès» , raconte Jaafar Karker, 32 ans, l’aîné des six enfants de la famille, ingénieur en Suisse. « Une fois, on a même dû sortir des banderoles pour que les RG se décident à venir nous chercher à la gare» , se rappelle Samira.

La famille a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Tout au long de ces années, Karker est resté dans une zone grise du droit: assigné à résidence sans être sous le coup de la moindre procédure judiciaire. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire. «Si je suis coupable d’avoir commis des actes délictueux; ma place n’est pas dans une chambre d’hôtel mais en prison. Lorsque je demande ce que l’on compte faire de moi, je n’ai droit qu’au silence» , explique-t-il au Provençal en 1995.

Le 15 janvier 2005, Salah Karker fait un accident vasculaire cérébral. La surveillance policière s’est relâchée. De longues heures se passent avant qu’il ne soit emmené à l’hôpital de Digne. L’hémorragie a comprimé le cerveau. Un mois de coma. Les séquelles sont lourdes. Pendant quelque temps, Karker perd la mémoire. Il l’a aujourd’hui retrouvée, en partie seulement.

Malgré ce grave incident de santé, la France n’a jamais abrogé les arrêtés de 1993. Tout au plus Karker est-il autorisé à rentrer chez lui. En 2007, sa femme intente un nouveau recours. «Sa présence est toujours de nature à menacer gravement l’ordre public» , lui répond le ministère de l’intérieur. «L’Etat n’annule jamais ses propres décisions. Ce serait reconnaître que la France a pris un jour une décision inique sur le plan juridique et des droits de l’homme», dénonce l’avocat. «C’est injuste… c’est déplorable… C’est absurde… Moi je suis toujours ici, je ne fais que dire la même chose, mais les diplomates français ne veulent pas voir», dit Salah Karker, épuisé – «au bout de vingt minutes, il fatigue», explique sa femme.

Salah Karker n’a ni carte de séjour ni revenus, à part l’aide médicale d’Etat qui prend en charge ses soins. Le couple vit grâce aux dons de ses enfants et au RSA de Samira, à qui la France refuse la nationalité au motif qu’elle vit de prestations sociales et qu’elle soutient «les théories développées par [son] époux» «Si, actuellement, la position officielle de l’organisation Ennadha vise à promouvoir, à travers des moyens légaux et pacifiques, la cause de l’islam en Tunisie, son objectif, à la fin des années 1980, était de s’emparer du pouvoir par les armes afin d’y instaurer un Etat islamique» , lui a écrit en avril 2010 un haut fonctionnaire du ministère de l’immigration.

Fondateur en 1981 du Mouvement de la tendance islamique (MTI) devenu ensuite Ennahda, Salah Karker reste comme ses anciens camarades Rached Ghannouchi ou Abdelfattah Mourou un personnage contesté en Tunisie. Dans les années 1980, Karker et ses amis défendaient un islam radical. Karker a été emprisonné trois ans sous Bourguiba, période où la répression anti-islamiste battait son plein. Certains voient la main du parti derrière les attentats des 2 et 3 août 1987 à Monastir et Sousse, dans lesquels treize personnes avaient été blessées.

Mais aujourd’hui, le paysage est bien différent. .Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, parti qui pourrait réaliser un score substantiel aux élections à la Constituante du 23 octobre, se revendique d’un islam ouvert, sur le modèle de l’AKP en Turquie. Quant à Salah Karker, il a depuis plusieurs années renoncé à l’Etat islamique. «Il a eu le temps de réfléchir…», dit son fils Jaafar. «Je me suis dit au début des années 2000 que l’urgence, c’était un Etat de droit… que Ben Ali s’en aille», dit Karker. «Il faut laïciser le mouvement islamiste, expliquait-il à Libération en 2002, avant son AVC . Islamiste, je n’aime pas le mot. Je suis tunisien, musulman pratiquant, démocrate, prônant la séparation de l’Etat et de la religion.»

Ennahda l’a même exclu en 2002, jugeant ses propos trop édulcorés. Il entretient désormais des relations polies, sans plus, avec ses anciens amis. Vu son état, Salah Karker a de toute façon renoncé à l’activité politique. « Moi je ne fais rien parce que je ne peux ni parler, ni réfléchir.» Quant on lui demande ce qu’il pense de la révolution, son visage s’éclaire. « Je suis content… Ben Ali c’est fini, comme par miracle… La révolution, c’est une joie pour tout le peuple tunisien…. Elle avance tout doucement.»

Salah Karker voudrait juste retourner une fois en Tunisie, ce pays qu’il a quitté en 1988. «Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop» , soupire Samira. A condition, évidemment, que le ministère de l’intérieur lève enfin l’assignation à résidence à laquelle Karker, prisonnier sans jugement ni prison, est assujetti depuis dix-huit ans.

Mediapart, 25-11-2002

 

 

    قراءة في قرار النهضة فصل صالح كركر من صفوفها

         

في الرابع و العشرين من شهر أكتوبر2002 الماضي اتخذت حركة النهضة الإسلامية بتونس قرارا من أهم وأخطر القرارات التي اتخذتها منذ نشأتها. وقد تمثل هذا القرار في فصل صالح كركر من صفوفها. والجدير بالذكر أن هذا الأخير هو أحد المؤسسين الثمانية للحركة الإسلامية في تونس. و يعتبر بدون منازع الأب التنظيمي للحركة و أحد أهم المنظرين لها و رجل المؤسسة الأول فيها.

و قد كان أول مسئول عن المؤسسة التنظيمية بالحركة، وبقي على رأسها طيلة العشرية الأولى التي عقبت تاريخ التأسيس. وتحمل لمدة طويلة نيابة رئاسة الحركة ورئاسة مجلس الشورى فيها ثم رئاسة الحركة سنة 1987 وقاد صحبة ثلة طيبة من إخوانه المواجهات التي حصلت بين الحركة والسلطة والتي انتهت بسقوط بورقيبة من الحكم على إثر انقلاب قام به ضده وزيره الأول الجنرال بن علي.

وإذا استثنينا السيد صالح بن عبد الله البوغانمي، أحد المcسسين الثمانية، و الذي لا نعرف وضعيته التنظيمية الحقيقية في الحركة حاليا، يعتبر السيد راشد الغنوشي، بعد فصل صالح كركر، هو آخر الأعضاء المؤسسين الذي بقي في الحركة رغم أن كل المؤسسين لا يزالون على قيد الحياة.

فهل يعني ذلك أن السيد الغنوشي قد حصل بشكل أم بآخر على كل أسهم المشاركين له في التأسيس، وحول الحركة إلى ملكية خاصة له أم أن الأمر لا يعدو أن يكون أكثر من مجرد صدفة بعيدة عن كل إرادة تصفوية مبيتة أو غير مبيتة؟

فمنذ تأسيس الحركة بقي صالح كركر وفيا لطبيعته كمؤسس، مهموما بمسألة التجديد والإبداع في الحركة، وجعلها حركة حديثة ومتطورة وقائمة على مؤسسات عصرية قوية وعلى أسس علمية أصيلة، وجعلها متمشية دائما مع واقع المجتمع، قريبة منه، مستجيبة لمطالبه وهمومه، وهو ما أكسب الحركة شعبية واسعة فريدة من نوعها في البلاد.

و لم تكن مهمة صالح كركر في هذا التوجه و في هذه المجالات سهلة. فقد واجه منذ وقت مبكر صعوبات جمة ومعارضة شديدة من قبل القيادة وأعوانها المقربين مما اضطره في أكثر من مناسبة إلى الاستقالة من المسؤولية التي يتحملها. فأمام استحالة التناغم بينه و بين رئيس الحركة اضطر إلى الاستقالة من نيابة رئاسة الحركة، وكذلك من رئاسة مجلس الشورى.

و بعد خروجه من السجن في شهر أوت من سنة 1984 خرج مصحوبا بورقة أعدها في السجن تستهدف تحوير البنية التنظيمية للحركة و تقنين مهمة رئاسة الحركة في اتجاه الحد منها وربطها برقابة أشد من قبل المؤسسات وعموم أعضاء الحركة و بالحد من عدد الترشحات المتتالية لرئاسة الحركة بالنسبة لنفس الشخص. وكان من المنتظر أن تكون تلك الورقة من جملة الورقات التي سيناقشها المؤتمر العام للحركة الذي عقد في شهر نوفمبر من سنة 1984.

ورغم أن الورقة وقع تسليمها من طرف الأخوين صالح بن عبد الله البوغانمي ومحمد شمام للجنة تنظيم المؤتمر إلا أنه وقع حذفها عمدا ولم تكن ضمن بقية الأوراق خلال المؤتمر مما تسبب في ضجة خلال أعماله كادت تؤول إلى انفضاضه قبل انتهاء أشغاله. وقد تعرضت محاولات صالح كركر لتطوير الحركة في اتجاه المرونة والواقعية والانفتاح منذ البداية إلى صعوبات جمة. و قد حول المناوئون هذه الاجتهادات عن وجهتها الحقيقية و قدموها على أساس أنها مجرد شكل من أشكال الصراع على القيادة بين كركر والغنوشي، بينما لم تكن تلك هي الحقيقة.

وبعد فشل مشروع الحركة في مواجهة نظام الجنرال بن علي، وما تسبب فيه ذلك  لما يزيد عن الخمسين ألف من أعضائها ومتعاطفيها من معتقلات مع التعذيب الوحشي والذي أدى أيضا بالعديد من العشرات إلى الموت، وإلى أعداد غفيرة أخرى إلى الطرد من الشغل والتجويع، و إلى التشريد والمنافي في كافة أصقاع الدنيا، انتبه صالح كركر إلى فداحة الكارثة و شعر بالأضواء الحمراء تشتعل أمامه من كل مكان وأدرك بحسه المرهف أن الحركة لم يعد يمكنها أن تواصل السير كما درجت عليه من قبل حصول الكارثة.

فأصدر الصيحة تلوى الصيحة و النداء تلوى النداء إلى كل أعضاء الحركة و قيادتها مطالبا بالقيام بنقد ذاتي حقيقي صريح وتخلي القيادة التاريخية عن مهامها القيادية، وإحداث ثورة جذرية على فكرة التنظيم والأهداف والمناهج في الحركة قبل أن يزهد فيها أعضاؤها من داخلها وتفر من حولها عنها الجماهير المتعاطفة معها من خارجها. فأصمت قيادة الحركة كعادتها آذانها و آثرت سياسة الهروب إلى الأمام.

وجدد المقربون من القيادة المباشرة هجومهم على صالح كركر واتهموه بالتهافت على افتكاك القيادة من الغنوشي تارة وبتأسيس تنظيم موازي لتنظيم الحركة تارة أخرى، حتى وضع كركر تحت الإقامة الجبرية بسعي أكثر من طرف على رأسها الجنرال بن علي نفسه. وبإبعاد كركر عن ساحة الفعل تنفس العديد من المناوئين له من داخل الحركة و من خارجها الصعداء وفرحوا فرحة الشامت والمستفيد من هذه المصيبة التي حلت بصالح كركر. وحسب هؤلاء أن صفحة كركر طويت بدون عودة.

و نسي جميعهم قول الله تعالى: « و عسى أن تكرهوا شيئا وهو خير لكم ».

إن المنفى لا يمكن أن يكون في نظر العـقلاء إلا مكروها وشرا يحل بالإنسان. إلا أنه من حكمة الله أن الشر لا يمكن في الغالب أن يكون شرا مطلقا وإنما شر بين يصحبه خير غير بين. كما أن الخير ليس هو كذلك دائما وإنما هو خير في ظاهره يصحبه شر غالبا ما يكون خفيا. وقد استطاع السيد صالح كركر أن يحول محنته إلى منة، ويحول ضيقه إلى سعة، فاغتنم ظروف عزلته في إقامته الجبرية اغتنمها في القراءة والبحث والتأمل، خاصة في وضع العالم وتوازناته، وفي وضع المنطقة والبلاد والتطورات التي تمر بها. كما اهتم على وجه الخصوص بالحركة الإسلامية في العالم عموما وتابع مسيرتها منذ تأسيسها، وتوقف عند أهدافها ومناهج عملها وخطابها على المستوى النظري وممارساتها في الواقع. كما توقف أيضا عند علاقة الحركة الإسلامية بمسألة الحكم على المستوى النظري و بالحكام والأحزاب السياسية الأخرى في المعارضة على مستوى الواقع.

وقد خرج كركر من كل تلك القراءات و الأبحاث و التأملات باستنتاجات عدة نذكر منها:

ـ على مستوى الحركة ذاتها الفصل بين ما هو ديني وسياسي فصلا كاملا. فينهض العلماء والأئمة والوعاظ والدعاة والمفكرين وغيرهم إلى التشكل في جمعيات متنوعة ومتعددة تخدم كل ما هو علوم شرعية وفكر إسلامي واجتهاد و ثقافة ومساجد ودعوة وغير ذلك خارجا عن كل نشاط سياسي يشارك في السباق إلى الحكم. كما يبقى الباب مفتوحا أمام الراغبين في النشاط السياسي من المقتنعين بالإسلام والفكرة الإسلامية للمشاركة في أحزاب سياسية عقلانية تحترم دساتير ومؤسسات و قواعد العمل السياسي في بلدانها.

ـ يستحسن تجنب قيام أحزاب على أساس تطبيق الشريعة بالشكل الذي هي عليه الآن، على أن تقوم بدلا من ذلك على أساس برامج عقلانية تقترب من الإسلام والحماس له وتبتعد عنه بحسب توجهات وقناعات أصحبها.

ـ تبقى كل الأحزاب السياسية القائمة متساوية أمام مسألة الحماس لخدمة الإسلام وتعاليمه دون أن يتميز أحدها بالوصاية على ذلك.و بناء على كل ذلك فالشعب هو وحده الذي يوزع ثقته بين الأحزاب كما يشاء و بما يراه مناسبا.

هذا التوجه الفكري والاستراتيجي بالإضافة إلى العديد من المواقف السياسية و الحركية لم ترق للقيادة المباشرة على رأس الحركة وحذرت صاحبها عن طريق المراسلات المكتوبة من مغبة المواصلة في هذا الطريق ولمحت له مهددة إياه إلى إمكانية فصله من الحركة في بعض المراسلات إذا ما هو أصر على ذلك. إلا أن ذلك لم يثن صالح كركر عن توجهه وعن عزمه على السير فيه إلى نهايته. و قد كان لذلك صداه الكبير داخل الحركة و خارجها، وهو ما زاد من قلق قيادة الحركة و من حرجها الشديد.

وقد اجتمعت أسباب عدة أدت في النهاية إلى اتخاذ قرار بفصل كركر من الحركة التي ساهم في تأسيسها. من تلك الأسباب تشبث قيادتها التاريخية بموقع القيادة ورفضها تركه, ومنها أيضا رفض القيادة وأعوانها للفكر المقابل ولمناقشته وقلة صبرها عليه مما يشكك في قدرتها على قبول غيرها من خارجها في صورة تمكنها من السلطة. ومنها كذلك تغلب فكرة التحزب الأعمى على مفهوم الفكرة في ذاتها لدى القيادة و أعوانها، فالولاء للشخص والتنظيم أصبح مقدما على احترام الفكرة والصبر عليها ومناقشتها. ومنها غياب المؤسسات القوية والتوازنات القيادية التي عرفت بها الحركة من قبل. فمعظم قيادات الجيل الأول والجيل الثاني ممن عرفوا بقوة شخصياتهم واستقلاليتها وتنوعهم الفكري هم في حالة غياب بسبب السجن و المهاجر والاستقالات بعد نفاد الصبر.

كل هذه الأسباب و غيرها أعاقت الحركة من مصداقيتها وتركت المجال فسيحا أمام القيادة الحالية لتتصرف كما تشاء في غير رشد ولا  حكمة ولا هدى فأخذت قرار الفصل هذا في غير حكمة ولا حنكة سياسية ولا هو من حقها مطلقا.

والحيثيات التي اعتمدتها هذه القيادة لاتخاذ قرارها بالفصل هي في الحقيقة لا تصلح لاتخاذه حيث أنها تمثل حقوقا لكل عضو في حزب سياسي عصري يقوم على مبدأ احترام أفراده وحريتهم في التفكير والتعبير.

فالجرم الأول الذي نسب لكركر منازعته لمنهج الحركة التغييري قولا وعملا. ويذكر كركر أنه منذ وقت طويل أصبحت له مؤاخذات كبيرة على منهج الحركة التغييري، وعبّر عن ذلك في مؤسسات الحركة قبل أن ينفى وفي منفاه كتب الورقات الكثيرة وبلغها إلى الحركة إلا أن شيئا من ذلك لم يؤخذ بعين الاعتبار وانعقد المؤتمر تلو المؤتمر دون أن يسمح لهذه الأفكار أن ترى الضوء وتناقش.

وكتب في ذلك المقالات العديدة و أرسل بها إلى المراسلة الداخلية للحركة أملا في أن يطلع عليها أعضاء الحركة ويناقشوها، فنشر المقال الأول و الثاني وقطع الطريق أمام بقية المقالات. وليس من باب الصدفة أبدا أن تجاهلت الحركة تجاهلا تاما عضوها المؤسس صالح كركر و كأنه وُوري التراب لمدة سنوات عديدة قبل اتخاذ قرار الفصل.

فالقيادة هي التي مارست قرار الفصل ضد صالح كركر منذ سنوات طويلة قبل أن تعلن عنه أخيرا وليس العكس. والسيد كركر يقول حول هذه النقطة إنه يضع الرأي العام حكما ويتحدى قيادة الحركة أن تثبت له ماديا أنها مكنته من كل حقوقه كعضو وأبقت على اتصال تنظيمي طبيعي معه وذلك منذ وقوعه تحت الإقامة الجبرية. فمن مارس الانفصال يا ترى؟ هل أن كركر هو الذي مارس انفصاله عمليا عن الحركة منذ سنين عدة كما يذكر قرار الفصل الذي اتخذته القيادة أم أن هذه الأخيرة هي التي مارست ضده قرار الفصل منذ أمد بعيد وتجاهلت وجوده تماما وتوقفت عن الاتصال به في كل ما يهم سير الأمور الداخلية للحركة وفي كل ما يهم عقد مؤتمراتها منذ سنة 1993 سواء كان ذلك في ما يتعلق بالإعداد أو بما أسفرت عنه تلك الموتمرات.

فهل يعقل أن يعامل عضو تام شروط العضوية في الحركة بمثل هذه المعاملة الجافة وبتجميد عضويته دون اتخاذ قرار صريح بالتجميد. ويذكر كركر أن أعدادا واسعة من بين أعضاء الحركة المعترضين على القيادة و أساليبها في العمل وممارساتها الغريبة قد عوملوا بهذا الشكل و فصلوا عمليا دون أن تصدر فيهم قرارات بالفصل، هذا بالإضافة لأعداد كبيرة أخرى فصلوا بقرارات رسمية أو قدموا استقالاتهم من الحركة بعد يأسهم من إمكانية تطور قيادتها.

ويذكر كركر أنه لم يعلم بفصله من حركته التي ساهم مساهمة فعالة في تأسيسها إلا بعد مدة من اتخاذ القرار ولم يمكن من أبسط إجراءات الدفاع عن نفسه. وهذا أسلوب يتنافى مع أبسط شروط مفهوم العدل حتى لدى القبائل الإفريقية حيث يحاط المتهم علما بالاتهامات الموجهة إليه ويحضر لدى محكمة القبيلة ويحضر معه من يدافع عنه وتحترم إجراءات التقاضي للجميع، وهو ما أهملت احترامه قيادة الحركة التي حددت اتهاماتها لكركر وبتت فيها سرا وأصدرت حكمها بالفصل، دون أن تمكن المتهم من أي حق من حقوق الدفاع. فهل يعقل أن تؤتمن مثل هذه القيادة على إقامة العدل بين أبناء الشعب في البلاد لو قدر لها أن تصل إلى الحكم؟؟؟

بالنسبة للطعن في شرعية مؤسسات حركة النهضة وفي شرعية قيادتها يؤكد كركر بهدوء تام أن لا شرعية القيادة والمؤسسات المنبثقة عن المؤتمر العام أمر مسلم به لا يحتاج إلى تدليل. فالقيادة الحالية للحركة ومؤسساتها لم يقع اختيارها بأكثر من خمسة بالمائة من أعضاء الحركة إذا أخذنا بعين الاعتبار الأعضاء المساجين والمفصولين والمستقيلين والمشردين في المهاجر والمغيبين عمدا من طرف القيادة.

إضافة إلى ذلك الأساليب المتبعة في تنظيم المؤتمرات التحضيرية للمؤتمر العام التي يقع فيها انتخاب أعضاء المؤتمر العام والتي لا تدعو القيادة للحضور فيها إلا الموالين لها وقلة قليلة من المعترضين عليها لا يستطيعون أن يؤثروا في تلك المؤتمرات التحضيرية شيئا. فكيف يمكن مع كل هذه التجاوزات والممارسات أن يعتبر العاقل القيادة والمؤسسات المنبثقة عن المؤتمر العام المنظم بهذا الشكل قيادة ومؤسسات شرعية؟

و يذكر كركر أن هذه القيادة هي بالفعل غير شرعية وهي من جهة أخرى قيادة قد تجاوزها الزمن وقد غدت منذ مدة طويلة عقبة كأداء أمام تطور الحركة وتخلصها من مختلف سلبياتها ومن الصعوبات التي تعترض سبيلها. فهذه القيادة حسب رأيه قيادة عاجزة ضيقة الأفق معدومة الطاقات جنت على الحركة الكثير وهي لا تزال تجني عليها و تعيق مسيرتها. ومن الواجب أن تستقيل هذه القيادة وتريح الحركة من سلبياتها المتعددة وتفسح لها المجال بذلك للنهوض بنفسها واختيار قياداتها المناسبة ومواصلة الطريق بشكل بناء وسليم يخدم مصلحة الحريات الحقيقية و الديمقراطية للجميع في البلاد.

أما حول مسألة حل الحركة لنفسها فيذكر كركر أنه ذكر ذلك في إطار مشروع أوسع متكامل ومتناسق. يذكر أنه اقترح أن تحل الحركة نفسها أي أن حل الشكل التنظيمي التي هي عليه ماضيا وحاضرا لتتشكل ضمن حركتين. حركة ثقافية وفكرية ودعوية ووعظية واجتماعية على أسس تنظيمية مغايرة تماما ومعلنة في كل تفاصيلها وتكون جزءا من المجتمع المدني يقوم على خدمة الشؤون الإسلامية البحتة بعيدا عن أي مشاركة في السباق على السلطة.

أما الحركة الثانية فيرى كركر أن تكون حركة سياسية عصرية قائمة على برامج عقلانية وعلى مؤسسات عصرية، مثل كل الأحزاب السياسية في العالم الحديث. كما يمكن لكل من يريد من ذوي القناعات الإسلامية الالتحاق بأي حزب من الأحزاب السياسية القائمة في البلاد ممن يأنس في التفاعل مع مبادئها وبرامجها. وهذا هو الوجه الصحيح لوضع حد نهائي لاحتكار الصفة الإسلامية من قبل الحركة في البلاد وتوظيفها للمسألة السياسية في إطار السياق على السلطة. وهذا من جهة أخرى يضع حدا للازدواجية المقيتة التي قسمت المجتمع التونسي إلى جزئين متعارضين، إسلامي وغير إسلامي، ويفسح المجال للمجتمع بأسره أن يتطور بهدوء وموضوعية وواقعية في اتجاه معتقده و دينه ويتصالح كوحدة مع ثقافته وهويته.

وفي العموم فإن ما تراه قيادة الحركة كأخطاء فادحة فصلت بموجها صالح كركر من الحركة التي ساهم هذا الأخير في تأسيسها بقسط وافر، يراها كركر أمورا ملحة في منتهى الإلحاحية من أجل التجديد والنهوض بالإسلام وبالسياسة معا في البلاد.

فهل سيضع قرار الفصل هذا حدا لهذا التوجه ويعيق مسيرته، أم على العكس سيزيده زخما وسيدفع بالكثيرين إلى الالتفاف حوله؟ إن مستقبل الأيام هو وحده الكفيل بالجواب الصحيح على هذا التساؤل.

لكن إلى جانب ذلك هناك ثوابت لا بد من التذكير بها.

أولها أن الممنوع هو دائم مرغوب فيه. وقد ساهم المنع و المصادرة على مر التاريخ وفي غالب الأحيان في مزيد الرواج للفكرة الممنوعة والمضطهدة ولأصحابها، خاصة إذا كانت الفكرة إيجابية بناءة مندرجة ضمن سنة التطور والتجديد التي يقوم عليها الكون وحركة التاريخ فيه. أما الثابتة الثانية فتتمثل في كون أن صاحب الفكرة الجديدة هو دائما في موقع الهجوم بينما المصادر لها والمضطهد لأصحابها هو دائما في موقع الدفاع. وقد علمنا التاريخ أن الحروب غالبا ما تحسم لصالح المهاجم حيث يصعب للمدافع أن يربح حربا تدور رحاها على أرضه. ومن تلك الثوابت أيضا يمكننا أن نذكر أن البقاء في عالم الأفكار، كما في عالم الأحياء، هو في الغالب لصالح أكثرها وضوحا و واقعية واستجابة لمصالح الخلق.

وهكذا فإن مسألة فصل صالح كركر عن حركة النهضة ليست مسألة تنظيمية تافهة ولا هي مسألة صراع بين شخصين على زعامة حركة ولا هي أيضا مسألة تكتيك سياسي افتعلته الحركة لقضاء بعض المآرب السياسية كما يروق للبعض أن يتخيله. إنما هي مسألة جوهرية في منتهى الدقة والأهمية، هي مسألة صراع طبيعي و منطقي بين التقليد والجمود والانغلاق من جانب وبين التجديد والإبداع والمرونة والتيسير على الخلق من جاب آخر.

وإذا فهمنا المسألة على هذا الأساس فيصبح بذلك الطريق في هذه المسألة واضحا أمامنا، وكذلك لمن من كلا الطرفين ستكتب الغلبة في النهاية، وهنا لسنا نتكلم على مستوى الأشخاص والأفراد وإنما على مستوى أهم بكثير، على مستوى الأفكار والتوجهات. إلا أن حصول ذلك سوف لن يكون هينا.

ويؤكد لنا صالح كركر تمسكه بالإسلام كمعتقد ودين للشعب وكنظام أخلاقي وتربوي فريد في نوعه في بناء النفس البشرية الشفافة والمستقيمة وكمصدر استلهام واستنباط للمجتمع بأسره في كل أوجه حياته إذا ما استعمل على أحسن وجه تلك الملكة التي خلقه الله تعالى بها و ميزه بها على بقية المخلوقات، ألا وهي العقل.

            جمع من أعضاء فضاء الحوار من أجل الحريات و الديمقراطية في تونس

                            الذي يقوم بتنشيطه صالح كركر

25 ـ 11 ـ 2002

افتتاحية المناضل:العدد الثاني عشر

 

Victoire de la Justice et de la Vérité

par Mahbouba Merchaoui,

mercredi 26 octobre 2011, 16:26

C’est avec une joie immense que nous venons d’apprendre que l’Etat français a enfin décidé de lever l’assignation à résidence frappant Salah Karkar, l’un des membres fondateurs d’Ennahdha. Salah Karkar retrouve donc, après 18 ans, sa liberté d’aller et venir, du moins sur le territoire français. Pour que cette liberté soit totale, les autorités françaises doivent à présent lui octroyer un titre de séjour afin que Salah Karkar puisse retourner en Tunisie après 24 ans d’exil forcé.

Toutes nos félicitations à chikh Salah Karkar, à notre soeur Samira, son épouse et à ses enfants.

Tunisiens pour la réhabilitation de Salah Karkar

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  Depuis le salon des Karker, au 7e étage d’une HLM d’Eaubonne (Val-d’Oise), la vue sur le quartier populaire des Dures Terres est imprenable. Ce paysage, Salah Karker le connaît par cœur. L’homme ne sort plus de chez lui. Ou sinon pour de petites balades devant l’immeuble, «quelques minutes seulement, après il a des vertiges», dit sa femme, Samira, qui lui consacre tout son temps.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

 Médiapart: article publié le lundi 19 septembre 2011

Le 11 octobre 1993, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire français a signé à l’encontre de Salah Karker deux arrêtés :

Le premier : « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ;

Le second : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ».

Le 30 octobre 1993 à 9 heures du matin, la police française arrête Salah Karker à son domicile et le conduit dans l’île d’Ouessant, au large de Brest.

Salah Karker, le cofondateur du MTI en 1981, celui qui l’a dirigé au milieu des années 1980 et particulièrement lors des préparatifs du coup d’Etat de 1987 (8 novembre) , le réfugié politique en France en 1988, le banni de son mouvement en 1993,( mesure qui ne devient officielle qu’en 2002), vit, depuis bientôt dix huit ans, un exil dans l’exil et ne doit son retour dans sa famille qu’à un accident vasculaire cérébral qui a failli l’emporter. Pourchassé par le régime tunisien, il fut, selon les révélations récentes d’un ancien officier des services spéciaux tunisiens, l’un des trois opposants tunisiens, réfugiés politiques en France, à devoir subir la vindicte du dictateur de Carthage en 1991.

Dans cet excellent papier, Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix nous présentent Salah Karker, « l’oublié de la révolution tunisienne ». 

Prochainement, je ferais connaître  Salah Karkar, le dirigeant politique qui n’a pas hésité à assumer courageusement ses responsabilités dans certains événements, qui a fait son mea culpa et qui a profondément changé, allant jusqu’à préconiser pour son ancien mouvement, dès le début des années 2000, la voie que semble adopter sa direction actuelle, non sans un certain opportunisme électoral.

Salah Karkar   « l’oublié de ses frères » aussi et tel que je l’ai connu à partir de 1991.

Ahmed Manai

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 Salah Karker, l’oublié de la révolution tunisienne

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

 Article publié le lundi 19 septembre 2011

 Depuis le salon des Karker, au 7e étage d’une HLM d’Eaubonne (Val-d’Oise), la vue sur le quartier populaire des Dures Terres est imprenable. Ce paysage, Salah Karker le connaît par cœur. L’homme ne sort plus de chez lui. Ou sinon pour de petites balades devant l’immeuble, «quelques minutes seulement, après il a des vertiges», dit sa femme, Samira, qui lui consacre tout son temps.

Salah Karker a 63 ans, mais il fait bien plus. Un accident vasculaire cérébral en 2005 l’a gravement handicapé. Selon son médecin, il est hémiplégique du côté droit, ne peut plus «verbaliser les pensées et les émotions», souffre d’«hypotonie», une intense fragilité musculaire.

Karker fut dans les années 1980 une tête pensante du mouvement islamiste tunisien. Un des fondateurs en 1989 de ce qui allait devenir «Ennahda» (Renaissance), parti interdit sous Ben Ali, à nouveau autorisé depuis la révolution. Mais aujourd’hui, il ne peut plus lire ni écrire, parle avec d’immenses difficultés. Cherche ses mots pendant de longues secondes. Les trouve rarement, tant son vocabulaire est limité. Samira l’encourage.  «Que veux tu dire, Salah?» Il lève les bras, dans un geste d’impuissance, rictus gêné.

Pour les autorités françaises, Salah Karker reste pourtant un dangereux islamiste. Malgré la révolution de janvier 2011 en Tunisie, l’Etat français n’a toujours pas abrogé l’assignation à résidence décidée en 1993 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Les anciens chefs politiques d’Ennahda sont revenus d’exil après la révolution, ils sont même candidats aux élections de l’Assemblée constituante, prévues le 23 octobre. Mais la France continue d’avoir peur de Salah Karker. Assigné à résidence à son propre domicile, il ne peut quitter le territoire communal.

Son avocat, Jean-Daniel Dechezelles, a déposé un nouveau recours en février auprès du ministère de l’intérieur. Pas de nouvelles, depuis, des autorités, sauf pour demander des pièces complémentaires.

Contacté, le service de presse du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, indique que «la demande d’abrogation de l’arrêté d’expulsion et par voie de conséquence de l’assignation à résidence est instruite par les services», sans faire davantage de commentaires. «Il faut arrêter de m’embêter, de m’accuser, articule péniblement Karker. Il faut me laisser vivre ma vie, maintenant.»«Vivre ta vie, mais quelle vie, Salah? Tu ne peux même plus sortir…», lui répond Samira.

Depuis 1993, Salah Karker n’est plus libre de ses mouvements. Guerre civile en Algérie, attentats… La France vit alors dans la hantise de l’islamisme. Le ministre de l’intérieur, Charles Pasqua, se fait fort de traquer les réseaux islamistes en France. En octobre 1993, le ministre signe de sa main un arrêté d’expulsion en «urgence absolue». «Salah Karker (…) apporte un soutien actif à un mouvement terroriste présent en France et dans d’autres pays européens. En raison de l’ensemble de son comportement, l’expulsion de cet étranger constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique.»

Pourtant – et Pasqua le sait bien –, Karker est inexpulsable: condamné à mort en Tunisie en 1987, il a fui et obtenu l’asile politique en France l’année suivante. Le ministre de l’intérieur signe donc un second arrêté qui l’assigne à résidence dans le Finistère. Charge au préfet de lui trouver un point de chute. A l’époque, la France et la Tunisie de Ben Ali travaillent main dans la main pour lutter contre les islamistes – en Tunisie, la répression est féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. «Ben Ali était un bon supplétif des Occidentaux notamment dans la lutte contre les islamistes», rappelle Jean-Daniel Dechezelles. Selon lui, l’ordre de neutraliser Karker est venu directement du Palais de Carthage. «C’était un accord tacite entre les deux Etats», dénonce Salah Karker. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire

Pour le chef islamiste, c’est le début d’une longue succession de résidences surveillées en France. Le préfet du Finistère, Christian Frémont (aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée), l’envoie d’abord au large, sur l’île d’Ouessant. Puis le rapatrie sur le continent, dans un hôtel de Brest, avec plusieurs agents des renseignements généraux pour le surveiller en permanence – la facture est alors estimée à un million de francs par an, selon un syndicat de police.

Karker est ensuite expédie à l’autre bout de la France: Saint-Julien-de-Chapteuil et Cayres (Haute-Loire), puis Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), où il restera près de dix ans. «Ils choisissaient les endroits les plus éloignés pour qu’ils soient difficiles d’accès», raconte Jaafar Karker, 32 ans, l’aîné des six enfants de la famille, ingénieur en Suisse. «Une fois, on a même dû sortir des banderoles pour que les RG se décident à venir nous chercher à la gare», se rappelle Samira.

La famille a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Tout au long de ces années, Karker est resté dans une zone grise du droit: assigné à résidence sans être sous le coup de la moindre procédure judiciaire. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire. «Si je suis coupable d’avoir commis des actes délictueux; ma place n’est pas dans une chambre d’hôtel mais en prison. Lorsque je demande ce que l’on compte faire de moi, je n’ai droit qu’au silence», explique-t-il au Provençal en 1995.

Le 15 janvier 2005, Salah Karker fait un accident vasculaire cérébral. La surveillance policière s’est relâchée. De longues heures se passent avant qu’il ne soit emmené à l’hôpital de Digne. L’hémorragie a comprimé le cerveau. Un mois de coma. Les séquelles sont lourdes. Pendant quelque temps, Karker perd la mémoire. Il l’a aujourd’hui retrouvée, en partie seulement.

Malgré ce grave incident de santé, la France n’a jamais abrogé les arrêtés de 1993. Tout au plus Karker est-il autorisé à rentrer chez lui. En 2007, sa femme intente un nouveau recours. «Sa présence est toujours de nature à menacer gravement l’ordre public», lui répond le ministère de l’intérieur. «L’Etat n’annule jamais ses propres décisions. Ce serait reconnaître que la France a pris un jour une décision inique sur le plan juridique et des droits de l’homme», dénonce l’avocat. «C’est injuste… c’est déplorable… c’est absurde… Moi je suis toujours ici, je ne fais que dire la même chose, mais les diplomates français ne veulent pas voir», dit Salah Karker, épuisé – «au bout de vingt minutes, il fatigue», explique sa femme.

Salah Karker n’a ni carte de séjour ni revenus, à part l’aide médicale d’Etat qui prend en charge ses soins. Le couple vit grâce aux dons de ses enfants et au RSA de Samira, à qui la France refuse la nationalité au motif qu’elle vit de prestations sociales et qu’elle soutient «les théories développées par [son] époux». «Si, actuellement, la position officielle de l’organisation Ennadha vise à promouvoir, à travers des moyens légaux et pacifiques, la cause de l’islam en Tunisie, son objectif, à la fin des années 1980, était de s’emparer du pouvoir par les armes afin d’y instaurer un Etat islamique», lui a écrit en avril 2010 un haut fonctionnaire du ministère de l’immigration.

Fondateur en 1981 du Mouvement de la tendance islamique (MTI) devenu ensuite Ennahda, Salah Karker reste comme ses anciens camarades Rached Ghannouchi ou Abdelfattah Mourou un personnage contesté en Tunisie. Dans les années 1980, Karker et ses amis défendaient un islam radical. Karker a été emprisonné trois ans sous Bourguiba, période où la répression anti-islamiste battait son plein. Certains voient la main du parti derrière les attentats des 2 et 3 août 1987 à Monastir et Sousse, dans lesquels treize personnes avaient été blessées.

 

Mais aujourd’hui, le paysage est bien différent. .Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, parti qui pourrait réaliser un score substantiel aux élections à la Constituante du 23 octobre, se revendique d’un islam ouvert, sur le modèle de l’AKP en Turquie. Quant à Salah Karker, il a depuis plusieurs années renoncé à l’Etat islamique. «Il a eu le temps de réfléchir…», dit son fils Jaafar. «Je me suis dit au début des années 2000 que l’urgence, c’était un Etat de droit… que Ben Ali s’en aille», dit Karker. «Il faut laïciser le mouvement islamiste, expliquait-il à Libération en 2002, avant son AVC. Islamiste, je n’aime pas le mot.

Je suis tunisien, musulman pratiquant, démocrate, prônant la séparation de l’Etat et de la religion.»

Ennahda l’a même exclu en 2002, jugeant ses propos trop édulcorés. Il entretient désormais des relations polies, sans plus, avec ses anciens amis.

Vu son état, Salah Karker a de toute façon renoncé à l’activité politique. «Moi je ne fais rien parce que je ne peux ni parler, ni réfléchir.» Quant on lui demande ce qu’il pense de la révolution, son visage s’éclaire. «Je suis content… Ben Ali c’est fini, comme par miracle… La révolution, c’est une joie pour tout le peuple tunisien…. Elle avance tout doucement.»

Salah Karker voudrait juste retourner une fois en Tunisie, ce pays qu’il a quitté en 1988. «Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop», soupire Samira. A condition, évidemment, que le ministère de l’intérieur lève enfin l’assignation à résidence à laquelle Karker, prisonnier sans jugement ni prison, est assujetti depuis dix-huit ans.

Mediapart

 

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2 commentaires sur “Samira Karkar : « Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop » !

  1. Samira Karkar: « Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop » !
    C’est avec une joie immense que nous venons d’apprendre que l’Etat français a enfin décidé de lever l’assignation à résidence frappant Salah Karkar, l’un des membres fondateurs d’Ennahdha. Salah Karkar retrouve donc, après 18 ans, sa liberté d’aller et venir, du moins sur le territoire français. Pour que cette liberté soit totale, les autorités françaises doivent à présent lui octroyer un titre de séjour afin que Salah Karkar puisse retourner en Tunisie après 24 ans d’exil forcé.
    Toutes nos félicitations à chikh Salah Karkar, à notre sœur Samira, son épouse et à ses enfants.
    Tunisiens pour la réhabilitation de Salah Karkar
    Salah Karkar, retrouve sa liberté après dix huit ans de résidence surveillée
    https://tunisitri.wordpress.com/2011/10/23/samira-karkar-%C2%AB-une-semaine-et-je-le-ramene-pour-pas-quil-fatigue-trop-%C2%BB/#more-4011

    Dix huit ans après notre « Appel pour le retour de Salah Karkar dans sa famille », nous lançons un nouvel appel pour la réhabilitation et le rétablissement de Salah Karkar, dans ses droits les plus élémentaires, de citoyen tunisien, hier réfugié politique et aujourd’hui résidant régulièrement en France !

    Rappelons le contexte politique de l’époque :

    Salah Karkar, activiste islamiste notoire dans les années 70 et cofondateur du mouvement de la tendance islamique (MTI) en 1981, président de ce mouvement en 1987, fuit la Tunisie la même année pour se réfugier en France où il obtînt l’asile politique en 1988. Entre temps il est condamné à mort par contumace dans son pays.

    Le coup d’Etat du 7 novembre 1987 du Général Ben Ali, à l’époque premier ministre, permit à de nombreux réfugiés politiques islamistes, dont Hamadi Jebali, l’actuel secrétaire général du Nahdha, de rentrer au pays. Salah Karkar et certains de ses camarades cofondateurs du MTI, comme Habib Mokni, ou des dirigeants en vue tels que Lazhar Abab, Fouad Mansour Kacem, Abdel Majid Mili et d’autres demeurèrent en exil, le premier parce qu’il a été rattrapé par une autre affaire de coup d’Etat, fomenté par le MTI, et dont l’exécution était prévue pour le 8 novembre 1987, le second, par méfiance du nouveau locataire de Carthage et les autres pour convenance personnelle.

    Cette affaire, dite « Groupe Sécuritaire », dans laquelle 156 militaires, policiers, douaniers et civils furent impliqués, n’eut pas de suite judiciaire et connut un dénouement politique heureux. Entre 1988 et 1989 tous les membres du groupe sécuritaire et les derniers prisonniers du MTI, à leur tête Rached Ghannouchi, sont libérés et par la suite amnistiés.

    Le nouveau pouvoir prit de nombreuses mesures pour décontracter le climat politique dans le pays, y compris vis-à-vis du MTI- Nahdha(1988), mais n’alla pas jusqu’à sa légalisation. Après les élections législatives d’avril 1989, auxquelles Nahdha participa indirectement en soutenant des listes indépendantes, Rached Ghannouchi, en désaccord avec ses camarades, choisit de s’exiler et se retrouve, au bout de deux années, dans une double confrontation, avec Salah Karkar, d’un côté …et le pouvoir tunisien de l’autre.

    C’est qu’entre-temps, ce dernier révéla avoir découvert, au mois de mai 1991, une deuxième tentative de coup d’Etat du mouvement islamiste et se lança dans une politique de répression féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. Des centaines d’islamistes durent fuir le pays et se retrouvèrent l’objet de surenchères entre les diverses factions rivales de leur mouvement, dans les pays d’accueil.

    En 1993, un accord entre Ben Ali et Charles Pasqua, le ministre français de l’intérieur, conduisit ce dernier à prendre, en date du 11 octobre 1993, deux mesures contre Salah Karkar. La première, « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ;
    Et la seconde : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ».
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    En même temps, la direction d’Ennahdha, reprise en main par Rached Ghannouchi, préparait une exclusion de salah karkar du mouvement dont il était cofondateur, mesure qu’elle dut sursoir à son exécution et qu’elle ne rendit officielle qu’en 2002.

    Depuis octobre 1993, Salah Karkar vit un exil dans l’exil, sans carte de résidence, ni couverture sociale, et ne doit son retour dans sa famille qu’à l’attaque cérébrale dont il fut victime en 2005.

    La famille Karkar a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Les autorités françaises campent sur leur position et considèrent toujours Salah Karkar comme un homme dangereux pour la sécurité de la France.
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    Or les choses ont changé en Tunisie depuis le 14 janvier2011. Le mouvement Ennahdha, longtemps pourchassé, est légalisé et ambitionne de prendre le pouvoir par les urnes, après avoir longtemps cherché à le prendre par la force. L’accord entre les Etats Tunisien et Français, concernant Salah Karkar, devrait être caduc et ce dernier devrait récupérer son statut de résidant tunisien en France. Son vœu le plus cher ainsi que celui de sa famille, exprimé par Samira, son épouse, est qu’il puisse rentrer dans son pays, juste pour une semaine et revenir en France pour y passer le restant de sa vie!

    Il est de notre devoir de l’y aider :

    Ahmed Manai
    ————————————————————————————————————-
    Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie
    (CDLT)
    25, rue des Rossays. 91 600 Savigny/ Orge
    Tél : 69 05 75 76- Fax : 69 44 06

    Savigny/ Orge le 31 octobre 1993.

    Appel au Retour de Salah Karkar dans sa famille

    Le 11 octobre 1993, le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire français a signé à l’encontre de Salah Karkar deux arrêtés :
    Le premier : « d’expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » ;
    Le second : « d’assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ».
    Le 30 octobre 1993 à 9 heures du matin, la police française arrête Salah Karkar à son domicile et le conduit dans l’île d’Ouessant, au large de Brest.

    Salah Karkar est un citoyen tunisien, dirigeant du mouvement Ennahdha, qui réside paisiblement en France depuis 1987 et y jouit de l’asile politique. Durant cette période, il n’a jamais eu de démêlés avec la justice de son pays d’accueil.
    Il a été, par contre, constamment pourchassé, comme nombre d’opposants tunisiens réfugiés à l’étranger, par les autorités de son pays dont l’un des objectifs avoués de leur politique étrangère est de neutraliser l’action des opposants qui militent en faveur de la démocratie et des libertés. Cet objectif est confirmé par les déclarations publiques des plus hauts responsables tunisiens.
    Salah Karkar figure sur une liste d’une cinquantaine de tunisiens dont l’extradition est demandée par les autorités tunisiennes à la France. Au cours de l’été 1992, Ahmed Kedidi, ancien député et membre du parti au pouvoir du temps de Bourguiba, a ainsi failli être livré au gouvernement tunisien.
    Les signataires :
    Condamnent le fait qu’un réfugié politique soit inquiété sans justification et sur la base de simples allégations d’un régime autoritaire.
    Exigent qu’il soit mis un terme à l’assignation à résidence de Salah Karkar, afin qu’il puisse retourner dans sa famille, en attendant que la justice se prononce sur le fond de l’affaire.
    Considèrent, en tout état de cause, que l’exécution de l’arrêté d’expulsion, vers n’importe quelle destination, mettrait la vie de Salah Karkar en danger, tant est grande la hargne avec laquelle le poursuivent les autorités de son pays d’origine.

    Savigny/ Orge le 31 octobre 1993.

    Premiers signataires :
    Fausto Giudice : journaliste- écrivain ; Gilles Perrault : écrivain ; Mgr Jacques Gaillot : Evêque d’Evreux ; Alain Krivine : Ligue communiste révolutionnaire ( LCR); Djaïz Samir ; Mondher Sfar : Collectif des Communautés Tunisiennes en Europe ; Ali Saïdi : Comité de lutte contre la Répression en Tunisie(Evreux) ; Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples( MRAP) ; Younès Othman : Tunisie : Démocratie Maintenant ; Ali Gâalich ; Mohamed Gzara ; Mohamed Nouri ; Malika Manaï ; Bilel Manaï : étudiant ; Abraham Serfaty ; James Tanneau ; Kenneth Brown(Revue des Peuples Méditerranéens) ; Djaïz Sami : conseiller municipal ; Driss Ridha ; Abdel Majid Mili ; Mohamed Ben Salem ; Sassi ;Nasri ; Salem Boulati ; Khaled Ben M’barek ; Nabi Driss ; Ben Tahar ; Chaabane ; Ahmed Ben Amor ; Tarik Ramadhan ( Suisse) ; Dembolla Martin ; Ginette Skandrani ; Alain Lecœur ; Taleb Mohamed : journaliste ; Alice Bserini ; André Wosak ; Ahmed Manaï : Coordination pour la Défense des Libertés en Tunisie( CDLT).
    Signatures de soutien à envoyer à Ahmed Manaï :

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    Collectif de la Communauté Tunisienne en France

    Paris, le 2 novembre 1993
    Communiqué
    Ce samedi 30 octobre, Salah Karker, membre du parti religieux tunisien Ennahda et réfugié politique en France, vient d’être assigné à résidence surveillée dans l’Ile d’Ouessan dans l’attente de l’exécution d’un arrêté ministériel d’expulsion du territoire français en date du 11 octobre. Cet arrêté reproche au dirigeant islamiste son « soutien à organisation terroriste ».
    Notre collectif émet les plus grandes réserves quant au bien-fondé de ces allégations. Rappelons que les autorités tunisiennes viennent de lancer l’été dernier une campagne publique visant à faire taire la voix des démocrates tunisiens réfugiés en France et en Europe, et ce sous prétexte de s’attaquer au terrorisme. C’est ce même procédé qui a été utilisé jusqu’ici pour sévir contre les démocrates sur le territoire tunisien.
    Dans un premier temps, les autorités tunisiennes ont arrêté deux émigrés tunisiens : Radhouane Erguez et Soufiane Mansouri. On les aurait accusés d’appartenance à une organisation illégale, voire même de s’apprêter à commettre des actes terroristes. Ces accusations s’étant avérées sans fondement, on leur a prêté des dénonciations contre Salah Karker. Ces dernières allégations de dénonciation se sont avérées à leur tour, aussi fallacieuses que les premières, même aux yeux des autorités françaises.
    C’est pourquoi nous considérons que les mesures prises à l’encontre de
    Salah Karker comme n’ayant aucune justification. Nous invitons les autorités
    françaises à la vigilance quant à la campagne menée par le régime tunisien
    contre la démocratie sous prétexte de lutter contre le terrorisme, et ce au risque
    de précipiter la Tunisie dans la guerre civile. Car nous considérons que le
    meilleur remède contre l’extrémisme quel qu’il soit, c’est le dialogue et le
    respect mutuel. _
    Notre collectif lance un appel solennel à tous les démocrates et amis de la Tunisie les invitant à réclamer instamment auprès des autorités françaises l’abrogation de l’arrêté d’expulsion contre Salah Karker. Nous exigeons des autorités tunisiennes la libération immédiate de Radhouane Erguez et Soufiane Mansouri qui attendent encore la fixation de la date de leur procès en Tunisie. Nous aurons exprimé ainsi notre foi dans une Tunisie libre, démocratique et pacifique, loin du terrorisme d’Etat, qu’il soit laïc ou religieux.
    Le Bureau

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    Le Canard Enchaîné :

    10 novembre 1993

    Notre ami de Tunis veut récupérer des immigrés

    Le gouvernement français vient de faire un petit plaisir au président Ben Ali. Depuis deux semaines, Salah Karkar, un responsable islamiste qui a connu les geôles tunisiennes avant de venir en France, est, dans l’attente d’une mesure d’expulsion, assigné à résidence dans l’île d’Ouessant. Vers un pays de son choix, bien sûr.
    Cela fait des années que Ben Ali fait demander par ses ministres, ou par son ambassadeur à Paris, l’arrestation et l’extradition vers Tunis de plusieurs dizaines d’islamistes ou d’opposants divers : une cinquantaine au total en 1991 et 1992.
    Demandes d’extradition. M. Chaabane m’a annoncé une quarantaine de demandes d’extradition consécutives aux procès de l’été dernier. Ces demandes étaient « en cours d’élaboration » et nous seraient présentées le moment venu. Il m’a rappelé qu’une dizaine de requêtes du même type étaient en souffrance à Paris. Elles concernaient notamment MM. KARKAR et MOKNI (depuis 1987 pour ces derniers).
    Extrait du télégramme adressé, au Quai d’Orsay, le 20 octobre 1992, par l’ambassadeur de France à Tunis et faisant état des « revendications » du ministre tunisien de la justice, Sadok Chaabane. On y voit mentionné le nom de Salah Karkar, qui vient d’être assigné à résidence.
    Récidive au début de 1993 : le 19 janvier, l’ambassadeur de Tunisie à Paris réclame onze extraditions, dont celles de sept opposants bénéficiant déjà du statut de réfugié politique.
    Dans une note interne du Quai d’Orsay, la direction du département Afrique du Nord- Moyen-Orient explique cette hargne par « la volonté des autorités tunisiennes de neutraliser l’opposition en exil ». Enfin une autre note du Quai d’Orsay, datée du 15 avril dernier, rappelle que le frère du président tunisien est un trafiquant de drogue :
    Cependant, il convient de prendre en considération le contexte politique actuel des relations franco-tunisiennes, y compris sa composante judiciaire : réactions tunisiennes à la condamnation par défaut à 10 ans de prison du frère du président Ben Ali en décembre dernier.
    Mais Paris ne va tout de même pas demander à notre ami Ben Ali d’extrader son frère.

    Horizon 94 :
    La voix de la Tunisie libre
    N° 2 : janvier 1994

    Les dirigeants Nahdhaouis se terrent :

    L’assignation à résidence de Salah Karkar, la perquisition de sa maison et la menace de son expulsion ont fini de terroriser les dirigeants Nahdhaouis en France. Craignant sans doute pour leur propre sécurité et voulant éviter d’effaroucher les autorités françaises, ils se sont terrés. Aucun geste de solidarité avec leur ami, en dehors de quelques timides et discrets coups de téléphone. Le comble est que le communiqué de R. Ghannouchi à cette occasion, daté du 4 novembre 1993, a été diffusé sous le manteau, avec trois semaines de retard. Cela a valu à certains d’entre eux une savonnade du cheikh depuis Londres.
    Démission ? Non, seulement trop préoccupés par la situation au Tadjikistan, en Afghanistan et pour certains au Merrikhstan. Mais sûr que les affaires n’ont pas chômé !
    Certains d’entre eux préparent actuellement et en toute fraternité une exclusion en bonne et due forme des instances du mouvement Ennahdha, à l’encontre de leur ex-frère de combat. Il semblerait que la lettre que Salah Karkar leur a fait parvenir ( largement diffusée au Bourget) les a un peu dérangés : qui accepterait de se faire taxer de poule mouillée, même Halal ?
    Pourtant, il faudrait s’attendre à de nouvelles commissions rogatoires contre de nouvelles victimes, même celles qui n’ont pas été condamnées jusqu’ici à Tunis, parce qu’il y a une nouvelle loi, qui fait de tout opposant résidant à l’étranger, un terroriste en puissance. Sûr que ceux qui sont incapables de se défendre dans un Etat de droit, le seraient encore plus, dans un Etat despotique.
    Ahmed Manaï
    PETITION
    Nous, militants tunisiens pour la démocratie et les libertés en Tunisie,
    Constatant que:
    1) Le militant et opposant tunisien M. Salah Karker, réfugié politique en France depuis 1988, se trouve depuis le 11 octobre 1993, sous le coup d’une mesure d’as¬signation à résidence et d’expulsion « en urgence absolue ».
    2) Aucune procédure judiciaire n’a jamais été engagée contre M. Karker et que les accusations de terrorisme portées contre le mouvement incriminé – qui se révèle être Ennahdha, dont il est co-fondateur – n’ont reçu aucun début de preuve devant le Tribunal administratif et le Conseil d’Etat.
    Considérant que:
    3) Les accusations portées contre M. Karker reproduisent celles que le pouvoir tunisien n’a cessé, depuis de nombreuses années, de porter contre tous ses détracteurs, hommes politiques et militants des droits de l’homme de tous bords et dont le dernier est M. Mouadda, président du MDS, accusé le 20 décembre 1997 de « tentative de coup d’Etat et d’organisation d’actions terroristes ».
    Estimant que:
    4) M. Karker a droit, dans un pays de droit qui lui a accordé le statut de réfugié poli¬tique, à un procès en bonne et due forme, ou, dans le cas où cela n’est pas justi¬fié, à recouvrer sa liberté et une vie normale/
    En conséquence:
    5) Nous demandons instamment à M. le ministre de l’Intérieur de considérer avec bienveillance la possibilité de lever les mesures administratives prises par ses pré-décesseurs à l’encontre de M. Karker.
    6) Nous réitérons à M. Salah Karker notre soutien collectif dans son combat pour le recouvrement de sa liberté et de son droit à une vie familiale et professionnelle normale.

    COLLECTIF DE LA COMMUNAUTE TUNISIENNE EN EUROPE
    1, rue Cassini, 75014 Paris ; Tel. : 01 43 29 68 98
    Communiqué
    M. Karkcr, .en résidence surveillée à Digne-les-bains, entame une grève de la faim après qu’une surveillance rapprochée lui a été imposée à nouveau.
    Paris, le 9 octobre 1997
    Nous apprenons que M. Salah Karker,. un des dirigeants du mouvement Ennahda, assigné à résidence à Digne-les-bains, a tait l’objet hier d’une mesure de surveillance rapprochée par les services français. On lui a interdit aussi de quitter sa résidence à partir de 22 h.
    M. Karker a écrit à M. le Ministre de l’Intérieur pour protester contre celte mesure, en lui rappelant que cette mesure d’assignation à résidence dure depuis quatre années et qu’elle lui est devenue insupportable. 11 lui a demandé de le relâcher ou de le déférer devant les juridictions françaises au cas où il lui serait reproché un quelconque délit. 11 a informe M. le Ministre de l’Intérieur qu’il entame une grève de la faim jusqu’à ce qu’il soit mis fin à son assignation.
    Notre Collectif exprime sa solidarité avec M. Karker, et demande aux autorités françaises de satisfaire les demandes légitimes de notre concitoyen M. Karker.
    Nous lançons un appel pressant aux organisations humanitaires et aux amis de la Tunisie à exprimer leur soutien aux demandes de M, Karker en écrivant à M. le Ministre de l’Intérieur.
    Contact de M. Salah Karker ;
    Hôtel Saint Michel, Chemin des Alpilles, 04000 Digne-les-bains
    Tel. : 04 92 31 45 66 ; lfax : 04 92 32 16 49.
    Le Président MondherSfar

    Ces quelques actions entreprises en faveur de Salah Karkar au cours des premiers mois qui ont suivi son arrestation et son assignation à résidence, à l’Ile d’Ouessant dans un premier temps puis à Brest.

    Le groupe composé de Abdel Majid Mili, Ali Gâalich, Mohamed Gzara et Ahmed Manai, lui a rendu une visite de solidarité et de soutien, à l’île d’Ouessant, la première semaine de son assignation à résidence dans cette île française au large de l’océan Atlantique.
    Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix
    Médiapart
    lundi 19 septembre 2011
    Depuis le salon des Karker, au 7e étage d’une HLM d’Eaubonne (Val-d’Oise), la vue sur le quartier populaire des Dures Terres est imprenable. Ce paysage, Salah Karker le connaît par cœur. L’homme ne sort plus de chez lui. Ou sinon pour de petites balades devant l’immeuble, «quelques minutes seulement, après il a des vertiges», dit sa femme, Samira, qui lui consacre tout son temps.
    Salah Karker a 63 ans, mais il fait bien plus. Un accident vasculaire cérébral en 2005 l’a gravement handicapé. Selon son médecin, il est hémiplégique du côté droit, ne peut plus «verbaliser les pensées et les émotions», souffre d’«hypotonie», une intense fragilité musculaire.
    Karker fut dans les années 1980 une tête pensante du mouvement islamiste tunisien. Un des fondateurs en 1981 de ce qui allait devenir «Ennahda» (Renaissance), parti interdit sous Ben Ali, à nouveau autorisé depuis la révolution. Mais aujourd’hui, il ne peut plus lire ni écrire, parle avec d’immenses difficultés. Cherche ses mots pendant de longues secondes. Les trouve rarement, tant son vocabulaire est limité. Samira l’encourage. «Que veux-tu dire, Salah?» Il lève les bras, dans un geste d’impuissance, rictus gêné.
    Pour les autorités françaises, Salah Karker reste pourtant un dangereux islamiste. Malgré la révolution de janvier 2011 en Tunisie, l’Etat français n’a toujours pas abrogé l’assignation à résidence décidée en 1993 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Les anciens chefs politiques d’Ennahda sont revenus d’exil après la révolution, ils sont même candidats aux élections de l’Assemblée constituante, prévues le 23 octobre. Mais la France continue d’avoir peur de Salah Karker. Assigné à résidence à son propre domicile, il ne peut quitter le territoire communal.
    Son avocat, Jean-Daniel Dechezelles, a déposé un nouveau recours en février auprès du ministère de l’intérieur. Pas de nouvelles, depuis, des autorités, sauf pour demander des pièces complémentaires.
    Contacté, le service de presse du ministre de l’intérieur, Claude Guéant, indique que «la demande d’abrogation de l’arrêté d’expulsion et par voie de conséquence de l’assignation à résidence est instruite par les services», sans faire davantage de commentaires. «Il faut arrêter de m’embêter, de m’accuser, articule péniblement Karker. Il faut me laisser vivre ma vie, maintenant.»«Vivre ta vie, mais quelle vie, Salah? Tu ne peux même plus sortir…», lui répond Samira.
    Depuis 1993, Salah Karker n’est plus libre de ses mouvements. Guerre civile en Algérie, attentats… La France vit alors dans la hantise de l’islamisme. Le ministre de l’intérieur, Charles Pasqua, se fait fort de traquer les réseaux islamistes en France. En octobre 1993, le ministre signe de sa main un arrêté d’expulsion en «urgence absolue». «Salah Karker (…) apporte un soutien actif à un mouvement terroriste présent en France et dans d’autres pays européens. En raison de l’ensemble de son comportement, l’expulsion de cet étranger constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique.»
    Pourtant – et Pasqua le sait bien –, Karker est inexpulsable: condamné à mort en Tunisie en 1987, il a fui et obtenu l’asile politique en France l’année suivante. Le ministre de l’intérieur signe donc un second arrêté qui l’assigne à résidence dans le Finistère. Charge au préfet de lui trouver un point de chute. A l’époque, la France et la Tunisie de Ben Ali travaillent main dans la main pour lutter contre les islamistes – en Tunisie, la répression est féroce, à coup d’emprisonnements et de torture. «Ben Ali était un bon supplétif des Occidentaux notamment dans la lutte contre les islamistes», rappelle Jean-Daniel Dechezelles. Selon lui, l’ordre de neutraliser Karker est venu directement du Palais de Carthage. «C’était un accord tacite entre les deux Etats», dénonce Salah Karker. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire
    Pour le chef islamiste, c’est le début d’une longue succession de résidences surveillées en France. Le préfet du Finistère, Christian Frémont (aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Elysée), l’envoie d’abord au large, sur l’île d’Ouessant. Puis le rapatrie sur le continent, dans un hôtel de Brest, avec plusieurs agents des renseignements généraux pour le surveiller en permanence – la facture est alors estimée à un million de francs par an, selon un syndicat de police.
    Karker est ensuite expédie à l’autre bout de la France: Saint-Julien-de-Chapteuil et Cayres (Haute-Loire), puis Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), où il restera près de dix ans. «Ils choisissaient les endroits les plus éloignés pour qu’ils soient difficiles d’accès», raconte Jaafar Karker, 32 ans, l’aîné des six enfants de la famille, ingénieur en Suisse. «Une fois, on a même dû sortir des banderoles pour que les RG se décident à venir nous chercher à la gare», se rappelle Samira.
    La famille a multiplié les recours devant le Conseil d’Etat, la Cour de cassation, la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Sans succès. Tout au long de ces années, Karker est resté dans une zone grise du droit: assigné à résidence sans être sous le coup de la moindre procédure judiciaire. Une situation absurde, aussi légale qu’arbitraire. «Si je suis coupable d’avoir commis des actes délictueux; ma place n’est pas dans une chambre d’hôtel mais en prison. Lorsque je demande ce que l’on compte faire de moi, je n’ai droit qu’au silence», explique-t-il au Provençal en 1995.
    Le 15 janvier 2005, Salah Karker fait un accident vasculaire cérébral. La surveillance policière s’est relâchée. De longues heures se passent avant qu’il ne soit emmené à l’hôpital de Digne. L’hémorragie a comprimé le cerveau. Un mois de coma. Les séquelles sont lourdes. Pendant quelque temps, Karker perd la mémoire. Il l’a aujourd’hui retrouvée, en partie seulement.
    Malgré ce grave incident de santé, la France n’a jamais abrogé les arrêtés de 1993. Tout au plus Karker est-il autorisé à rentrer chez lui. En 2007, sa femme intente un nouveau recours. «Sa présence est toujours de nature à menacer gravement l’ordre public», lui répond le ministère de l’intérieur. «L’Etat n’annule jamais ses propres décisions. Ce serait reconnaître que la France a pris un jour une décision inique sur le plan juridique et des droits de l’homme», dénonce l’avocat. «C’est injuste… c’est déplorable… c’est absurde… Moi je suis toujours ici, je ne fais que dire la même chose, mais les diplomates français ne veulent pas voir», dit Salah Karker, épuisé – «au bout de vingt minutes, il fatigue», explique sa femme.
    Salah Karker n’a ni carte de séjour ni revenus, à part l’aide médicale d’Etat qui prend en charge ses soins. Le couple vit grâce aux dons de ses enfants et au RSA de Samira, à qui la France refuse la nationalité au motif qu’elle vit de prestations sociales et qu’elle soutient «les théories développées par [son] époux». «Si, actuellement, la position officielle de l’organisation Ennadha vise à promouvoir, à travers des moyens légaux et pacifiques, la cause de l’islam en Tunisie, son objectif, à la fin des années 1980, était de s’emparer du pouvoir par les armes afin d’y instaurer un Etat islamique», lui a écrit en avril 2010 un haut fonctionnaire du ministère de l’immigration.
    Fondateur en 1981 du Mouvement de la tendance islamique (MTI) devenu ensuite Ennahda, Salah Karker reste comme ses anciens camarades Rached Ghannouchi ou Abdelfattah Mourou un personnage contesté en Tunisie. Dans les années 1980, Karker et ses amis défendaient un islam radical. Karker a été emprisonné trois ans sous Bourguiba, période où la répression anti-islamiste battait son plein. Certains voient la main du parti derrière les attentats des 2 et 3 août 1987 à Monastir et Sousse, dans lesquels treize personnes avaient été blessées.

    Mais aujourd’hui, le paysage est bien différent. .Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahda, parti qui pourrait réaliser un score substantiel aux élections à la Constituante du 23 octobre, se revendique d’un islam ouvert, sur le modèle de l’AKP en Turquie. Quant à Salah Karker, il a depuis plusieurs années renoncé à l’Etat islamique. «Il a eu le temps de réfléchir…», dit son fils Jaafar. «Je me suis dit au début des années 2000 que l’urgence, c’était un Etat de droit… que Ben Ali s’en aille», dit Karker. «Il faut laïciser le mouvement islamiste, expliquait-il à Libération en 2002, avant son AVC. Islamiste, je n’aime pas le mot.
    Je suis tunisien, musulman pratiquant, démocrate, prônant la séparation de l’Etat et de la religion.»
    Ennahda l’a même exclu en 2002, jugeant ses propos trop édulcorés. Il entretient désormais des relations polies, sans plus, avec ses anciens amis.
    Vu son état, Salah Karker a de toute façon renoncé à l’activité politique. «Moi je ne fais rien parce que je ne peux ni parler, ni réfléchir.» Quant on lui demande ce qu’il pense de la révolution, son visage s’éclaire. «Je suis content… Ben Ali c’est fini, comme par miracle… La révolution, c’est une joie pour tout le peuple tunisien…. Elle avance tout doucement.»
    Salah Karker voudrait juste retourner une fois en Tunisie, ce pays qu’il a quitté en 1988. «Une semaine, et je le ramène pour pas qu’il fatigue trop», soupire Samira. A condition, évidemment, que le ministère de l’intérieur lève enfin l’assignation à résidence à laquelle Karker, prisonnier sans jugement ni prison, est assujetti depuis dix-huit ans.
    Mediapart

    25-11-2002
    قراءة في قرار النهضة فصل صالح كركر من صفوفها
    https://tunisitri.wordpress.com/2011/07/26/salah-karkar-qui-sen-souvient/#more-3439/

  2. تونس: أعضاء في حركة النهضة يرفضون قرارا للغنوشي بتجميد عضوية كركر
    تونس: «الشرق الأوسط»
    اثار قرار المجلس المركزي لحركة النهضة الاسلامية (المحظورة) في تونس بتجميد عضوية صالح كركر، احد القياديين البارزين في الحركة، ردود فعل متنوعة لدى اعضاء الحركة داخل تونس، اذ اعتبر بعضهم ان القرار الصادر بتوجيهات من راشد الغنوشي زعيم الحركة، والمقيم في لندن ملزما بالنسبة لهم، مثله مثل قرارات ومواقف اخرى بعد المؤتمر السابع للحركة والذي لم يعقد في صيف عام 2001 في لندن.
    وانتقد هؤلاء قرار المجلس المركزي بتجميد عضوية كركر.. وقالوا: «هل كان من المفروض الا يصل هذا الامر الى حد افتضاح الخلاف بين كركر والغنوشي على اعمدة الصحف».
    واكدوا لـ«الشرق الأوسط» ان راشد الغنوشي قيادة تاريخية لحركة النهضة وليس قيادة سياسية، وبالتالي فانه ليس من الضروري الانصياع لقراراته واوامره، وخاصة ان للحركة في تونس اولويات تختلف عن اولويات المقيمين في الخارج من اعضائها. ويرى بعض المقربين من حركة النهضة في تونس انه لأول مرة يحدث مثل هذا الخلاف في صفوف الحركة منذ نشأتها في بداية الثمانينات وخاصة بين زعيمها الغنوشي وصالح كركر الذي يعد بمثابة الرجل الثاني والمسؤول عن الجناح العسكري فيها، وهو ما يعتبر في نظرهم مؤشرا على دخول الحركة في دوامة الصراعات التي قد تؤدي في النهاية الى انقسامها.
    واشاروا الى ان الخلاف بين الغنوشي وكركر الذي يقيم في الخارج منذ التسعينات قد بدأ في المؤتمر السابع للحركة حول العديد من القضايا، وبشكل خاص قضية تحرير المرأة، وانتماء اعضاء حركة النهضة الى تشكيلات سياسية علمانية في تونس على غرار احزاب المعارضة المعترف بها قانونيا، وهو ما يعني تجاوز حركة النهضة التي يرى كركر انها غير قادرة من الناحية الآيديولوجية على التعايش داخل مجتمع منفتح.
    ولاقت افكار كركر وطروحاته تجاوبا لدى عدد كبير من كوادر النهضة الذين انضموا الى حزب معارض محظور في تونس وهو حزب «المؤتمر من اجل الجمهورية» الذي يتزعمه الدكتور منصف المرزوقي.
    ويرى المراقبون ان تغييرات قد طرأت على مواقف صالح كركر الذي كان يمثل الجناح المتشدد داخل حركة النهضة، والمسؤول عن جناحها العسكري بعد اقامته في فرنسا وتأثره بالمناخ الاجتماعي السائد هناك فضلا عن طبيعة العلاقات الاجتماعية التي اقامها مع المجتمع الفرنسي، فيما بقي راشد الغنوشي بمساندة وليد البناني متمسكا بحركة النهضة، ومعارضا بشدة لانفتاح اعضائها على الاحزاب العلمانية.
    ويرى اعضاء من حركة النهضة ان الغنوشي يعارض ويحرم على اعضاء الحركة القيام بما قام به هو شخصيا من تحالف مع قيادات سياسية تونسية معارضة في الخارج، على غرار اقامة التحالف الوطني الديمقراطي مع محمد مواعدة الامين العام السابق لحركة الديمقراطيين الاشتراكيين.
    ويتوقع المراقبون ان يرد صالح كركر على قرار المجلس المركزي لحركة النهضة بتجميده، بتشكيل حزب سياسي جديد يكون بديلا عن النهضة، ويضم في داخله الكثير من كوادر الحركة الموالين له اضافة الى شخصيات وتيارات سياسية علمانية، مما يعتبر مقدمة وتمهيدا لاقامة حوار وتقارب مع الاحزاب السياسية الاخرى في تونس.
    وفي المقابل هناك من يرى ان ما حدث بين الغنوشي وكركر مجرد ازمة مفتعلة لها اهداف اخرى، ربما تفصح عن حقيقتها الايام المقبلة.
    يذكر ان صالح كركر كان قد حوكم غيابيا في تونس مع عدد كبير من كوادر حركة النهضة عام 1991 بتهمة محاولة قلب نظام الحكم وصدر ضده حكم بالسجن المؤبد.
    السبـت 18 رمضـان 1423 هـ 23 نوفمبر 2002 العدد 8761

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