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Tunisie 1987: Moncef Bensalem/Groupe sécuritaire du MTI.


BENSALEM

 

Le Groupe sécuritaire

 Le Groupe s’est fixé un seul objectif : écarter du pouvoir Bourguiba et tous ceux qui sont dans sa voie. Quant aux moyens pour y parvenir, ils étaient  pacifiques autant que cela était possible. C’est ainsi que nous avons fait ramener de l’étranger cinq mille (5.000) bombes lacrymogènes que nous avons testé sur  nos personnes  pour nous assurer  qu’elles ne feraient pas trop de mal aux personnes visées. Le rôle de la bombé lacrymogène est de neutraliser la personne visée pendant une demi heure.

Un mot…

J’ai entendu parler du docteur Moncef Ben Salem pour la première fois en juillet 1991. Un jeune étudiant  tunisien( Radwene Masmoudi) que j’ai rencontré à Washington, m’avait remis un dossier volumineux concernant ce dernier et m’avait demandé d’essayer de  faire quelque chose pour ce brillant scientifique, incarcéré pour ses idées.  Il s’agissait de rapports d’Ong, de lettres de soutien à l’intéressé émanant de scientifiques et d’institutions  universitaires et d’autres destinées au président de la République tunisienne sollicitant la libération du détenu.

Je n’ai rien fait jusqu’au mois de juin 2002, date à laquelle j’ai reçu une lettre d’un membre du Comité de soutien à Moncef Ben Salem m’invitant à agir, les conditions de l’intéressé s’étant entre temps dégradées.  J’ai alors écrit une lettre au docteur Ben Salem pour l’inviter à se faire connaître plus clairement,  ne pouvant le présenter aux Ong comme un militant des droits humains et un scientifique, réprimé pour ses idées et sa science, comme on le présente souvent, alors qu’il était  le chef du Groupe sécuritaire, qui avait planifié un coup d’État en 1987.

Dans l’attente, j’avais engagé une affaire auprès de l’UNESCO au mois d’août 2002. http://www.tunisitri.net/lette-appel/lettre8.htm/

En date du 26/03/2003, j’ai reçu du docteur Ben Salem un document d’une cinquantaine de pages, dont trois (3) traitaient directement de l’affaire du Groupe sécuritaire. C’est la traduction de ce texte de trois pages, que je livre aux tunisiens, vingt trois ans après les faits, convaincu qu’ils ont le droit et le devoir de savoir …

Au cours de ces dernières années j’ai enquêté sur cette affaire notamment auprès de certains anciens officiers exilés, impliqués dans cette mésaventure ainsi qu’auprès de Salah Kerker, président du MTI jusqu’au mois d’octobre 1987. Le plus illustre d’entre eux, l’ancien capitaine et récidiviste Abdel Hamid Addassi,  auquel j’avais envoyé le texte de Ben Salem en 2006, me répondît que « c’était   vrai mais un peu exagéré » ! J’aurai souhaité savoir ce qu’en pense aujourd’hui Rached Ghannouchi, lui qui avait déclaré en 1988 que cette affaire  n’engageait pas son mouvement ».

Ahmed Manai

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Le groupe sécuritaire

Par Moncef Ben Salem

26/03/2003

« Après le verdict de la cour de sûreté de l’Etat, les exactions sauvages de la police et les milliers de jugements, tous iniques et sans fondement juridique, prononcés par des juridictions régionales, nous avons appris que Bourguiba avait reçu son ministre Sayah (Mohamed) (1) et lui avait demandé de préparer un second procès au cours duquel  trente têtes de chefs islamistes devraient être coupées.

C’est ainsi que nous avons eu  l’idée de nous opposer par la force à la folie de Bourguiba et de ses sbires. Ainsi est né « Le Groupe Sécuritaire »  que nous avons baptisé « Groupe de Salut National ».  Le temps n’est pas venu pour révéler publiquement tous les détails  de sa constitution, mais il s’est formé rapidement et comprend un certain nombre de militaires et d’agents de sécurité de tout grade, ainsi que des civils.

Le Groupe s’est fixé un seul objectif : écarter du pouvoir Bourguiba et tous ceux qui sont dans sa voie. Quant aux moyens pour y parvenir, ils étaient  pacifiques autant que cela était possible. C’est ainsi que nous avons fait ramener de l’étranger cinq mille(5.000) bombes lacrymogènes que nous avons testé sur  nos personnes  pour nous assurer  qu’elles ne feraient pas trop de mal aux personnes visées. Le rôle de la bombé lacrymogène est de neutraliser la personne visée pendant une demi heure.

Les autres moyens de défense tels que les armes à feu, les chars et les avions militaires étaient entre les mains des éléments du Groupe et tout ce qui ne l’était pas devrait être neutralisé systématiquement et avec précision, quelques heures avant le début de l’action. Nous avons fait tout pour que l’opération repose sur les éléments de base plus que sur le commandement. Nous avons aussi planifié l’intervention des éléments civils deux ou trois heures après le début de l’action. Tunis avait connu une grande agitation populaire sans précédent et les manifestations populaires mobilisaient des dizaines de milliers de gens malgré la violence de la police.

Le commandement s’est réuni le 15 octobre 1987. Nous avons évalué nos moyens et nos positions et avons décidé que le 7 novembre 1987 sera le dernier jour de Bourguiba au pouvoir. C’est ce qui s’est passé réellement.

Aux premiers jours du mois de  novembre 1987, nous avons appris que Bourguiba avait reçu Sayah (Mohamed) et lui avait demandé de préparer un décret le nommant premier ministre en remplacement de Ben Ali et qu’en échange il devrait faire couper trente têtes d’islamistes. Sayah lui avait répondu qu’il devrait attendre sa nomination jusqu’au lundi 9//11/1987.

Pourquoi cette date ?

Nous avions appris de milieux proches de Sayah que ce dernier avait conseillé de retarder sa nomination au premier ministère parce qu’il avait en tête un stratagème lui permettant de liquider Ben Ali et les islamistes d’un seul coup et ce le 8 novembre 1987, fête de l’arbre, que Ben Ali devrait présider à la place de Bourguiba dans un parc de El Manar, dans la proche banlieue de Tunis. Ainsi il sera éliminé et on accusera les islamistes de ce coup. Leur procès s’imposera de lui-même et  l’objectif de Bourguiba  sera ainsi atteint.

En fait les choses s’étaient passées autrement. La plupart des membres du Groupe Sécuritaire étaient des islamistes mais il y en avait aussi qui ne l’étaient pas. Il s’agissait néanmoins  d’hommes valeureux et  de confiance, connus pour leur amour de la patrie et leur haine du régime de Bourguiba. A l’époque la question qui revenait le plus dans les discussions des gens étaient « n’y aurait-il pas dans ce pays, un homme qui écarterait Bourguiba et délivrerait la nation de son hystérie » ?

Le 5/11/1987/ un membre du troisième cercle du Groupe, agent de la Brigade de l’Ordre Public de son état, a écrit une lettre-testament à l’attention de son oncle. Ce dernier est intrigué par son contenu car l’ambiance générale pousse à la suspicion. Il demande des explications au neveu et jure  de garder le secret. Le neveu les lui donne. Ce dernier n’avait pas accès à beaucoup de secrets car il appartenait  au troisième cercle. Il savait seulement qu’en compagnie de trois de ses collègues,  il devrait saboter certains véhicules à la caserne de la brigade de l’Ordre public le 07/11/1987. L’oncle, adjudant-chef infirmier au dispensaire de la police n’a pas tenu sa promesse et s’est empressé de révéler tout au ministre de l’intérieur qui n’était autre que Ben Ali, premier ministre.

Le même jour, l’agent indiscret et ses trois compagnons sont arrêtés. Répétons-le, les quatre ne savaient pas grand-chose sur ce qui devrait se passer le 7/11/1987.Le pouvoir qui connaît le poids des islamistes ne peut donc déjouer l’opération. D’autre part tous les services secrets occidentaux et à leur tête les américains, malgré leur puissance  et leur infiltration de tous les rouages de l’Etat, n’ont rien su de l’opération. Le moment est grave pour le régime !

Le 6/11/1987, se sont tenues deux réunions : la première, au ministère de l’intérieur sous la présidence de Ben Ali avec la  participation de la plupart des ministres. Nous étions au courant de cette réunion.

La deuxième réunion s’était tenue dans une villa du Bardo, avec la participation d’un certain nombre de chefs des organismes du Groupe et sous ma présidence personnelle. Le pouvoir n’était pas au courant de cette réunion.

Les hommes du Groupe étaient aux positions avancées dans l’attente des ordres  d’attaque ou l’heure « H » fixée pour chaque action. Quand Ben Ali et son groupe avaient commencé cette nuit –là leur entreprise de changement, nos hommes étaient aux avant-postes. Je cite à titre d’exemple, le commando qui a pris d’assaut le Palais de Carthage était sous les ordres de  Sadok  Ghodbane, un élément du Groupe. Il fut emprisonné avec nous par la suite après avoir eu un avancement et décoré par Ben Ali. L’hélicoptère, avec ses deux membres d’équipage, qui avait transporté Bourguiba de Carthage à Mornag était celui-là même que nous avions choisi pour la même mission. Le commandant de la salle d’opérations à El-Aouina qui  avait en charge Tunis Est avec le Palais de Carthage et de nombreux points névralgiques était le Commandant Mohamed Mansouri , décédé  sous la torture le 1//12/1987. Les deux gardes de corps de Ben Ali, décorés puis emprisonnés avec nous, étaient aussi des nôtres ».

Ma première arrestation :

Environ deux semaines après le changement, les quatre détenus ont été entendus de nouveau. Etant donné que Bourguiba a été écarté et que l’ambiance était à la détente, nos frères ont  cru au nouveau discours  déclarant que les derniers jours de Bourguiba étaient devenus insupportables  et ainsi de nombreuses erreurs ont été commises. Ils ont pensé que Ben Ali allait ouvrir une nouvelle page et que la découverte du Groupe Sécuritaire ne comportait  aucun danger. En principe Ben Ali devrait récompenser  ceux qui l’ont aidé à effectuer le changement et qui étaient en mesure de le contrarier. Ainsi furent commises des erreurs et des fautes qui ont permis aux services de Sécurité de l’Etat d’arrêter cent cinquante sept (157) membres du Groupe. J’étais pratiquement le dernier à être arrêté le 26/11/1987 au soir.

Dans les geôles de la DST la torture était terrible provoquant même la mort, la paralysie, l’écorchement  de la peau du crâne et les menaces sur les épouses. J’étais à la geôle 16 au quatrième étage. Je n’avais pas de toilettes et je n’avais le droit d’y aller qu’une seule fois par jour et juste pour une minute, si bien que je me suis abstenu de manger pour éviter une catastrophe hygiénique. La nourriture que même les chiens n’oseraient manger, nous était servie dans de vieilles boites de tomates  rouillées. J’entendais les cris des suppliciés nuit et jour et je me demandais en mon for intérieur « Où est le changement ? Où est la déclaration du 7 novembre ? Où sont les promesses » ? Où est la sincérité des responsables » ?

L’instruction s’est poursuivie jusqu’au début de janvier 1988 après quoi nous avons été pris en charge par le juge d’instruction militaire. Je suis resté  le dernier au ministère de l’intérieur en compagnie de l’élément qui avait permis de faire découvrir  le Groupe. Il était devenu entre temps indicateur de la police. J’ai appris par la suite qu’il a reçu de l’avancement et qu’il a été envoyé dans une ambassade à l’étranger « Allah Seul le sait ». En tout cas il ne nous avait pas rejoints en prison et son nom ne figurait pas dans le procès verbal du juge d’instruction militaire.

Les autorités avaient essayé au début de nous couper  du monde et nous sommes demeurés  pendant une année sans moyens d’informations, ni télévision, ni journaux ni correspondance privée. Il nous est arrivé parfois de payer  10 Dinars à un détenu de droit commun pour avoir le journal Assabah, soit cinquante fois son prix normal et bien sûr en cachette. Et comme cela ne lui suffisait, le pouvoir  a essayé de nous présenter à l’opinion publique comme une bande de malfaiteurs sans plus. Mais grâce à Dieu il n’y est pas parvenu, certains journaux avaient publié des articles sur les membres du groupe et leur cheminement  avec  une certaine crédibilité, ce qui nous valu le respect et la sympathie de l’opinion publique.

J’ai dit une fois au président de la justice militaire : nous ne serons pas jugés et lui de me demander pourquoi et comment? Parce que nous avons entrepris une action contre Bourguiba, répondis-je, exactement comme l’a fait votre président Ben Ali. Si nous devons être jugés, nous devrons remettre Bourguiba au pouvoir  et nous serons jugés en même temps que  Ben Ali et son équipe. C’est la logique ! Il me dit alors « vous êtes maintenant  enfermés dans une bouteille et nous sommes en mesure de faire de vous ce que nous voulons sans que personne ne le sache ». Je lui répondis que c’est une erreur. Vous savez que de nombreux  éléments du Groupe  ont fui à l’étranger avec tous les documents, évalués à plus de cinq cents(500) pages. Ces éléments attendent les résultats de l’instruction et le procès pour publier tout ce qui peut l’être. Mon interlocuteur, surpris par mes déclarations,  ne put me répondre.

Le pouvoir  a essayé à travers ses médias de convaincre l’opinion tunisienne  que nous étions un groupe de malfaiteurs et à reproduire dans les esprits ce que furent de tels procédés du temps de Bourguiba. Vainement !

Au cours de l’été 1988, les autorités ouvrirent des canaux de négociations avec nous. Feu Ahmed  El Ketari, directeur général des prisons et très proche de Ben Ali y joua un rôle central. Le docteur Sahbi El Amri et moi-même représentions les détenus du Groupe Sécuritaire.

Le pouvoir nous a demandé de proposer une solution qui lui sauverait la face après avoir tant dénigré le  Groupe injustement. Après de nombreuses discussions  nous nous sommes entendus sur une solution qui convenait aux deux parties et qui consistait à faire libérer le groupe en trois fois :

Le premier en novembre 1988, le second en mars 1989 et le troisième en avril de la même année. J’étais dans ce groupe. D’autre part, il a été convenu qu’avant la libération de chaque groupe il sera versé à tous ses membres la totalité des salaires coupés depuis le premier jour.  D’autre part, la libération se ferait par une décision qui arrêterait toutes les poursuites.

J’avais refusé et je  continue à refuser toute demande de grâce, sous n’importe quelle forme, celle-ci n’a de sens que si elle s’adresse à  Dieu ou à la victime mais non pas le contraire.

Nous avons convenu aussi  de créer, à l’issue de la libération de tous les détenus,  une commission bipartite composée de représentants des ministères de la défense et de l’intérieur d’une part  et des représentants du  groupe. Cette commission aura pour mission de veiller au retour des membres du groupe dans leurs fonctions antérieures ou de leur reclassement dans des postes équivalents.

Nos accords ont été en effet exécutés à l’exception des salaires des membres civils du groupe qui n’ont pas été versés et qui sont demeurés gelés jusqu’à maintenant.

J’ai quitté la prison le 4/5/1989 et j’étais en effet le dernier du groupe.

Par Moncef Ben Salem

26/03/2003

http://fr.f411.mail.yahoo.com/ym/showLetter?MsgId=7723_1710141_19074_926_1121

Traduit de l’arabe par Ahmed Manai

Lettre de Moncef Ben Salem

MR AHMED 3

Moncef Bensalem/Groupe sécuritaire du MTI.

ما زال موضوع المجموعة الأمنية 8 نوفمبر 1987 يثير جدلا واسعا في عديد الأوساط المتابعة للشأن التونسي رغم التكتّم على تفاصيله ومصير عناصره التابعة للجناح العسكري لحركة النهضةالتي غادرت سجن الإيقاف على ثلاثة أفواج بين 05 نوفمبر 1988 وشهر ماي 1989 ..بعد مفاوضات سرّية بين السجن المدني بتونس ومكاتب عديد المسؤولين من المبعوثين الخاصين من الرئيس السابق المخلوع .. وإذ يكتنف الغموض بعض حلقات تكوين هذه المجموعة بعد الإذن بإيقاف التتبّعات والإيقافات إثر وفاة الرائد محمد المنصوري تحت التعذيب في مخافر أمن الدولة بمقرّ وزارة الداخلية ورغم السعي إلى طمس وجود المجموعة الأمنية وتقديم عناصرها للعموم في شكل خونة وعملاء حتى لا تُفسد مناخ نخوة المنقذ الأوحد والزعيم الأوحد الذي كان يسود فترة التغيير وكذبته التاريخية الكبرى .. إلاّ أنّ الجحود والنكران الصادر عن قيادة حركة النهصة حول الجناح السري العسكري للحركة ما زال يثير إمتعاضا للإعتراف به جهرا لدى القيادة الغنوشية التي كانت المستفيد الوحيد من ورطة جميع عناصر المجموعة الأمنية الذين غامروا بأنفسهم من أجل مداهمة السجون للإفراج عن راشد الغنوشي وشلته المعتقلين في سجون بورقيبة في إنتظار حبل المشنقة بعد صدور الأحكام الإستئنافبة في جلسات محكمة أمن الدولة بداية من 17 نوفمبر 1987 .. لكنّ الاقدار جعلت راشد الغنوشي وشلته يخرجون من السجون ويقع إعتقال أغلب عناصر المجموعة الأمنية التي كانت سببا في إعتلاء المخلوع سدة الحكم وخروج جميع أتباع وانصار حركة الإتجاه الإسلامي المتورطين في الشغب اثناء المطاهرات والإنتماء إلى تنظيم او جمعية غير معترف بها آنذاك ليلحق بهم لاحقا رئيس العصابة راشد الغنوشي في ماي 1988 ويدلي بتصريح في 17 جويلية 1988 يتنكّر فيه للمجموعة الأمنية جملة وتفصيلا .. قد نعتبر ذلك عاديا في إزدواجية الخطاب والنفاق السياسي النهضوي ولكن أن تبلغ قلة الحياء والجحود إلى درجة التنكّر لهذه المجموعة فإنّ ذلك لا يمكن تصنيفه إلاّ من باب الإفلاس الأخلاقي لعصابة مافيوزية جعلت نفسها فوق نضالات وتضحيات من كانوا سببا أصليّا في إعتلاء بعضهم سدة الحكم بعد الثورة .. وإذ يبدو للساذج قبل العاقل أنّ جيع عناصر المجموعة الأمنية قد غادروا السجن دون محاكمة وبعفو رئاسي في الذكرى الأولى للتحوّل المشؤوم إلاّ أنّ خفايا الأمور تفيد أنّ المخلوع قد خالف الوعد والعهد أطرد جميع الضباط والأمنيين والمدنيين من وظائفهم وحاصرهم في قوت عيشهم ونكّل بالعديد منهم وألقى بالبعض منهم في السجون ثانية لفترات قاسية كما روّض منهم عناصر لتكون العين الساهرة في خدمة البوليس السياسي وأخرى أخذت مسؤوليات في هياكل الحزب الحاكم المنحل .. لكنّ كلّ من ثبت في مواقفه ومبادئه دفع الثمن باهضا في ميدان الخصاصة والحرمان والتنكيل والإهانة في سنوات الجمر ليكون جزاؤه الجحود والنكران من رفاق الدرب بعد الثورة .. حين يبحث المرء عن الدوافع الخافية لمثل هذه السلوكيات لدى القيادة الغنوشية يكتشف حقدا وسواد القلوب الذي تتميّز به القيادة النهضوية التي إستعلت وتكبّرت على أنصاره وأتباعها رغم أداء البيعة التي تفرض الإنضباط التنظيمي .. لقد تبيّن من خلال التعيينات التي تكرّمت بها القيادة الغنوشية بعد إنتخابات 23 اكتوبر 2011 على بعض العسكريين من المجموعة الأمنية ومجموعة 8 نوفمبر 1987 براكة الساحل أفريل 1991 فإنّ جميع العناصر العسكرية للمجموعة الأولى والتي رفضت الإنصهار في محاولة الإنقلاب الثاني لمجموعة براكة الساحل قد وقع تجاهل تلبية مطالبها في تسوية وضعياتها الإدارية للحصول على جراية تقاعد فقط .. وأمّا من تطوّع في عملية الإنقلاب الفاشل لمجموعة براكة الساحل فقد وقع تعيينه مستشارا في إحدى الوزارات أومكلفا بمهمة لدى أحد الوزراء أو رئيس مدير عام لإحدى المؤسسات العمومية أو معتمدا في إحدى القرى والولايات .. كل ذلك حدث وما زال يحدث لكبت الأنفاس عن الإفصاح بحقيقة العصابة الغنوشية وتنظيمها العسكري السري الذي تحوّل فيه العديد من الغير مغضوب عليهم من طرف سيدي الشيخ إلى عناصر تشرف وتدير الجهاز الخاص لحركة النهضة في المكتب 22 المترامي الأطراف بين وكر مون بليزير وأماكن أخرى غير معروفة ..
وحتى لا أطيل في هذا الموضوع الذي يتطلّب كتابة مجلدات حول الخيانة والعمالة التي تنهش كيانات حركة دعوية قفزت إلى تنظيم مسلّح لتصبح حزبا سياسيا فإنّني أنشر قائمة أولية لعناصر المجموعة الأمنية 8 نوفمبر 1987 والتي ما زالت العصابة الغنوشية تتنكّر إليها وترفض الإعتراف بها ..
1 ) الدكتور المنصف بن سالم .. أستاذ جامعي من مواليد فيفري 1953
2 ) السيّد الفرجاني .. سرجان بجيش الطيران من مواليد أوت 1954
3 ) الدكتور الصبي العمري .. طبيب من مواليد 1957
4 ) عبد الرؤوف الرايسي .. محافظ أمن تابع لمصلحة أمن رئيس الدولة
5 ) رامي بن سالم بن عزبزة .. حافظ أمن تابع لسرية المدرعات بفرقة النظام العام .. من مواليد جانفي 1964 .. وهو أصغر الموقوفين ..
6 ) محمد الطاهر المسهلي .. ضابط شرطة فنية بمصلحة التعريف العدلي بإدارة الأمن .. من مواليد 1954 ..
7 ) عبد الرحمان الجميعي .. ناظر أمن مساعد تابع للإدارة الفرعية للمخابرات السلكية واللاّسلكية بفرقة النظام العام .. من مواليد فيفري 1949 ..
8 ) الطيّب بن حسن بالضياف .. محافظ أمن بالادارة الفرعية للوثائق التابعة للادارة العامة للامن ..
9 ) عامر بن عمر بوزقرو .. نقيب بالجيش الوطني .. آمر سرّية للمدفعية .. من مواليد فيفري 1955 ..
10 ) سالم الماكني .. مفتش شرطة تابع للادارة الفرعية للاستعلامات وخزينة المعلومات بإدارة الأمن .. من مواليد سبتمبر 1949 ..
11 ) سامي الغربي .. نقيب تابع للصواريخ المضادة للطائرات .. آمر سرّية القيادة والمصالح .. ملحق بمدرسة الاركان .. من مواليد جوان 1955 ..
12 ) محمد علي بوعلاق .. ناظر أمن مساعد تابع لشرطة الحدود .. من مواليد 1954 ..
13 ) حمد بن محمد الغربي .. ناظر أمن تابع لشرطة الحدود في مكتب الاداريات .. من مواليد مارس 1951 ..
14 ) عبد السلام الخماري .. نقيب بالجيش الوطني تابع لادارة الشارة .. رئيس مكتب الدراسات الفنية .. من مواليد 1956 ..
15 ) الصغيّر بكار .. مهندس أول للمركز القومي للدراسات الفنية .. من مواليد أوت 1951 ..
16 ) محمد الحبيب فرح .. ضابط شرطة .. من مواليد أوت 1952 ..
17 ) عمر الماكني .. عريف أول بالحرس الوطني .. من مواليد 1953 ..
18 ) محمد الهادي الهمامي ..ضابط شرطة مساعد .. من مواليد 1954 ..
19 ) محمد التليلي .. عريف أول بالحرس الوطني ..
20 ) محمد العزوزي ..عريف أول بالحرس .. من مواليد 1954 ..
21 ) يوسف اليعقوبي .. ناظر أمن مساعد تابع لفرقة مقاومة الارهاب .. من مواليد 1953 ..
22 ) مصطفى الحباشي ..عريف بالحرس الوطني .. من مواليد 1957 ..
23 ) عبد الله غريس .. مفتش شرطة بإدارة الاستعلامات .. من مواليد 1948 ..
24 ) بلقاسم الفرشيشي .. مستشار بوزارة التربية والتعليم العالي .. من مواليد 1958 ..
25 ) الهادي الغالي .. نائب بشركة تجهيز بالمنستير .. من مواليد 1949 ..
26 ساسي بالطيّب .. نقيب تابع للاكاجيمية العسكرية .. آمر سرية .. من مواليد 1954 ..
27 ) محسن حبورية .. موظف بالمترو الخفيف .. من مواليد 1957 ..
28 ) عبد الواحد االسايح .. نقيب تابع للاكاديمية العسكرية ..من مواليد 1953 ..
29 ) التيجاني الدريدي .. ناظر امن مساعد بالشرطة البلدية .. مكن مواليد 1953
30 ) الهادي العياري ..محافظ امن تابع لفرقة مقاومة الارهاب التابعة لقوات النظام العام .. من مواليد 1950 ..
31 )حسن الحناشي .. عون حرس تابع للامن الرئاسي ..من مواليد 1957 ..
32 ) كمال السويسي .. تاجر .. من مواليد 1955 ..
33 ) نور الدين السويسي .. تاجر .. من مواليد 1954 ..
34 ) محمد الناصر التمومي .. نقيب بالجيش الوطني تابع للمدرسة التطبيقية لمختلف الاسلحة « مدرّس » .. من مواليد 1955 ..
35 ) رحيّم بن محمد الرزقي .. حافظ امن من فرقة النظام العام .. من مواليد 1955
36 ) معتةق بن محمد العير .. سائق في الشركة القومية للنقل .. رقيب سابق في الجيشس في القاعدة الجوية « الخروبة » في بنزرت ..
37 ) أحمد السلايمي .. نقيب بالجيش الوطني ..
38 ) توفيق الماجري .. ملازم اول بالحرس الوطني ..
39 ) علي الحيدري .. حافظ أمن ..
40 ) الطاهر بسوس .. عريف أول ..
41 صالح العابدي ..عريف بالجيش الوطني ..
42 ) البرني الورتاني .. عون قمارق ..
وبقية القائمة عن قريب .. وللحديث بقية ..

SAHBI AMRI

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Sfax, juin 2002

L’ITRI a reçu du Professeur Moncef Ben Salem, via des amis en Europe du Nord et notamment nos amis Brahim et Wahid en Norvège, la lettre dont voici la traduction française.


Sfax Juin 2002


Cher ami,

Toute ma reconnaissance et mes plus vifs remerciements pour tout ce que vous faites pour nous aider à survivre dans notre grande prison depuis 1987. Personnellement, je vous l’avoue très sincèrement, je me sens tout simplement pris à la gorge. Le plus dramatique est que le piège qui m’enserre s’étend aussi à tous les membres de ma famille, sans la moindre exception et à tous les instants de la vie.
Ainsi:
Mes enfants sont tout simplement impropres au mariage sans l’autorisation de la police.
L’université est entièrement sous la coupe de la police et cela perturbe gravement la vie universitaire de mes enfants.
Trois de mes quatre enfants sont étudiants et rencontrent d’immenses et graves difficultés dans leurs études. Leur succès est l’objet de graves suspicions de la part des autorités et aucun d’entre eux n’a de camarade.
Cher ami,
Nous vivons un véritable cauchemar. Nous ne disposons d’aucun traitement ou salaire, aucun de nous n’a la moindre assurance- maladie ou autre et bien sûr ni passeport, ni courrier, ni téléphone (depuis 1999). Le pouvoir, à travers sa police enragée, ne ménage aucun effort pour nous rendre la vie impossible.
Face à cette situation dramatique, j’en appelle à vous et à la conscience de tous les militants de la liberté et de la justice pour agir en urgence afin de mettre fin aux injustices qui nous accablent et sauver mes enfants du terrorisme officiel qui menace leur vie.
Cher ami,
Tu ne peux imaginer les difficultés insurmontables pour envoyer un lettre ou un message de Tunisie. Les téléphone, fax et autres messageries électroniques sont sous le contrôle drastique de la police et quiconque se hasarde à transmettre mon courrier, court le risque de s’exposer à la prison et à la destruction de sa vie familiale.
Vous êtes après Dieu, mon espoir!
Avec mes plus vifs remerciements
Professeur Moncef Ben Salem
Route de Soukra- Km 4,5.
Lot: Daoud- 3052 Sfax (Tunisie).


Commentaire:


J’ai eu le plaisir et l’honneur d’avoir le Professeur Moncef Ben Salem au téléphone pendant quelques minutes, lors de la visite que lui ont rendue Maître Abdel Wahab Mouattar et le Dr Sahbi El Amri, le samedi 29 juin 2002
Ce fut notre premier contact et je ne sais s’il y en aura un jour un autre. Les quelques propos anodins que nous avons échangés, m’ont convaincu que cet homme, en position debout depuis 15 ans, dans un environnement où la position courbée est la plus naturelle, est tout simplement au bout du rouleau et qu’il risque de craquer à tout moment. Sa femme et ses enfants ne doivent pas être en meilleure posture. D’où la nécessité d’agir en urgence pour sauver une famille en danger.
Nous avons à ce propos à l’ITRI une petite idée et même un plan d’action et nous serons ravis d’en débattre avec tous ceux que le sort du Professeur Ben Salem et de sa famille intéresse vraiment.
Dès à présent, nous devons leur manifester notre solidarité, réelle, tangible, active et permanente.
Pour sa part, l’ITRI, qui renouvelle, fin juillet, son conseil d’administration, se propose de créer un Comité d’Honneur composé de personnalités Scientifiques et politiques du Maghreb, d’Afrique et du Monde Arabe. La présidence d’honneur sera assurée conjointement par le Professeur Ben Salem et le Docteur Chebih Cheikh Melainine- Ancien ministre et président du Front Populaire Mauritanie, qui purge depuis juillet 2001 une peine de prison de 5 ans.
L’ITRI se propose aussi de publier les travaux scientifiques (Thèses, articles, communications…) du Professeur Ben Salem comme il a contribué à le faire pour la thèse de doctorat de Nizar Châari (Editions l’Harmattan; Paris 2000) avec l’association de soutien à Nizar Châari.
En tout cas, le Professeur Moncef Ben Salem est d’ores et déjà des nôtres. Il est notre coprésident d’honneur.


Lettre du Professeur MONCEF BEN SALEM.
En résidence surveillée depuis douze ans.

Pierre par pierre et durant douze ans, le pouvoir tunisien a réussi à dresser autour du Professeur Moncef Ben Salem, un mur de silence infranchissable. On ne peut imaginer plus sombre dessein pour le tuer à petit feu, chaque jour un peu plus. Il y a quelques semaines, l’enterré vivant mais toujours debout, a réussi à faire parvenir à l’étranger une première lettre, qui fut surtout un appel au secours. Aujourd’hui, c’est un bref récit de son long calvaire, qu’il jette à la face du monde et à notre face surtout, nous, ses compatriotes et ses frères…coupables d’indifférence à son sort!
Peut-on imaginer un instant, dans le feu de l’action et le fier attachement à sa patrie, que le beau pays qui est le mien, puisse se transformer en une prison, unique en son genre? Peut-on imaginer aussi, qu’il existe sur cette terre, des hommes, prêts à vous sauter dessus, pour vous étriper, vous dépiécer et vous désosser sans la moindre pitié, sans la moindre compassion? Pourtant, cela existe, quand le noir se fait blanc, que l’illogique se fait logique, que tout se transforme en son contraire et que l’homme, cet être sacralisé par toutes les religions divines et sanctifié par toutes les constitutions du monde, est réduit à une chose, un simple objet entre les mains d’un tortionnaire dont il peut faire tout et n’importe quoi, sans compte à rendre à quiconque et sans le moindre contrôle.
Jamais, je n’aurai imaginé que, vivant sur cette terre qui est la mienne, je puisse être contraint un jour, à végéter dans une geôle du ministère de l’intérieur, sans eau, ni toilettes et de ne pouvoir aller aux toilettes qu’une seule fois toutes les vingt quatre heures et, seulement durant une minute. Ce qui m’obligea à m’abstenir de boire et de manger pour éviter une catastrophe hygiénique. J’ai vécu cette situation plus d’un mois, au cours duquel, me parvenaient, de jour comme de nuit, les cris et les lamentations des suppliciés, garçons et filles, qui me déchiraient le cœur et pour lesquels je n’avais que mes larmes à offrir.
La torture dans les geôles du ministère de l’intérieur et ailleurs, dans les prisons entre autres, n’est pas l’objet de cette lettre. D’autres que moi ont en parlé. J’ai voulu simplement en donner un petit aperçu, conscient que nul ne peut en saisir le sens, ou plutôt l’absurdité, s’il n’a été, un tant soit peu, entièrement délesté de son humanité et même privé des droits auxquels tout animal a droit.
A la suite d’une interview que j’avais accordée au journal algérien AL-MOUNKIDH, ma maison a été assaillie par des groupes d’intervention de la police, le 22/ 04/ 1990 à 23 heures, sans le moindre mandat de perquisition. La police a tenté d’autre part de confisquer ma voiture et ses papiers. J’ai été arrêté sans mandat d’arrêt et conduit au ministère de l’intérieur à Tunis où nous arrivâmes à l’aube. J’ai été mis dans une geôle, dans les sous sol du ministère, où je suis demeuré pendant douze jours, à l’issue desquels j’ai été déféré au tribunal. Après de longues heures d’attente et sans me voir, le substitut du procureur de la république ordonna ma mise en liberté. A ma sortie, je suis allé à la rencontre des nombreux avocats qui m’attendaient dans le hall du palais de justice. Et c’est alors que je discutais avec eux des divers aspects de mon affaire, que la police politique m’arrêta de nouveau et me conduisît au ministère de l’intérieur, dans la même geôle qui fût la mienne durant mon premier séjour. J’y demeurais encore trois jours avant d’être transféré à la prison du 9 avril sans que je puisse rencontrer un juge d’instruction, un procureur de la république ou toute autre autorité judiciaire. J’ai été condamné à 3 ans de prison ferme et exécutoire pour les motifs suivants: diffusion de fausses nouvelles et diffamation du pouvoir. Il a été mentionné dans l’arrêt de la chambre d’accusation, que j’ai été arrêté le 23 avril 1990 dans le hall de l’aéroport, en flagrant délit, en train de distribuer l’article de presse aux voyageurs!
Faut-il rappeler que j’ai été arrêté chez moi le 22 avril, dans les conditions décrites plus haut, alors même que l’interview n’avait paru que plus tard, le 24 avril 1990. En fait les services tunisiens en étaient au courant, alors que le journal était sous presse.
Le premier décembre 1990, à sept heures du matin, j’ai été jeté dans un fourgon, qui ressemble plutôt à une cage de poulets, les mains puissamment menottées derrière le dos et enchaînées à la cage, pour une tournée infernale des prisons tunisiennes. Jusqu’à dix neuf heures et tout au long du trajet, soit durant près des douze heures nécessaires pour nous amener jusqu’à la prison de Kasserine, qui se révéla être notre destination finale, j’ai été privé de boire et d’aller aux toilettes. A l’arrivée en prison, je fus délié de mes chaînes, mais je crûs un instant que mon sang s’était figé, tant j’étais incapable de bouger les doigts et les mains. Ainsi je ne pus répondre aux injonctions des gardiens de la prison de me débarrasser de mes vêtements pour la fouille traditionnelle. Mais ce voyage infernal ne déplaisait pas du tout au chauffeur et à son coéquipier. Il les comblait même de joie, tant ils se divertissaient à me maltraiter, à m’injurier et à me cracher dessus, chaque fois que je leur demandais d’aller aux toilettes, dans une des nombreuses prisons que nous avions traversées. Leurs rires et leurs ricanements étaient si forts qu’ils surpassaient parfois le bruit du moteur.
J’ai passé une année complète à la prison de Kasserine où j’ai connu de nombreuses aventures avec, notamment, les rats géants qui nous attaquaient la nuit tombante. Le jour, ils se terraient dans les égouts, préparant minutieusement leurs attaques nocturnes.
Je fus par la suite transféré à la prison du 9 avril à Tunis où m’attendaient d’autres épreuves et d’autres supplices. Ainsi je fus placé dans la pire des chambrées de la prison sinon du pays tout entier. C’était la chambrée des homosexuels. C’est alors que je compris que la mort est parfois une délivrance.
En prison on ne dit pas non. Ce mot n’y a pas cours et l’obéissance aux gardiens y est absolue. J’ai pourtant dit non et refusé de me faire raser avec la même lame que ces hommes. Une lame, une seule, sert à raser obligatoirement une quinzaine de détenus chaque semaine. J’ai aussi dit non et refusé de coucher à deux dans le même lit.
Je fus privé de tout moyen d’écrire et de toute lecture. Parfois, on me priva même de nourriture. Ma famille m’envoyait le couffin de nourriture une fois par semaine. Conformément à la réglementation en vigueur. Je mangeais pendant trois jours et je jeûnais les quatre jours suivants, jusqu’au prochain couffin. J’ai vécu cette situation pendant quatre mois, à l’issue desquels j’ai été transféré au ministère de l’intérieur, puis chez moi, en résidence surveillée. Trois équipes, chacune composée d’au moins deux agents, se relayaient pour me surveiller. Il y avait des agents la police spéciale, de la brigade des investigations de la police et celle de la garde nationale.
Quand il m’arrivait de sortir, deux agents me suivaient et un autre restait sur place pour surveiller la maison. Ordre a été donné à tous mes voisins pour qu’ils me boycottent totalement. Même pas les salutations d’usage!
Personne ne pouvait me rendre visite, à moins qu’il soit un proche parent, un illettré et surtout pas un fonctionnaire de l’Etat, un détenteur d’une licence de commerce quelconque ou un émigré. En tout cas, tout visiteur est soumis à un interrogatoire en règle et parfois à une fouille minutieuse.
Ne pouvant rendre visite à quiconque ni recevoir de visite de quiconque, privé des droits les plus simples et les plus fondamentaux dont tout être doit jouir pleinement, tels le travail et la recherche des moyens d’existence et de survie, je me suis laissé convaincre que nous étions, ma famille et moi-même, simplement des prisonniers.
Peut-on imaginer en effet, qu’une famille composée de six personnes, puisse vivre des années, sans aucun moyen d’existence, sans la moindre assurance maladie, sans aide médicale ni aucune aide de toute sorte, sans bourse d’études pour les élèves et les étudiants, sans passeport, sans courrier, sans téléphone et plus terrible encore, sans le moindre contact avec les proches et amis?
En compensation de ce qui nous fait terriblement défaut, nous avons en permanence, les provocations policières à profusion. Les enfants ont grandi dans ce climat, chaque jour que Dieu fait et tout au long des ces nombreuses années. La police est présente partout sur leur chemin, à l’aller comme au retour de l’université. Vous ne pouvez imaginer l’angoisse qui nous saisit aux tripes, ma femme et moi, chaque fois que pour une raison ou une autre, l’un d’eux a du retard. On imagine le pire dans de telles conditions… et malheureusement cela s’est produit parfois.
Mes voisins eux-mêmes n’ont pas été privés de sanctions ou plutôt d’actes de vengeance. Cela a pris des formes diverses: privation des services de l’office d’assainissement, de l’électricité, de l’eau, des routes, de la poste et bien d’autres choses que je ne peux citer faute de temps.
Le pouvoir a tout entrepris pour nous mettre en quarantaine et établir autour de nous un black out total et un mur de silence infranchissable. C’est une entreprise de destruction totale et de mort lente pour tous les membres de ma famille. Tout voisin qui se risquerait à donner la moindre information, notamment aux journalistes étrangers, sur ce que nous subissions, pouvait s’attendre aux pires ennuis de la part d’une police omniprésente et veillant au grain.
Maintenant, il me faut bien dire comment nous avons vécu jusqu’ici. Eh bien, nous avons vécu grâce aux dons d’une ONG Norvégienne, lesquels n’arrivaient pas régulièrement et quand ils arrivaient, ne pouvaient suffire au strict minimum. Il y a des camarades de classe de mon fils handicapé qui viennent souvent réviser leurs cours avec lui. Alors, à chaque fois qu’ils viennent, ils sont soumis, à leur départ, à un interrogatoire serré de la police pour savoir s’ils m’avaient payé quelque chose.
Ces quelques questions enfin :
Comment qualifier, au plan du droit, une telle entreprise de destruction collective?
Comment qualifier au plan du droit, l’entreprise mûrement réfléchie et froidement planifiée, pour priver un universitaire, qui est en même temps un chercheur associé à de nombreux centres internationaux, des moyens de lecture et d’écriture, du courrier et des communications téléphoniques et davantage encore, des simples moyens de subsistance et de survie? Et qui se retrouve, pour couronner l’horreur, une cible permanente des provocations de la police et des bataillons de sbires du pouvoir.
Comment qualifier enfin, cette entreprise, mûrement réfléchie et froidement planifiée, pour priver des enfants d’une scolarité normale, à l’instar de tous leurs camarades et empêcher leur père, d’avoir le moindre contact avec ses semblables et d’échanger avec eux les propos les plus anodins et ce, durant quinze longues années?
C’est assurément un crime!
Aussi je m’adresse aux hommes libres et à la conscience humaine, pour les appeler à tout entreprendre pour mettre fin à cette tragédie et empêcher que le crime ne s’accomplisse dans l’indifférence.
J’en appelle au monde pour qu’il mette fin, au nom de la civilisation, du droit, de la science, du savoir, de la culture et de la plus simple humanité, à ces basses pratiques policières dont ma famille et moi-même sommes victimes depuis quinze ans.
J’en appelle au monde, au nom de toutes les valeurs universelles, pour qu’il presse le pouvoir tunisien, à nous faire restituer nos droits de citoyens, tels qu’inscrits dans les lois du pays et, notamment, mon droit à reprendre mon poste de professeur, chef du département de Mathématiques à l’Université de Sfax, nos droits à des passeports et nos droits à une juste compensation du lourd préjudice moral et matériel que nous avons subi.
Moncef Ben Salem
Traduit de l’arabe par : Ahmed Manaï


Interview du Professeur Moncef Ben SALEM

W.CH./ DTMK
Depuis 15 ans, vous êtes avec votre famille, l’objet d’une oppression constante et d’une surveillance de tous les instants. Quels en sont les effets sur votre santé physique et mentale?
M.B.S.:
Il est très difficile pour une personne douée de sens, de comprendre et même d’imaginer l’oppression et la vindicte que nous subissons au quotidien. Il est particulièrement impossible qu’elle puisse aussi se faire une idée de la douleur et du mal que cela nous occasionne. Une douleur indélébile et insupportable pendant quelques jours déjà. Que dire alors quand elle se prolonge pendant de longues années? Ainsi la surveillance policière est permanente et touche tous les membres de la famille, ce qui perturbe gravement notre vie familiale quotidienne et aussi celle de mes enfants à l’université. Cette année, ils ont tous échoué. Le plus surprenant est que l’un d’eux a eu une note de zéro (0) dans une certaine matière. Quand il en discuta avec son professeur, ce dernier l’informa qu’il ne lui avait jamais donné une telle note, mais que c’est l’administration et peut-être sur l’ordre d’une quelconque autorité, qui était peut-être derrière cela. En tout cas je prie Dieu pour qu’Il les soutienne l’année prochaine.
W.CH/ DTMK:
Est-ce à dire que l’opprimé vit l’exil dans son propre pays?
M.B.S.:
C’est tout à fait cela. Nous vivons sous un véritable Etat de siège qui est en pratique l’exécution de notre condamnation à la mort lente. L’oppression, l’iniquité et la persécution ne sont en fait que des variantes de la condamnation à la peine capitale. Il m’est arrivé de demander à l’un des policiers qui me surveillaient, ce qu’aurait été notre sort, s’ils avaient exécuté à la lettre les consignes du pouvoir à notre égard. Vous seriez à quelques mètres sous terre, répondit-il!
Le pouvoir a choisi de mettre ma famille, mes proches, mes amis et moi-même en quarantaine et sous un contrôle de tous les instants. Il a interdit à quiconque, un proche, un ami ou un voisin, d’avoir le moindre contact avec nous. Nous n’avons aucune source de revenus, point de temps libre pour sentir, ne serait-ce qu’un instant, que nous continuons à vivre et que nous conservons un minimum de dignité. Il est impossible pour mes enfants de contracter mariage sans l’accord préalable de la police. Un prétendant ne peut s’approcher de ma famille sans l’autorisation de la police. Cela a des retombées néfastes sur l’équilibre psychologique de mes enfants. Comble d’ignominie, le jour du décès de ma défunte mère, j’ai été empêché de suivre ses funérailles et plus tard de me recueillir sur sa tombe.
W.CH./ DTMK:
Vous voulez dire que dans sa traque des opposants et, des islamistes tout particulièrement, le pouvoir touche à tous les aspects de la vie individuelle et collective?
M.B.S.:
Exactement. Le pouvoir intervient dans tous les détails de la vie intime du citoyen. C’est lui qui parraine les alliances matrimoniales, défait les mariages, décide arbitrairement des divorces entre les conjoints et des ruptures entre les familles. Ces basses pratiques, connues particulièrement à travers certaines victimes islamistes, menacent gravement l’équilibre et la bonne santé de la famille tunisienne.
W.CH./DTMK:
Je voudrais revenir à la situation de vos enfants. Quelle est la nature des provocations et du harcèlement dont ils font l’objet à l’université?
M.B.S.:
Dans ses rapports avec l’opposition, le pouvoir a beaucoup appris des expériences des autres systèmes totalitaires et des pratiques sionistes. Ses procédés sont particulièrement insidieux. Tout comme la plupart de leurs camarades à l’université, chacun de mes enfants est pris en charge par un professeur qui le soumet à une contrôle permanent. Cela affecte l’image du professeur chez l’étudiant et même dans la société et dénature leurs rapports. Il perturbe aussi gravement le travail de l’un et de l’autre. Il y a en plus, hors de l’université, un autre agent de sécurité qui surveille l’étudiant en permanence.
W.CH./DTMK:
Vous voulez dire qu’en agissant ainsi, le pouvoir pousse l’étudiant à la dépression nerveuse et à l’échec?
M.B.S.
Tout à fait. Sinon que signifie que la police convoque une étudiante et la soumet à un interrogatoire serré pour savoir surtout ce « qu’elle a dans le cerveau ».
W.CH/DTMK:
A votre avis, que veut le pouvoir à travers votre longue résidence surveillée?
M.B.S.
Mon exemple est un message du pouvoir à tous ceux qui seraient tentés d’avoir des velléités d’opposition. Il est un message à tous les militants islamistes et aux opposants dans les autres partis politiques pour les détourner complètement des affaires politiques.
W.CH/ DTMK:
Après le référendum du 26 Mai, le pouvoir tente maintenant de convaincre que le pays est à la veille d’une nouvelle étape historique. Est-ce que les 99% de oui, traduisent une quelconque réalité?
M.B.S.
Notons tout d’abord que ce référendum n’a touché que quelque trois (3) millions d’inscrits sur une population de près de dix (10) millions d’habitants. De nombreux tunisiens ont été privés de leur droits d’électeurs. D’autre part, l’opposition et même celle jouissant de la légalité, n’a pas pu s’exprimer et a été interdite de parole. Ce référendum a été en tout cas une tragi-comédie.
Traduit de l’arabe par : Ahmed Manaï


aout 2002


MONSIEUR LE DIRECTEUR DES NORMES INTERNATIONALES ET DES AFFAIRES JURIDIQUE- UNESCO
7, Place de Fontenay
75352 PARIS 07
France


Objet : Saisine du « Comité sur les conventions et recommandations” d’une Communication contre le gouvernement tunisien.
Cas du Professeur Moncef BEN SALEM


Copie à Monsieur Le Directeur Général de l’UNESCO pour action urgente.
En raison de l’urgence, et conformément à la pratique bien établie, confirmée par les paragraphes 8 et 9 de la décision 104 EX/3.3, Monsieur le Directeur général est sollicité, dans le cadre du droit d’intercession qui lui est reconnu par la Conférence générale, notamment dans sa résolution 19 C/12.1, pour faire des démarches humanitaires en faveur de la victime et, le cas échéant, de bien vouloir adresser au Comité toutes informations pertinentes dont il disposerait sur d’autres cas de violation, par la Tunisie, de droits rentrant dans le mandat de l’UNESCO.
Monsieur Le directeur des Normes Internationales et des Affaires Juridiques,
Nous avons l’honneur de vous saisir, au nom de :
1. Ahmed MANAÏ, agissant ès- qualité et domicilié à :
25, Rue des ROSSAYS- 91600 Savigny/ Orge- France
Pour obtenir la soumission du cas du Professeur Moncef BEN SALEM, citoyen Tunisien, domicilié Lot DAOUD, Route SOUKRA- Km 4, 3052 SFAX (Tunisie) au « Comité sur les conventions et recommandations”, en insistant :
1. D’une part, sur la nécessité d’agir sans retard, à l’occasion de la plus prochaine session du Conseil exécutif et
2. d’autre part, sur le fait que le recourant sollicite du Comité, en raison du caractère exceptionnel de ce cas, qu’il maintienne cette communication à son ordre du jour jusqu’à l’obtention de l’autorisation du Conseil exécutif de prendre, en vertu de l’article 29 du Règlement intérieur les mesures qu’il jugera appropriées.
Et à cet égard, nous avons l’honneur de vous exposer ce qui suit :
Le Professeur Moncef BEN SALEM qui enseignait les mathématiques à l’Université de SFAX ( TUNISIE) de 1976 à 1987 est victime depuis le 26 Novembre 1987 de la violation répétée et continue de ses droits fondamentaux, et notamment des violations suivantes :
Le droit à l’éducation de ses enfants (article 26)
· le droit de bénéficier des progrès scientifiques (article 27) ;
· le droit de participer librement à la vie culturelle (article 27) ;
· le droit à l’information, y compris la liberté d’opinion et d’__expression (article19).
· le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion (article 18) ;
· le droit de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit (article 19) ;
· le droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique (article 27) ;
· le droit à la liberté de réunion et d’association (article 20) pour les activités liées à l’éducation, à la science, à la culture et à l’information.
– Privation arbitraire de travail et de ressources d’existence
– Privation de liberté de déplacement en Tunisie et à l’étranger
– Privation des services de téléphone et de courrier
– Harcèlement permanent de tous les membres de la famille BEN SALEM
RECEVABILITE EN LA FORME
Cette communication est recevable, la victime directe relève de par sa fonction des domaines de compétence de l’UNESCO.
Le recourant a une connaissance digne de foi des violations de droits de l’homme qui relèvent de la compétence de l’UNESCO et tels qu’ils résultent des principes de la Charte des Nations Unies, ainsi que des instruments internationaux concernant les droits de l’homme ;
D’autre part, et si besoin est, le recourant a qualité pour adresser cette communication en vertu du pouvoir que lui donne la procuration de la victime directe, le Professeur Moncef BEN SALEM et conformément à sa volonté qui y est explicitement exprimée,
La présente communication est fondée sur des éléments de preuve pertinents, notamment, sur les rapports des organisations de défense des droits de l’homme et des institutions internationales de protection de ces droits, confirmés quotidiennement par les moyens de grande information ;
Les recours internes ne sont pas disponibles si on doit considérer les recours qui donnent une chance raisonnable d’obtenir satisfaction, conformément au droit. La Tunisie est connue pour donner au droit un statut beaucoup plus virtuel qu’effectif.
D’autre part, la victime avait présenté une communication initiale à l’UNESCO à laquelle le gouvernement tunisien avait fait des promesses de solution qu’il n’a pas tenues. Plus grave, cette communication avait été la cause principale de violations plus graves encore par mesure de représailles, mesures qui persistent de manière continue.
Alertée par une association des droits humains à Oslo, la Présidence de la Commission Nationale Norvégienne pour l’UNESCO, dans une lettre datée du 30 Avril 1997 et référencée : I E/or J n o 350/97 Q18 2, avait attiré l’attention de Monsieur AHMED SAYYAD, Directeur général adjoint pour les Relations Extérieures, sur le cas du professeur Moncef Ben Salem. Cette lettre est demeurée sans réponse, comme celle qui l’a suivie cette année.
Initialement, la victime directe avait déposé, auprès de l’UNESCO, une communication contre le gouvernement tunisien, référencée LA/HR/PROC/90/63, pour le recouvrement des droits dont il a été arbitrairement privé et notamment : l’exercice de ses fonctions de professeur à l’université, le droit d’obtenir un passeport et de circuler librement en Tunisie et à l’étranger, le droit de disposer des services postaux et téléphoniques, le droit à une juste compensation et aux arriérés de salaires pour la période durant laquelle il a été, et continue d’être jusqu’à ce jour, arbitrairement privé de travail.
Le Comité qui devait examiner son cas les 3 et 4 Mai 1990 avait reçu du gouvernement tunisien, des documents faisant croire que le plaignant avait recouvert tous ses droits. Le Comité avait alors décidé de classer l’affaire. Une lettre, signée du docteur JULLE et datée du 07/06/1990 avait été adressée au professeur Ben SALEM pour l’informer des suites données à sa communication.
Or en fait, la promesse de règlement de ce cas par le gouvernement tunisien conformément aux principes relatifs aux droits de l’homme énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans les pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme n’a pas été tenue.
Le professeur BEN SALEM se trouvait dans l’incapacité physique et matérielle d’informer le Comité de la réalité des faits. Il demeure toujours victime des privations et de déni de droits qui avaient justifié sa plainte. Bien plus, il est résulté de son recours une aggravation de sa situation par mesure de représailles.
Il fut harcelé, puis poursuivi injustement et incarcéré et enfin condamné à trois ans de prison ferme, pour diffamation du pouvoir !
Plus grave encore, les mesures vexatoires et de harcèlement ont été étendues à ses enfants.
RECEVABILITE AU FOND
La présente communication est justifiée et fondée comme il apparaîtra lors de son développement.
Sous toutes réserves, notamment d’ajouter, d’argumenter et de documenter sur formulaire la présente communication.
POUR TOUTES CES RAISONS
En la forme
Dire la communication recevable, le Comité est prié d’examiner à nouveau ce cas pour lequel le recourant met à sa disposition des informations complémentaires et de nouveaux éléments pertinents.
Au fond
La dire justifiée et fondée.
Mais dores et déjà, le recourant préfère une procédure confidentielle, car il ne souhaite pas, dans un premier temps, que le présent recours soit transmis au gouvernement tunisien, afin d’éviter de nouvelles représailles, ou qu’il soit transmis sans que le nom de la victime ne soit divulgué, sauf si cela entraîne la non recevabilité de ce recours, auquel cas il sera procédé conformément aux règles de prudence et de vigilance.
Le recourant ne s’oppose pas, bien au contraire, que ce cas soit traité par le Comité de façon à contribuer à faire prévaloir une solution amiable qui évite à la victime des représailles et qui lui préserve ses droits.
Savigny/ Orge, le 26 Août 2002
Le recourant
AHMED MANAI
Documents annexes :
1) Copie de la procuration du professeur Moncef Ben Salem
2) Copie de la lettre de la présidence de la Commission Nationale Norvégienne pour l’UNESCO.
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5 commentaires sur “Tunisie 1987: Moncef Bensalem/Groupe sécuritaire du MTI.

  1. […] Abdeljelil Temimi·mardi 17 mai 2016 Séminaire sur la mémoire nationale et l’histoire du temps présent avec Docteur Sahbi Amri sur : – la branche sécuritaire armée de la tendance islamique du 8 novembre 1987, mais le coup d’état de Ben Ali de 7 novembre a mis fin à l’exécution du projet ; – un éclairage sur la réconciliation avec la Présidence par l’intermédiaire du Général Ali Sariati pour la réingration du Dr. Amri à la fonction publique après son révocation abusive en 1990 – l’explosion du hélicoptère le 30 avril 2002 à bord duquel le chef de l’Etat Major le Général Abdelaziz Skik et d’autres officiers qui ont succombé à leur sort ; – d’autres informations d’importance sur les dirigeants islamistes de l’époque. Samedi 21 Mai 2016 à 09h15 A travers divers témoignages qui recoupent la mémoire nationale, il m’est apparu le besoin de plus de temps, dans le but de scruter la vérité historique oubliée, dans les consciences des acteurs réels, en leur offrant l’occasion de mettre à notre disposition des informations historiques d’une grave importance. A travers ma discussion avec le Docteur Sahbi Amri, je me suis rendu compte de plusieurs vérités nouvelles, que je résume comme suit. – Que le Docteur, suite à une rixe avec le fils de Mansour Skhri, en 1986 concernant un différend professionnel, avec la femme de ce Lias Skhiri, en relation avec l’hôpital pédiatrique de Bab Saadoun, il voit son salaire suspendu pendant 8 mois. Chose qui l’a poussé a rejoindre l’opposition contre Bourguiba et trouvant dans sa sœur affiliée à Ennahdha un intermédiaire idéal. – Sa relation s’est nettement améliorée avec le Président du BP du Mouvement de la Tendance Islamique, Hamadi Jebali, au point de permettre à ce dernier d’user de ses propres papiers d’identité pour faire face à tout contrôle de police. De ce jour, a commencé son drame. Il a essayé au début de faire passer illégalement, sa sœur et son mari ainsi que leurs enfants, vers sa belle-famille installée en Algérie. A la demande de Hamadi Jebali, il a été l’intermédiaire et le coordinateur pour faire passer illégalement en Algérie le dénommé Fethi Maatoug, qu’il découvre par la suite impliqué dans les explosions des hôtels de Sousse et Monastir du 02 Août 1987, sachant que ce dernier a passé deux mois en cachette dans la maison de Hamed Karoui, à Sousse. Suite à cette opération, son rôle d’intermédiaire continue dans le transfert en Algérie de deux membres du Mouvement de Tendance Islamique, à savoir, Mohamed Chemli et Abdelmajid Mili, impliqués aussi dans les explosions d’hôtels à Sousse et Monastir. Après la fuite de Hamadi Jebali et Salah Karkar de Tunis, à bord du navire Habib, de la Goulette déguisés en officiers de Douanes, le 26 octobre 1987, la carte d’identité de Sahbi Amri, est restée à son insu chez Zied Dawlatli, qui lors d’une descente de police chez lui, a préféré s’en débarrasser dans le fourgon policier, avant d’entrer dans les locaux de Sureté d’Etat. Sahbi Ami, fut arrêté le 22 novembre 1987, et s’est trouvé impliqué dans le groupe sécuritaire 8 novembre 1987, qui projetait d’attaquer les prisons pour sauver le groupe Gannouchi, qui attendait le verdict de 30 peines de mort supplémentaires, en phase d’appel, mais le coup d’Etat de Ben Ali, a mélangé les cartes. Les islamistes impliqués dans les émeutes de l’été de 1987 ont été cependant libérés. Le groupe sécuritaire dépendant de la branche militaire de la Tendance Islamique n’a reçu que dénégation de la part de Rached Gannouchi, principal bénéficiaire, de la suspension du Tribunal de Sureté de l’Etat et de ses verdicts, suite à la libération du groupe sécuritaire par le régime, à l’occasion des premières festivités du 7 Novembre, après une année d’arrêt, de prison et de torture sans jugement. Suite à la rétractation de Ben Ali, après les tractations secrètes de l’été 1988 avec le groupe sécuritaire, une centaine de membre du groupe sécuritaire, du «sauvetage National» ou «sauvetage de la Direction ou le QG du Mouvement de Tendance Islamique», demeurent, à ce jour, non concernés par le premier Décret de l’Après-Révolution, amnistie générale, en date du 19 février 2011, avec une réserve claire de la part de Mouvement de Tendance Islamique, de crainte d’être classé organisation terroriste, ayant une branche militaire secrète. L’année 2006 a été d’une importance décisive pour l’élaboration de la relation du Docteur Sahbi Amri avec Ennahdha et en plus général avec l’opposition, lorsqu’il a accepté de se réconcilier avec la Présidence, après la faillite du Mouvement 18 Octobre 2005 à concrétiser ses demandes par le biais de la grève de la faim collective, et a dénudé l’opposition politique et des droits de l’homme. Il a été intermédiaire honnête de ces tractations avec le Général Ali Seriati, avec l’ex Président Ben Ali, comme l’atteste Sahbi Amri, surtout pour la régularisation de la situation des islamistes, à savoir aussi bien qui ont été relâchés des prisons et exilés à l’étranger. lorsque l’avocat Mohamed Nouri et le journaliste Slim Boukhdhir, aient entamé une grève de la faim pour l’obtention du passeport. Chose qui a été comprise par Ben Ali et ses conseillers comme une manière de porter atteinte à la célébration du 20ème anniversaire du 7 Novembre, et de ce fait il a refusé de signer l’amnistie. Le Général Ali Seriati a poursuivi sa médiation entre Sahbi Amri et Ben Ali, sur la base de la levée de la décision d’exil à Sidi Bouzid, et sa réintégration de la fonction publique à la capitale après son renvoi abusif en 1990 de la Santé Publique de l’hôpital de Dahmani, ainsi que le transfert de sa femme médecin à la capitale, et ses enfants aux écoles et lycées de la capitale aussi. Ayant aussi été privé de son passeport pendant 12 ans. Une affaire de corruption et malversation a été engagée à son encontre après la révolution, par l’avocat Samir Ben Amor, avant que celui-ci soit évincé de son poste de Conseiller politique du Président Moncef Marzouki… En 2002 il a pu se rendre à Genève puis Paris en 2003, après son recours en 1998 auprès du Tribunal Administratif levant la saisie de son passeport, pour découvrir fortuitement un capitaine de l’aviation militaire, en fuite, déclarant qu’il ait tiré des hauteurs des colline de la ville de BorjAmri, le 30 avril 2002, sur un hélicoptère, à bord duquel le Chef d’Etat-major, le Général Skik, ainsi que plusieurs autres officiers, qui ont succombé, suite à une visite d’inspection à la caserne du Kef. J’ai conclu en tant qu’historien qui s’est occupé de la mémoire nationale que la réalité historique commence à se dissiper sur des évènements déterminants et très particuliers, et de ce fait, je peux certifier que la période Ben Ali reste aussi bien complexe et qui a besoin de plus d’éclaircissements. Le Docteur m’a demandé d’inviter plusieurs personnalités Nahdhaouis : Hamadi Jebali, Lotfi Zitoun, Sayed Ferjani, Belgacem Ferchichi, Zied Doulatli, Hédi Ghali, Mohamed Chemli, Abdelmajid Mili, Fethi Maatoug, Mohamed Néjib Karoui, et quelques figures de l’ère novembrienne, à savoir Hamed Karoui, Hédi Baccouche, Kamel Ltaief, et le dernier Chef d’Etat-Major de la période de Ben Ali, à savoir le général Youssef Barakat, l’ex Directeur de la Sureté Présidentiel Ali Seriati, Khémaiess Chemmari, et l’ex Ministre de la Santé publique Hédi Mhenni… Les cadres sécuritaires et militaires, à l’instar de Moncef Ben Gbila, Ibrahim Sbaii, Mohamed Nacer, Hassen Abid, Mohamed Ali Ganzouai, Abdallah Kallal, Rafik Haj Kassem, Abderrahmen Guesmi (Boukassa), et l’ex juge d’instruction militaire Abdeljalil Abbane, l’ex-procureur général militaire Mustapha Bouaziz, Habib Ammar, Mohamed Jarii, Kamel Haj Sassi, Fraj Gdoura, Bechir Gezgez le directeur du tribunal militaire, l’avocat Hassen Godhbane, ainsi que tous les avocats qui ont plaidé lors des affaires du groupe sécuritaire du 8 novembre 1987, branche militaire secrète du Mouvement Tendance Islamiste.. Ainsi que toute autre personne qui se croit porteur d’un quelconque avis, cette tribune est et restera la seule tribune crédible, indépendante pour encadrer le véritable historique que nous devons défendre à tout prix. Ce sont les informations que va porter le Docteur Sahbi Amri, que nous allons écouter et enregistrer, et que tout le monde peut affirmer, contredire ou démentir… L’invitation est ouverte à tous ceux qui s’intéressent au sujet, samedi 21 mai 2016 à partir de 9h15. Abdeljelil Temimi ————————————————————————————————————-Adresse : Immeuble Al-Imtiaz-Centre Urbain Nord-1003 Tunis Tél. (00216) 71231444 / fax : (00216) 71 236 677 E. Mail : fondationtemimi@gnet.tn / fondationtemimi@yahoo.fr site web : http://www.fondationtemimi.tn Du meme auteur https://tunisitri.wordpress.com/2010/12/02/tunisie-1987-mti-groupe-securitaire/ […]

  2. lettre de Addassi
    aالسلام عليكم ورحمة الله وبركاته.
    يسعدني أن ألتقي بك في هذه السانحة، بل ويشرّفني أن تكون ممّن يقرؤون محاولاتٍ أردّتها أن تكون صادقة خالية من المجاملة القاتلة أو النّفاق المهالك.
    مبديّا أقول بأنّه يمكنني الإفادة عمّا أعلم حول الجهاز بما أستطيع.
    أمّا الحديث عن المجموعة الأمنيّة، فهو وإن صار من التاريخ، يظلّ من مشمولات رئيسها الدكتور المنصف بن سالم حفظه الله وختم له بالباقيات الصالحات، فهو خيرنا وأقدرنا على الحديث في هذا الباب. وإنّي كذلك لا أستطيع التقديم بين يديه.
    على كلّ حال سوف تكون لي زيارة إلى باريس ثاني أسبوع من الشهر القادم يونيو إن شاء الله تعالى. ولعلّ سروري يتمّ بملاقاتك إن شاء الله.
    التحية لك ولأهلك والشكر موصول لأخي محمّد الذي مدّ بيننا هذا الجسر الذي أسأل الله أن يكون صلبا صالحا.
    مع أفضل التحيّات، أخوك عبدالحميد العدّاسي الذي كان ذات يوم عسكريّا.

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